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L'Algérie à l'heure des défis


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« Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Parmi les plus beaux noms leur nom est le plus beau . la voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau »
Victor Hugo (Hymne aux morts)


vdida2003@yahoo.fr
Mercredi 1 Novembre 2006

Après la révolution de novembre : La nécessaire révolution de l’intelligence

Prof. C.E. Chitour
Ces vers de Victor Hugo sont magnifiques ils devraient constituer le bréviaire de tous ceux qui sont reconnaissants à ceux qui ont permit l’Algérie de recouvrer son indépendance. A côté des historiques il y a les anonymes, les sans grades, les sans voix mais pas sans droit et surtout le peuple qui a payé le plus lourd tribu, à juste titre il mérite mille fois le titre de « moudjahid » .
Le texte de l’appel du premier novembre, a été imprimé dans la nuit du 26 au 27 octobre 1954, sous la supervision de Ali Zamoum, à Ighil Imoula. Le texte annonçait déjà le cap: « A vous qui êtes appelés à nous juger, … Nous considérons avant tout qu'après des décades de lutte, le Mouvement National a atteint sa phase finale de réalisation. … C'est ainsi que notre Mouvement National terrassé par des années d'immobilisme et de routine, mal orienté, privé du soutien indispensable de l'opinion populaire, dépassé par les événements se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l'avant-garde algérienne. L'heure est grave. Algérien! Nous t'invitons à méditer notre Charte ci-dessus. Ton devoir est de t'y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté. Le Front de Libération Nationale est ton front. Sa victoire est la tienne. Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, forts de ton soutien, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la Patrie ».
Flash back sur le pourquoi de la Révolution : Quelques échantillons de la civilisation à la pointe de la baïonnette. Lors de la prise d'Alger, De Bourmont s'engageait au respect de la religion musulmane, à la liberté des habitants, et à ce que leur commerce, leurs terres et leurs industries seront préservés. Deux mois plus tard, le général Clauzel qui symbolisera pour les Algériens la spoliation légale et la malhonnêteté, violera l'engagement. Il inaugure la politique de privation et de confiscation des biens habous C'est le début de la colonie de peuplement. A partir de 1832, une nouvelle ère de la colonisation commence. C'est la guerre d'extermination par enfumades et emmurements, l'épopée des razzias par la destruction de l'économie vitale, la punition collective et la torture systématique. Le mois d'avril 1832, la tribu des Ouffia près d'El Harrach fut massacrée jusqu'à son extermination suite à un vol dont a été victime une ambassade, sans preuve ni enquête. Le butin de cette démonstration de la cruauté coloniale que le Duc de Rovigo a laissé commettre, fut vendu au marché de Bab Azzoun ou l'on voyait « des bracelets encore attachés au poignet coupé et des boucles d'oreilles sanglantes » comme en témoigne Hamdane Ben Athmane Khodja dans ‘L'aperçu historique et statistique de la régence d'Alger en 1833.
En 1845, le général de Cavaignac avait inauguré une année avant l'ancêtre de la « chambre à gaz » que le colonel Pellisier utilisera pour mater l'insurrection des Ouled Riah dans le Dahra. Ainsi, les villageois de cette bourgade s'étaient réfugiés dans des grottes des montagnes avoisinantes pour échapper à la furie des soldats. Ils furent enfumés par « des fagots de broussailles » placés à l'entrée/sortie des grottes. Le soir, le feu fût allumé. Le lendemain, au moins 500 victimes furent dénombrées. Les insurgés avaient pourtant « offert de se rendre et de payer rançon contre la vie sauve » ce que le colonel refusa. Ce « meurtre consommé avec préméditation sur un ennemi sans défense » Et lorsque le bois et les broussailles faisaient défaut, on pratiquera l'emmurement, comme en témoigne le rapport discret du colonel Saint Arnaud : « je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques ». On payera des Spahis à 10francs la paire d'oreilles d'un indigène, preuve qu'ils avaient bien combattu. « Un plein baril d'oreilles récoltées paire à paire, sur des prisonniers, amis ou ennemis » a été rapporté d'une expédition dans le sud par le Général Yusuf. Le code de l'indigénat, petit frère jumeau du Code Noir qui balisait la vie des esclaves noirs, justifiait le séquestre et la spoliation, l'internement administratif, les punitions collectives et la ségrégation.
