Géopolitique et stratégie

L’Iran ou le retour de la Perse! Entretien avec Me Ardavan Amir-Aslani


Me Ardavan est avocat à Paris et conseille plusieurs gouvernements sur des questions statégiques relatives au Moyen-Orient, qu’il connaît bien. Il annonce dans son livre un retour éminent de la Perse dans la région.


Vendredi 22 Janvier 2010

L’Iran ou le retour de la Perse! Entretien avec Me Ardavan Amir-Aslani
Entretien avec Me Ardavan Amir-AslaniPour notre dossier consacré à « L’Iran, les enjeux d’une crise », nous invitons Me Ardavan Amir-Aslani auteur d’un livre bien documenté sur l’Iran.
 
 algerie-focus.com : L’Iran a connu dernièrement une grave crise interne, largement médiatisée, après la victoire contestée d’Ahmedinijad sur son rival Moussavi aux dernières présidentielles. Sachant que le Congrès US a voté, en 2007, un budget de 400 millions de dollars destinés à déstabiliser le régime de Téhéran, est-ce que cette victoire du président sortant est une victoire volée, comme l’avancent certains ?
 
 Me Ardavan :Je suis de ceux qui considèrent qu’Ahmadinéjad a réellement gagné les élections et ce dès le premier tour. Il est difficile, voire impossible, de faire un bourrage des urnes à 12 millions de votes d’écarts surtout quand « l’opposition » représente trois des hommes forts du régime, à savoir Rafsanjani (deux fois élu président), Khatami (deux fois élu président) et le candidat Mousavi qui fut le premier ministre du guide actuel pendant les terribles années de la guerre Iran/iraq.
 
 On n’est pas en Birmanie avec une femme esseulée assignée à domicile et prix Nobel de la paix comme candidat de l’opposition ! En fait, ces élections traduisent une fissure dans le régime. D’abord entre deux groupes d’hommes avec des idéologies différentes et ensuite au sein même de la population. Les hommes qui s’affrontent, Ahmadinéjad et Mousavi, représentent deux points de vue différents. Ahmadinéjad représente l’adhésion aux valeurs théocratiques du régime alors que Mousavi symbolise, malgré lui, une vision souverainiste du pouvoir issu des urnes.
 
 Dans un cas, c’est le gouvernement du jurisconsulte qui prime, dans l’autre le suffrage universel. En tout état de cause, il faut se rappeler que les élections iraniennes sont peut être « libres » mais elles ne sont pas ouvertes ; ce qui signifie que si le régime craignait tellement Mousavi, il aurait pu bloquer sa candidature comme celle des 871 autres candidats. Mousavi est venu symboliser le mouvement de révolte de cette jeunesse urbaine mais il ne l’a jamais représenté. Preuve en est que faute de leadership le mouvement s’est essoufflé.
 
 Dans votre livre, vous expliquez que Téhéran avec le départ éventuel d’Ahmadinejad aurait pu sortir de l’isolement imposé par l’occident pour se rapprocher ensuite des État-Unis dans un deal d’alliés de circonstance dans la région. Maintenant que le président iranien est reconduit pour un nouveau mandat, comment voyez-vous l’issue de cette crise entre Washington et Téhéran ?
 
 Le rapprochement va s’accélérer. Cette jeunesse, cette classe moyenne qui a voté contre Ahmadinejad a quand même eu plus d’un tiers des voix. Ce n’est pas rien. Ahmadinejad devra en tenir compte et encore plus qu’avant.
L’enjeu véritable de ces élections était de savoir lequel d’Ahmadinejad ou du clan Rafsanjani dont Mousavi n’est qu’un pion allait rétablir les relations avec les Américains. Maintenant c’est clair. Ahmadinejad deviendra celui par qui l’Amérique retourne en Iran. C’est incroyable mais pourtant vrai. Comme ce fut naguère le cas entre Nixon et Mao ou Sadate et Begin. Les ennemis d’hier devenus les meilleurs amis d’aujourd’hui.
 
 D’ailleurs, ce rapprochement est nécessaire. L’Amérique ne saurait sortir de l’engrenage irakien ou du bourbier afghan sans le soutien actif ou au moins la neutralité passive de l’Iran. De même, l’Iran ne pourra sortir de son marasme économique sans le soutien de l’Amérique. Les faiblesses des uns sont les forces de l’autre. La formule est donc parfaite pour un rapprochement qui ne prendra plus que quelques mois.
 
