Politique Nationale/Internationale

L’administration Bush attise les tensions commerciales avec la Chine


L’administration Bush a fait un pas important vendredi dernier sur la voie du conflit commercial ouvert avec la Chine en référant à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) les plaintes qu’il avait envers Pékin.


John Chan
Vendredi 9 Février 2007


Par John Chan



La représentante des Etats-Unis pour le commerce, Susan Schwab, a déposé une plainte officielle devant l’OMC, accusant Pékin d’utiliser « ses lois fiscales de base et autres outils pour encourager les exportations et pratiquer la discrimination contre les importations d'une série de produits manufacturés américains ». Elle a déclaré que les subventions chinoises avaient « enlevé la possibilité [aux sociétés américaines] d’une concurrence juste sur les marchés américains et du tiers-monde ».

C’est la troisième fois que les Etats-Unis en réfèrent à l’OMC depuis que la Chine a rejoint cette institution en décembre 2001. Toutefois, contrairement aux cas précédents qui visaient des catégories limitées de marchandises chinoises, la dernière action américaine allègue que la Chine subventionne « illégalement » un large éventail de marchandises chinoises allant de l’acier et du papier jusqu’à l’informatique. Quelque 55 pour cent des exportations chinoises vers les Etats-Unis pourraient en être affectées.

Pékin a soixante jours pour négocier un accord avec Washington, à défaut de quoi l’OMC nommera des arbitres qui se pencheront sur le litige. Si elle perdait sa cause, la Chine devrait cesser son programme de subventions ou faire face à des sanctions commerciales de la part des Etats-Unis. Le processus de règlement des litiges à l’OMC peut toutefois être long. Les Etats-Unis, l’Union européenne et le Canada ont déposé une plainte commune en mars dernier contre la politique chinoise limitant l’importation de pièces d’automobiles fabriquées à l’étranger, mais la décision n’a toujours pas été rendue.

Dans les années qui ont suivi la crise financière asiatique de 1997-98, Pékin a mis en place une série de dégrèvements fiscaux visant à protéger les exportateurs chinois de l’impact de la dépréciation rapide des monnaies asiatiques. Ces mesures, combinées au taux de change fixe de la monnaie chinoise par rapport au dollar américain depuis 1994, ont joué un rôle considérable pour faire de la Chine le principal centre au monde de traitement des marchandises en vue de l’exportation.

Le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine a atteint le niveau record de 230 milliards de dollars l’an dernier. Face à la pression croissante de Washington sur la question de ce déficit en augmentation, Pékin a déjà été forcé de réduire certains de ces dégrèvements fiscaux.

L’annonce de Schwab est une réponse aux demandes croissantes de la nouvelle direction démocrate au Congrès américain d’une approche plus agressive envers la Chine en matière de commerce, demandes soutenues par la bureaucratie syndicale et des sections du patronat.

Dans une audience de la Commission sénatoriale sur le système bancaire qui s’est tenue deux jours auparavant, le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson a été vivement critiqué sur sa politique de « dialogue économique stratégique » entreprise avec Pékin pour l’encourager à adopter un régime permettant certaines fluctuations du taux de change. Le nouveau président de la commission, le sénateur démocrate Christopher Dodd, a dit à Paulson que les protectionnistes étaient « livides de colère » de voir la Chine empêcher que sa monnaie ne gagne en valeur par rapport au dollar américain. Le Trésor américain est tellement critiqué sur cette question que Tim Adams, responsable des affaires chinoises au Trésor, a démissionné de son poste le 2 février.

Les législateurs démocrates et républicains ont accusé Pékin de dévaluer volontairement le yuan de 40 pour cent afin de fournir aux marchandises chinoises un avantage concurrentiel. Le Congrès a menacé Pékin de sanctions protectionnistes s’il continuait sa politique de présumée « manipulation de la monnaie ».

Les principaux démocrates ont réagi aux dernières actions de l’administration américaine contre la Chine en exigeant des mesures supplémentaires. Le président démocrate de la commission sénatoriale des finances, Max Baucus, a déclaré : « Le gouvernement des Etats-Unis doit défendre les sociétés et les travailleurs des Etats-Unis lorsque nos partenaires commerciaux transgressent les règles. » Sander Levin, dirigeant démocrate de la sous-commission du commerce de la Chambre des représentants, a commenté : « Cette affaire constitue un pas dans la bonne direction, mais cela doit faire partie d’un programme beaucoup plus agressif visant à punir toute violation des règles de l’OMC. »

Des sections de l’entreprise américaine qui font face à une forte concurrence de la Chine et internationalement ont aussi exigé que des mesures plus draconiennes soient prises. Nancy Gravatt, porte-parole pour le American Iron and Steel Institute de Washington a déclaré : « Cette plainte enregistrée à l’OMC, bien que significative, ne touche que la pointe de l’iceberg de tout l’ensemble de subventions offertes à l’industrie de l’acier et à d’autres industries de la Chine. »

L’administration Bush dispose de peu de marge de manœuvre. Bien que la Maison-Blanche souhaite dissiper le mécontentement au sujet de l’accroissement des déficits commerciaux, elle ne peut se permettre de perturber les opérations des grandes sociétés américaines qui possèdent d’importants investissements en Chine. De plus, si la Banque populaire de Chine se voyait forcée de vendre des obligations des Etats-Unis et d’autres actifs en dollars américains pour dévaluer le yuan, d’autres banques centrales asiatiques pourraient emboîter le pas, entraînant ainsi un effondrement du dollar américain et une crise financière aux Etats-Unis.

Le 30 janvier, lors d’un discours chez le constructeur de bulldozers Caterpillar en Illinois, Bush a déclaré : « Je comprends que le commerce avec la Chine soit un sujet controversé... Mais je veux vous dire, si vous êtes un travailleur ou un actionnaire chez Caterpillar, à quoi cela équivaut. » Lançant un avertissement contre des mesures protectionnistes, il a fait remarquer que Caterpillar vendait beaucoup en Chine, ce qui avait créé 5000 emplois aux Etats-Unis.

Ce ne sont pas tellement les sociétés américaines comme Caterpillar qui subissent la pression de la concurrence chinoise. Cette société est un géant transnational qui opère dans 23 des 24 fuseaux horaires du monde et qui possède sept importantes usines en Chine seulement. Les petites et moyennes entreprises manufacturières américaines, qui embauchent des millions de travailleurs, sont celles qui sont le plus touchées par les marchandises chinoises à faibles coûts.

Le 30 janvier, Stephen Roach, économiste en chef de Morgan Stanley, a mentionné sur le site web Globalist que les sanctions commerciales contre la Chine n’allaient pas régler les problèmes économiques des Etats-Unis. Il a d’abord noté que le déficit des Etats-Unis se situait à 6,8 pour cent du PIB au troisième trimestre de 2006, soit presque le double du niveau de 3,5 pour cent de 1986. Il a aussi fait remarquer que le déséquilibre bilatéral avec la Chine de -1,9 pour cent du PIB dépassait de plus de 50 pour cent le sommet atteint avec le Japon à la fin des années 1980.

Contrairement à l’expansion agressive des banques et des sociétés japonaises dans les années 80, explique Roach, la « concurrence » chinoise d’aujourd’hui est le fait de transnationales américaines utilisant la main d’œuvre chinoise à bon marché pour augmenter leur profitabilité aux dépens des emplois et des salaires aux États-Unis. Le protectionnisme ne pourra pas faire grand-chose contre ce processus. Confrontées à une augmentation des tarifs douaniers américains sur les marchandises chinoises, les sociétés américaines se tourneront simplement vers d’autres pays qui ont une main-d'œuvre à bon marché.

Roach soulignait que seulement 20 pour cent des exportations chinoises vers les États-Unis sont à valeur ajoutée, ce qui en fait « plus un assembleur qu’un manufacturier ». En d’autres termes, les marchandises « chinoises » sont assemblées à partir de pièces obtenues d’un réseau de pays étrangers, auxquels les mesures commerciales prises contre la Chine ne s’appliqueraient pas. Les services comme l’informatique ont également été transférés des États-Unis vers la Chine et l’Inde pour tirer avantage de leur main-d'œuvre qualifiée à bon marché.

Roach notait que ces processus ont produit une « disparité extraordinaire entre la fraction du revenu national américain allant au capital et au travail ». La fraction du revenu national allant au profit atteint maintenant son niveau le plus élevé depuis 50 ans à 12,4 pour cent, alors que la fraction du revenu national allant au travail n’est que de 65,3 pour cent du revenu national, c’est-à-dire le niveau de la fin des années 60. « Aujourd’hui, les sociétés américaines, si l’on considère leur profitabilité, prospèrent comme jamais auparavant tandis que la main-d'oeuvre des États-Unis est de plus en plus affaiblie par les pressions de la concurrence », écrit-il.

L’élite dirigeante américaine n’a pas de solution progressiste aux problèmes économiques causés par le déficit commercial croissant avec la Chine. Les dilemmes politiques à Washington sont le résultat du déclin continuel du capitalisme américain sur une longue période. D’un côté, les États-Unis comptent sur la Chine pour compenser la détérioration de sa position économique, alors que de l’autre côté, ils craignent que l’expansion continue de la Chine ne finisse par créer un nouveau rival majeur.

Pékin a régulièrement pressé Washington de lever ses restrictions sur les exportations de produits de haute technologie vers la Chine pour réduire l’énorme déficit commercial des États-Unis. Mais l’administration Bush a rejeté tous ces appels, craignant que la Chine ne devienne un compétiteur dans ce domaine et que la technologie importée des États-Unis ne serve à augmenter la capacité militaire de ce « compétiteur stratégique ».

Le gouvernement chinois a répondu discrètement à la plainte des États-Unis devant l’OMC, déclarant seulement qu’il était « regrettable » que les États-Unis aient entrepris une telle action. Pékin cherche désespérément à éviter un conflit commercial qui contrecarrerait la croissance économique, ce qui résulterait en des licenciements massifs et une vaste crise sociale. Pour la même raison cependant, la direction chinoise est très réticente à abandonner la politique de financement industriel qui a contribué à sa rapide expansion économique.

(Article original paru le 7 février 2007) wsws.org


Vendredi 9 Février 2007


Commentaires

1.Posté par merzzako le 09/02/2007 11:13 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

la gringos veulent le beurre et l'argent du beurre. Cette situation est aussi valable pour l'europe . Mais que soit dis en passant, les 100 milliards de dollars de subventions accordés
a l'agriculture americaine il y a seulement 3 ans ont fait des desastres chez les paysans des pays du SUD ??? A notez en plus que l'avioneur BOING recoit d'une facon detournée des subventions ( c'est a dire au travers du budget militaire ) qui lui ont permis de sortir de la grave crise de 2000 . Bien sur c'est le systeme monetaire et financier internationale dont les premiers interéser sont les multinationales americaines qui est a la base de ce marasme economique qui ne profite d'ailleurs pas plus aux Chinois qu'aux travailleurs du reste du monde.

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires