RELIGIONS ET CROYANCES

L'Institut international de simianthropologie


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Manuel de Diéguez
Lundi 7 Janvier 2008

L'Institut international de simianthropologie

1 - Prolégomènes à la simianthropologie
2 - Entre Hercule et l'amibe
3 - La finitude de l'idole
4 - Comment passer derrière le miroir ?
5 - La connaissance de la nouvelle finitude
6 - Les fondements anthropologiques de la philosophie occidentale
7 - Platon et la simianthropologie
8 - Où le regard de l'humanité sur elle-même en est-il ?
9 - La collaboration du ciel et des lois chez le simianthrope
10 - Une espèce inachevée
11 - L'âge post idéaliste de la philosophie

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1 - Prolégomènes à la simianthropologie

Pourquoi ai-je baptisé de simianthropologie , donc affublé d'une racine grecque et d'une autre latine une discipline qui disposait de deux parents adoptifs de race hellénique et naturalisés depuis longtemps par la langue française ? Ne suffisait-il pas d'inverser le vocable anthropopithèque pour voir paraître la pithécanthropologie ? Mais il se trouve que le latin simius signifie à la fois singe et imitateur , acception qui s'est conservée dans notre langue avec singer et singerie. Bien plus, au XIXe siècle , le sociologue Gabriel Tarde a fait de l'esprit d'imitation le ressort principal du simianthrope ; et l'on sait que, sans jamais citer son illustre prédécesseur, M. René Girard a fait de la " rivalité mimétique " le moteur simiohumain de notre espèce, ce qui l'a conduit à une critique morale des offrandes sacrées : la religion chrétienne aurait rompu avec la tradition multimillénaire d'immoler aux dieux des victimes palpitantes et de grand prix, alors que le sacrifice de la croix, qui a fait du Golgotha un autel, trouve, lui aussi, son origine psychobiologique dans le meurtre de l'offertoire, comme il sera démontré ci-après.

Aux yeux de la simianthropologie, qui, à l'instar de toute science , se veut une discipline critique, le simius n'est pas seulement le premier animal capable de singer un tueur tout puissant et au rang duquel il rêve de se hausser, comme Mme Jane Goodall l'a démontré par ses observations sur la conquête du pouvoir au sein de la horde chez les chimpanzés, mais, de surcroît, seule cette espèce jouit de la capacité d'imitation que le lecteur de bonne volonté jugera fort enviable d'autoriser toute simianthropologie future à suivre à la trace les chromosomes des idoles, donc d'observer les origines zoologiques de la métaphysique religieuse occidentale tout au long de l'évolution de la boîte osseuse du simianthrope européen. Car les effigies des dieux que le simius est capable de faire apparaître sur sa rétine et qu'il vénère au point de leur immoler un congénère valorisant - ou, faute de mieux un animal coûteux - sont, de toute évidence, des spécimens dotés d'apanages mentaux supérieurs, sinon cet animal astucieux, donc dispendieux à bon escient, ne tirerait aucun profit de se prosterner devant leurs crimes et de leur présenter de riches cadeaux. Mars, Poséidon, Apollon, Athéna, Cérès et surtout Zeus sont des simianthropes dont il est bien évident que, tant par leur taille que par leurs capacités cérébrales exceptionnelles, ils surplombent une espèce avare de ses offrandes, mais dont ils illustrent des perfectionnements corporels et mentaux jugés dignes de la vénération de leurs adorateurs. L'hypertrophie parallèle des virtualités de la matière grise et des forces physiques du simianthrope sous les traits qu'il prête à ses modèles glorifiés dans les nues témoigne de ce que l'idole solidifiée dans le bois, la pierre ou l'airain magnifie l'original en élevant sa chair et sa charpente au gigantesque.

C'est pourquoi la simianthropologie désigne la première science post-darwinienne ambitieuse de porter le regard des morts sur le devenir du singe originel, donc à poser la question de la frontière qu'il convient de tracer entre l'espèce agenouillée sur la terre et ses modèles installés sur des Olympes simiohumains . A ce titre le simius permet d'observer, certes, le singe tapi sous le simianthrope extatique et vaporisé, mais également la fausse magnificence de l'idole en gestation chez le simius, ce qui seul donnera sa véritable postérité scientifique au darwinisme.