Les Algériens ne peuvent pas oublier la conclusion du rapport de Tocqueville en 1847 : « Nous avons rendu la société musulmane plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu'elle ne l'était avant de nous connaître ». Non les Algériens n’étaient pas de Barbares , ils avaient un système éducatif qui reposait sur les fondations pieuses. Un arrêté de septembres 1830 rattache les habous à l’administration, ce qui tarit de ce fait le financement des milliers d’écoles que Diego de Haëdo puis Venture de Paradis vers 1750 avaient signalé.Parralèlement un prosélytisme frénétique « boosté » par le cardinal Lavigerie tenta en vain de convertir les Algériens qui ne se résignaient pas à se convertir malgré les méthodes d’évangélisation très discutables utilisées.
Plus tard une autre tâche sur le visage du colonisateur en l’occurrence la torture a connu une « évolution » au cours de la colonisation. Elle sera perfectionnée en même temps que les autres violences non conventionnelles « grâce aux facilités fournies par une législation d'exception qui laissent les militaires maîtres du terrain…En 1957 elle devient rapidement l'arme reine dans un conflit qui vise en premier lieu la population algérienne. Plus tard et en 1959, le général de Gaule lui-même reconnaît : « ..Par le combat, les exécutions sommaires, les exécutions légales ; nous tuons dix fois plus d'adversaires que ceux-ci ne nous tuent …Prétendre qu'ils sont français ou qu'ils veulent l'être, c'est une épouvantable dérision…Il est tout simplement fou de croire que notre domination forcée ait quelque avenir que ce soit.». (1). Il faut cependant, reconnaître que des français ont osé dire non et ont dénoncé la brutalité de la colonisation et de la guerre d'indépendance. Certains ont carrément épousé la justesse de la cause algérienne. Francis Jeanson répondait au président Bouteflika lors de sa visite d'Etat en France en 2000 en ses termes : « Tu t'adresses à moi comme si j'étais un traître à mon pays. A partir d'aujourd'hui, je voudrais que tu retiennes que mes camarades et moi n'avons fait que notre devoir, car nous sommes l'autre face de la France. Nous sommes l'honneur de la France ».
Que s’est-il passé pour que l’aura de la révolution algérienne voire de la Révolution de tous les damnés de la terre dilapidée d’une façon aussi rapide ? Les peuples conquièrent leur indépendance, là est l’épopée. L’indépendance venue là, commence la tragédie Voilà comment le grand poète Aimée Césaire analyse d’une façon décapante les décolonisation bâclées. Non ce peuple qui a eu ses héros qui ont jalonné son histoire trois fois millénaire ne peut pas mourir sans se battre pour exister. J’avais écrit dans un article précédent que le monde de 2025 se prépare maintenant. Avant les milliards de la manne céleste avant les autoroutes, avant , avant, avant il nous faut d’abord stabiliser culturellement et cultuellement notre pays. Quel projet de société avant nous ? quand on découvre que le pays est plus atomisé que jamais. Quand on interroge un Egyptien, il est avant tout de Misr oum addounia avant d’être du Caire, d’Alexandrie ou d’Assiut. Quand on interroge un jeune Algérien, il a de la peine à se déployer hors de son quartier- fruit d’un matraquage idéologique paresseux qui ne saurait se confondre avec l’Education avec un grand E- s’il répond il n nous apprend qu’il est de Bab El Oued de Soustara de l’est de l’ouest. On identifie au XXIe siècle l’Algérien à sa ‘açabbya dont parle si bien Ibn khaldoun. Qu’est ce qu’une nation ? s’interrogeait Ernest Renan ? N’est ce pas ce » désir d’être ensemble ? La République est un concept neutre, elle peut à la rigueur être une mosaïque d’ethnie voir de communautarisme. La nation c’est autre chose, c’est un creuset de l’identité commune; Vouloir à tout prix s’arrimer à un Occident plus « Charles Martel que jamais », et ne veut pas de nous ou encore être à la traîne de métropole moyen-orientale qui ne brille pas par son génie, ne peut pas nous sortir de l’ornière.
