Conflits et guerres actuelles

L’Asie centrale au seuil des coups d’Etat islamistes


Alexander Rahr et Mikhaïl Logvinov, pour RIA Novosti


Alexander Rahr et Mikhaïl Logvinov
Mardi 13 Avril 2010

L’Asie centrale au seuil des coups d’Etat islamistes
Le renversement de Kourmanbek Bakiev a confirmé, une fois de plus, une vérité simple: les gouvernements autoritaires sont toujours tôt ou tard balayés par une vague de courroux populaire s’ils se montrent incapables de régler les problèmes politiques intérieurs sans violence et ne misent pas sur la modernisation politique, sociale et économique.
En même temps, le coup d’État au Kirghizstan est un signe très mauvais pour les autres régimes centrasiatiques, tout d’abord, pour ceux de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Turkménistan. On peut à juste raison estimer que, si les conditions actuelles restent inchangées dans ces États, l’éventualité de coups d’État n’est qu’une question de temps. Si l’opposition kirghize n’était pas religieuse, les forces d’opposition de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Turkménistan seront, elles, représentées par des organisations islamiques.
Les experts n’ignorent pas que des mouvements islamiques de tendances différentes ont su créer en Asie centrale des structures assez stables jouissant du soutien de la population locale, ce qu’on ne peut pas toujours dire des gouvernements. La pénétration de courants et de conceptions islamistes sur le territoire de la vallée de Ferghana est particulièrement alarmante car cette contrée s’est vue marquée ces dernières années comme région de pauvreté, d’instabilité et de radicalisme islamique. Les islamistes ont également remporté des succès importants dans d’autres régions de l’Asie centrale.
Certains acteurs de la région estiment que le coup d’État au Kirghizstan constitue un signal pour l’action. Il convient de mentionner en premier lieu l’organisation Hizb ut-Tahrir (le Parti de la libération) qui jouit du soutien de plus de 20.000 partisans dans la région. Le but poursuivi par Hizb ut-Tahrir est la création d’un nouveau califat en tant que groupement de l’oumma islamique (la communauté de tous les musulmans) et l’introduction de la charia. Notons que les dirigeants de cette organisation rejettent toute pression militaire sur les gouvernements: après les « révolutions de couleur », les islamistes ont bien compris qu’il est également possible de renverser les régimes autoritaires par voie d’insoumission civile, ce que confirme le coup d’État au Kirghizstan. Bien que les partisans de Hizb ut-Tahrir ne soient pas adeptes des idées du djihad global, ils n’excluent pas la possibilité d’une résistance militaire, non pas en vue de créer un État islamique, mais pour en assurer la défense après l’insurrection de l’oumma.
Le groupe local Akramia, celui d’Andijan en Ouzbékistan, a fourni un exemple éloquent de « social engineering » à tendance religieuse. Son danger consiste en ce que ses partisans visent à infiltrer et à utiliser dans leurs propres buts le monde des affaires et la politique municipale en vue de légaliser l’ordre islamique prôné par le groupe. A la différence d’Akramia, le Parti de l’assistance (Hizb un-Nusrat) est constitué non pas d’entrepreneurs et de fonctionnaires municipaux, mais de cadres éprouvés de la résistance islamique. L’activité "civilisatrice" de l’organisation Tablighi Jamaat fondée en 1920 en Inde est non moins dangereuse: son but est de créer un État islamique sur le territoire de l’Asie centrale.
Il convient de mentionner aussi des formations militaires comme le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), l’Union islamique du djihad (IJU) et les groupes militaires de l’Opposition unifiée du Tadjikistan qui combattent ces dix dernières années en Afghanistan et/ou au Pakistan. Malgré les changements d’objectifs de ces groupes, le renversement des régimes dans leurs pays d’origine reste la priorité. Takhir Iouldachev, Abdullo Rakhimov et d’autres ont apporté une grande contribution à la cause de l’Islam à l’étranger. L’heure arrive d’une révolution islamique dans leur Patrie. Les organisations islamiques armées préparent une offensive prolongée et efficace sur les capitales des États d’Asie centrale. Compte tenu de l’économie et de la sphère sociale peu développées, ainsi que de la corruption des élites, le jeu des révolutionnaires islamiques ne sera pas difficile dans la région. S’ils réussissent à former un front uni et à utiliser des ressources non seulement militaires, mais aussi "civiles", les chances des autocrates locaux de se maintenir seront singulièrement réduites.
Ce n’est pas par hasard que les gouvernements régionaux ont été si inquiets face à la nouvelle stratégie de Washington qui prévoit de transmettre aux autorités locales à partir de 2011 les responsabilités en matière de sécurité en Afghanistan. En revanche, les élites régionales se trompent lourdement en estimant que tous leurs problèmes sont rattachés à l’Afghanistan. Au contraire, les opérations militaires des États-Unis en Afghanistan ont permis de "détourner" des forces de l’Asie centrale, mais après le retour des formations militaires dans la région, celle-ci sera alors un nouveau centre de résistance islamique.
 
Alexander Rahr est Directeur du Centre Russie/Eurasie du Conseil allemand pour la politique extérieure.
 
Mikhaïl Logvinov est boursier de thèse à l’Université de Chemnitz (Allemagne).
 

Ce texte n’engage que la responsabilité des auteurs.

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Mardi 13 Avril 2010


Commentaires

1.Posté par ken le 14/04/2010 03:53 | Alerter
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Bonjour, qui vivra véra mais pour l'instant il y a un énorme écran de fumée avec le grand jeu des grandes puissances.
A bientot, Ciao.

2.Posté par AS le 14/04/2010 10:27 | Alerter
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malheureusement derriere le hizb tahrir il y la mafia juifiste du londonistan, je parle en connaissance de cause ! a l'interieur de ce mouvement des gens ont compris que le haut de ce parti est infiltre, par divers courants pro-occidentaux qui ne pensent que pour les interets des occiddentaux... il semble sur ce coup que des pro-russes dans ce mouvement au niveau local aient passes un accord avec certians clans russes suite justement a l'operation du MI6 ratee d'Andijan, ou les anglais avaient promis un soutien internationale, au lieu de quoi, les Musulmans de ce paarti ont ete abandonnes sur le terrain et sont soit morts sous la torture, soit en prison... une petite etincelle peut destabiliser la region, et les pays qui laissent les israeliens s'installer... a partir du moment ou cet agenda est adopte par les mouvement locaux, apres que ce soit les russes , ricains ou autres, ils perdront lourdement ... israel est la cible edirecte... et la donne change rapidement

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