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Histoire et repères

L'ERREUR DE DE GAULLE




En 1968, pendant le mois de mai, on rencontrait pratiquement tout le monde dans la rue, surtout dans le Quartier Latin. C'est ainsi qu'un soir, je me suis retrouvé nez à nez avec René Capitant, gaulliste de gauche, un des leaders de l'UDT (Union démocratique du Travail), gaulliste historique. Il était député du 5e arrdt, et sortait de la Mairie, Place du Panthéon. Nous nous étions rencontrés plusieurs fois, l'année précédente à Combat, dont le rédacteur en chef était alors Philippe Tesson. J'avais conçu le projet de me présenter aux élections législatives chez moi à Hennebont, avec Jean-Claude Kerbourc'h, qui était journaliste à Combat, et qui, lui, voulait candidater à Quimper. Ne pouvait-on pas faire bloc ? (Il a écrit un livre sur Mai "le piéton de Paris"). J'en avais parlé à René Capitant, qui m'encouragea ! "Je connais bien Hennebont, me dit-il, ça sera amusant, car le député en place, le bon catho centriste Ihuel, est indéboulonnable, comme vous le savez ! Mais ça serait drôle !" René Capitant avait beaucoup d'humour. "Allez-voir Louis Vallon, c'est lui qui s'occupe de "nos" candidatures". Vallon et Capitant étaient inséparables. Gaullistes de gauche, ils n'arrêtaient pas de "flinguer" Pompidou qu'ils détestaient, autant que moi, sinon plus ! Je rendais Pompidou responsable de la situation. Son conservatisme, et surtout le fait qu'il fut autrefois "le gérant de la banque Rothschild" avait permis au parti communiste d'accréditer parmi les travailleurs l'idée que "de Gaulle était l'homme des Rothschild". Et c'était, bien sûr, dommageable, pour de Gaulle ! C'est ce que j'expliquais à chaque fois que j'avais l'occasion de rencontrer René Capitant, ou Maurice Clavel (également gaulliste de gauche) à Combat. J'étais donc allé voir Louis Vallon qui me répondit "Comme vous le savez, nous ne sommes pas en odeur de sainteté à Matignon ! Mais vous pouvez tenter votre chance auprès de Pierre Lelong, qui est député du Finistère, et chargé des candidatures à Matignon ". J'en avais discuté avec Marcel Beaufrère, à l'AFP. Ancien déporté, et ancien trotskiste, Beaufrère, journaliste chargé du secteur social, sympathisait avec les "gaullistes de gauche". Il m'assura que je n'avais aucune chance, les pompidoliens étant particulièrement remontés contre le tandem Vallon-Capitant. Il est vrai que ceux-ci étaient accusés d'être à l'origine de "l'ignoble campagne menée contre Pompidou", cette fameuse "affaire Markovitch", illustrée par des "photos-montage" impliquant Mme Pompidou. Je suis quand même allé voir Pierre Lelong à Matignon, et celui-ci ne m'a pas caché que nous étions "plusieurs" candidats pour Hennebont ! Je n'ai pas insisté... Mais ce soir-là, Place du Panthéon, je dis à Capitant :" Vous voyez, Pompidou..." Il ne me laissa pas poursuivre, connaissant mes sentiments :" Rassurez-vous, me lança-t-il presque en jubilant, le Général va s'en débarrasser !"
Certes, il s'en est débarrassé, mais trop tard ! Il aurait dû le faire en 1967, au lendemain des législatives du mois de mars, sa majorité ne tenant plus qu'à un fil au Palais-Bourbon, grâce aux voix (et aux quelques sièges de l'outre-mer !), l'électorat d'extrême-droite ayant voté au second tour pour les candidats de l'opposition socialiste. Laissant présager ainsi la coalition de toutes les oppositions anti-gaullistes en Mai 68. Aurait-on évité Mai 68 si de Gaulle avait changé de Premier Ministre en 1967, en choisissant une personnalité plus "sociale" ? Un Robert Boulin, ou un Edgard Pisani par exemple ? Difficile à dire, lorsqu'on sait que les deux "puissances" adverses de de Gaulle avaient, elles aussi, rendez-vous avec l'histoire. Car c'est bien l'homme que l'on voulait abattre !

Samedi 12 Avril 2008
Gabriel Enkiri

http://wwwkerlegan.blogspot.com http://wwwkerlegan.blogspot.com


Commentaires articles

1. Posté par Alfeanor le 12/04/2008 23:21
Quel est l'à propos de cet article ?
On nous parle de gaullistes de gauche ça existe ces betes là ?

2. Posté par Gabriel Enkiri le 13/04/2008 22:52
Ce dernier post intitulé "l'erreur de de Gaulle" clôt une série consacrée à Mai 68 que l'on peut lire intégralement sur mon blog. Cette analyse, qui m'appartient en propre, grâce à des sites comme alterinfo, que je remercie pour son hospitalité, circulent désormais sur la toile. Nous sommes en plein dans la "commémoration". Plus de 90 ouvrages sont programmés chez les éditeurs. Mon témoignage, qui "sort de l'ordinaire", apporte sa pierre à l'édifice. J'ai le sentiment que les "historiens" vont devoir répondre à ma "thèse". C'est pourquoi il est indispensable de la faire connaître !
Concernant les "gaullistes de gauche", je signale que.... de Gaulle avait l'habitude de dire : "il n'y a qu'un gaulliste en France, c'est moi !" Et il avait parfaitement raison. Ce qui n'empêche pas que des gens qui se disaient de gauche, ou qui étaient d'anciens militants socialistes comme Louis Vallon, se disaient "gaulliste". En 1940, à Londres, ceux qui sont venus le rejoindre appartenaient à toutes les mouvances politiques de l'époque, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Mais ce qui est certain, c'est que les gens de gauche étaient rares, car anti-militaristes ils n'avaient guère de sympathie pour ce général (qui plus est aristocrate !) qui voulait poursuivre la guerre, alors que le brave Maréchal, bon républicain, avait, lui, pitié de la souffrance des Français, et avait bien raison de signer l'Armistice ! C'est pourquoi il y eut très peu de gens de gauche avec le général, et beaucoup plus à Vichy avec le Maréchal ! A la Libération, la "gauche" fut plus encore anti-gaulliste, si bien que de Gaulle n'eut jamais autour de lui qu'une poignée de gens de gauche. Et le comble de l'ironie, c'est que c'est un ancien vichyste, François Mitterrand, qui devint le "candidat du peuple de gauche" en 1981 ! N'est-ce pas encore plus drôle que ces "petites bêtes de gaullistes de gauche" ?
http://wwwkerlegan.blogspot.com/

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