2 - Entre Hercule et l'amibe

En tout premier lieu, l'idole commune aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans se trouve conçue et construite à " l'image et ressemblance " d'une créature hypertrophiée, ce qui confirme que le simius vocalisé - donc capable de faire retentir la voix d'une idole à son oreille - se forge une duplique éloquente du simius et que, par la suite, il se révélera incapable d'en unifier le prodigieux encéphale - car, pour y parvenir, il lui faudrait faire tenir un discours cohérent au Titan du cosmos, donc le contraindre à rédiger une seule et même théologie de l'allégeance universelle de ses fidèles aux apanages de sa personne. Le premier exploit de l'instinct d'imitation de cet animal n'en suffit pas moins à le cérébraliser à demi ; car sitôt qu'il se met à l'écoute d'un amplificateur de sa propre voix, il se reconnaît dans son chanteur et son orchestrateur - qu'il appelle son " créateur " - et il exerce son oreille à en devenir le choriste.

Mais comment le simius imitateur d'un modèle agrandi de lui-même ne serait-il pas un flatteur-né de son gigantesque porte-voix, puisqu'il façonnera une effigie suffisamment symphonique de lui-même pour qu'elle mérite, en retour, son apparent auto-anéantissement devant un musicien génial du cosmos - donc pour que le dieu provoque un effroi intéressé devant un Immortel tour à tour redoutable et bienveillant, comme tous les souverains d'ici-bas? C'est pourquoi le simianthrope dédoublé sur le mode symphonique se vante de devenir un sage à craindre l'auteur de la partition; mais, du coup, il a inventé une morale de séraphins, car il tient la faculté du simianthrope d'imiter également des spécimens cacophoniques de son espèce non seulement pour la clé de toutes les faiblesses du compositeur de la partition, mais pour la cause du naufrage des anges.

La capacité du simianthrope de s'humilier devant l'idole qui lui sert d'auréole et de s'identifier à son gigantisme par ses supplications et ses prières est donc également la source principale de l'instinct de conservation sanctifiée qui le protège sous la nef de son auto-abaissement collectif. Le lien de solidarité dévote entre les individus repose sur leur miniaturisation en chœur devant le Titan qui les transporte dans les airs. Mais le colosse salutaire qui les minusculise à l'école de leur piété est aussi l'instrument déguisé d'une conquête mythique - celle qui permet aux microbes du cosmos de s'installer à leur aise dans l'immensité et de faire de leur éternité rêvée la proie préférée de leurs théologies de l'espérance.

Le simianthrope livré tour à tour à sa damnation et à son salut joue tantôt de son gigantisme religieux, tantôt de sa réduction au rang d'une particule élémentaire. Ce faisant, son embryon de cerveau tour à tour débordant d'oratorios et vidé par le silence se révèle l'outil des alternances de son imagination religieuse entre la grandeur surnaturelle de ses songes et sa petitesse charnelle. C'est ainsi que le christianisme a tracé pas à pas le chemin de l'élévation de l'âme et de l'esprit de ses fidèles à l'intelligence et à la sagesse attribuées à l'idole. L 'imitation de Jésus-Christ, " exercices spirituels " rédigés au XVe siècle par le Chancelier Gerson, est demeuré longtemps le livre de chevet des initiés à la religion d'une croix livrée d'avance à la gloire céleste et à la déconfiture tombale - et l'on sait que Corneille a traduit en vers cet ouvrage, tellement il y retrouvait l'homme réel de Racine et l'homme idéalisé du Cid. C'est que ce texte cornélien explicite fort clairement le basculement continu du simianthrope entre sa poussière et sa superbe ; et nul autre héros religieux que le Christ symbolise davantage le sort d'un animal tragiquement déchiré entre Hercule et l'amibe . On voit que si la simianthropologie porte l'évolutionnisme à la spectrographie des mythes religieux, sa généalogie du sacré jette un pont entre la zoologie et l'idolâtrie et qu'à ce titre , elle ne dialogue pas seulement avec les souterrains concentrationnaires du sacré, mais avec le pathétique des ascensions oniriques avortées.

3 - La finitude de l'idole

Observons de plus près les diastoles et les systoles de la sainteté génocidaire et pieuse. Je disais que la simianthropologie étudie le rôle que l'instinct d'imitation du simius a joué tout au long de l'histoire des concrétions encéphaliques qu'on appelle des orthodoxies et qui stratifient une politique des ascensions éthérées et des châtiments infernaux. Mais sitôt que l'idole aura été unifiée dans les esprits, donc codifiée, institutionnalisée et momifiée, l'imagination religieuse du simianthrope se trouvera ritualisée et officialisée par la pratique quotidienne de ses liturgies commémoratives. Du coup, son attention va se porter sur une effigie plus célestifiée que la précédente et dont le regard surplombant et dominateur n'exprimera que mépris ou commisération pour ses portraitistes antérieurs ; alors l'œil du simianthrope intériorisé par une image de plus en plus vaporisée de lui-même ne cessera d'enfanter des surplombs oniriques contempteurs de ceux des ancêtres.

