Politique Nationale/Internationale

L’accusé Milosevic est mort, la presse peut rendre le verdict


Le 11 mars 2006, Slobodan Milosevic est mort d’un arrêt cardiaque plus que troublant. Le médecin légiste ayant autopsié l’ancien dirigeant yougoslave a déclaré que le prisonnier du tribunal pénal international ad hoc sur l’ex-Yougoslavie (TPIY) s’était lui-même administré un médicament contre-indiqué pour son état de santé. Pour le TPIY, il s’agirait donc soit d’un suicide, soit d’une volonté de Slobodan Milosevic de faire empirer son état de santé afin de partir se faire soigner à Moscou. Les autorités russes et une grande partie de la population serbe considèrent pour leur part qu’il s’agit d’un assassinat. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a rendu publique une lettre que Slobodan Milosevic lui avait adressée deux jours avant sa mort, stipulant qu’il était mal soigné au tribunal et que les traitements qui lui étaient administrés nuisaient à sa santé. L’avocat du défunt assure lui aussi qu’il s’agit d’un empoisonnement.


Jeudi 16 Mars 2006

Tribunes et décryptages - 16 mars 2006


Décryptage


La presse occidentale a relayé les doutes russes et ceux des défenseurs de Slobodan Milosevic, mais s’est très largement alignée sur la thèse du tribunal de La Haye. Si les médias mainstream ont évoqué les doutes entourant cette mort dans les premiers temps, ils ont très vite concentré l’essentiel de leur attention sur les biographies posthumes à charge contre l’ancien président serbe ou sur un sujet accessoire tel que le lieu de son enterrement.
Pour évacuer la question des causes de sa mort, on a vu se développer dans la presse occidentale un raisonnement bancal fondé sur une série d’affirmations souvent péremptoires pour justifier l’apparente certitude que la version du TPIY était exacte : Slobodan Milosevic a commis des crimes, donc il est coupable de tous les crimes dont on l’accuse, donc le TPIY allait le condamner à la prison à vie dans quelques mois, donc personne, hormis Slobodan Milosevic lui-même, n’avait intérêt à ce qu’il meure et échappe à cette sentence. Bien évidemment, avec un tel raisonnement, ceux qui remettent en cause cet enchaînement logique ne peuvent être que des partisans de Slobodan Milosevic ou des « conspirationistes », vieille ficelle pour stigmatiser l’adversaire. Le journal français Le Monde a illustré cette démarche de façon symptomatique en publiant, pour donner la parole aux personnes remettant en cause les conditions de la mort de Slobodan Milosevic, un article au titre évocateur : « Doutes persistants sur les causes de la mort de Milosevic », mais publiant, dans la même édition, un éditorial non signé, et engageant donc toute la rédaction, affirmant : « La mort de Milosevic renforcera quelques nationalistes dans l’idée que la Serbie est encore victime d’un complot international. Elle devrait en revanche permettre à la grande majorité du peuple serbe de se défaire complètement des fantômes du passé. ». Bref, la rédaction limite par anticipation, avant même la clôture de l’enquête, son champ d’investigation et dénonce par avance toute remise en cause de la thèse du suicide ou du décès accidentel de Slobodan Milosevic comme le fait de nationalistes serbes.
A cette occasion, on voit donc se reformer les « camps » apparus au moment des bombardements contre la Serbie : ceux qui y étaient favorables rejettent massivement la thèse de l’assassinat, ceux qui y étaient opposés estiment bien souvent qu’il s’agit d’un crime. Les médias se positionnent non pas en fonction de la recherche de la vérité mais en fonction du camp auquel ils ont appartenu en 1999.
Ainsi, la rédaction du Wall Street Journal profite de l’événement pour rappeler la vulgate néo-conservatrice concernant l’éclatement de la Yougoslavie. L’éditorial affirme que Milosevic était bien le responsable de l’éclatement de cet État, qu’il était un criminel et que sa seule petite victoire aura été finalement d’échapper à la sentence du tribunal. La rédaction du journal assure que le seul tort des États-Unis dans l’affaire yougoslave est de ne pas être intervenus plus tôt et de croire que l’Europe pouvait régler la question seule. Le Wall Street Journal rappelle donc sa ligne idéologique : les États-Unis peuvent mener toutes les guerres qu’ils souhaitent, sont les seuls juges de qui est ou n’est pas coupable et doivent mener « l’Occident » pour le bien du monde, personne ne pouvant prendre cette responsabilité à leur place.

Il est aujourd’hui impossible, dans l’état des informations dont nous disposons, d’assurer que Slobodan Milosevic a été assassiné. Toutefois, la thèse du suicide ou d’une tentative malheureuse de Slobodan Milosevic de dégrader volontairement son état de santé pour être soigné à Moscou soulève bien des questions qui n’ont pas encore été élucidées. L’ancien dirigeant yougoslave pouvait-il vraiment croire que le tribunal de La Haye accepterait qu’il soit soigné à Moscou plutôt qu’aux Pays-Bas ? Et surtout, si Milosevic s’est administré lui-même un médicament dangereux pour sa santé, qui le lui a procuré ? Comment est-il parvenu à le faire pénétrer dans sa prison et se l’administrer sans que cela ne soit remarqué ? Un prisonnier lambda est fouillé avant et après chaque visite qu’il reçoit et voit sa cellule fouillée de temps à autre. On peut imaginer qu’un détenu d’une telle importance est encore davantage surveillé, mais il serait parvenu à obtenir un médicament interdit à l’insu de tous.

