Géopolitique et stratégie

L'Alliance atlantique, c'est le vichysme de l'Europe

Prolégomènes à une anthropologie de la duperie politique



Lundi 23 Février 2009

L'Alliance atlantique, c'est le vichysme de l'Europe

De nombreux hommes politiques de droite et de gauche qualifient de "marché de dupes" le projet de M. Nicolas Sarkozy d'aliéner la souveraineté de la France, donc de trahir son âme et son esprit. M. Laurent Fabius souligne que le Président de la République n'est pas le propriétaire du destin de la nation. Mais l'essentiel n'est-il pas de connaître les secrets anthropologiques de la tentation de la vassalité politique? Pourquoi le genre simiohumain se cherche-t-il un maître sur la terre ou dans le ciel? L'esprit d'obéissance serait-il l'ultime secret théologique d'une espèce épouvantée de naissance par un encéphale qui la désarrime du monde?

Si notre civilisation ne renouvelait pas la connaissance en rase-mottes du genre simiohumain qu'elle a héritée d'une Renaissance superficielle, si elle ne conquérait pas de spéléologie du cerveau effaré du simianthrope, si elle ne saisissait pas la chance, si je puis dire, de la vassalisation rampante dont elle se trouve menacée pour retrouver le secret du "miracle grec" dont elle est née, elle aura trahi sa vocation originelle de servir, de génération en génération, de "siècle des Lumières" à tout le genre humain. Mes lecteurs savent que ce site n'est qu'un microscopique écouteur aux gages d'un espion de l'avenir de la pensée critique et que mes services secrets sont des guetteurs attentifs à débroussailler modestement les chemins des grands esprits que retarderaient un instant les ronces que leur génie perdrait son temps à écarter.

1 - Un exercice de politique-fiction : L'Amérique placée sous le protectorat militaire de l'Europe
2 - La chute du royaume des cieux
3 - Naissance de la simianthropologie critique
4 - Le traité de l'Alliance atlantique est-il conforme au droit international ?
5 - Où le terme de duperie commence de débarquer dans l'anthropologie politique
6 - La démocratie de Manès et les premiers pas de la simianthropologie critique
7 - La guerre des rédemptions
8 - La chute de l'utopie marxiste
9 - Une psychanalyse anthropologique de la duperie
10 - La spectrographie de la notion de duperie en politique

A - La provincialisation de la géopolitique
B - La dissimulation enfantine
C - Les progrès de la dissolution de l'Histoire dans le vichysme européen
D - Le picotin de la politique internationale
E - Qu'est-ce qu'une Europe unie et libre
F - Le nouveau " Silence de la mer "
G - Attention, les enfants !
H - Le retour de Jahvé

11 - Comment débarquer parmi les esclaves sans déchoir ?
12 - De la loyauté en politique

1 - Un exercice de politique-fiction : L'Amérique placée sous le protectorat militaire de l'Europe

Un récit de politique-fiction n'est pas interdit au greffier de l'humanité pseudo démocratique. Puisqu'une planète blasonnée de songes politiques euphorisants se trouve désormais universellement placée sous le drapeau d'une "Liberté" et d'une "Justice" d'une myopie exemplaire, racontons dès les bancs de l'école aux enfants de la grande Révolution le destin d'un empire européen qui aurait sauvé le monde pour s' en être allé enseigner son catéchisme à l'Amérique du Nord tout entière, afin de l'enserrer dans le réseau strangulatoire de ses légions du salut et de la délivrance.

En ce temps-là, deux nations résolument rédemptrices, l'empire soviétique et la Chine, tenaient la dragée haute à notre astéroïde fatigué. Fortes d'une sotériologie politique fondée sur la pendaison à tout vat des propriétaires, elles avaient menacé d'envahir les Etats-Unis et de mettre les cinquante Etats du Nouveau Monde à l'école de leur messianisme. L'ex-Russie des tsars y était d'autant mieux préparée qu'elle regrettait d'avoir vendu, pour une somme dérisoire l'Alaska et San Francisco aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle; et la Chine, alliée au Japon, était bien placée pour attaquer les Etats-Unis par la côte du Pacifique.

Mais, en ces temps reculés, la vieille Europe occupait encore le rang de la première puissance économique et guerrière du globe terrestre. Aussi avait-elle cédé aux supplications de sa fille d'au-delà de l'Océan, qui demandait ardemment à la civilisation de Périclès et de Copernic de venir installer à demeure sur son territoire des centaines de garnisons armées jusqu'aux dents et qui dissimuleraient, en outre, la foudre d'un Jupiter de l'atome dans leur manche.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Mais un seul Etat, la Californie, s'était dotée du tonnerre d'un Zeus gaullien; et, forte à son tour de la cuirasse d'une apocalypse onirique qui lui permettait, à l'entendre, de pulvériser la mappemonde en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Los Angeles avait fièrement demandé à l'Europe des fils de Turenne et de Condé de déguerpir de son territoire sans faire de façons. Par bonheur, la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Suède, le Danemark, la Finlande et j'en passe n'avaient pas entendu de cette oreille les rodomontades de ce matamore local; et elles s'étaient patiemment attachées à corrompre les classes dirigeantes du Minnesota, du Vermont, du Texas, de l'Alaska, de la Virginie, de l'Alabama, des deux Caroline, du Dakota du nord et du sud, du Tennessee, de l'Indiana, du New Hampshire, de la Floride, du Wisconsin, du Wyoming, de l'Iowa, du Colorado, de l'Idaho, du Michigan, du Montana, de l'Idaho, de l'Oregon, du Montana et même des Etats-clés de New-York et de Washington. C'est ainsi que le Vieux Monde était parvenu à légaliser par le biais de leurs Constitutions elles-mêmes la soumission perpétuelle des Etats américains à la domination militaire de l'Europe sur leur sol. La légitimation de l'occupation européenne éternelle du Nouveau Monde par le canal de la loi fondamentale des vaincus était la victoire la plus immortelle de la diplomatie européenne depuis la proclamation de l'indépendance des Etats-Unis en 1778.

2 - La chute du royaume des cieux

Par malheur, quatre décennies seulement après le succès à la seconde mise sous le garrot du continent de Christophe Colomb, les deux Eden de l'utopie économique - celui de l'ex-empire des Tsars et celui de l'ex-empire du Milieu - sont tout subitement tombés en quenouille; et leur poussière a endeuillé une humanité rendue tout soudainement orpheline de son royaume des cieux. "Comment, se demandaient tout déconfits Paris, Londres et Berlin, comment éterniserons-nous maintenant l'asservissement des Etats américains, la Californie exceptée, qui ont été évangélisés et béatifiés à l'école de notre démocratie cuirassée? Le continent de Georges Washington et d'Abraham Lincoln ne va-t-il pas se réveiller?"

Certes, le Vieux Monde avait durablement affaibli ses finances à soudoyer les classes dirigeantes de tant de petits peuples situés à cinq mille kilomètres de ses côtes; mais tous les Américain proclamaient maintenant d'un seul cœur qu'ils avaient définitivement adopté le principe selon lequel leur "défense", comme ils disaient encore par habitude, serait assurée à jamais par l'Europe. Mais pendant combien de temps persévèreraient-ils dans leur soumission s'il n'y avait plus aucun danger militaire à exorciser? Comment le mythe de la délivrance et de la rédemption de l'Amérique sous le sceptre militaire de l'Europe n'aurait-il pas commencé de battre de l'aile?

Mais, par bonheur, la Californie avait porté à sa tête un europhile délirant. Ce candide Américain, qui ne comprenait pas un traître mot à la géopolitique, avait proposé au Vieux Continent de replacer docilement son Etat sous le drapeau de l'étranger. Pourquoi, disait-on subitement à Los Angeles, n'entérinerions-nous pas à notre tour et à jamais la présence militaire des glorieux descendants de Salamine sur notre territoire? Pourquoi nos deux blasons ne marieraient-ils pas gentiment leurs couleurs, puisque, de toutes façons, il n'y a plus aucun ennemi extérieur à repousser? N'est-ce pas une grande grâce que le Dieu de bonté, que nous appelons maintenant la Démocratie, ait accordé à nos prières et à nos supplication de vaporiser nos ennemis en chair et en os dans l'atmosphère? N'est-ce pas un signe irréfutable de notre délivrance que le tranchant des glaives se soit émoussé par miracle en Asie et que, si loin que notre regard inspecte maintenant l'horizon, nos yeux ont peine à croire au prodige de l'évanouissement du démon qui avait ensorcelé le peuple russe et le peuple chinois ? Pourquoi, ajoutait le Californien séraphique, ne pas faire candidement la paire avec notre souverain européen, pourquoi ne pas partager avec lui le royaume de nos prêtrises communes, pourquoi ne pas confondre à ses côtés les occupants et les occupés, pourquoi ne pas collaborer à l'évangélisation démocratique de nos Etats sous le sceptre de Voltaire?

3 - Naissance de la simianthropologie critique

C'est alors qu'une science audacieuse est née sur le continent de Darwin et de Freud, la simianthropologie critique, qui a commencé d'enseigner un regard de l'extérieur sur l'espèce onirique de naissance dont toute la politique et toute l'histoire ont basculé dans un monde de songes. La variété des évadés d'un quadrumane à fourrure à laquelle nous appartenons, disait cette discipline, ne sont pas observables au microscope ; et les bésicles de leurs politologues ne leur permettent pas de s'auto-décrypter à l'école de leurs propres grimoires. Il faut donc demander à une Europe de la raison de conquérir un regard du dehors sur la cécité des Américains désormais asservis à nos armes. Qu'en est-il du cerveau schizoïde du singe égaré par ses propres vocalises ? Qu'en est-il de la dichotomie cérébrale qui livre cet animal à une servitude aveuglée sous la férule du maître étranger qui l'éborgne?

4 - Le traité de l'Alliance atlantique est-il conforme au droit international?

Les premiers escaladeurs du Mont Carmel de la simianthropologie se disaient les uns autres : "Allons-nous racheter piteusement à l'étranger les pouvoirs qu'il a usurpés? Allons-nous lui demander de nous vendre une parcelle du territoire qu'il nous a dérobé? Allons-nous nous placer sous le commandement du conquérant de nos champs et de nos jardins? Allons-nous partager avec lui les titres de propriété que nous avons reçus des mains de nos ancêtres et qui, de génération en génération nous appartiennent de plein droit ? Recevrons-nous d'autrui notre propre héritage ? Taillerons-nous dans l'étoffe de nos propres vêtements les livrées de notre servitude ? En vérité, c'est un terrible marché de dupes que de se voir accorder par grâce ce qu'on possède de naissance, c'est un honteux échange de se voir délivrer des patentes par le voleur qui consent à nous rendre une partie de nos biens et à nous garantir une possession tranquille à condition que nous lui montrions patte blanche."

Ce n'est pas dans les nues, disaient encore les précurseurs d'une Europe socratique, qu'il est question de replacer la France républicaine sous le commandement militaire des Etats-Unis. On sait que si notre pays avait dûment accepté de se placer en temps de paix sous un commandement militaire dirigé par un général étranger, c'était en 1949, sous une quatrième République vassalisée à la suite du renvoi de l'homme du 18 juin à Colombey-les-deux-Eglises; on sait que notre démocratie avait dénoncé ce traquenard anti-constitutionnel en 1966, huit ans après le retour du Général de Gaulle à la tête de notre Etat.

Mais quel est le sens profond du mot duperie dont M. Alain Juppé a usé ? Sa signification n'est pas aussi simple que le croit la politologie traditionnelle. La nouvelle pensée critique exige de peser sereinement le poids des mots devenus trop courants pour ne pas avoir chu dans la banalité. Dès lors qu'il y a soixante ans, il s'agissait déjà d'un "marché" et que ce caravansérail du langage simiohumain s'est enrichi du terme de duperie, il faut s'interroger sur les clauses secrètes auxquelles ces tractations grammatico-diplomatiques ont abouti; car, dirait M. de la Palice, ce marchandage de chancellerie conduit nécessairement à l'avantage du dupeur ou à la confusion de la partie dupée. Quels sont donc les termes d'une négociation construite sur les traîtrises et chausse-trapes du langage de la politique? La France va-t-elle se trahir elle-même à trahir l'Europe et va-t-elle se permettre, de surcroît, de prendre la tête de cette trahison? Consultons Talleyrand ou Louis XI; peut-être ces connaisseurs reconnus de la duperie politique de haut vol nous diront-ils quels poids et quelles mesures feront pencher dans tel sens ou tel autre le fléau de la balance à peser la sagesse ou la sottise des nations.

5 - Où le terme de duperie commence de débarquer dans l'anthropologie politique

Deux évidences dominent le paysage et s'imposent à l'observateur. La première découle d'un examen critique de la nature même du traité de l'Atlantique nord de 1949, qui, dans le langage ritualisé des Chancelleries de l'époque, se définissait au titre d'une alliance conforme aux usages qui régissent par temps calme les relations entre les Etats souverains. Mais ce traité était-il pleinement fondé sur un droit international routinier ou dérogeait-il subrepticement aux conventions paisibles que les nations indépendantes ont coutume de passer entre elles? En fait, il s'agissait de rien de moins que d'une occupation militaire étrangement biseautée. Certes, l'Europe s'asservissait à un Etat étranger, mais dans l'ambiguïté et pour l'avoir dûment demandé. Comment caractériser la spécificité militaire et politique d'une cote aussi mal taillée?

Il était sans exemple depuis les Romains que des troupes venues paisiblement d'ailleurs fussent sédentarisées sur le territoire d'une autre nation et qu'elles y fussent pacifiquement lovées en garnisons armées jusqu'aux dents, et cela avec l'accord exprès et empressé de gouvernements désireux de s'asservir pour le motif que tout le monde voyait sous les traits de l'occupant un protecteur bienveillant; mais il était également incroyable que les occupés fussent tellement effrayés par un ennemi redoutable qu'ils se montraient éperdument reconnaissants de ce qu'un grand peuple eût consenti à venir les vassaliser et que l'évangélisateur eût daigné venir s'incruster à demeure sur le territoire de ses suppliants. Certes, les Gaulois menacés par Arioviste avaient appelé Jules César à leur secours et celui-ci avait commencé par repousser les envahisseurs helvètes. Mais l'Europe n'avait-elle rien appris depuis deux millénaires? Ne savait-elle pas que les sauveurs ne sont jamais que des conquérants déguisés et qu'il est plus difficile de les faire repartir que de les faire accourir?

Le piège politique qui donnait sa substance au traité de l'Alliance atlantique de 1949 ne s'expliquait donc que par un autre piège de même taille et plus crédible encore que le premier, à savoir la croyance selon laquelle le paradis terrestre avait jeté son dévolu sur la Russie, où un peuple libéré du servage depuis moins d'un demi siècle, donc tout subitement sorti de l'âge féodal, mais bien insuffisamment à ses yeux, avait fait table rase de son passé d'esclave et tenté, à l'image des chrétiens du premier siècle, d'abolir à jamais la propriété privée. De ce fait, tout le monde était censé avoir conquis la liberté, la vraie, la séraphique, celle qui réduisait les conquêtes pré-évangéliques de la Révolution française sinon une grossesse interrompue, du moins à un accouchement prématuré. L'an 1789 symbolisait maintenant un triste avortement du fameux "processus historique", dont l'avènement annoncé apporterait sur le mode expéditif le salut et la délivrance définitifs au genre humain tout entier. Que signifie le terme de duperie dans un monde livré depuis Voltaire à une lente remessianisation du temporel à laquelle la mouture démocratique du mythe du salut sert de Paraclet? Que devient la diplomatie rationnelle quand une finalité para-théologique s'empare de la définition même des mots-clés de la politique mondiale?

6 - La démocratie de Manès et les premiers pas de la simianthropologie critique

Soixante ans après la signature du traité de 1949, la science historique et l'anthropologie modernes demeurent muettes au spectacle des grossesses eschatologiques, messianiques et sotériologiques dont le genre simiohumain se veut la proie. Mais l'angoisse et la stupeur des classes dirigeantes européennes à l'heure de leur découverte du tragique désarmement intellectuel auquel elles se trouvent livrées expliquent leur soumission tantôt délibérée, tantôt piteuse et repentie à un César d'outre-Atlantique; car il était consolant que la vie onirique de la politique fût prudemment canalisée par un rêve démocratique rieur et bon enfant. Mais il était à craindre que ce catéchisme reconduisît les foules aux délires des croisés du Moyen Age ou à une résurrection larvée du culte de Manès, qu'on conceptualiserait à l'école des principes de 1789. Déjà des esprits perspicaces voyaient clairement que le Bien et le Mal avaient fait leur nid dans les Saintes Ecritures d'une démocratie eschatologisée sur le modèle biblique ; et ils se faisaient les Cassandre des catastrophes politiques qui naîtraient fatalement des retrouvailles précipitées du cosmos avec les évangélisateurs d'autrefois.

