RELIGIONS ET CROYANCES

L’Islam aux Pays-Bas : un modèle d’intégration en question


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L’assassinat de deux personnalités publiques aux Pays-Bas a troublé l’image d’un pays paisible et d’une démocratie jusque-là tenue pour exemplaire. Nombre de Français semblent découvrir pour la première fois que les Pays-Bas sont, à l’image de La France, un pays d’immigration, et qu’ils comptent une importante "communauté musulmane"...


Mercredi 23 Mars 2005




Introduction
Le sauvage assassinat du réalisateur Théo van Gogh le 2 novembre 2004 en pleine rue d’Amsterdam, et survenant plus de deux ans après celui du leader populiste Pim Fortyun, a permis de braquer pour quelques temps du moins les projecteurs sur un pays voisin mal connu des Français, si ce n’est pour le tourisme des drogues douces et du sexe ou celui des musées. Les Pays-Bas sont associés à l’idée de tolérance, et à celle de consensus et de concertation sociale que l’on désigne par le "modèle polder" et dont les Néerlandais sont en général assez fiers. Mais en l’espace d’un peu plus de deux ans, cette image de pays paisible vient d’être troublée par deux événements traumatisants : l’assassinat de deux personnalités publiques, en pleine rue, dans une démocratie tenue jusque-là pour exemplaire, a de quoi soulever des interrogations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. A l’occasion de ces assassinats, nombre de Français semblent découvrir pour la première fois que les Pays-Bas sont, à l’image de La France, un pays d’immigration, et qu’ils comptent une importante "communauté musulmane".

Ces dernières années, l’intégration des immigrés est l’objet d’un vif débat au sein de la société néerlandaise. Jusqu’à une date relativement récente, le débat portait essentiellement sur le retard socio-économique des populations immigrées et sur la nécessité de mettre en place des politiques d’intégration sociale énergiques afin que les travailleurs immigrés et leurs familles rattrapent le retard par rapport à la population de souche. Mais depuis quelques années, le débat public et politique semble se concentrer sur les aspects socioculturels de cette intégration, et il s’est plus particulièrement cristallisé sur la capacité à s’intégrer à la société néerlandaise des immigrés de culture musulmane. Le meurtre de Theo van Gogh par un islamiste radical, après les attentats du 11 septembre à New York et ceux de Madrid en mars dernier, a relancé la discussion avec d’autant plus de force. Dès 1997 Theo van Gogh avait reçu des menaces identiques émanant d’éléments radicaux islamistes. La députée du parti libéral VVD d’origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, co-auteur du film controversé de Theo Van Gogh sur les violences faites aux femmes musulmanes Submission, avait elle aussi fait l’objet de menaces identiques et ne se déplaçait pas sans gardes du corps. De nouveau directement menacée de mort dans la lettre laissée sur le cadavre du cinéaste par le meurtrier présumé, elle a dû entrer dans la clandestinité le 2 novembre 2004 sous haute protection de la police et des services secrets néerlandais. Le 17 janvier 2005 elle est revenue reprendre ses fonctions de député à la Chambre des représentants (mais toujours sous très haute protection). Elle a d’ailleurs annoncé qu’elle continuerait son combat contre l’oppression des femmes musulmanes. Qu’ une représentante du peuple n’ait pu assurer ses fonctions constitue une atteinte pure et simple à l’Etat de droit et à la démocratie, et on comprend que l’opinion publique comme la classe politique, toutes tendances confondues, aient très mal vécu cette situation. D’autres personnalités néerlandaises craignent aussi pour leur vie et sont désormais sous protection policière, telles Job Cohen, maire social-démocrate d’Amsterdam, et l’un de ses adjoints, Ahmed Aboutaleb (d’origine marocaine et musulman pratiquant), pourtant fervents partisans du dialogue interculturel,. Le 4 novembre, Aboutaleb avait enjoint la communauté marocaine de signaler aux autorités tout individu "risquant de franchir la ligne jaune" [1]. Depuis lors, il fait l’objet d’une protection rapprochée, de nuit comme de jour.

L’image d’une Hollande paisible, royaume de la tolérance et de la concertation sociale, semble désormais surannée. Comment a-t-on pu en arriver là ? Pour mieux comprendre la situation actuelle, il importe de revenir sur ces importantes vagues d’immigration qu’ont connues les Pays-Bas au cours des 40 dernières années, sur les politiques d’intégration des pouvoirs publics et, partant, sur la place effectivement accordée à l’islam dans un modèle prônant le multiculturalisme.

Les Pays-Bas : terre d’immigration et terre d’asile
A l’instar de la France, devant faire face à une pénurie de main-d’œuvre, les Pays-Bas firent appel à un grand nombre de travailleurs du bassin méditerranéen : Espagne, Portugal, puis plus tard, Turquie et Maroc. En 1974, suite au premier choc pétrolier, les pouvoirs publics décrètent un arrêt du recrutement de cette main-d’œuvre étrangère. Mais le flux migratoire ne prend pas fin, car la plupart des gastarbeiders (travailleurs "invités") restent aux Pays-Bas et font venir leurs familles. Un nombre important de Surinamiens choisissent de s’établir aux Pays-Bas en 1975, peu avant l’indépendance de leur pays [2] . Dans les années 80, nombre de Néerlandais des Antilles (Aruba, Bonaire, Curaçao, …) viennent s’installer en métropole ainsi qu’un grand nombre de demandeurs d’asile (voir encadré). Les Pays-Bas qui, à l’image de l’Italie ou d’Espagne, avaient été jusqu’en 1960 un pays d’émigration, deviennent une terre d’immigration. Par ailleurs, un important groupe de Surinamiens vient s’établir aux Pays-Bas en 1975, peu de temps avant l’indépendance du Surinam.

Les musulmans représentent aujourd’hui aux Pays-Bas environ 920 000 personnes sur une population plus de 16 millions d’habitants, soit 5,7 % de la population. Les communautés turque et marocaine sont majoritaires. Outre une grande hétérogénéité ethnique, les musulmans aux Pays-Bas présentent une grande diversité religieuse, reflet de leur pays d’origine et du monde musulman en général, même si les musulmans d’origine turque et marocaine sont majoritairement sunnites (voir annexe 1).Certains musulmans, notamment les immigrés turcs appartiennent au courant aléviste. Avant de voir quelle est la place de l’islam aux Pays-Bas, il faut évoquer l’approche spécifique de la société néerlandaise à propos des rapports entre l’Etat et les Eglises, que l’on désigne par le terme de verzuiling ou pilarisation.

