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L’EZLN célèbre le 13ème anniversaire de son soulèvement avec des délégués de 47 pays


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Oventic, Chiapas, 1er janvier - L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a célébré le 13ème anniversaire de son soulèvement armé par la concentration publique d’autorités zapatistes civiles et militaires la plus importante à ce jour.
Devant plus de 4 000 indigènes des bases d’appui de la région de Los Altos, en majorité tzotzils, et plus de 2 000 participants à la Rencontre des pueblos zapatistes avec les peuples du monde, venus de 47 pays dans les montagnes de San Andrés Sakamch'en de los Pobres, le commandant David a rappelé ce matin : « Nous, peuples indigènes du Chiapas qui nous sommes faits connaître à visage couvert à la nation et au monde, nous existons toujours, nous sommes ici et nous y resterons, mais nous ne voulons ni vivre ni mourir dans la misère, l’humiliation et l’oubli. S’il faut mourir, alors que ce soit en luttant pour la liberté et la justice, mais pas à genoux. »

Hermann Bellinghausen

Traduit par Fausto Giudice


Hermann Bellinghausen
Mercredi 3 Janvier 2007

L’EZLN célèbre le 13ème anniversaire de son soulèvement avec des délégués de 47 pays
De son côté, le lieutenant-colonel Moisés, au nom de la commission intergalactique de l’EZLN a affirmé que dans leur combat pacifique mais décidé contre le capitalisme et le néolibéralisme, les zapatistes ont besoin « d’une idée et d’une pensée » pour « semer la lutte, l’organisation et le savoir sur la manière de le faire, car nous n’allons plus nous contenter de le dire, mais nous allons tenter de le faire. »


En présence des cinq conseils de bonne gouvernance, de plus de 40 conseils municipaux autonomes et du sous-Commandant Marcos et s’adressant aux bases d’appui zapatistes de « tous les caracols, municipalités et territoires zapatistes du sud-est mexicain », le commandant David a déclaré qu’après ces années de lutte ouverte, quelque chose a changé et qu’à l’avenir, « en plus de parler, nous allons être à l’écoute de nos frères et sœurs de tous les États mexicains et de tous les pays du monde. »


Treize années de lutte, a-t-il poursuivi, pour avancer les demandes des peuples indigènes : démocratie, liberté et justice pour tous. « Pour les réaliser, nous voulons unir nos luttes avec celles de nombreux peuples qui souffrent aussi d’injustices, d’humiliations et de persécutions. Nous avons pris la parole pour faire savoir ce que nous pensons et voulons, et beaucoup de gens nous ont écoutés et nous ont crus. »



Moisés et Tacho à Oventic le 1er janvier. Photo Tomás Vázquez, La Jornada


Résistance au siège officiel


Dans une atmosphère à la fois festive et solennelle, sous un nuage flottant de brouillard, le commandant tzotzil a salué les adhérents à la Sixième Déclaration et à l’Autre campagne « présents et absents » et les personnes solidaires de la cause indigène. Il a fait mentionné particulièrement « les camarades des troupes insurgées, miliciens, commandants militaires et officiers de l’EZLN, qui, durant 13 ans, ont essayé d’accomplir leur devoir d’insurgés et de soldats du peuple. »


David a salué les commandants et commandantes « qui ont essayé humblement et simplement d’accomplir leur travail de dirigeants en liaison avec les comités régionaux et locaux », ainsi que les villages bases d’appui « de tout le territoire zapatiste, qui sont » ceux qui ont reçu et enregistré les menaces et harcèlements militaires et paramilitaires « des malgouvernants ».


Il a annoncé la prochaine Rencontre intercontinentale. « Pour ce travail, nous avons fait la Commission intergalactique, dont nous avons chargé le lieutenant-colonel Moisés et un groupe de commandants et commandantes. Il a appelé à préparer et organiser cette rencontre qui aura lieu en juillet prochain.
Un autre travail consistera à convoquer, de concert avec mes Congrès national indigène, « une rencontre des peuples originaires de tout le continent américain, de l’Alaska à la terre de Feu », qui devrai se tenir en octobre prochain et à laquelle l’EZLN invite tous les peuples indiens de la région.


