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L'Europe s'éloigne de Gazprom


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Mercredi 1 Juillet 2009

L'Europe s'éloigne de Gazprom
Les consommateurs européens de gaz sont obsédés par une idée fixe : trouver une alternative aux livraisons russes. Le russe Gazprom, quant à lui, souhaite contrôler le gaz en provenance des pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants). A cette fin, il s'est entendu pour la première fois, le 29 juin, avec l'Azerbaïdjan pour lui acheter son gaz. Un des objectifs étant de vider de son sens la réalisation du projet Nabucco par les Occidentaux. La Pologne s'est entendue, de son côté, avec le Qatar pour acheter du gaz à ce nouveau fournisseur de l'Europe.



Gazprom achètera du gaz à l'Azerbaïdjan
Lors d'une brève visite effectuée le 29 juin à Bakou par le président russe Dmitri Medvedev, Gazprom a convenu avec la compagnie publique azerbaïdjanaise GNKAR qu'il lui achèterait, à partir du 1er janvier 2010, 0,5 milliard de m3 de gaz par an. Le président du directoire de Gazprom, Alexeï Miller, a reconnu que c'était insignifiant, mais, a-t-il dit, il n'y a que le premier pas qui coûte.
Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a déclaré que la production de gaz de son pays atteindrait cette année 27 milliards de m3 et que les prévisions pour l'an prochain portaient sur 30 milliards de m3. Au fur et à mesure de l'accroissement de la production, les livraisons de gaz azerbaïdjanais à la Russie augmenteront elles aussi. Pour l'instant, l'Azerbaïdjan exporte son gaz, essentiellement, vers la Turquie et la Géorgie.



La Russie, à proprement parler, ne manque pas de réserves d'hydrocarbures. Mais pour elle, il est bien plus important que Gazprom figure sur la liste des acheteurs du gaz azerbaïdjanais provenant de la deuxième tranche du gisement de Shah-Deniz. La capacité annuelle de production prévue pour ce gisement est de 16 milliards de m3. Son exploitation commencera en 2014, au plus tôt, et il est actuellement considéré par les pays de l'Union européenne comme la source principale d'approvisionnement du gazoduc Nabucco. Comme on le sait, il est prévu d'alimenter ce dernier avec le gaz du bassin de la Caspienne et d'acheminer ainsi ce gaz en Europe en contournant la Russie, via la Turquie.



Selon une source officieuse, la Russie serait prête à payer le gaz azerbaïdjanais 350 dollars les 1000 m3, un prix record par les temps qui courent. Par conséquent, des acheteurs potentiels souhaitant approvisionner le gazoduc Nabucco avec le gaz du gisement de Shah-Deniz-2 devront, pour que Gazprom change d'avis, proposer un prix plus attrayant à la compagnie GNKAR.
L'Azerbaïdjan restait le seul pays producteur de gaz de l'ex-URSS auquel la Russie n'avait pas acheté de gaz.



A dire vrai, l'avantage commercial et la mise en oeuvre de ces contrats suscitent des doutes. Selon les responsables de Gazprom, le gaz azerbaïdjanais partira dans le Sud de la Russie, et les mêmes volumes de gaz seront alors disponibles pour être livrés à l'Europe. Mais, en réalité, du fait de la diminution de la demande de gaz en Europe, il est peu probable que la Russie réussisse à augmenter, dans un proche avenir, l'exportation de son propre gaz. L'effet commercial de cette transaction sera, au mieux, nul.



Au début de l'année, Gazprom avait également proposé au Turkménistan d'acheter son gaz au prix avantageux de 300 dollars les 1000 m3. Mais, à cause de la diminution de la demande et de la baisse des prix du gaz, Gazprom a tout simplement cessé de prendre dans son tuyau le combustible turkmène. Une explosion s'est produite sur le tronçon turkmène du gazoduc, ce qui a entraîné un conflit entre la Russie et le Turkménistan.



L'Azerbaïdjan, qui évite de garder ses oeufs dans le même panier, a probablement mis de côté dans son sous-sol une partie de son combustible pour l'Occident. Cependant, la signature d'un accord intergouvernemental sur le gazoduc Nabucco est, pour l'instant, ajournée.



La Pologne a pris langue avec le Qatar
Le 29 juin, également, le monopole gazier polonais PGNiG et QatarGas ont signé un contrat portant sur la livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) pendant 20 ans. L'accord prévoit que le Qatar fournira annuellement à la Pologne, de 2014 à 2034, un million de tonnes de GNL (ce qui équivaut à 1,5 milliard de m3 de gaz). D'ici le début des livraisons, PGNiG devra avoir construit en Pologne un terminal de regazéification.



La Pologne consomme actuellement 13,7 milliards de m3 de gaz par an, dont 7 milliards fournis par Gazprom. Le contrat conclu avec QatarGas constitue, à l'évidence, un premier pas de la Pologne pour diminuer sa dépendance vis-à-vis des livraisons de gaz russe. Selon des estimations, avec la conclusion de ce contrat entre Varsovie et Doha, les livraisons de gaz russe à la Pologne pourraient diminuer de 20%.



On peut dire que Gazprom a amené lui-même en Europe ce concurrent qu'est le Qatar. Ce sont ses tentatives de conserver une situation de monopole sur le marché européen et sa volonté d'acheter la totalité du gaz de la CEI qui ont obligé les pays européens à innover et rechercher une diversification de leurs approvisionnements.



Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mercredi 1 Juillet 2009


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