Il faut également noter que la condamnation de Slobodan Milosevic par le TPIY ne tombait pas sous le sens. Il est évident que le dirigeant serbe a bien commis des crimes pour lesquels il aurait pu être condamné. Mais la volonté politique de génocide ou de nettoyage ethnique n’avait pas été démontrée par le tribunal, malgré les procédures d’exception appliquées et le peu de respect pour les droits de la défense dont il faisait preuve. L’historien spécialisé dans l’histoire des Balkans Neil Clark avait régulièrement dénoncé dans The Guardian, l’incapacité du procureur Carla Del Ponte à faire la preuve de la pertinence de ces 66 chefs d’accusation.
Mais les médias occidentaux mainstream gardent la certitude de la culpabilité totale du dirigeant serbe et de la justesse des bombardements de l’OTAN de 1999, ils ne remettent pas en cause les présupposés faisant des Serbes les seuls responsables de l’éclatement de la Yougoslavie [1]. Au contraire, ils donnent majoritairement la parole à des personnalités atlantistes ayant soutenu de longue date la culpabilité de l’ancien dirigeant yougoslave et le bombardement de la Serbie.

Le quotidien conservateur espagnol ABC publie une tribune du général Wesley Clark, ancien responsable des bombardements de 1999. Celui-ci déplore la mort de Slobodan Milosevic qui prive le monde de la vérité et de la justice. Pour lui, il ne fait aucun doute que l’ex-président était coupable de tout ce dont on l’accusait. Il livre un portrait accablant de l’ancien dirigeant et réemploie en titre (à moins que ce soit le titre choisi par le journal) la comparaison de Milosevic avec Adolf Hitler. Par ailleurs, il assure qu’en 1998-1999, l’OTAN avait fait tout son possible pour éviter une action militaire, oubliant le soutien états-unien aux terroristes de l’UCK et l’attitude de Madeleine Albright qui avait saboté les négociations de Rambouillet.

Le quotidien britannique The Independent publie une courte tribune de l’ancien Haut représentant international pour la Bosnie Herzégovine, Paddy Ashdown, qui se penche pour sa part sur l’action de Slobodan Milosevic en Bosnie Herzégovine. L’auteur désigne le dirigeant serbe comme le principal responsable des violences ethnico-religieuses dans la région. Il reconnaît la part de responsabilité de Franjo Tudjman mais assure que le nationaliste croate n’est parvenu au pouvoir que grâce à la réaction des Croates à la politique de Milosevic. Il exonère en revanche totalement Izetbegovic. Il estime que l’intervention de l’OTAN s’est faite attendre trop longtemps. M. Ashdown assure qu’il n’y avait aucun intérêt à assassiner Milosevic et pose comme un impératif la dénonciation de tous ceux qui remettraient en cause la version du TPIY.

Le Monde interviewe la procureure du TPIY Carla Del Ponte. Cette dernière assure qu’elle était sur le point de remporter une victoire judiciaire éclatante et qu’elle n’aurait eu aucun mal à faire condamner Slobodan Milosevic à la prison à perpétuité. Elle enrage de cette mort qu’elle présente comme une dérobade de l’ancien président serbe, soutenant fortement la thèse du suicide. Elle assure désormais que sa priorité est l’arrestation de Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

L’ancien Premier ministre yougoslave, Milan Panic, est l’un des rares protagonistes de l’histoire de l’éclatement de la Yougoslavie à poser un bémol sur la lecture mainstream des évènements de Bosnie et du Kosovo. Dans l’International Herald Tribune, il dénonce la diabolisation de l’ensemble de la population serbe et les bombardements de l’OTAN. Toutefois, sa critique s’arrête là et, lui aussi, présente Slobodan Milosevic comme le seul responsable de l’éclatement de l’État yougoslave. Il déplore d’ailleurs que l’OTAN n’ait pas mené une opération commando pour kidnapper Milosevic en 1998 et le traduire en justice.
Lui aussi condamne, par avance, toute hypothèse sur l’assassinat de Slobodan Milosevic.

Les dirigeants russes ont, bien évidemment, un tout autre point de vue.
Dans Al Watan, Hani Shadi, correspondant à Moscou de plusieurs quotidiens arabes, assure que les Russes considèrent que Milosevic a été assassiné. Toutefois, l’auteur n’explique pas cette opinion par les doutes entourant la mort de Milosevic, mais par la proximité des Russes et des Serbes, validant lui aussi le fait que la version des conditions de cette mort que l’on favorise dépend du « camp » auquel on appartient.

