Politique Nationale/Internationale

L'UE, les Etats-Unis et l'Amérique latine: un trio discordant


Ceux qui pensaient que le marxisme tomberait dans les oubliettes de l'histoire après la désintégration de l'URSS se trompent lourdement. La gauche (certes, avec des nuances et des traits nationalistes évidents) prend un essor vertigineux en Amérique latine. Le Venezuela, le Brésil, la Bolivie et l'Argentine sont aujourd'hui rose-rouge, sans parler de Cuba. Il se peut que le Pérou rejoigne bientôt ces pays après le second tour des élections. Son leader nationaliste est Ollanta Humala , le "Chavez péruvien". D'ailleurs, même si la victoire est remportée par son rival Alan Garcia, considéré formellement comme un social-démocrate, je ne crois pas que la vie sera facile dans ce pays. Pendant la présidence précédente d'Alan Garcia, le pays a connu beaucoup de bouleversements: l'inflation galopante, le terrorisme et la démagogie du pouvoir incapable de régler les problèmes concrets.


Mardi 16 Mai 2006



Par Piotr Romanov, RIA Novosti



La résurgence des idées socialistes s'explique, en grande partie, par les conséquences néfastes de l'activité des corporations transnationales sur le continent latino-américain, la répartition inéquitable de ses richesses et le diktat traditionnel de Washington dans cette région. C'est pourquoi les critiques émises par le président du Venezuela Hugo Chavez ou celui de la Bolivie, Evo Morales, reflètent, malgré une certaine extravagance, une vérité amère. Le continent latino-américain est las de l'injustice, de la pauvreté et du retard dus à l'inefficacité de l'élite politique locale et au pillage impudent des ressources locales par les étrangers.

Ce problème pourrait être réglé par divers moyens si le continent élaborait une position unanime, ce qui semble irréaliste. En plus de la couleur rouge, il y a toujours sur le continent d'autres nuances, plus modérées. La division du continent est évidente. L'Argentine se dispute avec l'Uruguay voisin, la Bolivie n'arrive pas à trouver un langage commun avec le Brésil après la nationalisation du secteur gazier. La Communauté andine éprouve des difficultés depuis que le Venezuela s'en est retiré en accordant la préférence au Mercosur (marché commun d'Amérique du Sud) qui, à son tour, traverse une passe difficile à cause de l'intention de l'Uruguay et du Paraguay de quitter cette alliance pour entretenir des liens plus favorables avec les Etats-Unis. Alexandro Toledo, président démissionnaire, et Alan Garcia sont fâchés contre Hugo Chavez qui a déclaré qu'ils étaient du même acabit, ce qui a entraîné le rappel des ambassadeurs des deux pays. Le président bolivien a qualifié, avec peu de diplomatie, la poignée de main du président péruvien de bouffonnerie. Enfin, Luiz Inacia Lula da Silva, président du Brésil, constate avec inquiétude qu'il est en train de perdre son image de leader incontesté de la région au profit de Hugo Chavez, etc. Autrement dit, au lieu de régler en commun les problèmes urgents du continent, l'Amérique latine traverse une période de remous politiques, idéologiques et économiques intérieurs, de querelles au sein de l'élite politique latino-américaine.

L'Amérique latine est entrée dans une ère nouvelle. Grâce à la formation d'un bloc fort de gauche comprenant Cuba, le Brésil, la Bolivie et l'Argentine, a déclaré récemment le président du Venezuela Hugo Chavez à Londres. Cependant, compte tenu de ce qui vient d'être dit, ce n'est pas le cas. La composante de gauche et nationaliste n'est qu'une partie du processus qui se déroule dans la région et même Hugo Chavez ne sait pas quelles tendances prédomineront en fin de compte.

Mécontents de la coopération avec les Etats-Unis, de nombreux leaders politiques en Amérique latine lient leurs espoirs à l'Union européenne qui, après l'adhésion de l'Espagne et du Portugal, accorde une plus grande attention à l'Amérique latine. Cependant, la jonction réelle fait défaut. Des divergences existent également dans l'UE, il est vrai, pas aussi vives qu'en Amérique latine, par exemple, sur les subventions de l'Etat à l'agriculture, question très importante pour les Latino-Américains. Par conséquent, il était possible de prédire le résultat nul du récent sommet UE-Amérique latine de Vienne. Selon le politologue brésilien Miriam Gomez Saraiva, professeur à l'Université de Rio de Janeiro et docteur de l'Université Complutense de Madrid, le dialogue politique se poursuivra, mais difficilement. L'Amérique latine n'a pas d'autre voie, surtout les pays déçus par le partenariat avec les Etats-Unis, c'est pourquoi elle mise sur l'UE. C'est d'autant plus logique que les deux parties visent formellement à diversifier les contacts économiques et les partenaires.

Cependant, pour l'instant, la coïncidence formelle des intérêts n'a abouti à aucune percée importante, bien que le dialogue ait commencé dans les années 1980, lorsque la politique américaine prédominait en Amérique latine. Aujourd'hui, les accents se déplacent de plus en plus vers l'UE, mais trop lentement pour satisfaire les deux parties. Pour s'entendre et tirer un avantage de la coopération, l'Amérique latine et l'Union européenne doivent, avant tout, nettoyer les écuries d'Augias, c'est-à-dire réduire au minimum leurs contradictions internes. Pour le moment, le trio - l'Amérique latine, l'UE et les Etats-Unis - est bien discordant.


Mardi 16 Mai 2006

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