Le phénomène de la pilarisation et les rapports Eglises/Etat
En 1848, les Pays-Bas consacrent la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les principes de liberté religieuse et de liberté de l’enseignement sont inscrits dans la nouvelle constitution. La constitution de 1848 reconnaît l’égalité et la liberté des groupes confessionnels. C’est une avancée très importante, en particulier pour les catholiques néerlandais, jusqu’alors de facto des citoyens de deuxième zone depuis la Révolte (calviniste) des Pays-Bas contre le très catholique Philippe II, qui a débouché sur le création de la République des Provinces-Unies à la fin du XVIe siècle. La minorité calviniste s’empare des rênes du pouvoir. Même si la religion réformée ne deviendra jamais religion d’Etat, elle sera prééminente durant plusieurs siècles. Les catholiques sont tolérés à condition d’être discrets et de ne pas troubler l’ordre public (processions interdites), ils n’ont pas le droit d’exercer leur culte trop ouvertement, d’avoir des églises "ostentatoires" [3], ni de faire sonner les cloches. Ils resteront longtemps suspectés d’intelligence avec l’ennemi espagnol (la guerre de 80 ans dure de 1568 à 1648). Mais pragmatisme néerlandais oblige déjà, la tolérance, et souvent la permission de faire sonner les cloches, variera selon les villes et le bon vouloir des magistrats des villes composés de calvinistes [4]. Henry Mechoulan, dans “Amsterdam au temps de Spinoza”, fait remarquer que les juifs qui viendront se réfugier aux Pays-Bas à la fin du XVIe siècle et tout au long du XVIIe siècle jouiront, notamment à Amsterdam, de plus de liberté religieuse que les Néerlandais de souche catholique ou même les autres protestants. "Le magistrat d’Amsterdam , calviniste orthodoxe, farouche partisan des thèses de Gomarus sur la prédestination ;, exigeait donc une orthodoxie juive afin de ne pas ajouter aux désordres et aux tensions religieuses que pouvait susciter l’hétérodoxie, d’où qu’elle vînt. Ainsi, dès 1619, les juifs d’Amsterdam se virent contraints à la plus stricte observance de leur loi. On peut imaginer la stupéfaction qu’une telle exigence pouvait susciter pour les cryptojuifs ou les conversos qui gagnaient la ville. Pour la première fois dans l’histoire, les juifs se voyaient octroyer un statut plus enviable que des chrétiens. En effet, le magistrat d’Amsterdam donnait aux juifs la possibilité d’exercer librement leur culte, possibilité qu’il refusait à certaines sectes chrétiennes, dont les arminiens, tenus comme une faction hérétique ; ces derniers ne manquaient pas d’exprimer ouvertement leur amertume." [5] Rappelons que les arminiens étaient des calvinistes, mais ils avaient une conception moins stricte, plus "libérale" de la théorie de la prédestination, dogme fondamental du calvinisme et ils s’étaient opposés aux gomaristes, au début du XVIIe siècle. Quant aux autres protestants non-calvinistes (luthériens, anabaptistes), ils devront faire profil bas dans cette République fortement marquée par le dogme calviniste (gomariste). Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle, la création de la République batave (1795-1805) dans le sillage de la Révolution française, pour que catholiques, juifs et protestants non-calvinistes se voient accorder des droits civiques à part entière (Staatsregeling 1798).

L’année 1917 est un nouveau palier déterminant dans les rapports Eglises /Etat et l’organisation de la société. A l’issue d’un long combat mené conjointement par les protestants orthodoxes et les catholiques, la constitution néerlandaise reconnaît l’égalité absolue entre l’enseignement « confessionnel », - les Néerlandais ne parlent pas d’enseignement privé mais d’enseignement spécial (bijzonder onderwijs) - et l’enseignement public. C’est une application rigoureuse des principes de la liberté de l’enseignement et de la liberté religieuses. A compter de 1917, non seulement l’Etat néerlandais reconnaît la diversité religieuse, politique et philosophique, mais il va la co-financer. L’une de figures de proue de ce combat est le leader du parti conservateur anti-révolutionnaire ARP, Abraham Kuyper [6]. Ce fondamentaliste calviniste (il veut revenir aux fondements du dogme calviniste établi à Dordrecht, 1618, qui tranche en faveur des calvinistes gomaristes et pour une stricte observance de la théorie de la prédestination) est l’idéologue du système de la verzuiling, de la pilarisation, qui va caractériser la société néerlandaise jusqu’à la fin des années 60. De quoi s’agit-il ? "D’un cloisonnement" de la société en zuilen ou piliers, correspondant aux différentes familles de pensée religieuse, philosophique ou politique. Il y a donc un pilier protestant, un pilier catholique, un pilier social-démocrate (et communiste dans une moindre mesure), et un pilier tantôt qualifié de neutre tantôt de libéral [7] . L‘idéal de Kuyper est que tout Néerlandais, “du berceau jusqu’à la tombe” puisse naître, grandir, s’épanouir, au sein de sa communauté d’origine, de son pilier. Tous les secteurs de la société : enseignement, syndicats, partis politiques, hôpitaux, médias, sont concernés. Dans les années trente, lorsque apparaît la radio, les différents piliers se partageront les ondes et le temps d’antenne, et, il en ira de même pour la télé après la guerre. Chaque pilier a son association de radiodiffusion et de télévision, dispose d’un temps d’antenne en fonction du nombre d’adhérents [8]. La pilarisation favorise la notion de groupe, d’identité communautaire au détriment de l’individu, et c’est d’ailleurs pour cette raison que les libéraux néerlandais, qui y voient une remise en cause de l’individu et de la cohésion nationale, ne cesseront de s’y opposer. Mais comme toute la société s’organise selon ce modèle, eux aussi vont à contrecœur constituer un 4e pilier, dit libéral ou neutre.

Dans les années 60, la contestation estudiantine ébranle sérieusement ce système. La jeunesse néerlandaise remet en question ce modèle qui les enferme dans la famille de pensée de leurs parents et les empêche de se marier avec quelqu’un d’un autre pilier (les piliers socialiste et libéral étant sur ce point plus souples que les piliers strictement religieux, mais il était difficile de se rencontrer, sauf dans les écoles publiques, où il y avait plus de mixité). Lorsqu’arrivent les importantes vagues d’immigration turque et marocaine, la société néerlandaise est en plein processus de sécularisation et de dé-pilarisation. En 1983, la constitution est révisée dans un sens qui traduit cette évolution : la primauté va à l’individu, et beaucoup moins au collectif religieux ou philosophique. Aujourd’hui, 40 à 60 % (selon les études) des Néerlandais ne revendiquent aucune appartenance religieuse. Certes, la dé-pilarisation a commencé vers la fin des années 60, mais cela ne signifie pas que ce système ait complètement disparu. Certains réflexes liés à ce système subsistent, et cet héritage va jouer un rôle dans l’institutionnalisation de l’islam aux Pays-Bas et dans le modèle d’intégration mis en place par les pouvoirs publics.

La politique des pouvoirs publics à l’égard de l’immigration et de l’islam
Depuis le regroupement familial des années 70, la communauté musulmane est devenue une communauté importante. Les réactions publiques hostiles à l’islam, surtout dans leur ampleur actuelle, sont relativement récentes. Elles surviennent alors que les musulmans ont déjà fait valoir certains droits et vu nombre de leurs revendications satisfaites, telles celles concernant la construction de mosquées, l’abattage rituel, la possibilité de prendre des jours de congé (payés ou non) pour des motifs religieux, l’enseignement coranique dans les écoles publiques et la création d’écoles islamiques subventionnées par les pouvoirs publics. De plus, ils ont la possibilité de créer des organisations diverses et des associations musulmanes. Les musulmans se sont donc coulés dans le modèle de la pilarisation ou du moins dans ce qu’il en restait, et ont constitué eux-mêmes une sorte de "pilier", même si celui-ci n’a plus grand chose à voir avec les piliers de l’âge d’or du modèle.