La mort de Slobodan Milosevic a également remis au goût du jour le débat sur le droit international.
Dans Le Figaro, François Terré, président de l’Association française de philosophie du droit et membre de l’Institut de France, rappelle que le procès du tribunal de La Haye n’est absolument pas conforme aux principes du droit et bafoue les droits de la défense. On ne peut pas considérer que l’ex-président yougoslave a bénéficié d’un procès équitable, il faut donc relativiser les déclarations de Mme Del Ponte sur la certitude entourant la culpabilité de l’accusé.

Dans Al Quds Al Arabi, le rédacteur en chef de la rubrique culturelle du quotidien Annahar, Elias Khouri, profite des réactions à la mort de Slobodan Milosevic pour dénoncer l’attitude équivoque de la communauté internationale face aux crimes d’épuration ethnique commis dans le monde. Il assure qu’Ariel Sharon avait soutenu Slobodan Milosevic au Kosovo car il craignait que cela ne crée une jurisprudence défavorable à Israël. Or, il n’en a rien été. Si Slobodan Milosevic a été extradé à La Haye, Ariel Sharon n’a jamais eu à répondre de ses crimes contre les Palestiniens. De même, l’auteur s’indigne qu’on adopte à nouveau un système juridique différent pour juger Saddam Hussein.
Les tribunaux internationaux sont trop souvent des constructions ad hoc conçus pour servir les intérêts du vainqueur, voire légitimer une agression a posteriori.

Aux États-Unis, une partie du mouvement pacifiste profite de l’événement pour rappeler la politique des États-Unis en Yougoslavie et pour rappeler que les méthodes de l’administration Bush pour justifier la Guerre d’Irak avaient été expérimentées par l’administration Clinton à l’occasion des frappes contre la Serbie.
Directeur du site Antiwar.com et rédacteur au journal The American Conservative de Patrick Buchanan, le libertarien Justin Raimondo se rappelle ainsi au bon souvenir des démocrates. Il souligne que le bombardement de la Serbie a permis la mise en place d’un certain nombre de processus qui servent aujourd’hui l’administration Bush : alibi humanitaire pour mener une guerre illégale, non-respect de la charte de l’ONU, diabolisation de l’adversaire via une unanimité médiatique assimilant le chef adverse à Hitler ou au nazisme, exagération de la menace pour désigner une armée délabrée, puis oubli des morts civiles serbes et profits pour de grandes entreprises comme Haliburton. L’auteur démontre que certains des adversaires démocrates de la Guerre en Irak ne rejettent que la cible choisie, pas les moyens employés.
Sur Antiwar.com, le journaliste Jeremy Scahill félicité ironiquement Bill Clinton : les crimes commis en Serbie sur ses ordres ne seront jamais jugés au TPIY. Le bombardement intentionnel de la télévision serbe, de trains de voyageurs, d’usines pétrochimiques, l’emploi de bombes à fragmentation dans des zones habitées ne seront jamais présentés dans le procès Milosevic. L’auteur révèle que la comparution de Bill Clinton comme témoin était le dernier combat de Slobodan Milosevic qui espérait ainsi exposer les crimes de l’OTAN.

Réseau Voltaire


[1] Il serait trop long de revenir sur la somme des inexactitudes ayant entouré le conflit en Bosnie puis au Kosovo. Le journaliste Michel Collon les a résumés sur son site : « Yougoslavie : Que valait notre info ? »


--------------------------------------------------------------------------------



16 mars 2006

Depuis
Paris (France)

Outils

Imprimer
Envoyer

Thèmes
Contrôle de l’Europe

Pays
Yougoslavie

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Personne ne conteste aujourd’hui que c’était une bonne chose de stopper Milosevic »
Auteur L’équipe éditoriale du Wall Street Journal



Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Balkan Ghost. No one now disputes that stopping Slobodan Milosevic was the right thing to do », par l’équipe éditoriale, Wall Street Journal, 13 mars 2006.

Résumé En fin de compte, Slobodan Milosevic a eu plus de chance que ses victimes. L’ancien chef serbe est mort à l’âge 64 dans son lit. Cette mort aura été sa petite victoire sur le tribunal de l’ONU qui ne pourra donc pas mener à ben le premier procès pour crimes de guerre d’un ancien chef d’État.
En tant que chef serbe après 1989, Milosevic a été celui qui a attisé la folie ethnique provoquant le conflit le plus sanglant en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale. La Yougoslavie a été le grand échec occidental des années 90. « Voici venue l’heure de l’Europe », avait proclamé le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, Jacques Poos, en 1991 au moment où les Croates et les Serbes en venaient aux coups. Pourtant il a fallu attendre Srebrenica et ses 7.000 hommes et garçons assassinés en 1995 pour que les États-Unis prennent les choses en main et poussent une Europe inefficace à mettre fin aux combats.
Pendant trop longtemps, les autorités des États-Unis se sont persuadées que les guerres balkaniques étaient le fruit de haines centenaires et d’un nationalisme forcené plutôt que des ambitions autocratiques de Milosevic. Mais quand l’OTAN a appliqué la manière forte - avec le soutien de l’ONU uniquement au Kosovo et seulement après coup — son régime est tombé et les passions ses sont calmées.
Aujourd’hui la nouvelle situation née de l’ère post-Milosevic aux Balkans est loin d’être parfaite, les tensions sectaires sont encore vives et la démocratie est fragile. On ne peut encore faire l’économie du stationnement de troupes occidentales en Bosnie, au Kosovo et en Macédoine. Mais personne ne doute sérieusement que cette ingérence était la bonne chose à faire. La tragédie des Balkans est que l’Occident a mis tellement de temps à rassembler son courage pour mettre fin aux agissements de l’homme qui est mort ce week-end, solitaire, un criminel de guerre largement oublié.