La simianthropologie est donc une discipline existentialiste en ce qu'elle " existentialise ", si je puis dire, la vie théologisante et cosmologisante du simianthrope, tout en demeurant, pour sa part, rigoureusement " expérimentale " du seul fait qu'elle ne confondra pas les représentations apothéotiques des prisonniers de leur réalisme religieux avec les symboles de leur évolution cérébrale qu'ils sèment de siècle en siècle sur leur chemin. Mais ce sont toujours les problématiques qui donnent leur sens aux expériences scientifiques . Le XXI e siècle est condamné à accoucher d'une problématique plus englobante de l'alliance de l'évolutionnisme avec les convulsions viscéralement oniriques auxquelles l'encéphale du simianthrope est livré.

Le carrefour méthodologique qu'occupe la simianthropologie permettra donc à cette discipline d'articuler sa spectrographie d'une espèce en quête de jalons et de repères imaginaires avec l'examen critique des origines semi animales de son onirisme politique - celles dont l'histoire de ses doctrines religieuses démontre précisément les sources fantasmatiques. Pourquoi l'encéphale de l'idole se révèle-t-il nécessairement dichotomisé d'avance par les apories, insurmontables par définition, qui écartèlent sa justice entre la cruauté de ses châtiments d'un côté et le séraphisme de ses récompenses célestes, de l'autre, sinon parce que l'instinct d'imitation du simius butera nécessairement, en fin de parcours , sur un personnage ogresque et qui, loin de glorifier l'itinéraire mental de sa créature en retour , la caricaturera à lui renvoyer une image aussi pitoyable de l'éthique de son idole que de la sienne; car si le " Dieu " semi animal ne parvient pas davantage que le simius à résoudre le problème de la sauvagerie native d'une justice oscillante entre sa férocité posthume et ses patenôtres, la question de l'échec terminal de l'instinct d'imitation du simianthrope dont témoigne la cruauté de son idole scellera également l'échec du destin ascensionnel de l'un et de l'autre. Cette espèce auto rédemptrice n'aura donc été partiellement cérébralisée dans les vapeurs du concept délivreur que pour voir son ciel cerné par une gigantesque chambre des tortures . Quel sera le sort de la théologie d'un fauve de sa Justice sous la terre ? Elle fera naufrage parmi les récifs de la politique du " Juste " et de l'" Injuste " de la " créature ". La simianthropologie est le sismographe des avatars parallèles de la finitude de l'idole et de son imitateur. Cette discipline est appelée à enregistrer l'idole réfléchie dans son double terrestre, le simius .

4 - Comment passer derrière le miroir ?

A ce titre, " Dieu " est un aveugle qui accompagne le simianthrope jusqu'au terme de son parcours d'aveugle - donc de sa capacité d'observer l'aporie centrale qui lui fait dresser dans les nues une succession de représentations idolâtres de l'infirmité secrète de son " esprit de justice ". Mais, au cœur même dans cette " déréliction ", une nouvelle finitude ensanglantée s'ouvre à l'observation du simianthropologue, celui du défilé, siècle après siècle, de ses génocidaires célestes. C'est en projetant sur l'écran de l'histoire un film dont la pellicule se dévide entièrement dans le cerveau cruel de l'idole - en tant que réflecteur mental du simianthrope - que la simianthropologie tente de donner une forme nouvelle à la philosophie critique européenne. Pour la première fois, le simius dispose d'une galerie complète des répliques saintes et sanglantes qui le représentent dans les nues; pour la première fois, le simianthrope se fait un spectacle de la barbarie du " Dieu " du déluge, de l'enfer et de la potence payante; car cette discipline observe que l'idole scinde, elle aussi, son encéphale entre le mythe rémunérateur qui la vaporise dans le séraphique et le réel qui l'ensauvage dans son camp de concentration souterrain . Pour la première fois, le simianthrope est condamné à s'observer dans son Narcisse suprême, l'idole dichotomisée à son tour entre l'ange qu'elle voudrait devenir à elle-même et le Lucifer qui lui rappelle ses devoirs et son joug de policier d'un cosmos à piloter par la torture. Du coup, la raison schizoïde de la créature est condamnée à se construire un observatoire de la spécularité féroce dans laquelle elle se trouve enfermée, ce qui met un terme à la filmique politique et historique du simianthrope angélisé à l'école de ses crimes. Mais, du coup, une question vieille et nouvelle comme la philosophie ressurgit : comment passer derrière le miroir du simius?