Il a réitéré l’engagement zapatiste auprès des peuples « pour qu’ils continuent à s’organiser sous tous les aspects pour améliorer leurs conditions de vie et à résister aux coups, menaces et persécutions du malgouvernement. »


Se poursuivront la défense « de nos droits et de notre culture en tant que peuples indigènes », la construction et le reforcement de l’autonomie « à tous les niveaux de vie » ainsi que le travail de l’Autre Campagne. Pour la seconde étape de celle-ci, une délégation plus importante parcourra tout le pays, afin de « travailler de près avec les camarades de l’Autre Campagne, pour mettre au point le programme national de lutte. »


Invitant « tous les braves gens de notre pays à entrer dans cette lutte politique et pacifique », il a déclaré : « Ce travail ne plaît pas aux puissants, aux gouvernements et aux partis politiques. Nous avons reçu des menaces. Mais nous tenons à dire que quoiqu’il arrive, nous le ferons. Il faudra qu’ils nous tuent tous et toutes pour mettre fin à notre idée de créer un mouvement anticapitaliste et de gauche. » En conclusion, le commandant David a exigé liberté et justice pour Atenco et Oaxaca et la libération de tous les prisonniers politiques du Mexique.


Auparavant, et de manière inhabituelle, le sous-Commandant Marcos avait lu un discours en tzotzil adressé à ceux qu’il a appelés "nos dirigeants, les peuples zapatistes zoques, mames, chols, tojolabals, tzeltals et tzotzils", provenant "de toutes les zones du Chiapas o* flotte notre drapeau de l’EZLn avec l’étoile rouge à cinq branches. »


La version espagnole a été lue à son tour par la commandante Hortensia : »Nos paroles s’adressent à ceux d’entre nous qui sont le cœur brun de notre organisation », « le Votán Zapata, gardien et cœur de nos peuples. » Certains « étaient encore des enfants quand notre lutte a commencé mais ils ont grandi dans la résistance et la dignité que nous enseignent nos anciens. Il a souligné que l’histoire de son mouvement est collective et que les « zapatistes ne sont rien pris individuellement ».


« Les puissants et leurs malgouvernants, avec le mépris et l’oubli, étaient en train de mener contre nous une guerre d’extermination. Alors, nous, l’EZLN, nous avons dit que ça allait comme ça, que ça suffisait, et nous nous sommes levés en armes, pour qu’ils nous voient, nous prennent en compte et nous respectent. Notre histoire est celle d’une dignité qui lutte pour se faire chaque fois plus collective, pour construire un Nous si grand qu’il puisse contenir tous les exploités, les spoliés, les méprisés et les réprimés du Mexique et du monde. »


Il a déclaré que « dans le cours de notre lutte, nous avons compris que nos demandes ne peuvent être satisfaites que si nous nous unissons aux autres peuples indiens du Mexique, que si nous faisons cause commune avec d’autres personnes qui ne sont pas indigènes mais qui luttent aussi pour la liberté, la justice et la démocratie. »


Actuellement, a jouté Marcos, nous suivons la vie de l’Autre Campagne et « nous sommes allés dans tous les coins de notre pays pour connaître, écouter et parler avec ces nouveaux camarades. » ce faisant, « nous avons découvert que la pensée collective est bien comprise par la plupart des peuples indigènes. » Il a remarqué que « les plus décidés dans la lutte sont les peuples indiens, les jeunes et les femmes. »
Les Yaquis ont mérité une mention particulière, auxquels on cherche à imposer une autorité « sans prendre en compte les pensées et les sentiments de la communauté de Vicam. » En ce moment, le peuple camarade yaqui est menacé de répression par le gouvernement du Sonora. Il faut se préparer à le soutenir s’ils l’attaquent, a averti Marcos. S’il y a 13 ans, quand nous étions seuls, nous ne nous sommes pas arrêtés, nous n’avons pas eu peur, nous ne nous sommes pas rendus, ce n’est pas maintenant que nous avons de la compagnie sur notre chemin et vers notre destination que nous allions renoncer. »




Des milliers de rebelles au néolibéralisme au Chiapas : des sympathisants de l’EZLN provenant de 30 pays assistent à une rencontre de résistance à Oventic

À la veille du 13ème anniversaire de son soulèvement armé, l’Armée zapatiste de libération nationale a reçu des partisans de 30 pays, tous adhérents de la Sixième déclaration de la Jungle lancandone, pour ce que le lieutenant-colonel insurgé Moisés, au nom de la Zezta Internazional (« Zixième Internazionale ») a appelé une « rencontre de résistance et de de rébellion contre le capitalisme et le néolibéralisme mondial qui a préparé la mort et la destruction de l’humanité et de la nature ». Ou comment se préparer et s’organiser pour résister et combattre « l’ennemi commun » de l’humanité.