« Un Hitler aux petits pieds »
Auteur Wesley K. Clark

Le Général Wesley Clark a été commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe (1997-2000). À ce titre, il a dirigé les troupes de l’Alliance pendant la guerre du Kosovo. Il a été candidat malheureux à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle états-unienne de 2004.


Source ABC (Espagne)
Référence « Un Hitler de poca monta Wesley Clark, ABC, 15 mars 2006.

Résumé La mort de Slobodan Milosevic à La Haye est une véritable tragédie pour la communauté internationale, mais surtout pour les Serbes. Je connais Milosevic comme leader nationaliste et comme adversaire en temps de guerre. Quand Richard Holbrooke a négocié l’accord de paix en 1995, j’ai passé de nombreuses heures à négocier avec lui. En 1997, j’ai discuté avec lui de l’application des accords de Dayton. En 1998, j’ai imploré sa collaboration pour empêcher une reprise du conflit ; en 1999 j’ai mené la campagne militaire pour mettre fin au nettoyage ethnique au Kosovo et en 2003 j’ai témoigné à son procès.
Sa mort n’arrange rien. Milosevic est responsable de milliers de morts. C’était un brillant tacticien, mais un mauvais stratège qui a multiplié les massacres. Il avait été un brillant négociateur à Dayton, mais il n’avait pas tenu ses promesses car il rêvait d’une grande Serbie. En 1998, il lança une politique de nettoyage ethnique dans les Balkans, au Kosovo. L’OTAN a voulu négocier mais Milosevic n’a pas cessé son action. Après 78 jours d’actions, il a retiré ses troupes.
Par sa mort, Milosevic prive des millions de personnes de leur droit à la vérité et à la justice.

« L’héritage sanglant d’un homme dont le talent était de mentir »
Auteur Paddy Ashdown

Ancien dirigeant du parti libéral-démocrate britannique (1988-1999), Paddy Ashdown est l’ancien Haut représentant pour la Bosnie Herzégovine (2002-2005). Il est aujourd’hui membre de la Chambre des Lords britanniques.


Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence « Bloody legacy of a man whose talent was lying », par Paddy Ashdown, The Independent, 13 mars 2006.

Résumé L’héritage de Slobodan Milosevic est le sang et le chaos. C’est lui qui est responsable en grande partie des milliers de morts causés par l’éclatement de la Yougoslavie, même si Franjo Tudjman était aussi responsable. Milosevic était davantage un opportuniste qu’un nationaliste, mais il a libéré les forces du nationalisme serbe. La réponse fut Tudjman en Croatie et un génocide et un nettoyage ethnique en Bosnie.
Milosevic a apporté la honte et le désastre chez les Serbes, peuple qui apparaît aujourd’hui dans le monde comme le responsable de massacres comme ceux de Srebrenica. À la fin, les Serbes ont réalisé qui il était et ils l’ont renversé. Mais il a trompé les dirigeants occidentaux trop longtemps et l’intervention contre lui a été trop tardive. Il a réussi à les berner par son charme et sa capacité à mentir.
Aujourd’hui, les Balkans sont les champions du monde de la théorie du complot, gageons qu’ils trouveront bientôt des théories sur la mort de Slobodan Milosevic. Mais à quoi sa mort aurait-elle servi ? Elle n’aide pas en tout cas le tribunal de La Haye.

« Il a décidé que son état de santé devait empirer »
Auteur Carla Del Ponte

Ancienne procureur générale de la Confédération helvétique, Carla Del Ponte est procureur du Tribunal pénal international ad hoc pour l’ex-Yougoslavie (TPIY)


