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L’Afrique entre multinationales et privatisations : ce que pense le MLAN


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Mardi 1 Mai 2007

« L’Afrique noire est mal partie », tel est le titre de l’ouvrage de René Dumont paru en 1962. Il mettait l’accent sur les dangers du morcellement territorial – le rejet des frontières du colonialisme et surtout la constatation du lourd héritage colonial: des ressources constituées essentiellement de matières premières et des habitudes de monoculture coloniale faites par et pour les anciens propriétaires européens. Plus de quarante ans après, les nouvelles les plus récentes d'Afrique viennent malheureusement confirmer chaque jour le diagnostic pessimiste émis par René Dumont. Point n’est besoin de rappeler les goulots d’étranglement qui jalonnent le chemin du développement des pays africains. Mais, à rebours de Stephen Smith pour qui les Africains sont seuls responsables des maux qui accablent leur continent et le précipitent dans une « mort » certaine, nous proposons de revisiter le quotidien des africains. En effet, déjà fragiles, les jeunes Etats indépendants ont hérité d’une souveraineté chancelante que la domination des multinationales et la dislocation des sociétés sous l’effet des politiques d’ajustement structurel ont achevé de réduire à néant.

Par une « ironie tragique », plusieurs phénomènes de nature très différente ont conjugué leurs effets déstabilisateurs :

-la fin de l’affrontement Est-Ouest, qui structurait la géopolitique africaine.

-l’improvisation par les bailleurs de fonds d’une injonction démocratique mal maîtrisée (relayée par le discours de François Mitterrand à La Baule en 1990).

-le nouveau cadre macroéconomique ultralibéral – privatisations sauvages, programmes d’ajustement structurel incohérents et drastiques, plans sociaux déguisés, exploitation éhontée de la main-d’œuvre, prix dérisoires des matières premières et fraudes, mesures commerciales désavantageuses etc. ;

-les interventions sauvages des multinationales occidentales et de puissantes banques orientales.

Ces multinationales instrumentalisent des conflits régionaux ou locaux pour obtenir ou conserver des marchés et des concessions. Coups d’Etat en Guinée-Bissau (septembre 2003) et à Sao-Tomé- et-Principe (juillet 2003), tentatives de putsch au Burkina Faso et en Mauritanie (octobre 2003), renversement de M. Charles Taylor par une rébellion au Liberia (août 2003), remous politiques au Sénégal (année 2003), déstabilisation de la Côte d’Ivoire (depuis septembre 2002)… l’Afrique de l’Ouest semble s’être durablement installée dans la crise politique. Si le pétrole est à la une, on oublie plus souvent dans les médias de rappeler la situation des populations des pays qui possèdent du pétrole dans leur sous-sol, et se voient soumises au pouvoir de ces multinationales pétrolières. À commencer par l'Afrique, d' où Elf tire environ 70 % de sa production, et d' où le nouveau groupe TotalFinaElf tire encore 40 % de sa production. Depuis des décennies, les compagnies pétrolières interviennent dans la vie politique et économique des pays concernés. Si ce n’est pas la mise en place ou le cautionnement des régimes responsables de violations massives des droits humains ou l’alimentation et encouragement des circuits de corruption, à l'étranger (surtout en France), c’est la destruction de l’environnement qui est en cause. Le groupe pétrolier Total a publié un nouveau bénéfice net ajusté record pour 2006 de 12,585 milliards d'euros, soit le plus gros bénéfice jamais enregistré par une entreprise française. Ses revenus ont progressé de 12% à 153,802 milliards d'euros. La croissance du bénéfice du groupe a suivi ces dernières années la hausse des cours du brut. De 7 milliards en 2003, le bénéfice de Total a dépassé légèrement les 9 milliards en 2004 avant d'atteindre un précédent record de 12,003 milliards en 2005. Depuis sa fusion en mars 2000, le groupe Total-Fina-Elf est devenu la première entreprise privée française et le quatrième pétrolier mondial : 50 milliards de francs de profits, 761 milliards de chiffre d'affaire (soit la moitié du budget de la France). Ce monstre industriel est surtout actif en Asie (notamment en Birmanie) avec Total, en Afrique du Nord (particulièrement en Libye) avec Fina et en Afrique noire (Angola, Congo, Gabon, Cameroun, Tchad...) avec Elf. Au même moment, selon le classement des Nations unies, le Nigeria et l'Angola, les deux principaux producteurs africains de pétrole se trouvent actuellement au rang des nations les plus pauvres, plus précisément les plus appauvries par trois décennies d'exploitation pétrolière. Les affaires judiciaires de la société ELF ont révélé une partie de l'ampleur de la corruption pour la course à l'or noir : trafic d'armes (par exemple avec les deux parties en guerre depuis 1975 en Angola), constitution de caisses noires pour impliquer certains hauts fonctionnaires (à travers la Banque française intercontinentale et ses 1,5 milliards de francs par an), faux-monnayage ("emprunt Joséphine" de 2 milliards de francs via le Tchad en 1998), contribution aux partis politiques de gouvernement (8OO millions de francs par an), utilisation de prostituées de luxe (comme pour l'ex-président du Conseil constitutionnel, Roland Dumas)... Généralisées chez tous les pétroliers, ces manipulations se sont institutionnalisées en France avec la création en 1965 de la société nationale Elf-Aquitaine (privatisée en 1994), conçue comme une véritable annexe des services secrets en Afrique. Cette tendance militaro-affairiste concerne à l'occasion d'autres multinationales : Bolloré-Rivaud (transport maritime), Bouygues (bâtiment), Castel (bières), Thomson (électronique), Suez-Lyonnaise-Dumez (eaux), Dassault (aviation)... Comme l'affirmait Georges Clemenceau, "une goutte de pétrole vaut une goutte de sang".

Dans leurs activités en Afrique, les multinationales du pétrole illustrent clairement un processus de socialisation des pertes et de privatisation et capitalisation des profits. Au-delà du pillage systématique des ressources naturelles et même halieutiques de l’Afrique, les multinationales ont une habitude dévergondée de s’inviter dans la politique africaine. Cette immixtion des multinationales – comme des règles de la mondialisation économique – dans la sphère publique africaine a provoqué un amalgame entre droit public et droit privé. La plupart des chefs d’État africains ne se pensent pas comme des présidents de la République, garants de l’intérêt général, mais agissent plutôt comme des présidents de conseil d’administration. La gestion du pétrole, de l’or ou du diamant, la vente des produits agricoles et des ressources naturelles (minerais, bois) donnent lieu à des comportements claniques, voire d’allégeance féodale, de la signature des contrats d’exploitation des matières premières (commissions) jusqu’à la répartition des fortes valeurs ajoutées dégagées lors des ventes sur le marché mondial. La gestion de la manne pétrolière au Gabon et en Angola en est une parfaite illustration. Sur ce continent, jamais il n’y a eu autant de « batailles », de pathologies, de pillage de l’économie et du sous-sol. Ces multinationales post-coloniales se sont mises en tête de contrôler tout le secteur productif et de commercialisation des pays en voie de développement. Par exemple en côte d’ivoire, La défense des intérêts français se mesure, elle, à l'importance que prend l'appétence de certaines multinationales françaises à exercer leur contrôle sur les outils de production et les services publics (électricité, télécommunications, bâtiments et travaux publics), sans pour autant que la population locale voie la couleur des dividendes, ni profite des fruits de la croissance. Pour endormir et jouer les bienfaiteurs, l'Envoyé de l'ONU pour le sida en Afrique a proposé que les multinationales contribuent, à hauteur de 0,7% de leurs profits, pour aider dans la lutte contre l'épidémie.
Pour le Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN), la dévestiture aux ressources naturelles par ces multinationales doit prendre fin. Désormais, les multinationales – comme les chefs d’Etat et de guerre – impliquées dans des tentatives de déstabilisation et de pillage de l’Afrique trouveront une Nouvelle Jeunesse Africaine (NJA) debout comme un seul homme contre leurs appétits morbides car ennemis de l’Afrique. Au même moment les associations de consommation Françaises s’indignent des plantureux profits de Total et réclament la mise en place d’une taxe exceptionnelle sur les revenus pétroliers, afin de compenser la hausse du prix du carburant alors que cette multinationale ne réalise que 5% à 6% de ses profits en France. Ces bénéfices records ont réveillé l'appétit des partis français de gauche, des associations de consommateurs et des mouvements écologistes, qui réclament une "taxe exceptionnelle sur les superprofits" des compagnies pétrolières, destinée au financement des réductions d'énergie. Dans les pays africains où Total fait ses bénéfices, aucun investissement n’est fait dans l’investissement des énergies renouvelables. Alors que la situation énergétique devient de plus en plus alarmante, ces multinationales n’investissent pas une partie de leurs bénéfices dans la recherche de solutions alternatives. Réfléchissons à cette belle arithmétique pétrolière que plus d’un milliard d’hommes ne disposent toujours pas d’électricité. Peut-être dans un de ces pays où les gros tuyaux « Total » pompent sous la terre nuit et jour. Le MLAN fustige la «démagogie» et le «populisme» de ces propositions et de la polémique que la manne pétrolière irrigue dans les pays occidentaux (surtout en France). La vache à lait dans cette histoire est l’Afrique, ou du moins les pays d’où l’or noir est tiré sans honte. Que revient aux pays africains producteurs de pétrole ? S’il est vrai que certains fortunés africains sont actionnaires dans ces multinationales, la quasi-totalité des dividendes revient aux actionnaires des pays dits développés qui construisent leur vie sur les ruines d’une Afrique en péril. Selon l’OMS dans le « classement global du système de santé », sur une échelle de 1 à 191, tous les pays africains se situent dans le bas du tableau : Tchad 178, Angola 187, Nigeria 187, République démocratique du Congo 188, Sierra Leone 191…il s’agit pourtant de pays riches en matières premières. Au Tchad, depuis l’extraction de la première goutte de pétrole, les compagnies anglo-américaines, françaises et malaisiennes ont perçu 653 milliards de dollars. Il n’est resté que 62 millions de dollars pour le Tchad. Au Nigeria, deuxième producteur de pétrole d’Afrique, avec des réserves de 2500 millions de barils, 80% de la population vivent avec moins d’un dollar par jour. Nous avons la honte chevillée au corps à l’idée de concevoir qu’un continent au sous-sol aussi riche et fertile soit humilié et violé. C’est pourquoi, le MLAN voudrait ici empoigner ce problème à bras le corps et lutter pour que les africains jouissent des richesses de leur continent. Les peuples africains ont le droit de vivre en paix dans leur pays, dans la dignité et de jouir du produit des richesses que recèlent leur sol et leur sous-sol. Devant cette mafia politico-affairiste qui saigne à blanc notre continent, LA TERRE MERE, le MLAN ne saurait regarder en silence les satrapes au pouvoir et ces étranges multinationales car c’est notre avenir qui part en lambeaux. Piquée au vif et considérée comme la vigie de l’Afrique, la Nouvelle Jeunesse Africaine, imprégnée de l’ergonomie du fonctionnement du nouveau monde aura désormais son mot à dire.

