Politique Nationale/Internationale

L’Allemagne au Liban : colombes de paix en chute libre


Au jour d’aujourd’hui, nous voilà donc invités à assister à l’écriture d’une page d’histoire allemande. C’est du moins ce que veulent nous faire croire notre Angela fédérale, sa suite et les médias internationaux unis. Et c’est de fait un événement historique : l’Allemagne envoie ses troupes au Moyen-Orient, pour y instaurer la paix par une intervention militaire de sa marine, appuyée sur un « mandat robuste ». C’est justement là que réside la différence avec les interventions militaires du passé : l’Allemagne, partie prenante des troupes de l’ONU, ne doit pas garantir la paix, mais intervenir activement pour « instaurer la paix ».


Eva-Luise Hirschmug
Vendredi 29 Septembre 2006

L’Allemagne au Liban : colombes de paix en chute libre


Eva-Luise Hirschmug

Traduit par Fausto Giudice


Il est vrai qu’à lire les divers échos de presse et commentaires, on se prend d’abord à espérer. Voilà ce qu’on peut lire : l’Allemagne doit désormais enfin tourner la page sur son lourd passé, et ne doit plus fuir ses responsabilités et, pour cause d’Holocauste, continuer à enfouir la tête dans le sable. L’Allemagne doit enfin descendre de son cheval moralisant et oser se salir les mains, au nom de la realpolitik et de la protection de la dignité humaine. En lisant cela, on pousse un soupir de soulagement et on se prend à espérer que l’Allemagne va enfin commencer à exorciser les fantômes de la deuxième Guerre mondiale et à se ranger aux côtés de l’humanité. Mais on remarque bien vite que les seules couleurs auxquelles l’Allemagne prête allégeance, malheureusement, sont le bleu et le blanc.
L’intervention allemande est certes sous cette forme une première, mais il s’agit là d’un mauvais compromis. La marine allemande n’est pas engagée par ce qu’elle serait particulièrement apte à cette intervention, mais parce qu’ainsi, il semble exclu qu’en cas de combats éventuels un soldat allemand puisse se retrouver face à un soldat israélien. Car cette seule idée déclenche des crises d’angoisse chez de nombreux politiciens allemands. Cela se comprend, vu « notre passé chargé ». C’est pour cette raison que Guido Westerwelle (leader du FDP, le parti libéral) s’est élevé avec véhémence et de manière médiatiquement efficace contre toute intervention de l’armée allemande à l’étranger. Oskar Lafontaine (leader du nouveau parti de gauche WASG) a mis en garde contre le risque que des médias arabes comme Al-Jazeera déforment l’information et amènent ainsi l’Allemagne à devenir la cible d’attaques terroristes. Joschka Fischer s’exprime en faveur d’une intervention, car il faut, selon lui, étouffer le radicalisme dans l’œuf et empêcher un scénario d’horreur avec l’Iran comme puissance nucléaire.
En somme, on assiste en Allemagne à une vague de paranoïa et à la diffusion d’un drôle de sentiment chevaleresque, où gauche et droite se retrouvent unies dans leur amour pour Israël.
Voilà maintenant que l’Allemagne doit s’assurer que le Hezbollah ne reçoive plus de livraisons d’armes illégales de l’Iran. Le Liban, qui est un État souverain, attend de l’Allemagne qu’elle reste neutre et voudrait prendre en charge lui-même ses problèmes. Mais Israël voit la marine allemande comme le prolongement de sa propre marine face aux côtes du Liban central et septentrional. Et comment l’Allemagne elle-même se voit-elle? Est-ce qu’un pays qui se sent obligé d’intervenir dès qu’il estime le droit à l’existence d’Israël menacé, peut rester neutre ? Pourquoi l’Allemagne intervient-elle dans la région ? Pour protéger tous les États souverains et instaurer la paix, ou pour imposer les intérêts d’un État dont le comportement sur le plan régional et international est toujours plus controversé depuis des décennies et en particulier ces dernières années ?
L’intervention allemande dans la région ne brise pas un tabou, comme veulent nous le faire croire les médias internationaux. Vu la manière dont on nous présente la mission allemande, il ne s’agit pas là de l’intervention d’une puissance internationale neutre, mais de renforts apportés à Israël.
En tout cas, il faut écouter avec une oreille critique Ehud Olmert lorsqu’il déclare qu’ « aucune autre nation que l’Allemagne n’a une attitude aussi pro-israélienne que l’Allemagne ». Même le journal Haaretz est très positif à l’égard de l’intervention allemande et de la position d’Angela Merkel.


Remarquons au passage qu’une photo comme celle d’Angela Merkel, positive et rayonnante, comme celle qui apparaît sur le site web d’Haaretz, est une vraie rareté. Dans le même article du journal israélien, il est par ailleurs rapporté que la Russie prévoit d’envoyer un bataillon de 300 à 400 homes dans la région. Au moins, la Russie a exprimé de vives critiques sur l’attaque militaire d’Israël contre le Liban, durant laquelle non seulement de nombreux civils libanais ont été tués, mais aussi l’infrastructure du pays a été gravement atteinte. Le désamorçage des bombes non explosées et la collecte des armes dispersées prendra aussi certainement un certain temps.
Espérons que l’Allemagne n’attendra pas encore un autre demi-siècle pour constater que la critique à l’égard de l’État d’Israël tel qu’il est aujourd’hui et de sa politique présente n’est pas en contradiction avec le travail sur une histoire close depuis plus de 60 ans.




Eva-Luise Hirschmugl est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
Traduit de l’allemand par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.



Vendredi 29 Septembre 2006

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