Palestine occupée

L’« accord final » que propose Jared Kushner dépouillerait le peuple palestinien de toute sa dignité


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Après trois guerres arabo-israéliennes, des dizaines de milliers de Palestiniens tués et des millions de réfugiés, Kushner croit-il vraiment que les Palestiniens se contenteront d’argent ?


france-palestine.org
Mercredi 4 Juillet 2018

Jared Kushner
Jared Kushner
N’y a-t-il aucune humiliation épargnée aux Palestiniens ? Après Oslo, après la « solution à deux états », après les années d’occupation israélienne – de la « Zone A » et de la « Zone C » pour définir sous quelle sorte d’occupation les Palestiniens doivent vivre – après l’énorme colonisation juive de terres volées à leurs propriétaires arabes, après les massacres collectifs de Gaza, et après que Trump a décidé que Jérusalem, l’ensemble de Jérusalem, doit être la capitale d’Israël, va-t-on demander aux Palestiniens de se calmer pour de l’argent et pour un malheureux village ? N’y a-t-il aucune honte épargnée ?

Car les Palestiniens doivent bientôt recevoir l’« accord final » – « final », comme en dernier, définitif, terminal, concluant, plus-aucune-carte-à jouer, retirez-vos-billes, jouez-le-tout-pour-le-tout, c’est-à-prendre-ou-à-laisser, allez-au-diable, cesser-de-s’abstenir, « accord » de fin de partie. Un pitoyable village comme capitale, pas de fin de la colonisation, pas de sécurité, pas d’armée, pas de frontières extérieures, pas d’unité – en échange d’une énorme somme d’argent, des milliards de dollars et d’euros, des millions de livres, des tas de dinars et de shekels et de fric et d’argent sale, du vrai “pognon”.

« Je crois », a dit cette semaine le Prince héritier Kushner, « que les Palestiniens sont moins investis dans les points de discussion des hommes politiques qu’ils ne le sont dans la volonté de voir comment un accord leur donnera, ainsi qu’à leurs descendants, de nouvelles possibilités, des emplois plus nombreux et mieux payés et des perspectives de vie meilleure.” Le gendre de Trump – « conseiller » pour le Moyen-Orient, promoteur immobilier et investisseur des USA – est-il en train de délirer ? Après trois guerres arabo-isréliennes, après la mort de dizaines de milliers de Palestiniens et après des millions de réfugiés, Jared Kushner croit-il vraiment que les Palestiniens vont se calmer pour de l’argent ?

N’a-t-il pas remarqué - jamais- que les Palestiniens qui ont manifesté, qui ont souffert, qui sont morts et qui ont perdu leurs terres depuis 70 ans, n’ont pas manifesté dans les rues de chez eux pour de meilleures routes, pour des zones libres de droits de douane ou pour un autre aéroport ? Pense-t-il que les gens de Gaza sont descendus dans les rues de chez eux et ont marché vers la barrière-frontière mortelle parce qu’ils exigent de nouvelles maternités ? Comment peut-il humilier un peuple arabe dans son ensemble en suggérant que sa liberté, sa souveraineté, son indépendance, sa dignité, la justice et l’appartenance à une nation sont simplement des « points de discussion d’hommes politiques » ? N’y a-t-il aucune limite à cette folie ?

Non, il n’y en a pas. Quant aux détails donnés au compte-gouttes sur l’« accord final » de Trump-Kushner, qui apparaissent dans les journaux israéliens -avec en tête le vénérable Haaretz- c’est que les Palestiniens devront renoncer à Jérusalem-Est en tant que capitale de la future « Palestine", qu’Israël se retirera d’une poignée de villages à l’Est et au Nord de Jérusalem - dont le misérable village d’Abu Dis – pour créer une « capitale » à la Potemkine [1], mais restera pour toujours dans la Vieille Ville. Qu’un état palestinien sera complètement démilitarisé ( autant pour la « sécurité »), mais que chaque colonie juive construite illégalement sur des terres arabes – pour les Juifs et les Juifs seulement – sera maintenue et qu’Israël contrôlera l’ensemble de la Vallée du Jourdain. Le droit au retour ? Oubliez-le.

Et tout cela pour des milliards de dollars dans des projets d’infrastructure, une zone franche à Al Arish dans le Sinaï, une profusion d’argent au profit de la Cisjordanie, une nouvelle direction palestinienne – s’en irait le corrompu, l’arrogant, le sénile, le dictatorial Mahmoud Abbas, dont la direction n’a « aucune idée » et n’a fait « aucun effort susceptible de réussir » (cette dernière allusion de la part de Kushner, bien sûr) au profit d’un homme nouveau et pragmatique qui sera (pensée ici encore plus délirante) encore plus docile, plus épris de paix et plus à plat ventre que Abbas lui-même.

