ALTER INFO

L’accusation de ségrégation de Carter sonne juste


Dans la même rubrique:
< >

San Francisco Chronicle,
Saree Makdisi


Saree Makdisi
Samedi 23 Décembre 2006


Les palestiniens n’ont pas le droit de conduire leur propre voiture dans une grande partie de la Cisjordanie ; les transport public sont fréquemment interrompus ou absolument bloqués par le quadrillage de points de contrôle de l’armée israélienne -- mais les colons juifs vont et viennent librement dans leurs voitures, sans même s’arrêter aux barrages routiers qui bloquent les autochtones. N’est-ce pas de la ségrégation ?


Un système de murs et de couvre-feux a étouffé l'économie palestinienne en Cisjordanie -- mais aucune de ces dispositions ne s'applique là-bas aux colonies juives. N’est-ce pas de la ségrégation ?


Des régions entières de Cisjordanie, classées « zones militaires fermées » par l'armée israélienne, sont inaccessibles aux palestiniens, même aux palestiniens propriétaires de la terre -- mais les étrangers concernés par la Loi du Retour d’Israël (soit tout juif de tout lieu du monde) peuvent y accéder sans obstacle. N’est-ce pas de la ségrégation ?


Les palestiniens d'origine sont systématiquement interdits d'entrer ou de résider en Cisjordanie -- mais les juifs, israéliens ou pas, peuvent aller et venir, et même vivre, dans les territoires palestiniens occupés. N’est-ce pas de la ségrégation ?


Israël maintient deux jeux de règlements en Cisjordanie : l’un pour les juifs, l’autre pour les non-juifs. Le seule chose fausse dans l’emploi du mot « ségrégation » pour décrire un système aussi répugnant, c’est que la version sud-africaine du racisme institutionnel n’a jamais été aussi alambiqué que son pendant israélien -- ni n’a eu pareil chœur de défenseurs chez les différents libéraux US.


Cependant, l’erreur manifeste dans le livre de Carter, est son insistance à ce que le terme « ségrégation » ne peut s'appliquer à Israël lui-même, où, dit-il, les citoyens juifs et non-juifs ont le même traitement en vertu de la loi. Ce n'est absolument pas vrai.


La loi israélienne permet des différences de privilèges entre citoyens juifs et non-juifs de l'état -- en matières d'accès à la terre, d'unification familiale et d'acquisition de la citoyenneté. L’amendement de la loi sur la nationalité d’Israël, par exemple, empêche les citoyens israéliens palestiniens qui sont mariés à des palestiniens des territoires occupés de vivre ensemble en Israël. Une loi similaire, passée à l’apogée de la ségrégation en Afrique du Sud, fut rejetée par la cour suprême de ce pays comme violation au droit familial. La haute cour d’Israël a confirmé cette loi juste cette année.


Israël proclame lui-même bruyamment être l'état du peuple juif, plutôt que l'état de ses véritables citoyens (un cinquième sont palestiniens arabes). En fait, en enregistrant les citoyens, le Ministère de l'Intérieur israélien leur attribue tout un éventail de nationalités autres que « israélienne ». Dans l'enregistrement officiel, la case nationalité du citoyen juif d’Israël indique « Juif. » Pour un citoyen palestinien, la même case indique « Arabe. » Quand cette injustice flagrante a été clamée de toutes les manières devant la haute cour d’Israël, les juges l'ont confirmée : « Il n'y a pas de nation israélienne distincte du peuple juif. » Au mieux, évidemment ça laisse les citoyens non-juifs d’Israël à l’intérieur, une situation quelque peu ambiguë. Alors, peu se demandent comment une solide majorité de juifs israéliens considèrent leurs camarades citoyens arabes quand ils les appellent « une menace démographique », que beaucoup -- dont le premier ministre adjoint -- voudraient voir éliminée radicalement. Qu’est-ce que tout cela, si ce n’est pas du racisme ?


Plusieurs de ces mêmes individus et institutions qui dénoncent aussi bruyamment le Président Jimmy Carter ne toléreraient pas un instant une aussi flagrante injustice aux Etats-Unis. Pourquoi trouvent-ils des excuses au racisme que pratique ouvertement Israël ? Pourquoi couvrent-ils de critiques notre ancien président quand il parle de conscience d'un système de ségrégation ethnique véritablement injuste?


Peut-être est-ce parce qu’eux-mêmes ne font que trop se rendre compte qu'ils défendent l'indéfendable ; parce qu'ils ne font que trop se rendre compte que l’empereur qu'ils sont en train d’essayer de dissimuler n’a absolument aucun vêtements. Il y a une limite au temps que peut durer une telle fourberie. Et la principale leçon du livre de Carter est que nous avons finalement atteint cette limite.

Saree Makdisi est professeur d’anglais et de littérature comparative à l’Université de Californie de Los Angeles, et fréquent commentateur des problèmes du Moyen-Orient.


Original : http://www.sfgate.com/

Traduction de Pétrus Lombard



Dimanche 24 Décembre 2006

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires