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L'ESCALADE DE LA VIOLENCE AU LIBAN


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Les événements des quatre derniers jours ont révélé la réalité de l’équilibre des forces au Liban. Lorsque des dirigeants de la majorité gouvernementale, tels que Saad Hariri et Walid Joumblatt, se retrouvent encerclés dans leurs quartiers généraux respectifs, incapables d’en sortir et obligés d’appeler l’armée à la rescousse pour assurer leur sécurité, cela signifie qu’il n’y a qu’une seule force ayant la haute main sur le pays et capable d’imposer sa volonté.


tunisielibre@yahoo.fr
Jeudi 15 Mai 2008

Par Abdel Bari Atwane



Alquds Al Arabi : samedi 10 mai 2008



Nous ne croyons pas que le groupe gouvernemental ignore cette vérité, ainsi que les moindres détails de la situation militaire sur le terrain et ceci nous amène à poser cette question simple: pourquoi a-t-il donc pris la décision De pousser brusquement à l’escalade et de prendre des mesures qu’ils se savait incapable d’exécuter sur le terrain, telles que la révocation du Lieutenant Colonel Wafik Chekir, responsable de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth et le démantèlement du réseau de télécommunications et des caméras du Hezbollah, jugés illégaux ?



La réponse à ces deux questions, ainsi qu’aux questions annexes, se résume dans une de ces deux hypothèses : ou bien que le groupe gouvernemental soit tout simplement naïf, ce que nous écartons d’emblée ; ou bien alors que des forces étrangères lui ont recommandé l’escalade et la provocation du Hezbollah, dans le but de pousser à une guerre civile d’usure, ce qui est, à notre sens, plus probable.



Il y a un consensus, dans les milieux de « l’alliance arabe des modérés », sur la nécessité de liquider la résistance et son armement au Liban, ce qui coïncide avec les desseins des israéliens et des américains. Il n’est pas exclu, dans ces conditions, que ces derniers aient incité leurs alliés au Liban, qui représentent la légitimité constitutionnelle, d’agir rapidement et de provoquer le Hezbollah afin de le pousser à faire usage de ses armes dans un conflit interne. Cela leur permet de prétendre que l’armement n’était pas destiné, à l’origine, à être utilisé contre Israël pour libérer les terres libanaises occupées, mais pour étendre la domination du Hezbollah sur le pays et changer ainsi la donne constitutionnelle.



Internationalisation de la crise



En fait, ils veulent internationaliser la crise libanaise et permettre aux Etats-Unis, à Israël et à la France et, peut-être aussi à certains pays arabes, d’intervenir militairement et d’envoyer des troupes au Liban, sous prétexte de venir au secours d’un gouvernement légitime, présidé par Fouad Séniora. Les vaisseaux de guerre américains mouillent toujours au large des côtes libanaises, à l’affût de l’occasion d’intervenir d’urgence. Si cela viendrait à se faire, le coût en sera très élevé.



Les Etats-Unis et Israël ne peuvent pas déclarer la guerre à la résistance au Liban sans la moindre justification légitime. L’administration américaine ne peut recourir de nouveau aux allégations mensongères après avoir été discréditée. Le front libanais est calme et les forces des nations unies, qui accomplissent convenablement leur mission à la frontière, n’ont pas enregistré de violation de la part de la résistance. Bien au contraire, elles ont enregistré de nombreuses violations par l’aviation israélienne de l’espace aérien libnais.



La réunion urgente des ministres arabes des affaires étrangères, qui se tient aujourd’hui à la demande de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite, les deux pôles de l’axe modéré constitué par Condolezza Rize, est le premier pas vers l’internationalisation de la crise libanaise et l’offre de couverture légale arabe à l’intervention américaine et israélienne. C’est le préambule à une guerre régionale impliquant la Syrie et l’Iran.



Quand le porte-parole égyptien déclare que son pays ne peut accepter qu’une force, soutenue par l’Iran, domine le Liban, cela correspond à une déclaration de guerre contre la résistance et l’annonce d’une prochaine intervention contre elle. Pourquoi donc, ce même porte-parole n’a-t-il pas déclaré autant, concernant l’occupation américaine de l’Irak et israélienne de la Palestine ? Et comment tolère-t-il le blocus de Gaza et l’interdiction de son ravitaillement en hydrocarbures alors que l’Egypte fournit du gaz à bas prix à Israël?



Les projets pour la région :



Il faut reconnaître, sans trop de complications théoriques, qu’il y a deux projets fondamentaux dans la région arabe : le premier, adopté par la Syrie, l’Iran, le Hezbollah et les fractions de la résistance palestinienne, est celui de la résistance. Le second, qui comprend les pays arabes de l’axe modéré, a, au contraire, choisi de s’aligner sur le camp américain et ses plans de domination et de consécration de la suprématie militaire israélienne.

C’est le choix de la résistance et la persévérance dans cette voie, qui ont permis à Hamas de maîtriser la bande de Gaza et au Hezbollah de maîtriser Beyrouth.



Le second projet, celui de l’alignement sur les américains, a donné la preuve de son échec et son refus par les peuples arabes. Les arabes favorables au projet américain n’ont jamais réussi à faire démanteler une seule colonie ou un seul des 700 barrages israéliens en Cisjordanie, malgré les nombreux services rendus gratuitement aux américains : engagement dans la guerre contre le terrorisme, participation efficace dans le soutien à l’occupation de l’Irak, attaque contre les groupes islamiques et leur encerclement.

Il est vrai que le Hezbollah est soutenu par l’Iran, ainsi que le Hamas. Si l’Iran a réussi à disposer d’une position dominante au Liban, à travers le premier, et à prendre pied à Gaza par l’intermédiaire du second, cela est bien la conséquence de l’impuissance officielle arabe, la complicité des régimes arabes avec le projet américain et l’absence de tout projet réel pour récupérer la dignité bafouée et pour soutenir les causes nationales. Il y a actuellement un projet iranien, un autre turc, un troisième indien, un quatrième chinois, et il n’y a nulle trace d’un projet arabe.



Le conflit au Liban n’est pas un conflit sunnite chiite, comme voudraient le faire croire l’axe des modérés et ses médias. C’est un conflit entre un projet de résistance et un autre de soumission, un conflit entre ceux qui se trouvent dans le camp des guerres américaines contre notre nation et ceux qui se trouvent dans les tranchées d’en face, un conflit entre ceux qui ont vaincu et humilié Israël et ceux qui ont perdu leurs guerres contre lui.

Les Palestiniens, tous sunnites, n’ont aucune haine contre les chiites ou le Hezbollah. Au contraire, ils le soutiennent, à l’exception d’une minorité de salafistes. Cela est aussi valable pour la grande majorité des peuples arabes, du Maghreb et du Machrek.



Aussi les tentatives permanentes pour diaboliser les chiites et le Hezbollah pour des motifs « américains », sont vouées à l’échec, tout comme ont échoué celles qui avaient visé la gauche auparavant.

C’est l’administration américaine actuelle qui a introduit et tente de propager le virus du sectarisme confessionnels, de transposer le modèle irakien un peu partout dans la région et d’utiliser les régimes alliés pour leur fournir la couverture médiatique et les justifications religieuses. Les Etats-Unis se sont alliés aux chiites contre les sunnites en Irak et aux sunnites contre les chiites au Liban. Ils sont contre ceux résistent qu’ils soient sunnites ou chiites.

Les critères américains pour cataloguer les amis et les ennemis sont Israël et le positionnement par rapport aux projets américains dans la région. Aussi celui qui lutte contre Israël et se déclare pour la résistance en Irak est d’emblée un ennemi mortel qui doit être sanctionné et marginalisé, indépendamment de sa confession ou de sa secte. Au contraire, celui qui accepte de coexister avec Israël et ferme les yeux sur ses massacres, et qui soutient l’occupation américaine de l’Irak est l’allié et l’ami qui mérite appui et soutien.



La neutralité libanaise :




La neutralité libanaise est un mensonge auquel ne croit que celui qui l’a inventé. Le Liban ne peut pas être neutre dans une région à feu, menacée dans sa sécurité, ses ressources et sa foi. Comment peut-il être neutre avec sa composition confessionnelle compliquée, aux ramifications régionales et internationales et ses directions majoritairement corrompues et vendues ? Comment peut-il l’être dans un contexte de tension et de conflit entre puissances, dont l’une, Israël, implantée par la force et ne pouvant vivre que par l’agression ? L’autre, la Syrie, avec sa position hautement stratégique et sa longue tradition historique et géographique, ayant toujours des terres occupées ?



Les périodes de stabilité au Liban ont été courtes, correspondaient souvent à des armistices et l’ont été surtout avant l’implantation de l’Etat hébreu. Même les dix dernières années, n’ont connu qu’une stabilité relative et artificielle, fruit d’une entente syro- saoudite sous le patronage américain et en l’absence d’hostilité israélienne. Actuellement, l’entente syro- saoudite s’est effondrée et s’est transformée même en une animosité manifeste, le patronage américain a pris fin et Israël se prépare à la guerre, dans l’espoir de rehausser un peu le prestige de son armée, écrasé au cours de la guerre de juillet 2006, et c’est ce qui explique le climat actuel d’escalade.



Nous ne croyons pas à une issue immédiate pour la crise actuelle, tant la boule de violence grossit de jour en jour et parce que les Etats-Unis et Israël souhaitent que se poursuivent les affrontements afin d’entraîner l’Iran et la Syrie, d’une manière ou d’une autre, dans une guerre régionale.

Tous les libanais, sans exception, sont les victimes de ce projet diabolique.

Ressasser des formules telles que « le retour au dialogue » ou « l’appel aux sages » pour intervenir afin d’éviter au pays une guerre destructrice, c’est moudre du vent.

Le Liban est malheureusement l’expression des équilibres régionaux et un terrain de confrontation arabe et internationale. Aussi l’entente interne ne peut se réaliser qu’à l’ombre d’une entente internationale et ceci n’est pas acquis actuellement.

Nous le disons avec amertume, le Liban est un instrument, sa décision n’a jamais été indépendante et souveraine un jour, le prestige de son régime a toujours été relatif et c’est pour ces raisons que nous voyons l’avenir obscur et même très obscur !

Les intertitres sont de la traduction

Traduit de l’arabe par Ahmed Manai : www.tunisitri.net/


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Jeudi 15 Mai 2008


Commentaires

1.Posté par elgringos le 15/05/2008 21:16 | Alerter
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Le Liban aux Libanais, la Palestine aux Palestiniens et l'amérique aux Indiens d'amérique, chaqu'un chez soi et les vaches seront bien gardées, c'est quoi tous ces voleurs qui ont l figure comme leurs fesses? Jusqu'à quand on devra se les taper eux et leurs cliques démoniaque????
Cela va-t-il durer encore longtemps???
Ils ont fait ce monde à leur image et à leur ressemblance, c'est à dire une immense fosse septique qui pue jusqu'aux anneaux de jupiter !!!

2.Posté par biloute le 16/05/2008 02:27 | Alerter
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Les Etats-Unis se sont alliés aux chiites contre les sunnites en Irak et aux sunnites contre les chiites au Liban. Ils sont contre ceux résistent qu'ils soient sunnites ou chiites.


Il ne faut pas généraliser quand même. Maliki s'est allié à l'occupant étasunien mais la grande majorité des chiites soutiennent aujourd'hui Moqtada al-Sadr, qui résiste à l'occupation de l'Irak. Maliki n'est qu'un usurpateur, tout comme Saniora et Hariri qui ne representent qu'eux même. Dans son intervention télévisé de la semaine dernière, Sayyed Hassan Nasrallah a dit que si ce gouvernement (celui de Saniora) était réellement sunnite, il aurait le premier à le rejoindre...

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