Dans les années 70, la première génération, plutôt repliée sur elle-même, avait peu de visibilité religieuse pour la société d’accueil. La reconnaissance publique de l’islam s’amorce au début des années 80. Pour l’Etat néerlandais, l’identité religieuse n’est pas perçue comme un frein à l’intégration des minorités issues de l’immigration, mais plutôt comme un levier pour une meilleure intégration. Cela se comprend puisqu’on vient de voir que l’Etat-nation néerlandais s’est constitué au XIXe siècle à travers l’émancipation de ses minorités catholique, juive et protestante non-calviniste, et a conduit à une coexistence pacifique de ces communautés. Très tôt, les autorités élargissent aux non-Néerlandais les droits (certes insuffisants) juridiques, sociaux et politiques. Les immigrés résidant sans discontinuité depuis 5 ans aux Pays-Bas sont électeurs et éligibles aux élections municipales. Aujourd’hui, plus de 200 personnes d’origine musulmane siègent dans un conseil municipal, et, comme en France, les étrangers naturalisés ont tous les droits attachés à la citoyenneté. Tant la Chambre des Représentants que les États provinciaux comptent parmi leurs membres un certain nombre d’élus issus de l’immigration et/ou musulmans. Dans la défense de leurs intérêts, les musulmans font jouer les mécanismes et les possibilités de la démocratie néerlandaise et s’appuient sur cette tradition de pluralisme segmenté héritée de la pilarisation. En 1983, la Constitution est en effet modifiée et les liens directs financiers qui pouvaient encore subsister entre l’Etat et certaines églises sont définitivement coupés. Mais les principes de liberté religieuse, liberté de l’enseignement et d’égalité demeurent des piliers fondamentaux de la démocratie néerlandaise. Il est symbolique que l’article sur l’égalité, contre la discrimination, soit le premier article de la constitution : "Tous ceux qui se trouvent aux Pays-Bas sont, dans des cas équivalents, traités de manière égale. Nulle discrimination n’est permise, qu’elle se fonde sur la religion, les convictions, les opinions politiques, la race, le sexe ou tout autre motif."

La politique d’intégration mise en place à partir de 1983 va contribuer à une plus grande visibilité de la communauté musulmane en tant que telle et à la reconnaissance de l’islam. Les pouvoirs publics accordent des permis de construire pour les mosquées, de larges subventions aux associations, médias, écoles musulmanes. Leurs associations sont consultées par les fonctionnaires et les responsables politiques en charge du dossier de l’intégration.

Cette reconnaissance par les pouvoirs publics se fait progressivement, mais ne s’appuie pas sur un consensus large dans la société. La place conquise par l’islam est le fruit d’initiatives émanant des musulmans eux-mêmes et d’une politique des pouvoirs publics reposant à la fois sur le pragmatisme et la concertation au service de la paix sociale et sur l’idée que l’intégration doit se faire en préservant pleinement l’identité culturelle des minorités et non dans une optique assimilationniste. Cette politique perdure jusqu’à la fin des années 80, voire jusqu’au milieu des années 90 pour certains aspects. A partir de cette période, la question de l’immigration commence à devenir un enjeu politique, notamment pour le parti d’extrême-droite de feu Janmaat, Centrum-Democraten (Démocrates du Centre), qui, sans doute par manque de charisme de son leader, ne dépassera jamais les 3 % aux élections. La politique d’intégration suscite ici et là des interrogations. Mais c’est surtout vers la fin des années 90 que les critiques en provenance de la société civile et du monde politique deviennent si virulentes que les pouvoirs publics décident d’une réorientation et exigent des nouveaux arrivants et des minorités de mieux s’adapter à la société d’accueil. Le 30 novembre 1998 entre ainsi en vigueur la WIN (loi relative à l’intégration des "nouveaux venus"), qui oblige tout “nouveau venu” à s’inscrire à une “étude d’intégration” à l’issue de laquelle sera décidé si elle ou lui doit suivre une programme d’intégration comprenant des cours de néerlandais, d’orientation sur la société néerlandaise ainsi que des cours d’orientation professionnelle [9].

En définitive, non sans discussions et pourparlers, la plupart des revendications de la communauté musulmane furent acceptées, notamment celles se référant au principe d’égalité [10] . D’un côté, au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les musulmans (depuis 1983) ne peuvent espérer trop de soutien public pour des questions relevant de la sphère religieuse. De l’autre, les musulmans appartenant dans leur très grande majorité à des "minorités ethniques", considérées par les pouvoirs publics comme des populations défavorisées, cibles de la politique d’intégration, doivent être aidés afin de se retrouver à égalité avec les "autochtones" (en "avance" sur eux en termes de lieux de culte, d’associations, d’écoles, etc.) [11]. Depuis 1986, l’Etat ne subventionne plus la construction des églises ou des mosquées, toutefois les associations musulmanes peuvent obtenir des subventions si elles poursuivent une démarche favorisant l’intégration aux yeux des pouvoirs publics. Ceux-ci se sont demandé s’il fallait permettre aux musulmans de fonder leurs propres institutions. Outre la crainte d’ingérences étrangères ou d’influence d’organisations islamiques internationales, certains ont avancé que cela pourrait freiner leur intégration. Ce débat est de nouveau relancé au sujet de la formation des imams. Les pouvoirs publics souhaitent mettre en place une formation d’imams, en néerlandais, aux Pays-Bas, afin de limiter l’influence de toute ingérence extérieure.

Le débat sur l’intégration des “allochtones” : débat sur l’Islam
Durant les années 60 et 70 de forte immigration, et même dans les années 80, à l’exception de l’extrême-droite et de son leader Janmaat, la plupart des Néerlandais accueillent de manière plutôt favorable ces nouveaux venus, du moins en apparence. Le rapport 2004 du SCP (Bureau du Plan social et culturel) nous apprend que des études menées au cours de ces années-là montrent qu’une partie des Néerlandais s’inquiète de l’arrivée de ces gastarbeiders, que l’on appelle de plus en plus "allochtones", et qui sont venus les "concurrencer" sur le marché du travail, notamment dans les secteurs réclamant peu de qualification. Et durant les périodes de récession économique l’inquiétude fait souvent place au rejet. Mais sur la place publique, on n’en parle pas. Racisme et intolérance sont tabous aux Pays-Bas. Vers la fin des années 90, une part de plus en plus grandissante de l’opinion publique et avec elle (ou sous l’influence de celle-ci) de nombreux politiques et intellectuels remettent en cause le "modèle néerlandais "de la "société multiculturelle".

Durant l’été 1991, le leader de la droite libérale Frits Bolkenstein ouvre le débat [12] sur le modèle d’intégration et sur l’islam, dont les normes et valeurs seraient "incompatibles" avec celles de la société néerlandaise, qui sont celles du libéralisme, de la tolérance, et de l’émancipation. Bolkenstein tance au passage la gauche néerlandaise qu’il accuse d’angélisme et d’aveuglement à l’égard des immigrés et de l’islamisme rampant. En janvier 2000, l’article de Paul Scheffer "Het multiculturele drama", le drame multiculturel, dans le NRC-Handelsbald, fait d’autant plus de bruit qu’il est signé par l’un des intellectuels phares de la social-démocratie néerlandaise et qu’il semble, en partie, rejoindre les analyses du libéral Bolkenstein. Scheffer insiste lui sur la formation d’une "onderklasse" (sous-classe), qui ne se serait pas bien "intégrée" à la société d’accueil tant aux niveaux économique et social que culturel. Il s’inquiète de la "surreprésentation" de la deuxième génération dans les statistiques du chômage et de la délinquance (le chômage des jeunes issus de l’immigration turque et marocaine est de 10 %, soit trois fois supérieur à celui des jeunes Néerlandais de souche) et de l’attentisme des pouvoirs publics. Comme Bolkenstein, il estime que les musulmans doivent respecter l’évolution de la société néerlandaise vers plus de libéralisme (des moeurs), la séparation Eglise/Etat, les droits des femmes et des homosexuels. Pour Scheffer, le modèle d’intégration néerlandais est un échec, car il reflète trop l’esprit de la pilarisation et permet trop aux immigrés de conserver leur culture d’origine et de ne pas assimiler les valeurs et les (nouvelles) références sociétales néerlandaises. La fameuse tradition de tolérance néerlandaise masque, selon lui, beaucoup d’indifférence et de condescendance : “Nous vivons aux Pays-Bas les uns à côté des autres, sans nous rencontrer : chacun a son propre café, sa propre école, ses propres idoles, sa propre musique, sa propre foi, son propre boucher, et bientôt sa propre rue ou son propre quartier.” [13]