« Cette rencontre est une nécessité et une urgence », a-t-il ajouté devant plus de visiteurs du monde entier et au moins autant de membres des bases d’appui provenant de toutes les régions autonomes zapatistes, outre les cinq Conseils de bonne gouvernance [CBG = juntas de buen gobierno (JBG)] et les représentants d’environ 200 autorités municipales autonomes du Chiapas.


Oventic, 31 décembre 2006. Photo Tomás Vázquez, La Jornada


Avec les peuples du monde


Ce qui les réunit, c’est la recherche de la voie pour « construire un monde meilleur contenant tous les mondes ». En inaugurant la Rencontre des pueblos [à la fois « peuples » et « villages », NdT] zapatistes avec les peuples du monde, cet après-midi sur l’esplanade du caracol (escargot) d’Oventic, le lieutenant-colonel Moisés a ajouté qu’il s’agit de « nous rencontrer pour nous connaître et partager nos expériences d’organisation et de conduite des luttes de chaque peuple, de chaque mouvement, de chaque secteur et de chaque personne. » Un lieu où la lutte des uns et de la multitude soit une seule et même lutte.


Le CBG de Los Altos, « cœur central des zapatistes face au monde », dans son rôle d’amphytrion, a souhaité la bienvenue aux participants « sur notre territoire, qui est aussi votre maison ». Aujourd’hui « nous commencerons à nous écouter, pour savoir comment se passent nos luttes contre la malgouvernance et ainsi construire des alternatives vers un monde où ceux qui commandent le fassent en obéissant ».


La rencontre, qui se prolongera jusqu’au 2 janvier, a comme premier axe l’exposé détaillé des expériences de gouvernement des communautés zapatistes. En conséquence, le panel inaugural a été conduit par les cinq CBG, qui ont décrit pendant deux heures ce que signifie pour les zapatistes gouverner dans l’autonomie.


Dans le grand auditorium plein à craquer de ce caracol, se sont succédées les prises de parole d’hommes et de femmes indigènes qui gouvernent à la manière zapatiste et qui enseignent en apprenant. « Certains d’entre nous ne savent ni lire ni écrire, mais nous savons penser. » derrière les passe-montagnes, la jeunesse de la majorité d’entre eux, qui appartiennent à la nouvelle génération zapatiste, était évidente. De fait certains d’entre eux ont été formés par l’éducation autonome des rebelles. Et cet après-midi, on a pu entendre des définitions pointues et très alternatives de concepts censés être établis comme gouvernement, politique, autonomie ou participation démocratique.


Dans un espagnol de coloration indigène, Miguel, membre du CBG de Roberto Barrios, a expliqué : « Nous ne sommes pas payés pour gouvernement car nous sommes pauvres. » de quoi ébranler l’axiome vétuste du professeur Carlos Hank González, selon lequel « un politicien pauvre est un pauvre politicien », appliqué jusqu’à la nausée sous les régimes de Carlos Salinas et Vicente Fox. Pour gouverner le peuple, dit Miguel, il faut être comme le peuple, « il ne faut pas qu’il y ait de différence ». Il a estimé que de cette manière, le pouvoir « se moque » d’ exercer les responsabilités publiques, car « il ne nous respecte pas ».


Le commandant tojolabal Brus Li (Bruce Lee), coordinateur des exposés des CBG, a donné cette définition : « L’autonomie est une manière de nous prendre en compte nous-mêmes entre nous », car ici « le gouvernement est autre ». « Nous ne dépendons pas des politiciens. Nous décidons nous-mêmes comment nous voulons que nos communautés travaillent. » Et cela « ne ressemble pas au système des capitalistes néolibéraux » où le le gouvernemnt commande et les peuples obéissent ». Il a reconnu : « Quand nous nous sommes soulevés en armes, nous n’avions pas cette expérience. Il n’y a pas de manuel qui dise comment gouverner», mais les zapatistes se sont employés à réussir à « gouverner en proposant et non en imposant. »


L’auditoire extrêmement diversifié a écouté avec un intérêt et un enthousiasme croissants les témoignages et les définitions qui, au-delà de la fameuse idée zapatiste du « commander en obéissant », ont révélé une grande vitalité. « Nous voulons être différents des malgouvernants, qui décident pour leur propre bénéfice », a expliqué Jesús, du CBG de La Realidad. Comme ses autres camarades, il a reconnu que ça n’était pas facile « mais le peuple nous appuie et prend nos familles en charge quand nous allons travailler « , durant les trois ans que dure la charge. « Nous avons connu des succès, mais aussi des obstacles et des échecs. Il y a parfois des faiblesses, car nous ne sommes que des êtres humains, mais le peuple doit s’en rendre compte et nous aide à les surmonter ? Nous sommes fiers d’être autonomes. »


Roel a admis que »l’un des défis les plus importants est la participation des femmes à l’autonomie. » Le premier CBG de La Realidad ne comptait qu’une femme. Trois ans plus tard, le nouveau conseil est composé de sept homems et sept femmes. Ofelia, du caracol de Morelia, a décrit comment a été construit « le tissu du système d’éducation, de santé, de production et de technologie appropriée », et Beto, lui aussi du CBG Arc-en-ciel de l’espérance [Arcoiris de la esperanza], dit que cette autonomie n’est écrite ni dans les dictionnaires ni dans la Constitution : »nous la vivons à partir de la maison, de la communauté et de là dans toute la société. » Comme de nombreux zapatistes qui participent dans l’autogouvernement indigène, il a donné quelques exemples de résolution de conflits agraires ou de crimes et violations qui se ont lieu dans les territoires autonomes, les mettant en opposition avec l’impunité systématique ou les abus de la justice officielle. « Nous recherchons le dialogue et l’accord entre les parties et nous ne confondons pas le dialogue avec la négociation. » « Il y a une flopée » de défis, dit-il. « Bien que nous ne puissions pas changer le monde, nous luttons pour que le monde ne nous change pas. »


Josefina, une Chol de la municipalité autonome d’Akabalná et membre du CBG de Roberto Barrios, a rappelé que les premier conseils autonomes ont été élus le 19 novembre 1994 et avec le temps, « nous avons appris quelque chose que nous ne savions pas : nous avons de nouvelles lutes, de nouvelles idées. » Elle a décrit avec précision l’hostilité des paramilitaires et le rôle des caciques dans la zone Nord, opposés à « l’autre gouvernement » que pratiquent des milliers de membres des communautés indigènes du Chiapas, en dépit des « trahisons » successives des gouvernements d’Ernesto Zedillo et Vicente Fox. Ou ce qu’il en est de la non-application des Accords de San Andrés, signés par un ministre de l’Intérieur supposément saoul en 1996, en « quinze minutes » ou encore de la pathétique loi indigène que la logorrhée de Fox a enterré.


Elías, Tzeltal du CBG de La Garrucha, dans un éloge exemplaire de la souveraineté nationale, a déclaré : « Nous avons le droit d’être autonomes à l’intérieur de l’État de ce pays. Nous avons le droit d’avoir nos propres pensées, qui, en tant qu’indigènes, font que nous sommes différents des autres Mexicains. » Et il a été clair : « Nous ne sommes pas contre la souveraineté du Mexique, comme le prétendent à tort des ennemis des peuples. »


En conclusion du panel inaugural, la Coopérative Nuevo Horizonte du Guatemala, qui tire ses origines de la guérilla de ce pays dans les années 80, a exposé ses propres expériences de gouvernement, préfigurant ce que, dans les prochains jours, on pourra entendre ici, sous les auspices de ceux qui, selon Miguel, de Roberto Barrios, considèrent que « le travail de gouvernement consiste à animer le peuple », et non l’inverse, comme c’est le cas à l’échelle nationale.



La Jornada
Traduit de l’espagnol par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1834&lg=fr



Mercredi 3 Janvier 2007

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