Il n’y a pas de modèle sur lequel s’est appuyée, la révolution algérienne, c’est , à n’en point douter, une singularité. Des exemples existent mais ils diffèrent tous par la spécificité de ce combat. Qu’on en juge : Voilà 22 jeunes qui n’ont comme armes que leur détermination profondes en face d’une armée de 500.000 hommes armée par l’Otan et à qui il a été proposé de larguer une bombe atomique sur les Algériens…. L’Algérie est le seul pays à avoir été colonisé aussi longtemps et avoir subi une tentative de génocide à la fois culturel et cultuel . Il n’y a pas, à notre sens une révolution qui a fait l’objet de multiples études, elle a véritablement ébranlé la conscience du monde. Qu’on se le dise des chanteurs parmi les plus prestigieux du monde arabe tel que Mohamed Abdelwahab, Abdelhalim Hafez, Mohamed Kandil et Faiza Ahmed ont chanté la Révolution. Le chant révolutionnaire Allah ou Akbar est devenu l’hymne libyen. Pendant plus de quinze ans la flamme de la révolution fut entretenue. Puis plus rien.
Que reste-t-il de l’engouement mondial pour la Révolution algérienne que sont devenues les dizaines de thèses soutenues de par le monde sur la Révolution du premier novembre ? Pourquoi cette chape de plomb su l’écriture de l’histoire. Dès le départ, il a été convenu que l’Algérien n’était pas mûr pour connaître son histoire. Mahfoud Kaddache a donné une explication . Ecoutons le : « Il ne faut pas oublier qu’il y a eu un nombre incroyable de traîtres, et certains sévissent encore chez nous. Et puis même la France ne veut pas dévoiler toutes ses cartes. Par exemple, elle n’ouvrira jamais les archives concernant les rapports que lui faisaient certaines grandes familles. Pour le simple fait que ce n’est pas dans son intérêt de dénoncer les familles dont certains membres ont pu accéder à des postes de décision dans l’Algérie indépendante. C’est tout simplement des calculs géo-politiques. Je crois qu’on ne peut qu’être satisfait par la tournure qu’ont pris les évènements actuels. Ce sont les années de l’oubli et du mépris qui prennent fin pour que la vérité s’impose enfin en plein jour….Comme j’espère aussi que le pays des torturés ne soit pas lui-même un pays où se pratique la torture ». (2).