Dans leur sillage, d’autres voix s’élèvent pour dénoncer la menace que l’Islam ferait peser sur l’identité nationale et les valeurs de la démocratie néerlandaise. Pim Fortyun, homosexuel militant, assassiné en mai 2002, acquiert en quelques mois une grande notoriété en critiquant violemment la politique multiculturelle des pouvoirs publics et en définissant l’islam comme une culture "arriérée", homophobe et sexiste. Ce dandy politique, qui détonne dans la grisaille du monde policé de la politique néerlandaise par son élégance vestimentaire et sa faconde étourdissante, devient rapidement une figure publique invitée presque quotidiennement sur les plateaux de télévision et un leader charismatique. Le débat (re)lancé par Paul Scheffer et surtout les apparitions télé de Pim Fortuyn semblent influer sur les pouvoirs publics et la fraction de la population "néerlandaise de souche" restée attachée au modèle d’intégration multiculturel. De plus en plus, dans les médias, les jeunes garçons d’origine marocaine sont présentés non plus comme les victimes d’un système social qui leur refuserait une place à part entière et qu’il faudrait aider, mais plutôt comme des facteurs de troubles et d’insécurité. Les femmes voilées, qui ne semblaient guère poser de problèmes dans les années 80 (hormis un conflit en 1985 à Alphen aan de Rhijn), sont dorénavant perçues comme des victimes de l’intégrisme et du sexisme musulmans, ou de dangereuses prosélytes. “L’Islam” comme facteur de "non-intégration" devient un thème à la mode.

La critique à l’encontre de l’Islam est aussi le fait d’intellectuels ou d’écrivains connus, eux-mêmes issus de l’immigration. Telle la députée libérale Ayaan Hirsi Ali, transfuge du parti travailliste (PvdA). Excisée à 5 ans, elle a fui son pays pour échapper à un mariage arrangé avec un cousin. Elle mène une véritable croisade contre l’islam, au nom du féminisme et du libéralisme qui garantit le mieux, selon elle, les droits de l’individu. L’intégrisme religieux est principalement le fait des musulmans, les autres grandes religions ayant connu leur "siècle des Lumières". Hirsi Ali a renié sa foi, et ses attaques, violentes, sont mal acceptées par une partie de la communauté musulmane. Son athéisme militant met aussi mal à l’aise bien des Néerlandais, par ailleurs sensibles à ses arguments. Hirsi Ali estime le modèle d’intégration néerlandais trop conciliant avec le « machisme musulman », et accuse la société (et notamment la gauche) de “sous-estimer la souffrance et l’isolement des femmes musulmanes vivant aux Pays-Bas” [14] . Elle travaille actuellement dans la clandestinité à une suite de Submission : « Le but de Submission Part II est de montrer comment l’islam opprime l’individu. La femme en sera le point de départ. Par ailleurs je suis toujours d’avis qu’il faut supprimer l’enseignement islamique. Mais il ne s’agit pas de brûler quoi que ce soit ! » (interview clandestine, cf. l’édition hebdomadaire du 30/11/ 2004 du NRC Handelsblad,). Depuis son retour au parlement, Hirsi Ali a quelque peu tempéré ses propos sur l’islam et le Coran. Elle a ainsi déclaré que ses critiques ne visaient pas tout l’islam mais "un certain nombre de concepts ou aspects de l’islam", tels l’oppression des femmes, l’impossibilité de la séparation Eglise/Etat et le fait que ceux qui ont renié leur foi et les personnes adultères doivent être tuées [15]. Hirsi Ali a concédé aussi que la Bible comprend des passages pouvant inciter à la violence contre les femmes et à leur oppression. Toutefois elle a rappelé également que des personnes comme Job Cohen et Ahmed Aboutaleb qui prônent le dialogue et sont plus modérés qu’elle dans leurs critiques n’en sont pas moins eux aussi menacés de mort par des éléments islamistes radicaux.
Dans un entretien au magazine Elsevier, en avril 2003, l’écrivain néerlandais d’origine marocaine, Hafid Bouzza estime que “Nous ne devons pas brader la liberté au nom du multiculturalisme. L’islam est moyenâgeux et n’a rien à offrir à la culture néerlandaise.” Lorsqu’en mars 2003, il proposa d’élire Ayaan Hirsi Ali femme de l’année, il dit avoir reçu d’innombrables messages de haine (hate mail), surtout de la part de musulmanes. “Les musulmans ne cessent de dire qu’ils sont opprimés, mais ils s’oppriment eux-mêmes.” Et “l’islam est condamné à disparaître tant qu’il refusera la liberté à la moitié des croyants”[les femmes]. Bouzza n’apprécie guère les écoles islamiques : “Des écoles primaires où filles et garçons jouent séparément, et où dès l’âge de 7 ans les filles doivent porter un foulard, ce n’est quand même pas acceptable, non ? A cet âge, les enfants n’ont pas conscience d’être des objets sexuels. Avec un foulard on leur en fait justement prendre conscience. ” [16]

Cette question de (l’échec) de l’intégration des "allochtones" de culture musulmane est devenue de proche en proche le thème de société numéro 1 aux Pays-Bas, y compris au sein de la gauche. Femke Halsema, porte-parole de Groen Links (la Gauche verte), s’est publiquement alarmée de ce que nombre de jeunes issus de l’immigration turque ou marocaine aillent chercher une épouse (ou un époux) dans le pays d’origine (des parents), et qu’il y ait donc si peu de "mariages mixtes". Selon le rapport 2004 du SCP, seulement un peu plus de 10 % des Marocains et de Turcs choisissent un compagnon ou une compagne néerlandais(e) de souche, contre 40 % chez les Surinamiens, et plus encore chez les Néerlandais revenus des Indes néerlandaises (Indonésie).

Poussée d"Islamophobie" aux Pays-Bas ?
Depuis l’assassinat du réalisateur Théo van Gogh par un islamiste radical et la montée d’actes anti-musulmans, certaines personnalités aux Pays-Bas commencent à mettre en garde leurs concitoyens contre la poussée d’islamophobie dans leur pays. Si bien que l’un des rabbins néerlandais les plus éminents comme Awraham Soetendorp n’hésite pas à comparer l’islamophobie rampante aux Pays-Bas à l’antisémitisme et la situation actuelle des musulmans à celle des juifs durant l’entre-deux guerres [17]. Dans une autre interview [18] , il revient sur cette question pour s’inquiéter du climat actuel où tous les musulmans sont mis dans le même panier ... de l’extrémisme et du terrorisme. Des figures publiques invoquent le caractère "nocif" de l’islam et présentent ses pratiquants comme des menaces pour la société. Autant d’éléments qui rappellent au rabbin les heures sombres de l’histoire européenne. Et de citer les propos à la Chambre des représentants d’un parlementaire néerlandais, protestant orthodoxe et futur ministre-président, De Geer, à la veille de la Nuit de cristal. Après un appel à lutter contre la montée de l’antisémitisme, notamment dans les écoles, De Geer avait ajouté : “J’en ai moi-même fait l’expérience, il y a parmi les juifs beaucoup de natures dépravées - plus que chez les autres – mais c’est tout de même horrible de répercuter cela sur des enfants ! ” [19]

Au vu de la situation actuelle, la comparaison entre islamophobie et antisémitisme est assurément outrancière et participe davantage du cri d’alarme préventif. Outre qu’il y a eu aussi des attentats contre des églises chrétiennes, il faut rappeler que, dès les premiers attentats contre des mosquées et des écoles coraniques, le ministre-président (chrétien-démocrate), Balkenende s’est rendu sur place pour exprimer sa solidarité avec la communauté musulmane et qu’il a à plusieurs reprises exhorté à ne pas faire d’amalgame hâtif. Le 12 novembre, la reine Beatrix a rencontré à Amsterdam une cinquantaine de jeunes, essentiellement issus de l’immigration marocaine, pour discuter de la situation et condamner fermement les actes anti-musulmans. La mère de Théo van Gogh a d’ailleurs reproché [20] au ministre-président d’avoir participé à une "Fête du sucre", de s’être rendu dans des mosquées et des écoles victimes d’attentats, "mais il a oublié qu’il y a à Amsterdam un petit garçon dont le père a été assassiné."

Nonobstant, le rabbin Soentedorp a des raisons de s’alarmer. Les chercheurs de la fondation Anne Frank de l’Université de Leyde ont révélé dans le Monitor racisme en extreem-rechts (Vigilance racisme et extrême-droite), publié le 15 décembre 2004 et qui couvre la période 2003-2004, que depuis le meurtre de Théo van Gogh, il y avait eu 174 incidents à caractère raciste ou impliquant l’extrême-droite. Plus de 60 % de ces actes ont visé la communauté musulmane. Les chercheurs confirment une recrudescence de l’activisme de l’extrême-droite néerlandaise, qui serait responsable de 15 % de ces violences, soit une fois et demie de plus qu’en 2003 et deux fois plus qu’en 2002. Ces 4 (petits) partis d’extrême-droite néerlandais (Nederlandse Volksunie, Nationale Alliantie, Nieuw Rechts et Nieuwe Nationale Partij, c’est-à-dire l’Union populaire néerlandaise, l’Alliance Nationale, la Nouvelle Droite et le Nouveau Parti national) ont intensifié leurs diatribes anti-islamiques. Depuis le meurtre du réalisateur, les trois premiers ont enregistré un afflux, modeste mais réel, de nouveaux membres.

Ces succès de l’extrême-droite comme ceux que rencontre le nouveau populisme nationaliste sont préoccupants dans un pays qui s’est toujours félicité d’avoir une extrême-droite quasiment insignifiante sur le plan électoral, ne parvenant pas à dépasser les 3 %, en dépit d’un mode de scrutin favorable à la proportionnelle intégrale. Après l’ascension spectaculaire de Pim Fortuyn, le néo-populiste Geert Wilders, ancien membre du parti libéral, vient de fonder un nouveau parti Groep Wilders. Il revendique ouvertement "l’héritage" de Fortuyn, qui avait dénoncé la "menace d’islamisation" de la société néerlandaise. Sa cote grimpe dans les sondages, et il faudra suivre de près le développement de ce nouveau parti.

Il est à l’évidence trop tôt pour parler vraiment de vague d’islamophobie à grande échelle Le meurtre de Theo Van Gogh a confronté l’ensemble de la société néerlandaise au terrorisme dit islamique, phénomène qu’elle croyait "réservé" à l’étranger. L’AIVD, les RG néerlandais, situent le nombre d’islamistes radicaux actifs aux Pays-Bas entre 100 et 200. Le meurtrier présumé du cinéaste serait membre d’un groupuscule radical, et 1000 à 1500 personnes appartiendraient à cette mouvance extrémiste. Ces chiffres peuvent sembler dérisoires. Rappelons, néanmoins, la conclusion de la publication du SCP consacrée aux musulmans aux Pays-Bas et à la religiosité des Turcs et des Marocains. Le rapport conclut que leur enthousiasme pour ce qu’il appelle l’ "exclusionisme religieux" est assez faible et que l’islam est de plus en plus vécu de façon individuelle. Mais "(…) il faut faire remarquer, qu’un faible potentiel d’extrémisme religieux peut dans certaines circonstances être suffisant pour provoquer un sérieux dérèglement de la société." [21] Le débat actuel, même vif, a aussi quelque chose de salutaire, celui-ci était verrouillé par trop de non dits. Le modèle d’intégration néerlandais a besoin d’être réformé, et les pouvoirs publics l’ont compris en décidant de sa réorientation. Toutefois, il ne faudrait pas que les Néerlandais, sous le choc des émotions et des passions du moment, jettent le bébé avec l’eau du bain et ne basculent dans la hantise d’une prétendue "menace islamique". Comme le fait remarquer Maurits Berger, chercheur à l’institut de relations Internationales Clingendael : "Après les attentats de la RAF, on n’a pas répercuté cela sur tout le socialisme que je sache ? On dit que la manière dont a été commis le meurtre serait une référence à un verset du Coran, c’est ce qui ressort de nombreux commentaires ! Faut arrêter ce délire ! Vous savez ce qui me frappe ? J’ai l’impression que beaucoup de Néerlandais sont soulagés que l’auteur cette fois-ci soit un musulman. Après le meurtre de Fortuyn et les lettres de menace on tient enfin notre coupable musulman ! Les tensions qui couvaient depuis des mois ont enfin pu éclater au grand jour. (…) Les musulmans forment-il une cinquième colonne dans notre pays ? La réponse à cette question, les premiers intéressés n’y répondront pas. Et cela se comprend très bien. Leur poser cette question c’est les offenser jusqu’au tréfonds de leur âme" [22]. En effet, depuis le 11 septembre les musulmans sont sommés de se prononcer sur le terrorisme d’Al-Quaïda et de le condamner avec plus de vigueur que les non-musulmans. Demande-t-on aux catholiques de rendre des comptes quand l’IRA commet des attentats meurtriers au nom du catholicisme ?

Par ailleurs, on pourrait également s’interroger sur l’éventuelle influence du discours des néo-conservateurs américains sur le choc des civilisations dans un pays traditionnellement atlantiste et membre de la coalition anglo-américaine en Irak jusqu’au 15 mars 2005. Dans le contexte des derniers événements, il se pourrait que ce discours rencontre aujourd’hui un certain écho auprès d’une partie de l’opinion publique et de certains intellectuels. Selon une enquête récente du TNS NIPO (NIPO est l’équivalent de l’IFOP), les Néerlandais seraient en Europe ceux qui ont actuellement une image la plus négative des musulmans : 35 % contre 19 % en Espagne (qui a connu pourtant en 2004 l’un des attentats les plus meurtriers attribués à des islamistes radicaux) et 18 % en Italie. Heureusement les appels à ne pas faire d’amalgame entre terrorisme et islam sont eux aussi nombreux, et décideurs et personnalités connues ne manquent pas de le rappeler. Lors du retour à la Chambre de Ayaan Hirsi Ali, le leader du parti libéral (VVD) Van Aartsen s’est montré soucieux de corriger l’image de parti islamophobe que le VVD a acquise ces derniers temps et il espère y parvenir avec la collaboration de Hirsi Ali : "Les gens pensent parfois que nous avons troqué la tolérance pour l’islamophobie. Cette image doit être rectifiée. Nous ne sommes pas intéressés par la réalité intrinsèque des religions. En tant que politiques, nous devons nous limiter à la lutte contre les formes d’extrémisme qui se manifestent à l’extérieur" [23].

Le pays d’Erasme et de Spinoza doit à la fois remettre en question un modèle qui a prouvé une certaine efficacité selon les commissions Verwey-Jonker et Blok [[]Le gouvernement avait chargé deux commissions d’examiner si l’intégration des minorités était réussie ou non. Après des études fouillées, les deux commissions avaient conclu que le bilan de la politique d’intégration était globalement positif, tout en signalant des points noirs et en proposant des améliorations. Mais les rapports de ces commissions sont un sujet de controverses, car les commissions “seraient trop près du pouvoir”...], tout en en préservant les aspects positifs. Comme en témoigne la floraison d’organisations islamiques aux Pays-Bas, leur modèle a su faire une place à l’islam, la religion des nouveaux venus, en accord avec cette tradition de pluralisme religieux héritée de la pilarisation. Mais, on l’a vu, cela a conduit à un "vivre les uns à côté des autres" plutôt qu’à un véritable "vivre ensemble". L’historien français Christophe de Voogd [24] avait dans son Histoire des Pays-Bas signalé le risque de "ghettoïsation, déjà sensible dans l’habitat et les écoles. En l’absence de toute carte scolaire, contraire au principe constitutionnel de la liberté d’enseignement, une ségrégation massive s’est effectuée entre "écoles noires" (zwarte scholen) et "écoles blanches" (witte scholen)". Sans doute les Néerlandais devraient-ils s’interroger sur la pertinence du terme "allochtone" qu’ils continuent à utiliser pour qualifier les populations issues de l’immigration : est-il applicable à des générations qui ont grandi ou sont nées aux Pays-Bas ? Le fait qu’Hafid Bouazza (arrivé aux Pays-Bas à l’âge de 2 ans), "deuxième génération" ; veuille être considéré comme un "écrivain néerlandais" est significatif de l’attente d’une partie des jeunes issus de l’immigration. Les Pays-Bas doivent relever un sacré défi, celui de passer d’un modèle multiconfessionnel et multiculturel à un modèle inter-culturel. En attendant, peut-être, également les progrès dans l’œcuménisme interconfessionnel ? Mais le challenge est digne d’un pays qui a su disputer une partie de son territoire à la mer et tenir tête à la très puissante et catholique Espagne de Philippe II.


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Bibliographie (non-exhaustive) :

Il existe peu de livres en français consacrés à l’histoire des Pays-Bas, et aucun sur le sujet qui nous occupe ici. Outre les ouvrages (néerlandais) cités en note, voici les quelques livres en français disponibles sur l’histoire des Pays-Bas ou traitant des thèmes abordés dans cet article.

Pierre Brachain et L.J. Rogier, Histoire du catholicisme hollandais depuis le XVIe siècle, Paris, Aubier Montaigne, 1971.

Pierre-Jean Brassac, Le royaume qui porte l’eau à la mer, Cinq saisons aux Pays-Bas, Editions Autrement, 2003.

Maurice Braure, Histoire des Pays-Bas, P.U.F., collection Que-sais-je ?, 1974.

P. Dayez-Burgeon, Belgique, Nederland, Luxembourg, collection histoire, Belin Sup, Paris, 1994.

Voir aussi la thèse du Prof.dr. Klaus Gerth sur La grande presse quotidienne néerlandaise face à la politique hitlérienne, Université Paris IV-Sorbonne, 1985, et son article Juifs de Flandres et de Belgique : 1945 -1995, Annales du C.E.S.E.R.E, Univ. Charles de Gaulle , Lille III, 2000. Le professeur Klaus Gerth rédige actuellement une histoire des Pays-Bas, qui devrait être publiée cette année.

Henry Méchoulan, Etre Juif à Amsterdam au temps de Spinoza, Paris, Albin Michel, 1991 (disponible en poche)

Henry Méchoulan, Amsterdam au temps de Spinoza. Argent et liberté, Paris, P.U.F., 1990.

Christophe de Voogd, Histoire des Pays-Bas, Fayard, 2003.


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Annexe 1
Les musulmans aux Pays-Bas en chiffres.

Les Pays-Bas comptent un peu plus de 16 millions d’habitants. Il y a maintenant 1, 6 million d’"allochtones non-occidentaux". L’Office (néerlandais) Central de la Statistique estime qu’il y a 920 000 musulmans aux PB, soit 5,7 % de la population, enfants compris, et selon d’autres estimations il y en aurait 1 million. Dans les grandes villes un habitant sur 10 serait musulman aux PB, à Rotterdam 13 % des habitants est musulman. On ne peut donner de chiffres exacts, car la définition même du terme musulman est problématique. Si l’on ne comptabilise que ceux qui se déclarent musulmans, on tombe à moins de 5 % de la population active. Les musulmans ne sont pas organisés comme les églises chrétiennes (pas de liste de membres), de plus il y a des musulmans qui ont renié leur foi et qui sont peut-être toujours comptabilisés comme tels ; enfin il y a aussi des musulmans culturels, ceux qui ne pratiquent plus mais se sentent toujours rattachés à l’héritage musulman.

Le chiffre de 920 000 est basé sur des estimations en fonction des pays d’origine (Turquie : 94 % de musulmans, Maroc : 97 %). En 2010, ils devraient constituer 6 % de la population néerlandaise. Les musulmans aux PB ne forment pas un groupe ethnique homogène. Les immigrés d’origine turque et marocaine représentent les communautés musulmanes les plus importantes, respectivement 320 000 et 285 000. Ils sont aussi originaires de l’Indonésie, du Surinam, du Pakistan, de la Tunisie, d’Egypte, des îles Moluques, et d’immigration plus récente, aussi de Somalie, d’Irak, d’Iran, de l’ex-Yougoslavie (de Bosnie notamment). Parmi les 35 000 Moluquois immigrés aux Pays-Bas, seul un tout petit groupe se déclare musulman : 1200. Parmi les 308 824 Surinamiens, environ 55 000 sont musulmans. Les "communautés" tunisienne et pakistanaise représentent en 2001 respectivement 6569 et 16 787 personnes. Par ailleurs, il existe aussi des Néerlandais de "souche" qui se sont convertis à l’Islam, ils sont estimés à 2000 personnes.
Par rapport aux autres pays européens, les Pays-Bas sont dans la moyenne, ils ne sont donc nullement "envahis". C’est en France que vit la plus grosse communauté musulmane en Europe (autour de 8 %).

Notons au passage que la confrontation avec l’islam pour les PB ne date pas de ces dernières décennies. Il y a un demi-siècle la métropole comptait peu de pratiquants de la religion de Mahomet, mais rappelons qu’à l’époque de la colonisation, le royaume néerlandais avait déjà ses minorités musulmanes. Aux Indes Néerlandaises (l’Indonésie), l’Islam était la religion dominante (la plus grande organisation anticoloniale s’appelait Sarekat Islam (1912)) et elle l’est restée. L’ancienne colonie du Surinam comptait et compte toujours une minorité musulmane. Les premiers musulmans à venir s’installer aux Pays-Bas sont les Moluquois, au début des années cinquante.

Annexe 2
(Pour plus de détails consulter la publication en néerlandais du Sociaal en Cultureel Planbureau, Moslim in Nederland, La Haye, juillet 2004, en particulier le volume 6 consacré aux organisations islamiques.

Organisations musulmanes aux Pays-Bas .

Première remarque générale : la communauté turque est mieux organisée que la communauté marocaine .

Au niveau religieux :

Il existe actuellement 453 mosquées aux PB (chiffre date de fin 2003), dont 206 sont turques et 92 marocaines. 6 mosquées accueillent surtout des croyants surinamiens, quant aux autres, leurs fidèles se répartissent en fonction des autres nationalités. La plupart des mosquées se trouvent dans les 4 grandes villes : Amsterdam, Rotterdam, La Haye et Utrecht. Par ailleurs, il y a de nombreuses mosquées dans le centre du pays (Midden-Nederland), dans les régions d’Eindhoven et Twente. C’est en Frise et en Zélande qu’ il y a le moins de mosquées.

Les organisations religieuses sont pour la plupart mono-ethniques, mais certaines chapeautent les autres organisations et servent d’interlocuteurs aux pouvoirs publics.


L’IRN (le Conseil Islamique des Pays-Bas), fondé en 1990, remplissait ce rôle jusqu’ à récemment. Il a été remplacé par l’Organe de contact entre musulmans et pouvoirs publics (Contactorgaan Moslims en Overheid).
Le Raad van Moskeeën Nederland (le Conseil des Mosquées aux Pays-Bas) est une organisation qui regroupe deux mosquées turques appartenant à des courants différents : l’ISN/TICF (courant Diyanet) et le NIF (Milli Görüs).
Le NMR, le Conseil musulman néerlandais, qui a vu le jour en réaction à l’IRN, se veut une organisation pour tous les musulmans des Pays-Bas. Il regroupe surtout des petites organisations musulmanes et représente notamment les communautés surinamienne, indonésienne, bosniaque et érythréenne. En 1993 le NMR a fondé en la NMO, une association radiophonique et de télédiffusion (voir plus haut ce qui a éte dit sur le paysage médiatique public néerlandais). Ils ont le droit à 26 heures d’antenne sur une des chaînes publiques, soit à 30 minutes d’antenne par semaine et à 2 heures d’émission radiophonique hebdomadaires.

Organisations de la communauté turque :

Les Pays-Bas comptent 1125 organisations turques, dont 356 sont considérées comme des organisations musulmanes. 72 % d’entre elles appartiennent à des courants islamiques présents en Turquie.
Le courant principal représente l’islam officiel et respecte la séparation Eglise /Etat, et elle est soumise au contrôle du ministère des cultes turc Diyanet. Il s’agit d’un islam sunnite, modéré. Aux PB, on recense 145 organisations musulmanes rattachées au courant Diyanet. Ce sont des mosquées, des associations pour la jeunesse, des associations de femmes et des associations socioculturelles. Il existe également des organisations de coordination comme le TICF, la Fédération culturelle islamique turque, et l’ISN, la Fondation islamique des Pays-Bas. La TICF est de loin l’organisation de coordination turque musulmane la plus importante. 140 organisations locales en sont membres. L’ISN a été mandatée par le gouvernement truc pour gérer le plus grand nombre de mosquées. Les imams qui y prêchent sont détachés par la Turquie pour environ 5 ans et ils sont rémunérés par l’Etat turc. Les organisations du Diyanet sont bien organisées et entretiennent de nombreux contacts avec d’autres organisations.

Mais il existe aussi aux PB des organisations islamiques turques d’opposition tels que Milli Görüs, Sülemancila, et Alevites.
Le Milli Gorus, représente un courant sunnite conservateur La fédération SICN est rattachée au mouvement Sïleymanci, et une vingtaine de mosquées en dépendent. Au sein du courant des Alévites, un certain nombre d’associations se sont regroupées dans la fédération HAK-Der.

Organisations religieuses marocaines :

Il est plus difficile de classer les organisations musulmanes marocaines en courants ou mouvements. En 2001, on a recensé 171 organisations musulmanes marocaines, dont la moitié sont des organisations rattachées à des mosquées.

L’organisation marocaine la plus importante est l’UMMON, l’Union des organisations musulmanes marocaines. Elle fait office d’organe de coordination à laquelle sont rattachées la plupart des mosquées marocaines. L’UMMON représente l’islam marocain officiel aux PB.

Les années 80 et 90 ont vu l’émergence de courants islamiques critiques, qui aspiraient à s’émanciper de la tutelle du roi Hassan II. C’est ainsi qu’est né la NFMIO, la fédération des organisations musulmanes maghrébines, un organe qui regroupe des Marocains et des Tunisiens. Ils veulent des mosquées libres de toute ingérence du pays d’origine. Mais il y a des changements depuis l’avènement du nouveau roi du Maroc et depuis que celui-ci mène une politique plus conciliante à l’égard des mouvements d’opposition.

Par ailleurs, il existe aussi un mouvement islamique qui souhaite retourner aux fondements de l’islam, et qui regrouperait une douzaine d’organisations aux PB, 7 mosquées et une école (mais aucuns chiffres fiables à ce sujet de disponibles. Le mouvement fondé en Mibye en 1992 Jam’iyyat al-da’wat al-islâmiyya (JDI) est présent sur le territoire néerlandais (une mosquée à Utrecht). Le mouvement Jamâ’at al-Tablîgh wa’l-Da’wa est aussi actif aux PBL La mosquée Ar Rahman à Amsterdam fait office de quartier géneral.
L’organisation Al waqf Al Islami regroupe environ 8 organisations dans le sud est des PB (Eindhoven et Helmond). Le mouvement du cheik Yacine Jam’ilyyat al-Shabittât al Islâmiyya diffuse des cassettes avec des prêches.

L’opposition entre un islam conservateur et un islam plus libéral est également à l’œuvre aux PB et divise les musulmans. Lorsque le nouveau roi du Maroc a proposé de changer le code de la famille dans un sens plus favorable aux femmes, une pétition a circulé dans les mosquées modérées pour protester contre ces modifications.

Je n’ai retenu ici que les organisations turques et marocaines. La communauté musulmane du Surinam a aussi fondé des organisations islamiques spécifiques. Ainsi, sur les 881 organisations surinamiennes, 89 sont musulmanes selon le Sociaal en Culturel Plan (pour plus de détails, voir la publication mentionnée en début d’annexe).

Au niveau éducatif :

Depuis 1917, la Constitution néerlandaise a non seulement reconfirmé la liberté de l’enseignement (déjà en vigueur depuis 1848), mais aussi l’égalité de financement entre écoles publiques (openbare scholen) et les écoles dites spéciales (bijzondere scholen). Ces dernières dispensent un enseignement conforme aux programmes du ministère de l’Education et sont soumises à des inspections du ministère. Mais elles affichent aussi une identité philosophique ou religieuse bien spécifique.
Traditionnellement il s’agissait surtout d’écoles catholiques, protestantes, et dans une bien moindre mesure d’écoles juives ainsi que des écoles se revendiquant d’une pédagogie particulière comme celle de Montessori.
Aujourd’hui l’enseignement spécial englobe aussi 37 écoles primaires islamiques. Les deux premières écoles primaires islamiques ont été ouvertes en 1988 à Rotterdam et à Eindhoven. Rotterdam compte aussi depuis 2000 une école secondaire islamique, une autre a été ouverte à l’automne 2002 à Amsterdam. L’enseignement "spécial" est soumis exactement aux mêmes conditions légales que l’enseignement public pour ce qui est de l’acquisition de certaines connaissances et aptitudes. L’un et l’autre sont financés par l’État néerlandais et soumis sans distinction à l’inspection de l’enseignement.

Les pouvoirs publics s’efforcent de prévenir la déscolarisation des jeunes, qui réduit leurs perspectives d’avenir. Ils offrent à tous les jeunes qui ont un retard au niveau de la maîtrise du néerlandais, qu’ils appartiennent à la communauté immigrée ou non, la possibilité de participer à des programmes spéciaux de rattrapage. Un grand nombre d’établissements scolaires se sont attaché des enseignants originaires de pays musulmans. Certaines communes ont aussi mis en place des programmes pour lutter contre les retards scolaires chez les enfants appartenant aux "minorités ethniques".
Les écoles publiques peuvent, à la demande des parents, dispenser un enseignement religieux. Dans beaucoup d’écoles primaires et secondaires, des cours d’orientation sur les grands courants spirituels font une place notamment au christianisme et à l’islam afin de promouvoir la compréhension mutuelle et la tolérance. Il existe par ailleurs des écoles où l’arabe et le turc sont enseignés comme deuxième langue vivante.

De nombreuses universités ont désormais une chaire d’études islamiques et de langues et cultures du Moyen-Orient. Ainsi un institut d’enseignement supérieur, à Diemen, a mis en place une formation de professeur de religion musulmane. Depuis 1998, la ville de Leyde possède un institut néerlandais pour l’étude de l’islam dans le monde moderne, qui a pour seule vocation de se consacrer à l’étude scientifique de l’islam. Il existe aussi deux universités islamiques privées, et ne bénéficiant donc d’aucune subvention de l’État : l’université islamique de Rotterdam (IUR) et l’université islamique européenne (IUE) à Schiedam, qui dispensent l’une et l’autre une formation d’imam, d’aumônier islamique et d’islamologue.



par Marie-Claire Cécilia


[1] En charge du dossier de l’intégration à Amsterdam, il estime que les immigrés (musulmans) doivent faire des efforts pour s’intégrer à la société néerlandaise.

[2] Le Surinam a été une colonie néerlandaise jusqu’en 1975.

[3] Il existait des églises cachées dans des habitations particulières (schuilkerken). Voir Histoire du catholicisme hollandais depuis le XVIe siècle de Pierre Brachain et de L.J. Rogier, Aubier Montaigne, 1974.

[4] La tolérance des magistrats était achetée par des "douceurs" (rémunérations), cf. l’ouvrage de B rachain et Rogier.

[5] Henry Méchoulan, Etre juif à Amsterdam au temps de Spinoza, Albin Michel, Présences du judaïsme, 1991.

[6] Abraham Kuyper (1837-1920), partisan de la “souveraineté dans son propre cercle”, fondera un journal, un parti, une université, et même une Eglise (des églises en fait : Gereformeerde Kerken, Eglises réformées) d’obédience calviniste orthodoxe.

[7] Il existe aussi , dans une certaine mesure, un mini-pilier juif, avec des écoles et des organisations juives.

[8] Il y a trois types de stations et donc trois temps d’antenne possibles sur les chaînes publiques (à l’époque il n’ y a pas encore de chaînes commerciales). Les chaînes publiques néerlandaises sont toujours organisées selon ce modèle, mais l’identité religieuse y est beaucoup moins affirmée qu’avant. Il y a toujours des écoles, des universités protestantes, catholiques à coté des institutions publiques.

[9] Ces cours sont obligatoires sous peine de sanctions financières (sur les allocations chômage, etc). Les municipalités, dans lesquelles viennent s’établir les nouveaux venus sont chargées de l’exécution de ce programme d’intégration. Notons l’initiative récente de la municipalité de Delft qui organise depuis quelques mois des cours d’initiation à la culture marocaine destinés aux « autochtones » sur le modèle de ces cours d’intégration. (inburgeren andersom , c’est à dire « intégration à l’envers ») . Selon la municipalité de Delft l’intégration est un processus à double sens.

[10] La municipalité de Rotterdam a, conformément à ce principe, accordé des subventions pour l’enseignement islamique dans les écoles publiques, tandis qu’Utrecht s’y opposait au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ces différences sont possibles aux Pays-Bas où certaines prérogatives sont décentralisées. De manière générale, les pouvoirs locaux ont eu une approche plus pragmatique que les autorités au niveau national. Ainsi en 1983, alors que la Deuxième Chambre (l’assemblée nationale néerlandaise) s’opposait aux subventions pour la construction de lieux de prière, les municipalités au niveau local se montraient plus coopératives et accordaient, après concertation, les dits subsides. (voir le livre de J ;Rath, J.R. Penninx (réd.) Nederland en zijn islam : een ontzuilde samenleving reageert op het onststaan van een geloofsgemeenschap (Les Pays-Bas et leur Islam : une société dépilarisée face à l’émergence d’une nouvelle communauté religieuse), Amsterdam, Het Spinhuis, 1996.

[11] Il existe actuellement 37 écoles primaires islamiques et deux écoles secondaires islamiques subventionnées par l’Etat. Dans certaines écoles publiques est dispensé un enseignement coranique qui est souvent subventionné par les pouvoirs locaux. Les deux universités islamiques, à Rotterdam et à Schiedeam, sont elles strictement privées et ne perçoivent aucune aide des pouvoirs publics néerlandais.

[12] Il s’agit du débat public. Car, dans un cercle plus restreint un certain Herman Vuisje a déjà en 1986 lancé la polémique en déclarant que depuis la 2e guerre mondiale la société néerlandaise a mauvaise conscience (sur 140 000 juifs néerlandais près de 110 000 furent exterminés). Par peur d’être soupçonnée de racisme, elle n’a pas une approche suffisamment rationnelle et critique de la question de l’intégration des immigrés (cf. son livre Vermoorde onschuld. Etnisch verschil als Hollands taboe, L’innocence tuée. La différence ethnique comme tabou hollandais).

[13] NRC Handelsblad, 29 janvier 2000, "Het multiculturele drama".

[14] Dans son livre De maagdenkooi (la cage des vierges) Augustus, Amsterdam-Antwerpen, 2004, A.Hirsi Ali dénonce les pratiques de l’excision et de l’infibulation, interdites aux PB, mais insuffisamment combattues.. Elle y propose de mettre en place tout un système de contrôle, notamment des visites médicales annuelles.

[15] Ayaan Hirsi Ali, Ayaan Hirsi : ik voel me sterk, article du NRC-Handelsblad du 19 janvier 2005.

[16] Interview du 26 avril 2004 dans Elsevier

[17] Dans le numéro de décembre 2004 de la revue Levend Joods Geloof, la Foi juive vivante.

[18] Au NRC-Handelsblad, l’un des journaux de référence néerlandais, édition hebdomadaire pour l’étranger, 14 décembre 2004.

[19] Voir pour cette période la thèse du Prof.dr. Klaus Gerth sur La grande presse quotidienne néerlandaise face à la politique hitlérienne, Université Paris IV-Sorbonne, 1985, et son article Juifs de Flandres et de Belgique : 1945 -1995, Annales du C.E.S.E.R.E, Univ. Charles de Gaulle , Lille III, 2000.

[20] Lors de l’émission Nova sur une des chaÎnes publiques, cité par le NRC-Handelsblad, édition hebdomadaire du 28 décembre 2004.

[21] Moslim in Nederland, Een onderzoek naar de religieuze betrokkendheid van Turken en Marokkanen, Samenvatting, Ercomer-Universiteit Utrecht, SCP, Den Haag 2004.

[22] Cité dans le NRC-Handelsblad, web-en weekeditie voor het buitenland (édition heddodmadaire) du 9 novembre 2004.

[23] Van Aartsen, dans le NRC-Handelsblad, web-en weekedietie voor het buitenland du 18 janvier 2005.

[24] Christophe de Voogd, Histoire des Pays-Bas, Fayard, 2003.



Jeudi 14 Avril 2005


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