5 - La connaissance de la nouvelle finitude

La " critique de la raison simianthropologique " démontre que la question posée il y a deux siècles à toutes les mystiques par la Critique de la raison pure de Kant s'impose inévitablement à une pensée européenne enfin conduite au terme de sa logique interne, parce que le chemin maladroitement rouvert à la " raison transcendantale " et à la métaphysique religieuse par le pragmatisme théologique du métronome de Königsberg bute sur la contradiction radicale de donner à observer une espèce réfléchie dans le miroir de son narcissisme épistémologique, ce qui lui interdit de jamais sortir de son arène. Kant croyait sauver l'idole in extremis. Pour cela, il suffisait, pensait-il, de prouver son existence à la fois théologique et réelle en raison de la nécessité politique absolue qu'elle existât effectivement. Mais pour cela, encore fallait-il que l'intelligibilité des phénomènes soumis aux " impératifs catégoriques " fît produire à l'expérience une raison légitimée à l'échelle de ses idéalités - donc que l'idéalisme philosophique censé piloter la théorie physique ne fît pas l'objet d'une enquête simianthropologique au sein du rationalisme de la science expérimentale .

La simianthropologie spectrographie la logique occidentale dans la postérité spectrographique de Hume. Une science vouée à observer la radicalité de la finitude simiohumaine ne recourt, in fine, à aucun subterfuge pour franchir de force les limites inhérentes à la rationalité restreinte du simianthrope. Comment la logique interne de la notion même d' "entendement causal" n'exclurait-elle pas tout simulacre d'une sortie de secours ? Au reste, la physique moderne a d'ores et déjà passé "derrière le miroir", mais pour y récolter à foison des connaissances incompréhensibles par définition, puisque l'intelligence simiohumaine est spéculaire de naissance . Il est sain de mettre un terme au mythe optimisant de Galilée selon lequel les mathématiques seraient le " vocabulaire du cosmos " ; il est sain de désacraliser des décalques équationnels muets par nature ; il est sain de soutenir que " modéliser " les " habitudes de la nature ", comme disait Ockham, n'est jamais que résumer des comportements constants à l'aide d'un graphique ; il est sain de découvrir que les " catégories innées " de la " raison pure " de Kant sont téléguidées par le simianthrope. Comment l'inerte recopié à l'école du calcul ferait-il tenir un discours de la raison à l'original ?

Mais si toute raison trace en silence les pistes de son mutisme dans le vide et si elle n'explique en rien sa propre gestuelle , la simianthropologie commence pourtant d'observer les ressorts psychobiologiques qui peuplaient le cosmos de signifiants que le simius poussait sur le devant de la scène. Avoir percé les secrets de la subjectivité simiohumaine la rend intrépide . La voici du moins devenue le casse-cou du cosmos. Elle se fouette et se houspille, parce que ce serait s'infliger une infirmité supplémentaire de ne pas aller jusqu'au terme du chemin qui relève de sa logique interne. Si la mystique n'a pas trouvé le courage d'observer le simianthrope et ses idoles réfléchis dans le miroir où ils se regardent en chiens de faïence, puisse du moins la raison s'armer de l'audace de se regarder dans le sien. Il n'y a personne derrière la glace, sauf l'œil naissant d'une espèce appelée à conquérir un regard sur ses miroirs cérébraux .

6 - Les fondements anthropologiques de la philosophie occidentale

La simianthropologie observe un animal en situation d'attente. Du coup, l'évolution de cette espèce se change en un observatoire de ses latences. Mais l'interprétation d'un potentiel présuppose que la notion d'erreur ne porte plus sur l'adéquation ou l'inadaptation d'un outil du simius à la finalité que sa semi animalité lui assignait , mais sur un leurre soustrait à son examen et de nature psychogénétique, donc lié au contenu inconsciemment semi animal des verbes expliquer et comprendre dont son espèce le porte à faire usage. Dans les mains du simius , l'outil métamorphose son efficacité en oracle. Mais si la performance physique se rend locutrice par métaphore et si le labeur payant se veut volubile, ne sommes-nous pas tout proches de percer le secret des idoles simiohumaines , ces objets parlants qu'étaient la mer, le soleil et la terre ? Et si le cosmos se mettait à parler par le truchement des mathématiques , ne redeviendrait-il pas un objet vocalisé et la plus grosse des idoles ? Dans ce cas, nous devrions nous demander si cette idole plus massive que toutes les précédentes ne convaincrait pas ses calculateurs à venir en pénitents au rendez-vous de leurs chiffres et si une idole cesse d'en être une telle pour avoir rendu exacte une horloge .