Il est vrai qu’il est utopique d’atteindre que d’autres écrivent notre histoire et la glorifient. L’écriture de l’histoire n’est pas neutre. Comme l’écrit l’écrivain bengali Bankimcandra Chatterjee : « Il n’y a pas d’histoire hindoue . Qui louera nos nobles qualités si nous ne les louons pas nous-mêmes ? .. La gloire d’une nation a-t-elle jamais été chantée par une autre nation ? » (3)Si on veut écrire une histoire de l’Algérie millénaire, il est nécessaire de disposer des matériaux, de tous les matériaux aussi bien ceux qui sont entreposés à Aix auprès de notre « adversaire intime » mais aussi en Turquie en Espagne ( N’oublions pas que Oran était espagnole pendant près de trois siècles), en Tunisie, au Maroc en un mot auprès de tous les pays qui ont eu à connaître l’Algérie ; Voilà un vrai défi que pourrait relever le ministère de la culture en participant à la reconstitution de la mémoire de cette immense Algérie, au lieu de Qu’on se rende compte il a fallu que le ministre des affaires étrangères algérien aille aux Etats-Unis pour qu’on lui remette une copie du premier traité que l’Algérie (à l’époque la Régence) avait signé avec la jeune république américaine naissante. Que l’Algérie a été la première à reconnaître. Cela n’a pas empêché l’amiral américain Décatur de tenter ..sa chance sans succès en bombardant Alger Al Mahroussa en 1824. Il arrive malheureusement, que nous avons une propension à regarder la paille dans l’œil du voisin et non pas la poutre qui est dans notre œil pour paraphraser la parabole célèbre de Saint Mathieu. Nous devons tout faire pour montrer que nous avons une histoire trois fois millénaire- Massinissa battait monnaie, il y a vingt deux siècles de cela, pendant que l’Europe continentale émergeait péniblement vers les temps historiques- Ne donnons pas de leçon aux autres, soyons humbles, nous avons beaucoup à apprendre, nous devons avoir une lecture de l’histoire la plus objective possible si nous voulons être crédibles vis à vis de nos partenaires d’autant que la perte récente de deux historiens français de talent qui ont réellement compris la détresse du peuple algérien et l’ont soutenu jointes à celle de l’éminent professeur Kaddache risque de rendre encore plus difficile l’écriture d’une histoire sereine.(4)
Conclusion
Peut –on , en définitive, laisser une Révolution aussi prestigieuse, aussi importante, se déliter dangereusement par un oubli par une perversion des principes . N’est-il pas tant de réhabiliter l’effort sous toutes les formes ? N’est-il pas tant enfin de réconcilier ce peuple avec lui-même ? N’est-il pas tant d’écrire l’histoire non pas celle d’un segment mais celle de 3000 ans. Il est curieux de constater que les pères fondateurs de la Révolution de Novembre articulaient leur plaidoyer pour l’indépendance sur l’histoire de l’Algérie millénaire ! Cette histoire, que dis-je cette épopée, Avant le septième siècle, il y avait une civilisation, des dynasties sur cette terre bénie. Après l’indépendance pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la morale et l’honnêteté scientifique, cette histoire fut occultée ; La France a procédé de la même façon en nous donnant une ascendance gauloise !!!
Comment honnêtement aller de l’avant si on ne met pas tout sur la table, les évènements qui nous valorisent et notre part d’ombre De notre point de vue un chantier aussi important que tout ce qui a été fait dans le domaine de l’investissement est celui de l’engagement vers une réconciliation authentique où chacun doit trouver sa place Dire que la Révolution ne souffre d’aucune discussion sur les « certitudes » que l’on ne peut remettre en cause est une erreur, car la vraie Révolution est sûrement gangrenée par tous ceux qui trouvent leur compte dans l’opacité. On découvre encore des faux révolutionnaires. La Révolution, en acceptant de se remettre en cause, sortira grandie et sera réappropriée par la Jeunesse. Après les vrais légitimités révolutionnaires les moudjahidin devraient transmettre le flambeau à cette jeunesse- dépositaire de la légitimité scientifique-, seule capable de relever les vrais défis qui risquent, s’ils ne sont pas relevés, d’hypothéquer définitivement, le destin de cette immense Algérie.
1. Hanafi Si Larbi, L'histoire partiale et partielle El Watan. 23 février 2006
2. Mahfoud Kaddache http://arabesques-editions.com/algerie/node/10 El Watan par Hamid Tahri, le 18 Mai 2006.
3. Chems Eddine Chitour : le passé revisité. Ed. Casbah Alger. 1ed 1998, 2ed 2005,
4.Chems Eddine Chitour - Jeunes de France, si vous saviez…Revue Panoramiques n*62 Paris. 2003.





Mercredi 1 Novembre 2006

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