Economie

L’UE et l’euro survivront-ils le week-end ?



Samedi 28 Février 2009

L’UE et l’euro survivront-ils le week-end ?
Si le gouvernement français a pu éviter un risque systémique avec le sauvetage in extremis de Natixis cette semaine, la menace de faillite en chaîne qui vient des institutions financières des PECO (Pays de l’Europe Centrale et Orientale) risque de faire éclater aussi bien la zone euro que l’Union européenne elle-même.

Le ministre allemand des finances, Peer Steinbrück vient de le reconnaître à demi-mot lors de la rencontre de Berlin en affirmant que des Etats européens « et pas seulement d’Europe de l’Est » pourraient rencontrer des graves difficultés de refinancement.

Interrogé par Le Figaro, l’ancien secrétaire d’Etat allemand aux finances, Thomas Mirow, qui pilote actuellement le plan de soutien financier de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement (BERD) aux banques de l’Europe centrale, reconnaît que la menace est réelle et confirme que quelque 350 milliards d’euros (200 milliards d’euro pour le refinancement et 150 milliards pour la recapitalisation) sont nécessaires à très court terme pour éviter la catastrophe.

« C’est très simple, dit-il, aujourd’hui dix ou douze banques d’Europe occidentale sont fortement engagées en Europe centrale et orientale, notamment des institutions autrichiennes, suédoises, françaises, grecques, italiennes et allemandes. Des faillites de filiales ou de banques à l’Est auraient sans doute un impact en zone euro ».

Comme le note Les Echos, « avec environ 1000 milliards d’euros placés dans leurs banques, dans les Peco, les pays de la zone euro n’ont aucun intérêt à voir leurs voisins s’effondrer économiquement. Car ils ne tarderaient pas à suivre le mouvement ».

En réalité, l’Europe de l’ouest risque de payer très chère la facture pour avoir créé une « petite Chine » sur sa frontière orientale, en concentrant essentiellement ses investissements sur la production, avec une main d’œuvre sous-payé, de biens de consommation - dont des voitures - destinés à être achetés par les consommateurs « rentables » à l’ouest.

Comme en Espagne ou en Irlande, ce « boom » à l’est fut coiffé d’une vaste bulle immobilière et de titrisation à tout va. D’après les calculs de la maison de courtage japonaise Nomura, plus du quart des actifs bancaires dans les Peco pourraient se révéler « pourris ».

L’effondrement de la croissance et de la consommation à l’ouest, entraîne la chute de l’est. Cependant, si elle n’est pas enrayée, la zone euro risque l’éclatement sans parler des tensions politiques qui risquent même de disloquer l’UE.

Convoqué ce dimanche pour un déjeuner de travail informel en vue de préparer la réunion du G-20 qui doit se tenir début avril à Londres, les 27 chefs d’Etats et de gouvernements se voient rattrapés par la réalité.

Car, à l’initiative de la Pologne, et à la grande surprise de la Commission qui veille à la cohésion de l’UE, un « mini-sommet » des Peco aura lieu à Bruxelles, quelques heures avant le sommet de « l’Union ». Si Bruxelles tente de minimiser le caractère exceptionnel de ce mini-sommet, la tension est palpable.

La déclaration de Nicolas Sarkozy affirmant l’obligation des constructeurs automobiles recevant l’aide de l’Etat français de ne pas délocaliser leur production vers la République Tchèque, pays qui préside l’UE, n’est qu’un lapsus prégnant de vérités refoulées.

Une fois de plus, il est grand temps de reconnaître que reporter à plus tard la réorganisation du système monétaire international, proposée par Lyndon LaRouche aux Etats-Unis et Jacques Cheminade en France, dans le vain espoir de pouvoir quand même sauver la masse colossale de titres toxiques qui restent dissimulés dans les bilans, est le chemin le plus sûr vers la débâcle.

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Un Fonds monétaire européen (FME) ne sauvera pas l’euro

Stéphane Cossé, ancien haut fonctionnaire au FMI et Guillaume Klossa, conseiller du secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes pendant la présidence française de l’UE, défendent dans les colonnes des Echos l’impérative nécessité de créer un « Fonds monétaire européen ».

Partant du danger imminent d’une faillite d’Etat en Europe de l’est ou centrale, les auteurs posent la question : « un Etat peut-il réellement faire faillite dans la zone euro ? ». Si un pays en dehors de la zone euro peut faire marcher sa planche à billets ou appeler le FMI au secours, la situation est différente pour les pays membres de l’Eurozone.

D’après les auteurs, trois options se présentent pour ces derniers :

  1. Quitter la zone et « recréer une banque centrale ainsi que sa propre monnaie et faire marcher la planche à billets : une solution coûteuse à la fois pour la population et pour le pays. Il lui faudra en effet de nombreuses années avant de redonner crédit à sa signature et avoir accès à nouveau aux marchés de capitaux à un taux d’emprunt raisonnable. »
  2. « Mettre en place un plan de rigueur convaincant pour les marchés financiers au risque de créer de fortes tensions sociales dans le pays concerné. Mais un tel plan est susceptible de créer un précédent inquiétant pour les autres pays de l’euro. »
  3. « Faire appel au FMI. Mais le FMI peut-il vraiment prêter directement à un Etat de la zone euro ? Les Etats de l’Eurogroupe sont ensemble les premiers actionnaires du FMI et leur monnaie est la seconde monnaie de réserve au monde ! C’est un peu comme si le FMI prêtait à l’Etat de Californie. »

Constat : « La zone euro s’est en fait constitué sans créer un outil essentiel à son fonctionnement, un mécanisme de solidarité financière conjoncturel, un Fonds monétaire européen. Les concepteurs de la zone ont pensé, à tort, que les seules règles de discipline financière des Etats, assorties de sanctions, suffiraient à en assurer la solidité. Ils ont été trop confiants et pas suffisamment ambitieux. »

Pour sauver le système, les auteurs préconisent de passer au plus vite à la vitesse supérieure en matière d’ambition politique et de gouvernance économique. A défaut d’un FME, « on pourrait envisager de créer une facilité exceptionnelle pour la Banque centrale européenne (BCE), d’autoriser un emprunt spécial de la Banque européenne d’investissement, d’allouer une enveloppe spécifique à la Commission européenne dans le cadre d’un fonds de stabilisation conjoncturel. »

Cependant, concluent-ils, « Quel que soit le mécanisme, il faudra bien entendu assortir le soutien financier de conditions analogues à celles des programmes du FMI ».

Alors, c’est ça l’Europe ?

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Samedi 28 Février 2009


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