La simianthropologie étudie donc la semi animalité qui sous-tend les significations et les explications que sécrète une espèce suffisamment cérébralisée par son langage pour faire bavarder la matière, mais insuffisamment armée pour spectrographier le discours qui la leurre en retour et qui échoue à vaincre le silence originel et invincible d'un univers inhabité. L'animalité nantie d'un vocabulaire animiste est donc tellement propre au simianthrope que les critères du vrai et du faux que ses tripes rendent parlants dans le cosmos ne sauraient se trouver jugés et compris à se coller les vieux écouteurs de Darwin et de Freud aux oreilles ; car la notion même de " vérité" fondée sur la présupposition selon laquelle il pourrait exister une " parole du monde " doit devenir l'objet d'une analyse du contenu psychobiologique inconscient dont l'expérience scientifique pare ses formulations théoriques. Il y faudra une interrogation trans-nietzschéenne et trans-chrétienne de ce que sera l'anthropos quand il aura paru sur la terre, ce qui exigera que naisse un regard encore ignoré de l'anthropologie classique, puisque l'objet véritable de l'expérimentation actuelle demeurait entièrement à découvrir et à rendre audible : Darwin et Freud ne savaient pas qu'ils observaient une espèce inconnue, le simianthrope , alors qu'en bonne et saine logique, la notion d'évolution serait vaine s'ils avaient observé des hommes réels et achevés. Et pourtant, certaines méthodes d'observation et d'interprétation de ce qui manque au simianthrope actuel pour qu'il devienne un homme véritable peut d'ores et déjà faire l'objet d'une expérimentation indirecte et se trouver vérifié à ce titre.

7 - Platon et la simianthropologie

La traque de l'erreur propre au simius socialisé, cérébralisé et sonorisé par son langage a commencé avec Platon , qui n'observait nullement ce que ses congénères savaient fort bien, mais ce qu'ils s'imaginaient comprendre à l'écoute de leurs cinq sens, de sorte que, dès l'origine, la philosophie occidentale s'est trouvée contrainte d'observer les mécanismes psychiques inconscients qui assuraient non seulement le triomphe de l'ignorance devenue expliquante , mais la croyance proprement simiohumaine en une "intelligibilité" en soi du cosmos - celle que charriait l'erreur armée d'éloquence et inscrite dans une problématique qui faisait d'avance du leurre lui-même l'instrument oratoire de la croyance en une vérité parlante. La preuve semi animale était donc toujours, partout et nécessairement au service d'une imagination véhiculée par la démonstration de toute autre chose que de ce qu'elle alléguait. La théologie appelait " vérité" la collusion apparente du monde observable avec le " verbe " d'une divinité et la physique classique celle du cosmos avec une parole de la matière.

A ce titre, la preuve religieuse accueillait déjà les " leçons de l'expérience " du monde, mais elle les tenait pour les messagères d'une parole gorgée de signifiants simiohumains réputés gravés du haut du ciel dans le cosmos. Platon a enseigné le premier que la problématique de la connaissance portée sur les fonts baptismaux de la théologie par le futur "sens commun " cartésien faisait du sujet l'outil et l'otage de son idole. Comment devenir le spéléologue de cette ignorance-là, sinon à l'aide d'un cerveau rendu virtuellement capable d'observer de l'extérieur l'animalité spécifique de l'erreur simiohumaine? Il y faudra un regard relativement trans-animal sur l'animal demeuré pseudo cogitant.

Mais si Socrate se veut l'accoucheur d'une espèce située dans les limbes, le simianthrope se révèlera un malade cérébral de naissance ; et toute la philosophie occidentale ne sera qu'une nosologie incapable de diagnostiquer l'erreur comme un cancer ou un chancre qui rongera de l'intérieur l'appareil même de la " démonstration expérimentale ", puisque celle-ci demeurera inconsciemment falsifiée par la fausse problématique qui lui fera croire que les faits charrieraient des signifiants comme le bois des idoles parlerait . La simianthropologie inspecte les entrailles des idoles, mais à l'aide d'autres méthodes que celles des haruspices penchés sur les viscères des poulets. Elle pèse le crâne d'une espèce malade de l'infirmité native de son espèce de " raison ". Quelle est l'erreur centrale de cette espèce ? Elle ignore qu'il n'existe pas de " preuves matérielles " d'un signifiant . Confondre les faits et les signes, c'est tenir la prophétie vérifiée pour la preuve des rendez-vous de la matière avec la parole théorique censée inspirer l'expérience. Cette confusion originelle est magique par nature - elle vocalise des vérifications à l'aune de leur paiement ; elle fait de la rentabilité de la connaissance la parole ventrale du monde.

8 - Où le regard de l'humanité sur elle-même en est-il ?

La simianthropologie tente de poser les fondements et de commencer de construire la première science ambitieuse de placer une espèce ventriloque sous la lentille des microscopes construits à partir du milieu du XIXe siècle. En vérité, une telle ambition demeure liée à la nature même des moyens d'investigation et des premières exigences de la ventriloquie animale . A ce titre, elle s'exerce à étendre et à approfondir le regard de l'extérieur que la raison entendait porter sur elle-même par la médiation des idoles. Le premier exploit de ce type a permis à l'entendement demeuré semi animal d'inventer le regard que les dieux étaient censés porter sur l'œil abdominal du croyant. Se regarder du sommet de l'Olympe des Grecs ou du haut du ciel des monothéismes , c'était se doter d'un globe oculaire suffisamment surplombant pour qu'il fût quelquefois parvenu à prendre plusieurs siècles d'avance sur l'œil ventral de son temps. La simianthropologie retrouve nécessairement sur son chemin la trace des efforts antérieurs de dépassement et d'élargissement du champ de vision du simius. Mais le recul que conquerront les opticiens et les ophtalmologues nouveaux donnera un tout autre sens aux timides distanciations antérieures à l'égard de la raison ventriloque.

Prenons l'exemple de la physique classique, dont le champ théorique demeurait parallèle à celui de la ventriloquie judéo-chrétienne : la nature y obéissait à un " ordre naturel " de type juridique. Les constances calculables, donc exploitables de la nature s'y trouvaient qualifiées de " lois ", parce que la " création " passait pour l'œuvre réfléchie d'un législateur tellement souverain que ses équations démontraient l'usage magistral qu'il faisait du langage commun qu'il attribuait aux mathématiques, au droit et à la théologie. Naturellement, l'anthropologie subrepticement catéchisée du XXe siècle n'était pas en mesure de conquérir un regard sur la myopie de la physique classique, parce qu'elle ne disposait pas de la problématique simianthropologique transcendante à l'encéphale pastoral du simius vocalisé par ses idoles qui seule permettra de constituer les théologies et les théories physiques d'autrefois en documents simianthropologiques parallèles. Mais, pour que ce parallélisme des églises devienne observable, il faudra que la question soit posée de savoir ce que l'expérience scientifique démontre en réalité - les répétitions aveugles d'une matière muette à jamais ou bien un signifiant simiohumain de type religieux , donc porté par la prêtrise d'une idole dûment dédoublée entre son activité de législatrice d'un cosmos impavide et son administration judiciaire, politique et éthique des affaires conjointes de la terre et des routines muettes du cosmos .

9 - La collaboration du ciel et des lois chez le simianthrope

La co-gestion ecclésiale des habitudes immémoriales du globe terrestre par le simianthrope expérimentateur et par ses dieux est constante depuis Homère. Lorsque les Décemvirs eurent été renversés à Rome, " une autre loi, émanée des consuls, rétablit l'appel au peuple, unique soutien de la liberté. Mais ce n'était pas suffisant; on mit ce droit hors d'atteinte par une disposition nouvelle qui interdisait d'instituer à l'avenir aucune magistrature soustraite à une procédure d'appel contre ses décisions ; et il était déclaré légitime devant les dieux et devant les hommes de tuer l'infracteur et le meurtrier et de le mettre à l'abri de toute enquête judiciaire." (Tite-Live L. III, chap.IV) Puis, le pouvoir politique du peuple ayant été sanctifié par une légitimation proclamée inattaquable de son autorité et renforcée par celle de tribunaux intouchables, il a fallu rendre cette double autorité à jamais inviolable par le renfort des verdicts de l'autel. Du coup, " on ajouta une loi qui édictait que tout auteur d'une agression contre les tribuns du peuple, les édiles, les juges ou les décemvirs, verrait sa tête livrée aux dieux infernaux et ses biens confisqués au profit des temples de Cérès, de Liber et de Libera. " (Ibid)

Mais si l'extension et l'approfondissement du regard de la raison simiohumaine sur sa propre arène - donc le renforcement de sa capacité d'observer le simianthrope à partir d'un point situé à l'extérieur de son enceinte - devaient demeurer insuffisants pour que la théologie se révélât un document simianthropologique à décrypter, il serait impossible de jamais accéder à une problématique en mesure de rendre compte des ressorts de l'ascension et de la chute des civilisations ; car, à la consolidation des lois simiohumaines par le truchement des idoles que sécrète l'encéphale ventriloquie de ce animal succèdera l'épuisement rapide du sacré qu'il aura mis en place, ce qui entraînera un dépérissement rapide des appareils législatifs à la fois rationnels et contaminés par l'aura des dieux.

Exemple : Mahomet a pris quinze siècles d'avance sur son temps en donnant à Allah l'ordre d'édicter l'interdiction de consommer des boissons alcoolisées. Un millénaire et demi plus tard, tout le XXème siècle européen a tenté de limiter la consommation massive du vin par le recours au raisonnement; et la Russie perd chaque année deux pour cent de sa population en raison de l'impuissance de ses législateurs d'ici bas à limiter ou à interdire par la persuasion l'ingestion d'un poison national, la vodka, qui a réduit à une soixantaine d'années la longévité du Russe moyen.

Mais toute autorité proclamée divine ne tarde pas à s'auto-fossiliser en raison même de la puissance exorbitante et fascinatoire qu'elle exerce sur l'imagination terrorisée du simianthrope. Après quelques siècles seulement d'épouvante salutaire, les dogmes réputés protéger les Etats simiohumains en viennent à pétrifier en retour l'intelligence effrayée du simianthrope au point que la ruine de ses civilisations de la peur , due, dans un premier temps, à la fatigue et au relâchement exagéré de ses rites dissuasifs, découle ensuite, tout au contraire, de la faiblesse d'esprit qu'engendre une mise en service trop autoritaire de sa sottise. C'est ainsi que le droit romain s'est durci autour d'une loi des Douze Tables proclamée éternelle et intangible. Mais quand ce corpus juris civilis exemplairement immunitaire et ficelé aux dieux armés de l'époque est tombé dans l'anachronisme, la science du droit, trop soudainement libérée de la tutelle redoutable du sacré, s'est effondrée dans les vaines semailles d'un pouvoir législatif émacié et chu dans l'occasionnel. Le code de Justinien n'a pas réussi à se rendre aussi cohérent que celui des ancêtres . De même , la prolifération sans frein des lois de circonstance en Europe les multiple dans les sables, faute d'une alliance de la logique antique du droit avec une théologie du sang qui a perdu toute crédibilité pour avoir réduit l'idole à un spectre.

Ultime exemple de la chute de la foi simiohumaine dans la stupidité et des lois dans l'incohérence : ne croyez pas que Benoît XVI aurait poussé du coude la divinité des chrétiens afin de lui faire déposer d'urgence au greffe du ciel un édit contraignant et signé de sa main aux fins d'accélérer l'entrée payante au paradis des malheureux en attente de leur félicité éternelle et condamnés à croupir dans les geôles du purgatoire ; ne croyez pas que la charitable insistance de Benoît XVI aurait obtenu d'un créateur réticent l'octroi d'une indulgence exceptionnellement bien rémunérée pour les pèlerins qui se rendraient en pénitence à Lourdes entre le 8 décembre 2007 et le 8 décembre 2008. C'est le souverain pontife en personne qui a pris, motu proprio, la pieuse décision d'accorder à la masse des croyants de son Eglise l'avantage subit et l'occasion inespérée d'acheter leur salut contre espèces sonnantes et trébuchantes; car c'est lui seul qui dispose, sans recourir ni aux prières, ni aux sollicitations importunes, des pouvoirs et des apanages d'un plénipotentiaire nanti, depuis 1870, de l'autorité infaillible de régler le rythme de l'accession capitaliste au salut éternel.

Comment une civilisation qui ridiculise sa théologie ferait-elle cautionner ses lois par un ciel bancaire, comment la pesée de la faiblesse cérébrale ou de la roublardise politique du chef de l'Eglise la plus puissante des simianthropes ne ferait-elle pas appel à une science entièrement nouvelle du calibrage des cerveaux simiohumains - celle dont l'œil surplomberait une espèce demeurée incapable de porter un vrai regard sur la ventriloquie de son ciel, mais dont elle semble sur le point d'accoucher ? Mais, encore une fois, quand l'appareil de la justice demeure piloté par un ciel hilarant et débile, il faut que la simianthropologie aille au fond de la question de la généalogie psychobiologique des signes et des signaux du signifiant, donc du sens dont accouche l'espèce des semi évadés du règne animal.