Ainsi donc, nous proposons une revalorisation des taxes appliquées à toutes les multinationales pétrolières en Afrique.

Il est aussi temps de rediscuter tous les contrats ou les privatisations des entreprises africaines enregistrés à la suite des programmes d’ajustement structurels. Dans un rapport de l'organe de contrôle interne du Fonds monétaire international publié le 12 mars 2007, le FMI est épinglé pour ses pratiques colonialistes. "Le rapport conclut à une somme d'ambiguïté et de confusion s'agissant des politiques et des actions du FMI en matière d'aide et de lutte contre la pauvreté", mieux "Le rapport met également au jour un hiatus entre la communication externe du FMI en matière d'aide et de réduction de la pauvreté, et ses pratiques dans les pays à faibles revenus". "Le comité estime que le travail du Fonds vis-à-vis des pays à faibles revenus est un domaine dans lequel les pressions, notamment les pressions des actionnaires, l'ont conduit à aller au-delà de ses responsabilités fondamentales, et sur le terrain de la banque". Au regard de ces aveux, nous considérons la dette des pays pauvres et les contrats cédés pour des broutilles illégitimes. Selon l’ONU, en Afrique, entre 1990 et 2000, plus de 3000 entreprises sont passées du public au privé, soit une moyenne de six privatisations par an et par pays. Force est de constater que cette course à la privatisation a été une catastrophe pour les pays Africains et une aubaine pour les pays riches et leurs multinationales.

En conséquence, nous invitons les pays africains à remettre en cause tous les contrats et les sociétés bradés à la faveur des programmes d’ajustement structurels.
En ce qui concerne les multinationales pétrolières, le MLAN exhorte les gouvernants à les obliger à investir dans l’énergie renouvelable et la protection de l’environnement.
Au risque de faire les frais de l’ouragan de changement qui souffle sur l’Afrique, MLAN invite avec empressement les multinationales à reconsidérer:
primo, leur image de l’Afrique,
secundo à revoir les contrats factices signés qui ignoraient les intérêts des pays africains
et tertio à agir comme des partenaires.

Cette proposition de gagnant-gagnant est la seule qui puisse satisfaire les pays africains.

Vive la renaissance africaine !

Vive l’Afrique Libre et Prospère !

Prao Yao séraphin

Président du Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN)





Mardi 1 Mai 2007


Commentaires

1.Posté par Sewingar Djimyabaye le 17/08/2007 14:02 | Alerter
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Mr Yao
Je trouve votre article très interéssant et je ne peux m'empecher de vous en féliciter. Votre message n'est pas tombé dans les oreillles d'un sourd!
Vive l'Afrique, berceau de l'humanité.

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