 Que ce soit Ahmedinejad ou Moussavi, l’Iran cherche selon vous à retrouver sa position de puissance régionale Perse. L’acquisition de l’arme nucléaire semble être le moyen le plus sûr pour Téhéran d’y parvenir. Or l’imam Khamenei a déclaré que l’arme nucléaire était anti-islamique mais que l’Iran a le droit de développer son programme nucléaire civil. Où se trouve la vérité dans tout cela ?
 
 Le régime iranien n’accorde pas une priorité absolue à l’arme nucléaire. Cette arme est d’abord une question de prestige. L’Iran cherche à contraindre l’occident au respect. L’arme nucléaire n’est qu’un de ses instruments. Quant à l’Empire, il est bien engagé. On n’avait pas vu depuis l’époque de Darius, l’Iran présent en Méditerranée. Or, force est de constater que voici chose faite avec le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban sans parler de l’alliance avec la Syrie. L’Iraq pour sa part a besoin de l’Iran pour sa stabilité. L’Afghanistan ne pourra retrouver un semblant de paix civile sans l’Iran. La puissance de l’Iran trouve sa source dans sa stratégie qui consiste à exploiter les faiblesses de l’Occident. Tant que les peuples musulmans continueront à avoir un sentiment d’injustice et d’iniquité, la puissance de l’Iran, seul pays musulman à tenir tête aux Américains, ne pourra que grandir.
 
 Vous estimez que l’Iran pourrait cesser de soutenir le Hezbollah libanais et le Hamas à Gaza, si jamais les américains acceptaient de lever les sanctions économiques qui laminent le pays. Autrement dit, Téhéran n’est pas opposé idéologiquement aux américains dans la région, mais cherche essentiellement à devenir un interlocuteur respecté dans la région…
 
 Absolument. L’Iran va devenir l’allié privilégié des Américains dans la région. Le régime est très pragmatique. Ce qui l’anime, c’est l’Iran éternel. C’est le goût d’Empire. Peu importe le moyen d’y parvenir. Le Hamas est bien un mouvement sunnite proche des frères musulmans, il n’empêche que c’est aujourd’hui l’allié de l’Iran chiite. La realpolitik ne souffre pas d’idéologie. Les Américains comprennent par ailleurs que ce qui distingue l’Iran de ses autres alliés dans la région c’est bien que l’Iran a une démarche pragmatique et rationnelle. C’est le seul Etat digne de ce nom dans tout le Moyen-Orient. Présent dans ses frontières actuelles depuis des millénaires, une civilisation ancestrale et dominante. Le Pakistan n’est pas un pays, c’est une armée ! Quant à l’Arabie Séoudite….
 
 Avec Obama à la maison blanche, Washington semble changer de priorités en matière de politique étrangère. C’est la Chine, avec son influence montante dans le monde, et le retour de la Russie, qui l’inquiètent désormais. Dans leur nouvelle stratégie les américains voient en Iran, et dans une moindre mesure, en la Syrie, de potentiels alliés pour affaiblir Pékin et Moscou.
Quels avantages pourraient tirer ces deux pays en se rapprochant des États-Unis ? Israël acceptera-t-il que des pays musulmans lui disputent ses intérêts dans la région; de même que l’Arabie Saoudite qui craint l’émergence d’une force chiite qui lui disputerait son leadership ?
 
 La seule puissance régionale au Moyen-Orient est l’Iran. La seule solution capable de contrebalancer la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie est l’Iran avec ces deuxièmes réserves gazières. L’Iran, par ailleurs, est le seul bloc capable de tenir l’ennemi commun de l’Occident et de l’Iran, l’islam sunnite Takfiri fanatique.
 
 Les Talibans sont aussi les ennemis des Iraniens. Les Américains et les Iraniens ont les mêmes ennemis. Quant à l’Arabie Séoudite, elle a bien vu le vent tourner avec des déplacements quasi hebdomadaires de ses dirigeants à Téhéran. Quant à son leadership, l’a-t-elle finalement jamais assuré cette Arabie Séoudite dont les troupes se sont enfouis devant l’avancée des troupes de Saddam en 1991 ? On ne peut comparer la nation iranienne, éduquée, qualifiée, aguerrie, tournée vers le monde avec une population séoudienne, dont le taux d’obésité atteint 37 pour cent (devant les Américains) et dont le niveau d’éducation ne saurait rivaliser avec celui des Iraniens.
 