10 - Une espèce inachevée

La simianthropologie repose sur la réfutation de la problématique classique qui, depuis Darwin , permettait d'observer le parcours multimillénaire des chromosomes du chimpanzé à l'aide de repères et de critères convenus, dont le principal était l'accroissement parallèle du volume de la boîte osseuse d'un primate à fourrure et de la diversification continue et stupéfiante de son outillage. A ce compte, l'homme se révélait un singe ultra perfectionné en ce sens que son évolution faisait de lui une mécanique de plus en plus puissante. La multiplication de ses ressources verbales conduisait en outre cette espèce à une individualisation de plus en plus féconde des cerveaux spécialisés à outrance , de sorte que sa masse finissait par progresser à la seule école d'une sélection étroite des capacités proliférantes de ses meilleures " têtes chercheuses ". Mais cette interprétation de l'évolution cérébrale d'un primate miraculé par la " sagesse de la nature " interdisait d'observer le simianthrope comme un animal affligé d'une démence, donc comme une espèce nécessairement imparfaite et inachevée, puisque observable sur une faible partie seulement du parcours de sa folie. On pétrifiait donc les tests d'une évasion de la zoologie supposée parachevée de cet animal, alors que l'observation ne fournissait que des clichés figés d'un cheminement discontinu et balbutiant de sa boîte osseuse .

Quel est le statut des déités verbales, donc des signifiants ensorcelés par la parole que l'espèce hyper vocalisée charge de véhiculer ses signifiants? La simianthropologie approfondit la connaissance d'un vivant dont l'animalité spécifique est de nature cérébrale et se caractérise précisément par l'inachèvement du parcours de son verbe. La science de l'intelligence est post darwinienne en ce qu'elle tente de conquérir des instruments de mesure rationnels des virtualités cérébrales dont le simius humain actuel est logiquement porteur.

La simianthropologie s'enracine dans le génie platonicien, dont toute la philosophie occidentale porte l'empreinte secrète et indélébile ; mais elle en réinterprète les sources et le contenu à l'école de la postérité anthropologique de Darwin et de Freud. Car le simianthrope n'est plus trompé par la nature. S'il a réussi à en déjouer les ruses et les pièges bien mieux que l'animal armé d'un odorat , d'oreilles et d'une rétine aux performances insurpassables, il " se " trompe , comme on dit, en ce sens qu'il est préconstruit afin de s'auto-piéger à l'école des sortilèges vocaux qui l'égarent. Cette victime involontaire des signifiants qu'elle fait sécréter à son outillage et à ses savoirs a besoin d'éducateurs nouveaux de sa tête . La simianthropologie observe le cerveau semi animal d'une espèce dupée par les songes cosmologiques incohérents qui ponctuent son itinéraire et par le vocabulaire leurrant qu'elle envoie habiter et rendre volubiles le monde des atomes. La simianthropologie est appelée à éclairer le fonctionnement schizoïde du cerveau d'une espèce scindée de naissance entre le rêve et le réel et qui, depuis son évasion partielle de la zoologie, négocie les droits respectifs de ses songes et de ses savoirs.

11 - L'âge post idéaliste de la philosophie

Il résulte de ces prolégomènes que la philosophie occcidentale aborde un tournant méthodologique qui lui est dicté par la vassalisation politique et intellectuelle progressive d'une Europe désormais placée sous le sceptre apostolique d'un mythe démocratique messianisé. Puisqu'à l'âge théologique, donc messianique de la pensée simiohumaine avait succédé un apostolat idéocratique forgé deux siècles durant sur l'enclume des " idées pures ", la seule révolution de l'esprit critique qui puisse redonner à l'Occident un élan cérébral par delà son idéalisme démocratique maculé est celle qui renversera le tabernacle des concepts devenus de ridicules rédempteurs. C'est dire que cette discipline voudrait élucider l'origine et la généalogie inconsciemment oniriques d'une politique passée sous le joug d'une " liberté " falsifiée par sa métamorphose en l'arche d'alliance d'une ventriloquie du monde. Pour la première fois depuis Athènes, la philosophie redevient l'arme de guerre d'une souveraineté à retrouver, celle des peuples et des nations passés sous le joug d'un empire étranger.

L'Institut international de simianthropologie aura vocation de redonner à une civilisation occidentale en voie de vassalisation par le langage inconsciemment semi animal d'une démocratie planétaire leurrée par son apostolat verbal, l'élan d'une pensée philosophique en route vers une connaissance spectrale du cerveau simiohumain.

Le 7 janvier 2008

http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/europolitique/generation14.htm http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/europolitique/generation14.htm



Lundi 7 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par Alioune NGOM le 13/01/2008 19:00 | Alerter
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Bonjour,

Le professeur René Girard ( Stanford university)
a répondu dans >
à ceux qui confondent la théorie mimétique et les
lois de l'imitation de Tarde.

Bien à vous

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