Source Le Monde (France)
Référence « Il a décidé que son état de santé devait empirer », par Carla Del Ponte, Le Monde, 14 mars 2006. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé D’après moi, c’est Slobodan Milosevic lui même qui a décidé que son état de santé devait empirer. Il a pris des médicaments en cachette soit pour aller à Moscou, soit pour se suicider. Nous suivions de très près son état de santé et dès qu’on m’a annoncé sa mort, j’ai pensé qu’il s’était suicidé. Il n’y avait rien d’alarmant dans les rapports médicaux dont on me faisait part, simplement une polémique sur le traitement qu’il fallait lui donner. Il faut savoir ce qui a causé l’attaque cardiaque mais en tout cas, il nous a joué un mauvais coup. Après tout ce qu’on a fait ! C’est incroyable. C’est difficile à accepter, mais c’est comme ça.
Le procès devait prendre fin cet été et nous n’attendions pas de coup d’éclat de la défense. Si on me disait aujourd’hui qu’il faut aller à la cour et requérir, je n’aurais pas de problème. Je peux parler pendant des heures sur la culpabilité de Slobodan Milosevic. Et j’aurais demandé la prison à vie. Je suis extrêmement déçue par ce décès qui nous coupe l’herbe sous le pied, mais je veux rebondir. Je veux Radovan Karadzic, je veux Ratko Mladic.
Je ne pense pas que ce décès aura un impact sur la coopération serbe avec le tribunal. J’espère même que ce sera le contraire, que cela provoquera une accélération.
Je pense que nous avons eu raison de juger la politique de Slobodan Milosevic dans sa totalité et non pas faits après faits comme c’est le cas dans le procès de Saddam Hussein. La justice doit être un élément de réconciliation. Si quelqu’un veut une justice à la carte, très bien, mais c’est quelqu’un d’autre qui portera cette responsabilité, certainement pas un procureur de tribunal. Un jugement n’est pas seulement une condamnation. Ces procès doivent apporter aussi la vérité, clarifier les faits.

« Pour les Serbes, la mort de Milosevic les lave d’une tâche »
Auteur Milan Panic

Entrepreneur serbo-états-unien et PDG de l’entreprise MP Biomedicals, Milan Panic a été Premier ministre yougoslave (1992-1993).


Source International Herald Tribune (France)
Référence « For Serbs, Milosevic’s death removes a stain », par Milan Panic, International Herald Tribune, 14 mars 2006.

Résumé Tous les pays ont, dans leur histoire, de bons et de mauvais dirigeants. Pour nous, les Serbes, Slobodan Milosevic a été le pire. Il n’a pas seulement été responsables des morts dans la guerre avec la Croatie ou les massacres en Bosnie et au Kosovo. Il est aussi responsable de l’éclatement de la Yougoslavie et des bombardements américains de 1999.
Comme je l’avais dit à Madeleine Albright quelques mois avant l’intervention de l’OTAN, je souhaitais que les troupes de l’OTAN aillent à Belgrade pour arrêter Milosevic. C’est à ce moment là qu’il aurait fallu l’envoyer à La Haye. Albright a déclaré que c’était illégal et a repoussé l’idée, mais elle n’a pas jugé immoral de bombarder une population serbe innocente. Aujourd’hui, dans leur réécriture de l’Histoire, les Américains déclarent que ce sont les bombardements qui ont affaibli puis entraîné la chute de Milosevic. C’est faux, ils l’ont renforcé et cela a prolongé son règne. _Quand j’ai été Premier ministre au début des années 90, j’étais l’opposant de Slobodan Milosevic. Il s’est déchaîné contre moi, a truqué les élections et m’a ainsi privé du pouvoir. S’il ne l’avait pas fait, la Serbie serait aujourd’hui membre de l’Union européenne. Désormais, il faut s’assurer que les anciens cadres du parti communiste serbe ne vont pas convaincre la population serbe que Milosevic a été empoisonné.
Maintenant que Milosevic est mort, nous devons reconstruire notre réputation.

« La Russie et Milosevic »
Auteur Hani Shadi
Hani Shadi est écrivain et correspondant à Moscou de plusieurs journaux arabes dont Al Watan, et de chaînes de télévisions telles que la BBC.


Source Al Watan (Koweit)
Référence « روسيا وميلوسيفيتش », par Hani Shadi, Al Watan, 15 mars 2006.

Résumé La mort imprévue du dictateur serbe Milosevic dans sa cellule à La Haye a produit un mécontentement, sur tous les plans, chez une majorité de Moscovites. Alors que certains ne font que regretter son décès, les autres accusent l’Occident et La Haye d’être derrière sa mort. Le ministère russe des Affaires étrangères a présenté ses condoléances à la famille du défunt, et a rappelé qu’il avait proposé d’accueillir Milosevic à Moscou, pour y être hospitalisé. Mais le tribunal de La Haye a refusé la proposition russe.
De son coté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que son pays ne croit pas que les résultats de l’autopsie soient valides. Ainsi, la Russie a-t-elle envoyé une délégation de cardiologues réviser le rapport d’autopsie. De même, le vice-président du parlement russe, V. Gironovski, s’est attaqué aux pays occidentaux, en les accusant d’avoir tué le leader serbe.
La position russe vis-à-vis l’ex-président de la Yougoslavie trouve son explication dans les relations historiques entre les deux peuples russe et serbe, des relations renforcées par l’appartenance aux mêmes racines religieuses et linguistiques. Bien que certains experts, tel l’analyste politique russe S. Markov, pensent que Moscou ne sympathise pas avec Milosevic, mais avec le peuple serbe. Par ailleurs, les forces nationalistes et gauchistes russes ne cachent pas leur soutien et leur sympathie avec le dictateur serbe. N’est-t-il pas le symbole nationaliste de son peuple ?
Ces mêmes forces se sont précipitées pour accuser l’Occident d’avoir mis en œuvre un complot contre l’ex Yougoslavie après avoir réussi à détruire l’ex Union Soviétique. Accusant, de même, l’ex président russe Boris Eltsine d’avoir abandonné Milosevic pour se joindre aux Occidentaux.
Moscou jouera, très probablement, la carte du décès de Milosevic pour dénigrer La Haye, surtout que plusieurs autres leaders serbes doivent être traduits devant ce tribunal.