 Bush a utilisé son veto pour interdire une intervention militaire d’Israël sur l’Iran, une décision que Obama a adoptée à son tour. Les tentatives américaines pour faire tomber le régime à Téhéran se sont toutes soldées par des échecs. Vous citez dans votre livre l’exemple de la Corée du Nord et son jusqu’au-boutisme qui a réussi à faire fléchir la position américaine sur ce pays, allié de la Chine. L’Iran est selon vous en train de reproduire ce même schéma aujourd’hui.
 
 L’Iran n’est pas la Corée du nord. L’Iran n’est pas le problème mais la solution. Même si le régime iranien devait tomber, les aspirations du peuple iranien, en quête d’Empire, demeureront intactes. Le Monde devra se préparer à un Iran nucléaire, puissance dominante de la région.
 
 L’Algérie s’intéresse, via Sonatrach, au gaz iranien, on parle même de la création d’un Opep du gaz avec la participation de la Russie. En retour Téhéran, dont l’économie est fragile à cause de l’isolement, voit dans l’Algérie un marché pour son industrie automobile. Comment les américains voient le rapprochement entre ces deux pays ?
 
 L’Algérie est l’un des rares Etats réellement indépendant du monde arabe. Les algériens représentent le seul peuple arabe qui n’a pas accepté un non pour une réponse et qui a mené seul une guerre de libération nationale. Les Iraniens à l’origine de la première révolution constitutionnelle en Asie en 1905 et de la première révolution populaire dans un pays musulmans, respectent et s’identifient aux Algériens. Si, une alliance gazière pourrait se former entre l’Iran, l’Algérie et la Russie, la température ambiante des foyers occidentaux en hiver serait décidée par ce cartel.
 
 Un mot pour conclure
 
 Le retour de l’Empire Perse est inéluctable…
 
 Interview réalisée par Fayçal Anseur
 Pour Algerie-focus.com



Vendredi 22 Janvier 2010


Commentaires

1.Posté par ishtar le 22/01/2010 12:52 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Vous estimez que l’Iran pourrait cesser de soutenir le Hezbollah libanais et le Hamas à Gaza, si jamais les américains acceptaient de lever les sanctions économiques qui laminent le pays. Autrement dit, Téhéran n’est pas opposé idéologiquement aux américains dans la région, mais cherche essentiellement à devenir un interlocuteur respecté dans la région…

Absolument. L’Iran va devenir l’allié privilégié des Américains dans la région
_____________________________________________________________________

vous dite N'importe Quoi Monsieur,vous pouvez aussi bien dire que L'iran va laisser tomber la syrie,je vous signale que L'iran a envoyez un satellite sous un embargo sévére
des usa et de leurs alliés,((vous ne connaissait rien a la géopolitique))et vous ne connaissait rien de rien sur le nouvelle ORDRE MONDIAL( chine)

2.Posté par bof le 22/01/2010 16:55 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

C'est de la hasbara comme l'article sur la détérioration des relations de l'Iran avec la Russie

3.Posté par ungrand le 22/01/2010 20:58 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

L'IRAN est notre VRAIE LIBERTE, nous Peuple libre du Monde Entier

4.Posté par Taleb le 22/01/2010 21:23 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

@ ishtar. Tu as parfaitement raison de dire que c’est n’importe quoi.

Pour ceux qui connaissent mal le fondement de la république Islamique en Iran :

La base de la révolution Islamique en Iran est de défendre les opprimés face aux oppresseurs selon la recommandation divine. Celle-ci est inchangeable signé par le fondateur Imam Al-Khomeiny.

Il y quelques jours le président de parlement Iranien a dit : Pour nous c’est honneur de défendre la Palestine et GAZA.

Il y a 2 jours le chef suprême Iranien a dit : On défend tout les opprimés du monde quelque soit leur origine et religion.

La république Islamique en Iran est un don de la part d’ALLAH pour toute l’humanité.

5.Posté par yazdoche le 26/01/2010 17:40 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

oui que dieux bennisse la republique d iran et tout ses responsables religieus comme politiques

Nouveau commentaire :

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires