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L'Iran se lance à l'assaut de l'OCS


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Téhéran a apparemment décidé de se lancer à l'assaut de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Il faut reconnaitre que certaines circonstances l'obligent à le faire.

L'Iran ne se contente plus de son statut d'observateur à l'OCS. Au cours d'une récente visite (le 24 mars) au Tadjikistan, le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a fait savoir aux journalistes que l'Iran avait déposé au secrétariat de l'organisation sa demande officielle d'adhésion en tant que membre à part entière. Le chef de la diplomatie iranienne a souligné que le Tadjikistan "soutenait" cette démarche de l'Iran.


Piotr Gontcharov
Vendredi 28 Mars 2008

L'Iran se lance à l'assaut de l'OCS
Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti



Téhéran frappe à la porte de l'OCS, où il dispose du statut d'observateur de même que l'Inde, la Mongolie et le Pakistan, depuis plusieurs années. En fait, si l'on se fonde sur l'activité économique et sur des éléments rationnels, l'Iran a toutes les raisons de devenir membre à part entière de cette organisation, tout comme la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan.

En ce moment, l'Iran est un des principaux agents économiques précisément dans la zone des intérêts naturels de l'OCS: la région de la Grande Asie centrale (GAC), où s'implantent activement les Etats-Unis au grand dam de Moscou.

Les mérites de l'Iran dans cette région sont évidents. Il suffit de citer la construction de deux tunnels au Tadjikistan et des deux centrales hydroélectriques de Sangtouda et Chourabskaïa, les plus grandes de la région. Douchanbé (capitale du Tadjikistan) a également choisi le partenaire iranien pour un projet stratégique sur le plan régional: la construction d'un chemin de fer qui reliera le Tadjikistan, l'Afghanistan (enfin!) et l'Iran. Ce dernier est également chargé de créer des zones de libre échange au Tadjikistan.

L'Iran déploie des efforts non moins énergiques en vue de pénétrer sur les marchés d'autres républiques d'Asie centrale, notamment le Kirghizstan et le Turkménistan. Il convient de mettre l'accent sur l'Afghanistan, car les Etats-Unis tentent d'attirer toutes les républiques d'Asie centrale vers ce pays, et de les arracher à l'influence de Moscou. C'est pourquoi la Russie cherche à entraîner l'Afghanistan dans l'OCS, mais, pour l'instant, ses efforts s'avèrent peu fructueux. En Afghanistan, l'Iran est traditionnellement présent sur les plans économique, culturel et politique plus que tous les autres membres de l'Organisation de coopération de Shanghai.

Une question logique se pose: pour quels péchés l'Iran n'est-il pas admis au club de Shanghai? La réponse (outre la procédure qui est très complexe) est évidente: le problème réside dans le dossier nucléaire iranien.

Au cours du dernier sommet de l'OCS, en août de l'année dernière à Bichkek, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Lossioukov a déclaré, évoquant les résultats du premier jour de la réunion, que tous les membres de l'OCS comprenaient la nécessité de maintenir le moratoire sur l'élargissement de l'organisation. Inutile de préciser que cette "compréhension commune" concernait, entre autres, l'Iran.

Téhéran est passé maître dans l'art de la tactique. Sa demande officielle d'adhésion ne fait pas exception. Pour Moscou et Pékin (adversaire numéro un de l'Iran à l'OCS), principaux fondateurs et gardiens des principes de l'organisation, cette initiative iranienne est certainement un problème difficile, car une demande officielle implique une réponse officielle.

En effet, c'est une chose qu'un expert explique que l'OCS veut éviter la confrontation avec les Etats-Unis et l'Europe, et que par conséquent, avant l'adhésion, l'Iran devra régler définitivement ses problèmes avec l'AIEA et l'Occident, mais c'en est une autre lorsqu'il faut le déclarer aux chefs des Etats membres de l'OCS lors du prochain sommet qui se tiendra à la fin de l'été à Douchanbe.

L'Iran ne pourra probablement pas lever toutes les questions de l'AIEA sur son programme nucléaire. Bien qu'il en reste très peu: une ou deux, mais elles revêtent une importance fondamentale. L'AIEA demande à entendre comme témoins plusieurs physiciens-atomistes iraniens. Et ils ont probablement des choses à raconter, c'est pourquoi, comme on le voit, l'Iran n'est pour l'instant pas prêt à satisfaire cette exigence.

Entre-temps, Washington laisse entendre que, si l'Iran ne remplit pas les conditions énoncées dans la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU et si des questions de l'AIEA sur son programme nucléaire restent toujours en suspens, Téhéran ne pourra éviter l'isolement international.

Autrement dit, le roman autour du triangle Iran-AIEA-Conseil de sécurité de l'ONU touche à sa fin, mais son dénouement reste imprévisible.

Certes, la participation à part entière de l'Iran aux activités de l'OCS lui assurerait certaines chances de survie, aussi bien sur le plan économique que politique. On peut espérer, par exemple, que les Etats-Unis et l'Europe n'entreront pas en confrontation avec l'OCS uniquement à cause du refus de l'Iran d'abandonner son programme d'enrichissement de l'uranium.

Mais, pour que ces espoirs de l'Iran se réalisent, Moscou et Pékin doivent s'entendre pour lever le moratoire sur l'extension du club à de nouveaux membres. Même si cette variante est possible, il faudra faire de nombreuses concessions réciproques. Ainsi, Pékin pourrait demander l'admission à l'OCS de son protégé, le Pakistan, et Moscou proposer à Téhéran des variantes de contrôle en commun de l'enrichissement de l'uranium.

Bref, comme on le dit dans ce genre de cas, l'affaire est envisageable. Ce n'est probablement pas par hasard que toutes les parties intéressées se bornent, pour l'instant, à des phrases très générales en commentant la demande de l'Iran.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Vendredi 28 Mars 2008

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