« Comment le TPI a permis à Milosevic de se poser en victime »
Auteur François Terré

Agrégé de droit privé, docteur en droit, ancien avocat et professeur de droit et ancien conseiller technique du ministre français de la Justice Jean Foyer (1962-1967), François Terré préside l’Association française de philosophie du droit depuis 1983 et dirige les Archives de philosophie du droit. Il est membre de l’Institut de France.


Source Le Figaro (France)
Référence « Comment le TPI a permis à Milosevic de se poser en victime », par François Terré, Le Figaro, 13 mars 2006.

Résumé Quels qu’aient été les actes commis par Slobodan Milosevic et quelles qu’aient été les causes de sa mort, une chose est claire : il a été soumis à une parodie de justice. En créant le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie après les horreurs qui accompagnèrent l’éclatement de celle-ci, la Conseil de sécurité a, en 1993, agi hors de ses compétences. Il donnait d’ailleurs à cette juridiction pénale d’exception des pouvoirs exorbitants, à commencer par la possibilité d’aménager elle-même la procédure suivie devant elle, ce qu’elle a fait à plus de douze reprises entre 1994 et 1997.
Le contenu du règlement révèle des atteintes inadmissibles aux principes élémentaires de procédures pénales et les droits de la défense étaient bafoués. La chambre de première instance n’exige pas la preuve de ce qui est de notoriété publique bien qu’on sache combien les opinions avaient été manipulées par les sociétés de communication américaines. Les « témoins experts » ont faussé le cours des débats et le financement ainsi que la composition des juridictions ont été contraires aux principes élémentaires du droit. Aucun magistrat serbe n’a été admis. Ajoutons à cela des démarches indignes : dissimulation de documents, tromperies et ruses pour attirer des personnages prêts à coopérer à l’œuvre dite de justice et marchandage avec le gouvernement serbe pour livrer Milosevic.
Mme Carla Del Ponte n’a pas mâché ses mots, mais ses méthodes ont permis à M. Milosevic de se présenter en défenseur des principes du droit et en victime. Il existe encore aujourd’hui des juristes trop attachés au droit et à la justice pour en supporter d’intolérables travestissements.

« De Milosevic à Sharon «
Auteur Elias Khouri
Elias Khouri est écrivain et rédacteur en chef de la rubrique culturelle du quotidien Annahar. Il est également maître de conférences à l’université de New York.


Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « من ميلوسوفيتش الي شارون », par Elias Khouri, Al Quds Al Arabi , 14 mars 2006.

Résumé Le dictateur serbe a trouvé la mort avant d’être jugé. Mais l’affaire concerne tout un monde dont la mémoire s’est réduite du fait de l’action des États-Unis après qu’ils aient gagné la Guerre froide.
Milosevic et la bande de criminels serbes méritent d’être traduits devant le tribunal de La Haye pour payer le prix de leurs crimes. Pourtant, la communauté internationale a oublié, ou prétend oublier que le seul ayant défendu les délits de purification ethnique du Kosovo, et ayant refusé l’intervention internationale pour obliger Milosevic à accepter le retour des deux millions de réfugiés, était un général israélien dont le nom est Ariel Sharon. C’était avant que Bush le qualifie d’ » homme de paix », avant qu’il devienne président du gouvernement israélien, etc. On connaît la suite.
Sharon était le seul politicien dans le monde qui avait remarqué l’utilité du leader serbe et l’avait soutenu. Vu que l’ex général sentait que la politique contre la purification ethnique menaçait l’État hébreu, qui est fondé, également, sur une purification ethnique depuis 1948. Personne ne s’est opposé, à l’époque, au point de vue du général Sharon, qui peut pourtant être comparé avec les visions « folles » du président iranien. De même, aucun responsable n’a établi de liens entre la purification ethnique israélienne et serbe.
Les États-Unis ont éliminé toute possibilité de fonder un monde juste, où le droit international sera la clef des différents conflits. Ainsi ont-ils établi deux voies juridiques différentes : Celle de La Haye, pour juger les crimes de guerre en Serbie et au Rwanda. Et celle de Guantanamo, d’Abou Ghraib et de l’oppression israélienne, qui détruit les règles du droit international. L’objectif, derrière une telle politique, peut être divisé en deux. Sa première partie est le pétrole arabe, qui justifie l’invasion états-unienne du Golfe, où l’administration Bush opère contre les principes du droit international.
La politique israélienne est exonérée du droit international qu’elle ne cesse pas de violer. D’ailleurs, entre Milosevic et Saddam on peut constater une discrimination flagrante. Alors que le jugement du premier est prévu dans un tribunal international, le deuxième est traduit devant un tribunal misérable de Bagdad. La raison est claire et simple : ouvrir les dossiers des crimes contre l’humanité commis par le dictateur irakien devant un tribunal de Bagdad évitera d’impliquer les forces d’occupation dans le dossier criminel.
C’est vraiment regrettable que Milosevic ait trouvé la mort avant d’être jugé.

« Milosevic était le Saddam des Balkans, dans tous les sens du terme »
Auteur Justin Raimondo

Justin Raimondo est le directeur du site Antiwar.com ainsi que rédacteur au journal The American Conservative de Patrick Buchanan. Il est membre du Randolph Bourne Institute ainsi que du Ludwig von Mises Institute, deux think tanks libertariens et non-interventionnistes aux États-Unis. Proche des conservateurs libertariens, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont la biographie du père fondateur du mouvement libertarien Murray N. Rothbard An Enemy of the State. Il a signé avec Pat Buchanan le livre Reclaiming the American Right : The Lost Legacy of the Conservative Movement et Into the Bosnian Quagmire : The Case Against U.S. Intervention in the Balkans.


Source The American Conservative (États-Unis)
Référence « Slobodan Milosevic,RIP », par Justin Raimondo, The American Conservative, 14 mars 2006.

Résumé La mort de Milosevic a été l’occasion pour toutes les factions du Parti de la Guerre, par-delà leurs querelles actuelles sur la guerre en Irak, de se rassembler pour une manifestation d’unité bipartite et trans-courants : depuis le Weekly Standard à la New Republic en passant par à peu près tout ce qui se trouve entre ces deux pôles des médias politiques, l’opinion consensuelle est que la guerre « de libération » du Kosovo, écrasé par la botte serbe, était une cause juste. Les mêmes Démocrates clintoniens qui aujourd’hui décrient l’unilatéralisme effronté des États-Unis en Irak ont pourtant approuvé la guerre contre le « le boucher des Balkans » - entreprise sans accord de l’ONU - et la défendent à ce jour.
Le bombardement de la Yougoslavie, qui a tué entre cinq et sept mille civils serbes, a été, à l’époque, âprement combattu par les Républicains au Congrès, et ils ont été accusés pour cela par le camp d’en face de saper le moral des troupes et d’agir comme la cinquième colonne des Serbes. Car, quand George W. Bush et ses partisans mettent en doute le patriotisme des adversaires de la guerre en Irak, les cris d’orfraie des Démocrates ne suscitent aucune sympathie de ma part. Rien n’est plus doux à mon oreille que le couinement d’un hypocrite quand il est empalé sur son propre pieu.
L’image du vieux « Slobo » en une des journaux à réveillé chez moi la nostalgie - souvenirs du bon vieux temps quand Antiwar.com était jeune et que nous commencions à peine à démasquer les manigances du Parti de la Guerre. Il n’était pas facile alors d’être un activiste pacifiste ; nous n’étions pas nombreux face aux foules de gauche qui soutenaient la première vague de l’interventionnisme Wilsonien qui devait plus tard se métamorphoser en doctrine Bush. Nous avions en face de nous un large front uni, composé des militants du Parti Démocrate, de néo-conservateurs, de George Soros et des intellectuels de gauche du genre Susan Sontag et son col-roulé noir, ainsi que Bianca Jagger et la pasionaria trotskiste Vanessa, tous s’acharnant à diaboliser l’ensemble des Serbes. Pour le journal New Republic, ils étaient un peuple intrinsèquement mauvais qui méritait la punition collective, une « rééducation en profondeur » et une occupation militaire permanente.
Milosevic était le Saddam des Balkans, et la Serbie - un pays délabré sans ressources, économiques ou militaires, et ne menaçant en rien les États-Unis- avait une ressemblance mystérieuse avec l’Irak d’avant-guerre. Dominé par un parti unique depuis des décennies, avec une économie détruite par des années de mauvaise gestion socialiste et de pillage affairiste, dominé par la terreur et le bakchich, la Serbie - comme l’Irak - voulait croire au mythe de la souveraineté. Peu importe que le Kosovo ait appartenu à la Serbie pendant des siècles, qu’il abrite le siège historique des mythes nationaux, ses églises hébergeant l’âme serbe - rien de tout cela n’avait de valeur pour les Américains. Tout comme ils se fichent aujourd’hui que ces églises soient carbonisées et que le Kosovo soit tombé entre les mains des terroristes et des seigneurs de drogue de la mafia albanaise, devenant un carrefour international de la traite des blanches et du trafic d’armes.
Ce qui compte c’est que les moralistes de la gauche interventionniste puissent se congratuler entre eux et se tapoter le dos pour avoir stoppé le « génocide ». Car les mots « camp de concentration », « génocide », « Hitler-nazi », « nettoyage ethnique » - tous ces mots familiers remis à la mode par les néo-conservateurs pour justifier l’invasion de l’Irak ont été testés et rodés par la Maison-Blanche de l’époque pour justifier une guerre contre un pays qui ne nous avait jamais attaqués et ne nous menaçait en rien.
Il se trouve aujourd’hui des Démocrates qui disent avoir étés trompés pour la guerre en Irak. Combien d’entre eux se souviennent que ce n’est pas la première fois ? Savent-ils que nous avons encore des troupes au Kosovo ? Manifestent-ils pour leur retrait ? Aujourd’hui ils s’offusquent qu’Halliburton profite de la guerre, mais aucune d’eux n’a pipé mot quand cette même compagnie a engrangé des milliards en exclusivité pour construire les bases de la présence militaire états-unienne aux Balkans. C’est fou ce que nous oublions vite. Et c’est pourquoi je suis ici : pour vous rappeler, en termes peu complaisants, que rien de tout ceci n’est nouveau.

