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Si certains y voient une opération qui renforcerait l’Algérie dans sa dynamique d’insertion dans le marché financier mondial, d’autres n’y voient, par contre, aucun intérêt, estimant qu’on ne peut aider d’autres à surmonter leur crise avec l’argent des autres. En tout cas, l’Algérie dispose jusqu’à octobre pour donner sa réponse finale.
En pleine crise financière internationale, l’Algérie a joué pour longtemps la carte de la neutralité et de l’indifférence affichée à l’endroit des jeux troubles de la bourse et des soubresauts de la monétarisation de l’économie. Or, voilà que le FMI ressurgit en formulant une demande de prêt, pour le moins inattendue de cette institution, pour renflouer les capacités financières de ses caisses. Sous l’œil vigilant de Christine Lagarde, le FMI fait son périple là où ses membres disposent de matelas financiers conséquents. Si le G20 a promis une aide de 430 milliards de dollars pour les ressources supplémentaires du FMI, l’Algérie a préféré étudier la question en examinant les détails de ce prêt et ses atouts.
Le ministre des Finances, Karim Djoudi, a souligné dernièrement que l’Algérie allait « étudier et évaluer les conditions dans lesquelles cette demande sera exposée dans les détails ». « Nous avons besoin de savoir si le FMI envisage de réaliser cette opération de renforcement de ses capacités financières à partir de demandes de prêt ou de dépôts rémunérés, ainsi que le rendement qu’il compte proposer », a ajouté le ministre.
Le gouvernement a tout le temps, jusqu’à octobre, pour livrer sa réponse dans le cadre de l’AG annuelle du FMI qui, cette fois, va se dérouler à Tokyo. La question soulève des réactions mitigées de part et d’autre dans la mesure où le timing choisi par le FMI et la non-divulgation du montant du prêt aiguisent la curiosité des uns et des autres. L
e montant des réserves de change suscite également l’intérêt pour ce prêt. Si actuellement les placements de l’Algérie sont à 182 milliards de dollars, le FMI les prévoit à 205,2 milliards à la fin de 2012. Fort privilégiée d’être la deuxième détentrice des réserves de change de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, l’Algérie veut prudemment s’insérer dans la finance internationale. Même si le pays dispose de ces dotations en devises, les analystes souhaitent davantage «de vigilance et de garanties qui doivent être mises pour spéculer sur l’argent de l’Etat». L’argentier du pays a toutefois précisé que la question est de savoir «si cette opération serait réalisée à partir de demandes de prêts ou de dépôts rémunérés ainsi que des rendements». En parallèle, des sources affirment au journal El Khabar que «l’Algérie, qui a accepté la demande du Fonds monétaire international de renforcer ses contributions, négocie actuellement avec ce dernier la possibilité de bénéficier de sièges au conseil d’administration du fonds».
Cela reste à confirmer puisque le ministre des Finances n’a pas soufflé mot sur le sujet. Mourad Preure, expert international, estime quant à lui que «cette sollicitation est plutôt flatteuse car il y a un renversement des rôles, l’Algérie passant de prolétaire à prêteur. Ce qui est en soi positif».
Même constat chez l’économiste Abderahmane Mebtoul qui relève que «les réserves de change placeraient l’Algérie à devenir un prêteur international sur le marché financier».
Mais d’autres voix s’insurgent contre cette «image dorée» des réserves de change. L’ancien gouverneur de la Banque centrale d’Algérie, Abderahmane Hadj Nacer, estime que « le seul souci du gouvernement sur les réserves de change est de couvrir les 3 ans d’importations ». Néanmoins, il nuance sur la levée de fonds opérés par le FMI qui, selon lui, «modifie la répartition de l’équilibre du capital en son sein et des droits de vote». Il considère que le refus de prêter au FMI pourrait affaiblir les Algériens vis-à-vis de leurs partenaires.
Etre prêteur sur le marché international
Si d’autres sources avancent la thèse que l’Algérie finaliserait ses négociations avec le FMI dans les prochaines semaines pour l’obtention de sièges au conseil d’administration du fonds, rien n’est encore venu démentir cette assertion. Avec cette possibilité, l’Algérie serait en position de force pour obtenir des fonds à intérêts préférentiels, dans le cas où elle aurait besoin de ressources financières supplémentaires. Pour renforcer sa présence, chaque pays tente de s’insérer dans la dynamique financière internationale.
«Chacun tente, par le biais de prises de participations ou d’achats d’actions boursières, de mettre le paquet dans un contexte de crise mondiale», estime un analyste financier. Pour l’Algérie, on estime «qu’elle reste encore déconnectée de la sphère financière internationale» étant donné son absence de tout le circuit des banques d’affaires et des fonds d’investissements. Face à la demande du FMI, c’est le patronat algérien qui salue « l’importance de la décision du gouvernement algérien d’accepter la demande du FMI, pour renforcer sa position de négociation à l’avenir et garantir la stabilité de son équilibre financier, en cas de chute des prix du pétrole», indiquent des sources ayant requis l’anonymat au journal El Khabar. Certains ont même conseillé de « fructifier une partie de l’argent de l’Etat placé comme réserves de change au niveau du trésor américain ».
Face aux enjeux de la reconfiguration de la finance internationale, la thèse libérale voudrait que «l’Algérie crée son fonds souverain pour des prises de participations dans des groupes d’entreprises ou miser sur le rachat d’entreprises qui sont en difficulté ou en faillite». Mais, faut-il le rappeler, le gouvernement algérien avait refusé toute forme de fonds souverain pioché dans les réserves de change. «La gestion prudente des réserves de change du pays se fonde sur trois critères : la préservation de la valeur du capital, la couverture contre les risques de change par le maintien, notamment, d’un portefeuille diversifié, et leurs liquidités, c’est-à-dire qu’elles peuvent être retirées à tout moment», a fait savoir Karim Djoudi.
Pour la précision, «ces réserves sont placées au niveau de banques centrales et des institutions financières internationales, à l’instar de la Banque de règlements internationaux (BRI), ainsi qu’au niveau de banques commerciales les mieux notées en matière de crédit», a indiqué le gouverneur de la Banque d’Algérie il y a tout juste une année.
D’autre part, 47,96 % du montant global de ces réserves sont en dollars américains, contre 41,38 % en euros, selon les détails fournis par la Banque d’Algérie. De ce côté, les responsables financiers soulignent le caractère impérieux de «préserver le capital des réserves de change contre toute perte de valeur». Pour d’autres, le montant des réserves de change n’est pas la carte joker sur laquelle il faut miser sur la scène financière internationale, du fait que l’Algérie n’est pas totalement à l’abri de l’impact des turbulences de la finance et des relents de la crise.
Le FMI tente toujours de séduire
L’Algérie consolide une solvabilité financière externe qu’elle conservera jusqu’en 2015, selon des analystes du FMI. On se rappelle que la délégation du FMI, qui a séjourné en Algérie en octobre 2011 (lire notre dossier à ce sujet), a souhaité que les autorités algériennes mettent en relief une expansion monétaire à l’extérieur. Autrement dit, l’achat d’obligations du FMI était dans la ligne de mire dès juillet 2011 où l’Algérie était sollicitée, à l’instar d’autres pays, de procéder aux transactions d’achat sans contrainte. Or, le ministre des Finances ne pouvait que soumettre cette proposition «à l’étude», lors de sa déclaration à l’APS en marge des réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI à Istanbul. «Nous sommes très pragmatiques sur cette question.
Ce qui conduit notre gestion des réserves de change, ce sont la sécurité et la liquidité. Si nos actifs sont sécurisés et si nous pouvons les retirer à tout moment, nous pouvons travailler avec ces institutions», avait-il expliqué. Cela «signifie simplement que l’Algérie est reconnue comme un pays prêteur net du reste du monde, et dont on reconnaît une certaine performance dans la conduite de ses affaires économiques», faisait-il savoir. On assiste donc à un retournement de situation. L’Algérie, soumise pendant les années 1990 à un rigoureux plan d’ajustement structurel, renverse la vapeur pour se retrouver dans une situation où les ressources ne cessent de s’améliorer.
Mais que représentent vraiment ces ressources en comparaison avec les géants émergents et pourquoi n’y a-t-il pas encore des fonds d’investissements privés qui peuvent être des prêteurs sur le marché financier ? Pour un expert en trading comme Kamel Benmoussa, «200 milliards de réserves de change ne servent pas à grand chose». Il considère ainsi qu’il n’y a aucun intérêt pour l’Algérie à avoir des réserves en bons du trésor, sachant que le bon du trésor «ramène un rendement de 2% et l’inflation aux Etats-Unis est d’environ 2,7%. Vous avez donc des rendements négatifs».
Ce trader estime que si «l’Algérie prête de l’argent au FMI pour pouvoir aider d’autres pays qui, demain, produiront – s’ils sortent de la crise – des produits qui seront exportés vers l’Algérie, c’est une aberration totale». La crise a également son côté opportun. «A partir du moment où la crise perdure, il y a des opportunités d’acquisition d’actifs».
C’est le cas de le dire pour l’économiste Bachir Msittfa qui considère que «l’Etat doit faire fructifier son argent dans des projets porteurs dans des pays arabes en crise comme l’Egypte et la Tunisie, afin de barrer la route au FMI et à la Banque mondiale».
Avec des perspectives qui s’annoncent sombres pour l’économie mondiale, le FMI n’est pas dans la position de prêteur à tous vents. «Le FMI demande à certains pays qui disposent de ressources de prêter à son instance afin de faire endiguer la baisse continuelle de la croissance», estime un économiste alors que cette institution financière fait le contraire de jadis où elle étranglait financièrement des pays qu’elle veut aider maintenant.