7 - La guerre des rédemptions

Dans cette guerre des rédemptions langagières, le général de Gaulle avait relevé le défi que deux délires eschatologiques étroitement associés lançaient à une France à laquelle Voltaire avait pourtant commencé de retirer les bandelettes de ses idoles: il fallait démythifier en premier lieu, disait l'auteur de La France et son armée, le catharisme politique des convertisseurs russes de la planète. La purification à laquelle ils procédaient par le massacre systématique des possédants s'enracinait dans le resurgissement d'un rêve apostolique de type vétéro-testamentaire fondé sur l'immédiateté de l'avènement du salut - précipitation hébraïque que la résignation chrétienne ne parvenait plus à refouler.

Il était également indispensable de désacraliser le dérangement cérébral propre aux démocraties sotériologiques dont l'hérésie, encore larvée, aiguisait le glaive d'un messianisme américain dominateur. On battait sur les rives de l'Hudson le fer des conquérants sur l'enclume d'un édénisme politique non moins angélisé par son catéchisme que celui du pseudo séraphisme marxiste. Pour cela, suffisait-il au Général de Gaulle d'appeler un chat un chat? Pour demander aux troupes américaines de déguerpir avec armes et bagages, il fallait disposer d'une auréole aussi mythologique que celle des deux géants du langage dont les songes et les masques s 'entrechoquaient dans les nues. Aussi, la France avait-elle brandi un tonnerre matamoresque et qu'on entendrait en tous lieux. Les théologiens de l'apocalypse à la française le qualifiaient de "défense tous azimut" et le créditaient de la capacité de désensorceler aussi bien l'encéphale marxiste que le démocratique.

8 - La chute de l'utopie marxiste

Mais si le Général de Gaulle disposait d'une fulmination mythologique non seulement plus terrorisante que le "grand soir" des sotériologues de l'Est, mais plus cataclysmique que le Mal qui armait les Etats-Unis d'une mythologie nucléaire empruntée à Manès, la partie n'était pas gagnée pour autant. Car il convenait de démêler l'écheveau des trois cosmologies parareligieuses qui soutenait la première évidence politique évoquée ci-dessus, celle qui permettait à l'Amérique d'arborer le masque pseudo irénique d'une démocratie falsifiée à l'échelle de la terre et d'étendre la suprématie de ses songes surarmés à la faveur d'une sotériologie réputée se trouver incarnée à l'école de son glaive. Certes, les royaumes de l'imagination théo-militaire fondent les empires depuis les origines du temps mémorisé ; mais le mythe démocratique américain a subi une décapitation redoutable de son eschatologie guerrière quand l'utopie biblique d'en face s'est effondrée avec le mur de Berlin.

Comment le statut fantasmagorique d'un OTAN tenu pour libérateur allait-il survivre à la ruine de la mythologie adverse? Comment les peuples et les gouvernements, hier épouvantés et tout tremblants à la perspective d'un déferlement du prolétariat mondial sur l'Europe n'apprendraient-ils pas à interpréter avec des yeux dessillés et à l'école d'autres paramètres l'occupation militaire d'un Vieux Monde domestiqué depuis 1949, dès lors le langage vertueux des démocraties se révélait un masque tartuffique et que ce masque se trouvait violemment arraché du visage de l'Amérique par les premiers Molière de la simianthropologie critique ? On se demandait ce qu'il allait advenir de l'art d'abêtir les populations et les nations dans la maison d'Orgon du mythe de la Liberté si l'Europe de la raison faisait seulement ses premiers pas et si la radiographie demeurée incomplète du cerveau du simianthrope ne lui permettait pas encore de débarquer dans la géopolitique. On se disait que les peuples vassalisés par quatre décennies d'une mythologie de la liberté n'allaient pas cesser sur l'heure de se boucher les oreilles et de se mettre sur les yeux le bandeau de leur servitude, même s'il n'y avait plus d'ennemi physique en vue, plus de péril corporel à conjurer, plus de Lucifer à désarmer , parce qu'un ennemi qui a disparu physiquement demeure longtemps flottant sous la forme d'un spectre, d'un fantôme ou de vapeurs redoutables dans l'encéphale embrumé du singe parlant.

9 - Une psychanalyse anthropologique de la duperie

Telles sont les données qui, vingt ans après la chute du mur de Berlin, posent aux commentateurs avertis la question cruciale de la future définition anthropologique du terme de duperie. Car ce vocable ne saurait se trouver livré à la pesée sur les plateaux de la balance en usage dans la diplomatie classique, qui obéit à la psychologie traditionnelle de la "conscience claire" héritée du Moyen Age et qui se fonde sur une classification des "facultés mentales" qui remonte à Aristote. Mais ce ne sont plus les clauses écrites noir sur blanc dans les traités qui qualifient la notion abyssale de duperie - il y faut un décryptage de l'inconscient qui pilote les cosmologies narcissiques dans lesquelles l'histoire s'enveloppe.

Voyez comme l'examen des conditions pratiques du retour de notre pays dans le carcan de l'OTAN soulève la question de la psychophysiologie des vertiges auxquels le singe parlant est livré: car si ce retour implique la réinstallation de bases militaires américaines sur notre sol, rien ne serait plus contre-performant, aux yeux d'un mythe du salut et de la délivrance fondé sur l'intervention purement séraphique de la démocratie du Nouveau Monde, que d'étaler indirectement, mais d'autant plus crûment aux yeux de tous les peuples du Vieux Monde les régiments et les forteresses qui quadrillent leur territoire depuis six décennies. De plus, ces places fortes sont armées de bombes nucléaires devenues inutiles, mais fort peu surveillées et qui demeurent pointées jour et nuit contre un ennemi vaporisé depuis quatre lustres dans l'atmosphère.

Décidément, il ne suffit plus d'ouvrir le Larousse pour comprendre le sens que la diplomatie et la politique modernes doivent donner à un terme devenu un rébus anthropologique et qu'un humanisme superficiel avait faussement banalisé. Qu'est-ce qu'une duperie si, pour découvrir les arcanes d'une tromperie viscérale et devenue une énigme anthropologique, il faut apprendre au préalable à peser le cerveau cadenassé de chimères dont notre espèce demeure affligée et fonder une science entièrement nouvelle, celle de l'examen des ressorts du singe abstrait? Comment se fait-il que la politique de notre astéroïde demeure prisonnière de fantasmes évanouis dans le vide?

10 - La spectrographie de la notion de duperie en politique

A - La provincialisation de la géopolitique

Si vous vous livrez à une spectrographie de l'article que M. Nicolas Sarkozy et Mme Angela Merkel ont signé ensemble dans le Monde daté du 5 février 2009, la notion de duperie en politique va se ramifier au point que vous ne saurez plus très bien qui se trouve dupé et qui joue le rôle du dupeur dans un petit tricot diplomatique dont la courte vue stupéfiera les historiens de demain.

Il s'agissait de préparer la "Conférence sur la sécurité" du 7 février, qui est annuelle et à laquelle la France et l'Allemagne allaient participer un peu plus solennellement que de coutume du fait que les Etats-Unis ont exigé de l'Europe qu'elle commémore solennellement, en avril 2009, le soixantième anniversaire de la signature du traité d'asservissement du Vieux Monde au Nouveau qui a inauguré un siècle entier de vichysme du Continent de la pensée. Qui est dupe et à quelle profondeur de l'inconscient de la médiocrité politique faut-il descendre si, répétons-le, il n'y a plus de "sécurité collective" à défendre depuis la chute du mur de Berlin en 1989, de sorte que la duperie, consentie, c'est le centralisme occidental lui-même, qui interdit à une Europe apeurée de prendre le large et de s'ouvrir résolument aux pays émergents. Si Freud avait consacré sa vie à décrypter l'inconscient politique de la domestication des nations par un maître mythifié, l'Europe d'aujourd'hui disposerait d'une politologie dont le scanner serait en mesure de réfuter les démocraties subrepticement soumises à des Messies de leur propre asservissement.

Quel était le but secret de l'entretien rétrécisseur de la planète entre M. Nicolas Sarkozy et Mme Angela Merkel, sinon de banaliser le retour de la France dans une OTAN catéchisée par son maître, ce qui exigeait une provincialisation soporifique, lénifiante, anesthésiante, édulcorante et dormitive de la politique du globe terrestre. Pour cela, il fallait s'attacher à étendre en catimini la notion factice de "sécurité" à l'ensemble d'une politique réputée "américaine et européenne" - donc artificiellement emmêlées pour la circonstance. Mais l'Allemagne est une pouliche qui commence seulement de gratter le sol du sabot, qui ne ronge pas encore son frein à l'écurie, qui ne piétinera d'impatience que dans quelques années et qui, de toutes façons, demeurera éloignée des champs de course aussi longtemps qu'elle demeurera entravée par les deux cent quatre vingt dix-huit bases américaines campées sur son haras - celles qui ont permis aux armées du Nouveau Monde de se trouver subrepticement acheminées vers une Italie occupée, elle, par cent trente sept camps retranchés de l'occupant, puis embarquées à destination de l'Irak à partir du port de Naples.

B - La dissimulation enfantine

C'est le souci de neutraliser la rude réalité du rapport effectif des forces dans le monde qui a conduit M. Nicolas Sarkozy et Mme Angela Merkel à feindre de chapeauter l'univers de conserve et même de le contrôler bras dessus, bras dessous, à la manière des enfants heureux de jouer dans un préau qui leur est réservé. Il fallait, en tout premier lieu, faire semblant de trouver des motifs "d'insécurité militaire" imaginaires ou éloignés du théâtre des opérations artificielles de l'OTAN . "Les événements de ces derniers mois suscitent des préoccupations. Un contexte d'insécurité se développe. La guerre dans le Caucase a été le premier conflit militaire de ce siècle en Europe. Au début de cette année, les affrontements entre Israël et le Hamas ont rappelé l'instabilité au Proche-Orient. Il n'y a toujours pas de progrès dans le règlement de la crise nucléaire iranienne. Les attentats terroristes se poursuivent, de même que la violence en Afghanistan et au Pakistan ou les affrontements en Afrique, au Congo et au Soudan."

Observez l'astucieuse stérilisation de l'histoire réelle qui permet à nos enjôleurs vichyssois d'évoquer sur le mode énumératif et en style administratif un prétendu "contexte d'insécurité" global et de mettre sur le même plan les "affrontements entre Israël et le Hamas" et la "guerre dans le Caucase". Cette municipalisation truquée de la géopolitique a pour finalité réelle un rapetissement et un aplatissement du champ de course de l'histoire afin de permettre à nos comploteurs un survol atlantiste de la planète, mais illusoire et en rase-mottes.

C - Les progrès de la dissolution de l'Histoire dans le vichysme européen

Plus fort encore : il va falloir s'échiner à ranger de force sous la rubrique de l'"insécurité" militaire des événements radicalement étrangers par nature aux conflits armés : "Et, en arrière-plan, nous faisons face aux turbulences engendrées par la crise des marchés financiers et à celles de l'économie mondiale, ainsi qu'au défi du changement climatique." Puis la logique de la "duperie" inconsciemment nourrie par le désir d'allégeance au souverain va ratisser de plus en plus large : "Une politique de sécurité concertée est absolument nécessaire. Pour nous, il est clair que notre politique de sécurité doit être définie de manière plus large. Outre les questions proprement militaires, elle doit prendre en compte la situation financière internationale, les approvisionnements énergétiques ou les questions migratoires." La France va pouvoir se glisser dans une OTAN de fromagers complices où l'Elysée va jouer au coucou d'une horloge suisse.

Mais la médiocrité diplomatique commence de tisser la toile d'araignée dans laquelle se prendront les moucherons. La méticulosité des nomenclatures factices paraîtra encager les grands fauves et les oiseaux de proie qui font l'histoire de la planète. Nous allons assister à un cours de sixième à faire bâiller les enfants. Entrons dans l'OTAN comme dans un gentil jardinet, entrons dans la politique internationale à l'échelle de la pouliche allemande, cette championne du monde de l'exportation de ses produits manufacturés, mais condamnée longtemps encore à trembler devant Washington et Tel Aviv.

D - Le picotin de la politique internationale

Mais qui est dupe et où se cache le dupeur quand on écrit : "Pour l'Allemagne et pour la France, face aux défis actuels, l'Europe a besoin des Etats-Unis comme les Etats-Unis ont besoin d'un partenaire européen fort"? Tout se ramène à insinuer que le retour des Gaulois dans l'OTAN des ancêtres se réduira au jeu bénin de reprendre une place un instant désertée dans l'écurie du dérisoire mondialisé. Partageons le picotin de la politique internationale avec une Allemagne bon enfant et sagement domestiquée depuis Hitler.

Mais de qui se moque le pédagogue de la servitude si le fameux "besoin réciproque" de la France et de l'Allemagne de se partager le foin de la duperie prend le plus grand soin d'effacer des tablettes de l'histoire jusqu'à la mémoire de l'évaporation du péril soviétique et de son ascension ad astra ? "L'Europe occidentale a connu soixante années de paix et de liberté - et c'est aujourd'hui le cas dans presque toute l'Europe. Nous le devons, bien sûr, à notre détermination, mais aussi aux Etats-Unis. Une Amérique qui est restée à nos côtés et s'est engagée en faveur d'une Europe libre et démocratique." Prions, mes frères, et rendons grâce à notre sauveur : on ne saurait rendre plus séraphique la partition, on ne saurait rendre plus bucolique le paysage, on ne saurait mieux psalmodier des litanies à l'école d' Alice au pays des merveilles !

E - Qu'est-ce qu'une Europe unie et libre ?

Mais voici que l'apprenti-dupeur aux bras courts commence de pointer le bout de l'oreille. Pardonnez au quai d'Orsay des myopes, songez que Paul et Virginie ne sont pas encore baptisés à l'école du tragique, soyez indulgents à Rousseau, car la naïveté de la France champêtre est demeurée celle d'une politique mondiale revisitée par les verts de l'OTAN : "Et nous, Européens, nous devons parler davantage d'une voix forte et unie, ce qui exige de la part des Etats membres un haut degré de cohésion dans le cadre de la politique étrangère et de [la] sécurité commune. De même, nous devons accroître et mettre en commun nos capacités militaires et civiles au service d'une politique d'avenir pour la sécurité de l'Europe."

Décidément le marmot pseudo dupeur n'est pas expert en roueries. Il ne sait ce qu'il se veut à seulement faire valoir qu'il se montrera un vassal plus musclé que celui d'hier, mais qu'il deviendra de surcroît plus docile encore à montrer ses nouveaux biceps à son souverain. "L'Union européenne sera à l'avenir un partenaire plus fort pour les Etats-Unis". Un valet a-t-il quitté sa livrée à vanter ses services futurs ? Et voici que Talleyrand et Vergennes n'ont qu'à bien se tenir: "Pour la première fois dans l'histoire de l'Alliance atlantique, ce sont deux pays, nos deux pays, qui convient leurs alliés pour[à]un sommet, celui du 60e anniversaire [de l'alliance] les 3 et 4 avril. C'est un symbole fort d'une amitié franco-allemande au service de la paix et de la sécurité. C'est également le symbole d'une Europe désormais unie et libre." Qu'est-ce que l'Europe " unie et libre", qu'est-ce que le service de "la paix et de la liberté" si les cartes de la paix et de la Liberté sont truquées ? Il a la vue courte, le petit Poucet qui court à toutes jambes derrière un faux roi du monde.

F - Le nouveau Silence de la mer

"Soixante ans après la fondation de l'OTAN, l'engagement d'assistance envers un allié agressé, qui découle de l'article 5 du traité de Washington, représente encore aujourd'hui l'essence même de l'Alliance. Nous en avons tiré une conséquence supplémentaire après les attaques terroristes du 11-Septembre. Afin de lutter contre le terrorisme, nous nous sommes engagés avec nos alliés en Afghanistan. Car c'est une des nouvelles menaces du XXIe siècle." C'est oublier que l'article 5 n'assimile pas l'attaque d'un ou de deux kamikazes contre un building à l'agression d'un Etat par un autre, c'est oublier que le souverain a bondi sur cette "opportunité", comme il l'avoue lui-même, pour entraîner ses vassaux à agresser une nation, c'est oublier que les serfs sont victimes avant tout de trous de mémoire, c'est oublier que le plus gigantesque trou de mémoire, c'est l'oubli qu'on ne fait pas davantage jeu égal avec l'étranger qui campe sur vos terres qu'avec l'hôte qui, dans le Silence de la mer de Vercors, plaque les plus beaux accords sur votre piano.

G - Attention, les enfants !

Mais il va devenir de plus en plus clair que ce discours pacifique d'apparence a pour seule finalité d'étendre le glaive d'un OTAN conquérant à la Russie de l'après-marxisme: "La guerre en Géorgie durant l'été 2008 [Je corrige en passant les fautes de grammaire: en français de l'Elysée on écrit "à l'été", "à l'automne", etc.], a marqué une rupture. L'Union européenne a pu arrêter la spirale de la violence et créer les conditions d'un processus de règlement. Mais le recours à la force militaire, ainsi que la reconnaissance unilatérale et contraire au droit international de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, ont créé un problème de confiance avec la Russie."

Attention, les enfants, il est hors de question de jamais faire allusion à la "spirale de la violence" à laquelle l'Irak et la Palestine servent de théâtre, et surtout, gardez-vous d'évoquer d'autres entorses au droit international que celles dont le maître de l'OTAN vous demande de vous indigner; mais si vous suivez la trace des trous de mémoire de la vertu, vous connaîtrez le chemin de la mémoire des maîtres et des serviteurs de la "Liberté" et de la "Justice" du monde.

H - Le retour de Jahvé

Et voici que le Dieu de vérité surgit des coulisses. La récitation de son catéchisme exige maintenant que l'humanité se trouve dupée tout entière par Jahvé. Pour cela, apprenez de ses petits-fils la véritable nature du roi du Déluge et de la fantasmagorie nucléaire: "Nous appelons enfin à un renforcement du régime de non-prolifération. Il est confronté actuellement au plus grand défi de son histoire : le programme nucléaire iranien. Téhéran table ouvertement sur l'absence de réaction internationale face à ses agissements. Nous ne permettrons pas l'accès de l'Iran à l'arme nucléaire, car ce serait une grave menace pour la paix mondiale. Nous comptons sur une solution diplomatique Et, pour répondre à ce défi majeur, nous sommes prêts à un dialogue que renforce [renforcera] l'engagement des Etats-Unis, ainsi qu'à de nouvelles sanctions très fermes."

Vous remarquerez, primo, que les Etats et les Eglises ne démontrent jamais ce qu'ils disent - ils procèdent seulement par affirmations dogmatiques. Vous noterez, secundo, que les huit puissances nucléaires actuelles conservent farouchement leur foudre inutile, alors qu'elles sont censées s'en défair; vous prendrez acte, tertio, que seul l'Iran aux nerfs d'acier menace de pulvériser ses huit compagnons surarmés, et cela sans craindre de représailles; vous soulignerez, quarto, que toute réflexion sérieuse sur le mythe de l'atome suicidaire est interdite sur l'ordre de Jahvé. Qu'est-ce que la duperie, si c'est la raison du genre simiohumain tout entier que l'Europe de Vichy est appelée à duper à l'école de l'interdiction de penser dont vous commémorerez la construction de la basilique le 4 avril 2009?

Décidément, à fouailler les entrailles de la duperie, l'homme du "connais-toi" pourrait bien nous entraîner à décrypter les mystères insondables de la sottise du roi du Déluge, qui s'en est du moins repenti, si vous en croyez ses confessions écrites. Comme le rappelle le Colonel Alain Corvez, qui a dirigé la Finul au Liban: "L'emploi de l'atome est tellement inenvisageable par les destructions qu'il suppose, que les adversaires potentiels sont dissuadés d'aller plus loin dans leurs menaces. A cet égard le document signé l'année dernière par cinq anciens Chefs d'états-majors atlantiques, dont hélas ! Un Français, préconisant l'emploi de l'arme nucléaire de façon préventive pour lutter contre le terrorisme est un tissu d'absurdités dangereuses, sans doute rédigé sur commande afin préparer l'alignement de la France sur la stratégie mondiale américaine."

11 - Comment débarquer parmi les esclaves sans déchoir?

Supposons que, dans la crainte d'un réveil subit de la lucidité des peuples endormis de l'Europe, qui pourraient bien rouvrir tout soudainement les yeux et porter le regard de leur lucidité retrouvée sur la duperie dont ils sont les victimes, l'Amérique renonçait à demander à une France pourtant venue à résipiscence de réoccuper son territoire et de réinstaller, en bonne et saine logique, le quartier général américain à Roquencourt près de Versailles. Qu'en serait-il alors d'une Gaule redevenue maîtresse de son territoire depuis quarante trois ans et brusquement replacée sous le commandement militaire d'un empire étranger ? Sait-on qu'il existe cent quatre vingt dix-huit garnisons américaines incrustées en Allemagne et cent trente sept lovées en Italie? Sait-on que celle de Vicenza s'est trouvée puissamment renforcée il y a deux ans sous le gouvernement d'un Prodi livré aux assauts d'un M. Berlusconi alors dans l'opposition et qu'elle sert de rampe de lancement à la conquête américaine de l'Afrique? Sait-on que Naples demeure la base de la flotte de guerre la plus puissante dont l'Amérique dispose au cœur du Vieux Monde, celle qui, à elle seule, garantit à Washington la maîtrise absolue de tout notre ancien Mare Nostrum?

Pour découvrir la signification anthropologique du docile retour de la France dans le giron des vassaux européens du Nouveau Monde, alors que la France est redevenue souveraine depuis si longtemps sur son sol, il faut tenter d'élucider sans cesse davantage la notion superficielle de "marché de dupes", alors que la duperie jette maintenant la fierté d'une nation à l'encan. Imaginons un instant que les Gaulois rendus tout honteux d'avoir retrouvé leur souveraineté se glissent à nouveau en catimini dans une coquille pleine à craquer de peuples garrotés par un César mondial de la "Démocratie" et de la "Liberté". Dans ce cas, quels poids et quelles mesures permettront-ils de peser l'autorité et l'influence sur la scène internationale des peuples de l'Europe domestiqués en raison de l'occupation militaire de leur territoire par une nation étrangère? Pour l'apprendre, il faudra construire la balance dont les plateaux recevront des substances inconnues de la science diplomatique classique, telles que l' "asservissement", la "servitude", la "traîtrise", la "trahison", la "sottise", la "myopie", l'"ignorance". Mais le constructeur de cette balance inconnue des marchands sera une France mise à part, sinon à titre statutaire, du moins de fait, puisqu'elle n'aura ni province à replacer sous le joug de Washington, ni régiments à soumettre derechef au commandement en chef d'un général d'outre Atlantique.

Et pourtant, cette France-là ne sera pas encore armée d'une avance intellectuelle suffisante sur le reste de la planète pour rappeler aux peuples asservis du Vieux Monde que la sujétion est une duperie politique non encore décryptée par nos politologues. Pour en prendre acte, il faut commencer par apprendre sur quoi porte la tricherie tartuffique, celle qui s'enracine dans la psychobiologie de l'espèce masquée. Que se serait-il passé si un Général de Gaulle dûment aboubé par l'étranger avait obtenu de son souverain, le Président des Etats-Unis, un certain Lindon B. Johnson, des patentes attestant de son statut d'homme-lige hautement privilégié et auquel un rang éminent aurait été accordé dans l'Alliance atlantique? Je rappelle qu'à l'époque, l'OTAN était encore censée protéger l'Europe d'une menace militaire réelle, de sorte que notre vassalisation physique n'était qu'adventice et en quelque sorte collatérale à une protection militaire effective. Question : si les troupes américaines avaient néanmoins décampé de France avec armes et bagages, la partie dupée aurait-elle été l'américaine ou la française?

12 - De la loyauté en politique

La réponse ne fait pas de doute: quand une nation réputée souveraine se faufile spectaculairement dans un empire dont la puissance militaire prend appui sur un réseau international d'un millier de garnisons implantées pour toujours sur les cinq continents, elle se rend objectivement complice d'un statu quo inacceptable par nature et par définition. Admettre le retour officiel de la France dans l'OTAN, c'est entacher à jamais l'histoire de la nation d'un déshonneur que les historiens jugeront ineffaçable, puisque la victime immolée sur l'autel de la servitude sera la dignité d'un peuple, celle qui lui aurait permis de sauver à elle seule et pendant près d'un siècle la fierté native du Vieux Monde et de garder vivant le souvenir de sa souveraineté perdue tout au long d'une douloureuse épreuve. C'est pourquoi le Général de Gaulle n'était plus dans l'Alliance atlantique que pour la forme. Le véritable échiquier de la France redevenue souveraine, c'était déjà la Russie, la Chine, l'Inde, l'Amérique du Sud.

Mais, dira-t-on, une France de retour dans l'OTAN ne pourrait-elle dire à ses partenaires : "Regardez-moi bien. Ne voyez-vous pas que, depuis quarante-trois ans, mon territoire n'est plus occupé par les bases militaires d'une autre puissance ? Imitez-moi, demeurez debout dans une alliance entre Etats souverains, devenez à votre tour des de Gaulle de votre nation. Restez à mes côtés et sachez que je ferai usage de mon droit de veto chaque fois que votre ambition de retrouver, vous aussi, votre souveraineté aura besoin de mon secours.

Mais cette forme de la duperie est la plus nocive de toutes, celle qui ferait de la France une traîtresse par nature et par vocation sur la scène internationale. Voyez comme la droiture est l'âme de la politique, voyez comme la loyauté est la condition de la victoire : à la veille de la bataille d'Arbèles, Parménion conseillait à Alexandre d'attaquer l'ennemi en pleine nuit et de l'écraser dans son sommeil. Alexandre lui répond : "Tu me conseilles une astuce de brigand et de voleur dont la seule ambition est de passer inaperçu. J'attaquerai en pleine lumière et à visage découvert, parce que je préfère l'infortune à une victoire honteuse."

Mais Alexandre savait que Darius avait prévu cette ruse de guerre et qu'il avait laissé sa cavalerie sellée et le mors aux dents toute la nuit, multiplié les sentinelles et allumé des feux qui éclairaient le camp comme en plein jour. Si M. Nicolas Sarkozy s'appelait Alexandre, il saurait que les Etats-Unis tiennent éveillée toute la cavalerie de leurs vassaux et qu'ils montent la garde dans toute l'Europe occupée afin de faire échouer le Parménion français.

A l'heure des retrouvailles du Vieux Continent avec lui-même, ne réservons pas une place à la France sur le banc des accusés de demain, ne figurons pas au rang des Quisling de l'Europe, affrontons Darius en plein jour, parce que le tribunal de la mémoire des nations nous clouerait au pilori de la honte si nous nous rendions complices d'une ruse de brigands et de voleurs. Mais quel sens donnerons-nous au terme de duperie si nous sommes appelés à présenter à Clio une balance à peser au plus secret de l'honneur des nations?

23 février 2009

http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/defis_europe/vichy.htm



Lundi 23 Février 2009


Commentaires

1.Posté par zenbreko le 24/02/2009 09:37 | Alerter
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ce n'est pas que du vychisme, il y a en plus du sionisme . si l' Iran n'etait pas entrain de finir sa maitrise sur le cycle nucleaire et si dans le gouverment francais actuel il n' y avait pas de juif a 100 % proisraelien , l'utilité ou la non utilité de retourner a l' OTAN pour la france ne se serait meme pas poser. Par exemple le gouvernement de Chirac n' ai jamais tombé dans le piege americain .Cela denote bien qu'il s' agit de lobby et de personnalité francaise d'origine juive encore tres liées a israel. C’est surtout son homme de main et sioniste Lellouch (deputé UMP) qui est entrain de tiré la france dans l’ abime.Il faut rappeler que Lellouch est tres proche d’israel ,qu’il est lui aussi juif francais ,qu’il est aussi le president de la commission defense a l’assemblée nationale, et que ces declarations contre Chirac pour avoir refuser de suivre les criminels gringos sont notoires, Il ne s’arrete pas de pointer l’ Iran comme danger nucleaire ,il repéte exactement et mot pour mot toutes les declarations de l’etat juif sur la question du nucleaire Iranien .Le probleme de la france est claire , depuis l’election de Sarkosy et avec la composition de ce gouvernement fantoche le peuple francais court vers un grave risque d’explosion sociale. La france n’ a jamais etait prosioniste comme elle l’est maintenant .Par consequent pour eviter la catastrophe imminente il faut boycoter ce gouvernement et le remplacer par des gens valables. Franchement je suis de gauche ,mais je prefere un Lepen qu’ un Lellouch,ou un Kouchner ou encore Sarkosy. Il faut ballayer les portes de la france non pas des emmigrés qui y viennent mais de cette racaille qui a pris le peuple francais en otages .


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