« Tu peux dormir tranquille, Bill Clinton : Milosevic ne pourra plus parler »
Auteur Jeremy Scahill

Jeremy Scahill est journaliste pour la télévision et radio états-unienne Democracy Now.


Source Antiwar.com (États-Unis)
Référence « Rest Easy, Bill Clinton : Milosevic Can’t Talk Anymore », par Jeremy Scahill, Antiwar.com, 14 mars 2006.

Résumé Les médias des grands groupes de presse se sont appliqués à passer sous silence, lors de la mort de Milosevic, des fait qu’ils ont ignoré également lorsqu’il était encore en vie - sa connaissance intime des crimes de guerre commis par les États-Unis en Yougoslavie. Si Milosevic était sans aucun doute un criminel de guerre qui a mérité d’être jugé pour ses crimes, il était également le seul homme capable d’exposer en détail la pleine mesure du rôle joué par les États-Unis dans la désintégration sanglante de la Yougoslavie lors des années 90. C’était d’ailleurs la principale motivation de son combat au TPI, jusqu’à sa mort.
Le TPI, un mauvais ersatz de cour internationale, relevant plus d’un tribunal de vainqueurs que de la justice, aurait pu permettre, à travers le cas de Milosevic, de sortir au grand jour les détails du bombardement illégal de la Yougoslavie par l’OTAN et les États-Unis, pendant 78 jours, en 1999. Régulièrement muselé par des points de procédure soulevés par la cour, Milosevic a tenté à plusieurs reprises d’amener le débat sur ces questions. Avec sa mort disparaît le dernier espoir des victimes de ces crimes en Yougoslavie d’obtenir un jour sinon réparation, au moins reconnaissance, devant la justice internationale.
La mort de Milosevic signifie que ceux qui ont bombardé la Yougoslavie pendant 78 jours il y a sept ans, tuant des milliers de personnes, seront une fois pour toutes protégés de toute enquête publique. Jamais quiconque n’aura à répondre du bombardement états-unien de la télévision-radio serbe, qui avait tué 16 journalistes et techniciens. Idem pour le bombardement aux bombes à fragmentation du marché de Nis, qui avait déchiqueté des civils innocents. Ou encore l’utilisation d’armes à uranium appauvri. Ou le bombardement des usines pétrochimiques déversant des produits toxiques dans le Danube. Il n’y aura aucune condamnation du bombardement des réfugiés albanais par les États-Unis, ou l’attaque délibérée d’un train de voyageurs civil, ou le bombardement de l’ambassade chinoise à Belgrade.
Milosevic aurait également exposé comment les États-Unis soutiennent au Kosovo un régime qui a systématiquement expulsé les Serbes, Roms, et autres minorités ethniques de leurs maisons et a brûlé quantité d’églises. Il aurait apporté la preuve que les États-Unis ont équipé et formé l’armée de libération de Kosovo, qui s’est comportée comme un escadron de la mort. Ou encore comment le nouveau premier ministre du Kosovo, Agim Ceku, est un criminel de guerre formé par États-Unis, qui a gagné ses galons d’infamie en Bosnie et au Kosovo.
Il est ironique que la dernière bataille légale de Milosevic ait été une tentative de contraindre son vieil ami et adversaire, Bill Clinton, de venir témoigner à son procès. Il aurait, sans aucun doute, des questions inconfortables à poser à celui qui dirigea les États-Unis pendant toute la durée de cette guerre. Les autorités juridiques de La Haye ont tout fait pour qu’une telle confrontation ne se fasse jamais et le gouvernement des États-Unis est allé jusqu’à menacer de sanctions militaires tout pays obligeant un fonctionnaire états-unien à venir témoigner devant ce tribunal. Avec ou sans Clinton, la défense de Milosevic aurait mis en évidence et documenté en détail les crimes de guerre commis par les États-Unis.



Réseau Voltaire


Vendredi 17 Mars 2006

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires