Géopolitique et stratégie

L’Amérique face à un malentendu stratégique


A la Conférence internationale du monde arabe aux Emirats arabe unis, le Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale Ali Laridjani a réitéré : la politique moyen-orientale de Washington est stratégiquement dans l’impasse ; un changement de stratégie et le retrait de la région, notamment d’Irak sont son unique porte de sortie de cette situation embarrassante.


Farsnews
Jeudi 14 Décembre 2006

  L’Amérique face à un malentendu stratégique
Le discours d’Ali Laridjani à la Conférence internationale du monde arabe 2006 :

Au nom de Dieu le tout miséricordieux, le très miséricordieux

Je tiens tout d’abord à féliciter les responsables du gouvernement des Emirats arabes unis pour avoir organiser cette Conférence.

M. le Président,

Mesdames, Messieurs,

Le cours des événements, durant ces derniers mois voire ces dernières années, a eu une vitesse si vertigineuse qu’en voulant analyser un événement, un autre se produit et change complètement la donne.

Naturellement on ne peut pas prétendre d’en faire une analyse profonde et globale dans si peu de temps.

Pourtant, vu que ces développements découlent d’une stratégie particulière, on parviendrait à en avoir un aperçu, en analysant un événement en tant que facteur principal.

En premier lieu, nous aurons un regard rétrospectif sur le dernier événement survenu dans la région.



* La guerre d’Israël contre le Liban

C’est dans ces conditions que s’est produite la guerre au Liban :

1- les Etats-Unis sont en difficulté en Irak, ils sont incapables d’y changer la situation en leur faveur, et de se défendre au niveau international.

2- En Palestine, les Etats-Unis espéraient qu’en l’absence d’Arafat, ils pourraient faire tout ce qu’ils voulaient mais les élections législatives et la victoire du Hamas ont changé la donne.

3- A travers la résolution 1559, Washington cherchait le désarmement de la Résistance et du Hezbollah au Liban afin d’anéantir ce mouvement qui résistait aussi bien devant lui que le régime sioniste.

4- Même après l’adoption de la résolution 1559 et du retrait de la Syrie du Liban, le scénario de l’Amérique n’a jamais pu voir le jour au sujet des changements en Syrie.

5- Les pressions américaines pour empêcher le programme nucléaire civil iranien n’ont donné aucun résultat.

C’est dans de telles circonstances que la guerre d’Israël contre le Liban a été planifiée, mais pourquoi ?

L’Amérique avait besoin d’un coup de pousse pour sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouvait.

En réalité, l’option américaine consistait en une équation qui devrait commencer des changements au Liban pour ensuite les propager partout dans la région.

Tout compte fait le conflit au Liban était une guerre pour retracer l’atlas d’un Moyen-Orient que les Etats-Unis souhaitaient.

Cette guerre visait à changer les équations concernant les crises sévissant dans la région.

L’analyse des événements qui ont ponctué ces dernières années la région, ressemble à celle des événement survenus au Liban mais l’impératif du temps ne me permet pas de les passer en revue. Pourtant, il faut noter un point important qui se trouve derrière tous ces événements : l’impasse stratégique de l’Amérique dans la région.

Dans ce contexte, c’est seulement via un changement de stratégie que l’on parviendrait à bout de la question. Or, le problème majeur est qu’il n’y a aucun signe montrant qu’on en a enfin pris conscience. En vérité, à chaque phase, ils font entrer sur scène un élément pour sortir de l’impasse. Mais du fait que la stratégie n’a pas changé, ce processus de l’impasse stratégique ne fait que se compliquer davantage.



Mesdames et Messieurs

La question est comment confronter ce phénomène ?

Naturellement les réponses ne sont pas les mêmes. Mais pour obtenir une réponse plus exacte on doit jeter un regard passager sur les origines historiques des conditions qui ont abouti à cette impasse.

Avec le retrait de l’Angleterre de la région du golfe Persique en 1971, cédant la place aux Etats-Unisd, le gouvernement américain a désigné le Chah comme gendarme de la région. L’Amérique en équipant le Chah d’armes sophistiquées a fait tout son possible pour maintenir son hégémonie et cela au dépend de la nation iranienne.

La Révolution islamique d’Iran a renversé le gendarme de la région qui soutenait en même temps Israël.

L’Amérique a fait immédiatement remplacer le Chah par Saddam Hussein. Cette politique américaine avait pour résultat le déclenchement de deux guerres qui ont coûté la vie à des milliers d’habitants de la région et a fait retourner en Occident le fruit de 80 années de vente de pétrole, c’est-à-dire près de 200 milliards de dollars des réserves en devise de l’Iran, de l’Irak, du Koweït, de l’Arabie saoudite et d’autres pays de la région, sous prétexte d’achat d’armes et d’équipements militaires.

Très certainement pour planifier de telle guerre, un ennemi fictif s’avérerait nécessaire pour créer de pression dans la région et malheureusement un certain nombre de pays de la région ont été placés en ce jeu d’échec et depuis l’avènement de la victoire de la Révolution islamique ils se sont à opposés à l’Iran.

Et ceci dans des conditions où la Révolution islamique avait renversé le régime dictatorial du Chah qui était le gendarme de la région, qui défendait Israël, mais la Révolution islamique a fait basculé de 180 degrés l’équation.

A la suite de la victoire de la Révolution islamique, l’Iran est placé à la première ligne de la lutte contre Israël en poursuivant la stratégie de convergence avec les Etats islamiques de la région ; par conséquent le front arabo-palestinien a été renforcé.

Mais la planification était en sorte que malheureusement certains pays ont présenté de nouveau Iran comme une menace sérieuse pour la région en oubliant Israël. Des pays qui ont soutenu Saddam. En vérité ils ont fermé les yeux sur les réalités.

Au cours de la seconde guerre de Saddam dans la région, ces pays arabes ont enfin compris la réalité mais avec la deuxième erreur en l’occurrence l’invitation des étrangers dans la région, les conditions sont devenues de plus en plus compliqués.

Dans de telles conditions les forces des grands pays de la région souhaitaient d’intervenir davantage dans les affaires d’autres pays.

Cette époque a coïncidé avec d’autres importants événements au niveau international.

L’effondrement de l’ex Union soviétique, les attentats du 11 septembre, les théories de Fukuyama et les débats autours de la fin du monde, tous ont crée une ambiance que vraiment le Président américain a cru que lui et les valeurs américaines constituaient le meilleur modèle à suivre dans le monde.

Il avait dit à maintes reprises que l’Amérique était le seul modèle vivant pour assurer le bonheur et la victoire des hommes et il fallait dire au monde entier que l’Amérique était ainsi et que le monde doit la prendre comme modèle et qu’il soit comme elle.

De même on a donné une forme théologique plus ample à cette fausse croyance.

A cet effet une autorité américaine avait dit : « à présent il y a une grande occasion devant l’Amérique car aucune autre idéologie n’existe, capable de rivaliser avec la nôtre.»

De telles pensées et théories ont jeté les bases d’une stratégie unilatéraliste et d’une démarche préventive qui est considérée théoriquement et scientifiquement comme une catastrophe pour l’humanité ; en réalité c’était un mouvement rétrograde pour les valeurs humaines.

L’Amérique a osé de réaliser non seulement son mouvement militariste unilatéral mais aussi d’organiser d’autres affaires autour de cet axe ; cela veut dire que le développement commercial ne sera réalisé que dans le cadre de la mondialisation.

Les pays devraient définir leur politique conformément à l’unilatéralisme de sorte que l’un des responsables américains a déclaré explicitement après les attentats du 11 septembre qu’un lien avait été établi entre « l’élargissement du commerce » et « la lutte contre le terrorisme ».

Non seulement le développement du commerce, mais aussi les organisations internationales ont servi de moyen dans le cadre de l’unilatéralisme.

Un autre point à noter c’est que les organisations ne pouvaient pas agir indépendamment.

A cet effet, Richard House avait déclaré que le but principal de la politique étrangère de l’Amérique était de contraindre les pays et les organisations internationales de diriger ensemble le monde vers un itinéraire qui s’inscrit dans le cadre des intérêts et des valeurs des Etats-Unis d’Amérique.

En vérité les organisations internationales ont connu des erreurs organisées en avance. Selon un certain nombre, la ligne de conduite de Bush en considérant comme un axe principal les valeurs américaines pour mettre en application tous les engagements internationaux est en réalité celle tracée par Wilson qui avait dit : la propagation et le développement des valeurs américaines constituaient la tâche spirituelle des autorités d’Etat américains.

Mais, avec un tout petit changement ! Et à présent, on utilise les forces militaires pour propager de telles valeurs.



Chers amis !

Ceci est un malentendu stratégique dans la conception de la culture des nations et les modalités de son changement que l’on a cru qu’on pourrait changer les valeurs des nations dans un calendrier fixé via les pressions militaristes, des propagandes et des tensions exercées par des organes internationaux en employant comme outil le développement du commerce.

De telle idéologie purement américaine avait pour résultat de violentes réactions radicales dont par exemple les attentats du 11 septembre.

De même l’Amérique a commencé de nouveau à présenter d’autres théories en disant que la propagation de la misère et le bas niveau du niveau d’enseignement et l’absence d’une bonne gestion d’Etat constituent des facteurs soulevant la colère, la haine et le désarroi au Moyen-orient.

Ainsi avec une nouvelle gestion au Moyen-orient et en avançant la prétendue démocratie, la question sera résolue. Tout compte fait, elle a présenté la théorie du nouveau Moyen-Orient. Tandis que le paradoxe camouflé dans ses théories réside dans le Moyen-Orient.

M. Bush explique ainsi sa mission : l’expansion et l’élargissement du système de la démocratie dans le monde dans le but de la réalisation des objectifs pour ainsi assurer les intérêts de l’Amérique.

Ce paradoxe caché c’est que le développement de la démocratie ne va pas toujours dans le sens des intérêts américains et dans de nombreux cas, il est contre ces intérêts.

Et l’exemple manifeste en est la victoire du Hamas aux élections et l’attitude américaine à son égard. L’indifférence face à ce paradoxe caché ne croit pas la vague de la lutte contre le terrorisme américain, car grâce à la théorie préventive, l’Amérique a pratiquement formé et organisé le plus grand organe terroriste dans le monde. Et en pratique, les terroristes répètent cette même parole du voleur qui avait dit à Alexandre le Grand : « comment se fait-il qu’on m’appelle voleur, moi qui a volé un bateau, mais toi qui pille un monde, tu es nommé empereur ».


Jeudi 14 Décembre 2006

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