Toutes ces bêtises dépendent des largesses de l’Arabie Saoudite – dont l’incompétent prince héritier semble être en conflit avec son royal père, qui n’entend pas renoncer à l’initiative saoudienne initiale d’état palestinien avec Jérusalem comme capitale – et de la faiblesse du Roi Abdullah de Jordanie, dont les souffrances financières imposées à son pays par le FMI ont provoqué des émeutes sans précédent et la chute de son gouvernement, comme du soutien du maréchal-président de l’Egypte qui sera soi-disant content d’imposer sa loi et des avantages financiers à la frontière entre l’Egypte et Gaza. Ah oui, et il n’y aura aucun lien concret entre Gaza et la Cisjordanie. Le Hamas a été oublié, semble-t-il.

Que fait-on, rire ou pleurer ? Quand Trump a déplacé l’ambassade des EU de Tel Aviv à Jérusalem au beau milieu du massacre à Gaza, le monde a crié – mais ensuite s’est tu. L’écran partagé de l’adulation diplomatique et du massacre collectif, à peine à une centaine de milles plus loin, a en quelque sorte normalisé le mélange de mort et d’injustice dans le conflit arabo-israélien. Oui, ils ont réussi leur coup. Si les diplomates américains peuvent se mettre au garde-à-vous à Jérusalem à rebours du crépitement des tirs des snipers le long de la frontière avec Gaza, quelle est la prochaine étape ?

Il ya quelque chose de bizarre, de presque comique, pour ce qui est des photographies des « pacificateurs » diplomatiques américains assis autour du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. En Occident, nous faisons le choix – pour des raisons éthiques fondées – de ne pas mettre l’accent sur l’origine religieuse ou ethnique de ces hommes. Mais les Israéliens le font, le philosophe Uri Avnery le fait, et Haaretz le signale : qu’ils sont tous Juifs – au moins deux d’entre eux sont des partisans enthousiastes de la colonisation israélienne des terres de la Cisjordanie palestinienne, dont l’ambassadeur des EU en Israël, qui a qualifié le modéré groupe de pression juif de J Street [2] de « pire que les kapos ».

N’était-il pas possible, parmi l’ensemble du corps diplomatique des EU et des « conseillers » de l’Amérique, de trouver au moins un Américain musulman pour se joindre à l’équipe ? Les « pacificateurs » n’auraient-ils pas tiré avantage d’une voix seulement venant d’un homme ou d’une femme partageant la même foi que l’« autre » moitié de la paix arabo-israélienne proposée ?

Mais non. Et cela n’aurait rien changé. Abbas a rompu toutes les relations diplomatiques avec la Maison Blanche depuis la reconnaissance par Trump de Jérusalem comme la capitale d’Israël, et a rappelé son ambassadeur à Washington. L’« accord final » – l’accord d’Oslo initialement, bien que cela ait été une coupe empoisonnée, et ensuite toute une série de reculs et de retraits miniatures et d’occupations supplémentaires, et ensuite des conférences ad hoc « anti-terroristes » ad hoc – ne constitue maintenant que l’humiliation totale des Palestiniens : pas de Jérusalem-Est, pas de fin de la colonisation, pas de reconnaissance du droit au retour, pas d’état, pas d’avenir. Juste du fric.

Traduit de l’anglais par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers

Photo de couverture : Reuters

[1] NDLR AFPS : Potemkine : après que les Russes ont vaincu les Turcs et annexé la Crimée en 1783, la tsarine Catherine II a nommé Grigori Potemkine, gouverneur des territoires conquis. En 1787, Catherine II a visité le Sud de l’empire russe et a été impressionnée par les transformations réalisées. Certains ont alors accusé Potemkine d’avoir construit de faux villages pour épater la tsarine. Le mythe des « villages Potemkine » s’est perpétré jusqu’à aujourd’hui.

[2] J Street est un groupe de pression juif, à but non lucratif, créé en 2008 et basé aux Etats-Unis. Il a pour but de mettre fin au conflit israélo-palestinien et israélo-arabe de manière diplomatique et pacifique. Il conteste la prétention de l’AIPAC (équivalent du CRIF aux USA), soutien de la droite israélienne et proche du Likoud, à représenter l’opinion majoritaire des Juifs américains.


Mercredi 4 Juillet 2018


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