Economie et pouvoir financier

L'AUTOPSIE DE L'AUTOPSIE DE L'ÉCHEC DE BÂLE III


Récemment un économiste présentait l'autopsie de l'échec de Bâle III. Nous présentons l'autopsie de l'autopsie.


Robert Bibeau
Samedi 14 Juin 2014

L'AUTOPSIE DE L'AUTOPSIE DE L'ÉCHEC DE BÂLE III
RÉGULER LES BANQUIERS, C’EST RÊVER ÉVEILLÉ !

«Après le 15 septembre 2008, date de la faillite de la banque Léman Brothers − marquant le début de la crise systémique – de nombreux économistes ont souligné la fin du consensus de Washington, mais sont totalement passés à côté du problème financier. Je rappelle que c’est l’hypothèse de l’efficience du marché selon laquelle les actifs financiers sont voués à être valorisés à leur valeur intrinsèque qui a conduit à la suppression des contrôles réglementaires» (1).

Auscultons cet extrait d’analyse (ci-haut) afin de démontrer de quelle façon les économistes classiques parviennent à tout emberlificoter, à dire, se dédire et à médire. La soi-disant «hypothèse» de l’efficience des marchés (sic) doublée de l’hypothèse de «la valeur intrinsèque des actifs financiers» (resic) sont deux mensonges communément acceptés dans la communauté d’affaires et les milieux bancaires. La tâche de l’économiste bourgeois est de répandre ces deux fadaises parmi le public des benêts lambda qu’il nous croit.

«Que l’on soit clair dès le début, la régulation financière est une urgente nécessité et je suis un ardent défenseur de Bâle III, mais force est de constater aujourd’hui son échec bien que cet accord ait résolu le problème le plus urgent en supprimant le risque d’effet domino d’une faillite d’une grande institution en organisant le principe des chambres de compensation» (1).

Il faut être un farceur pour présenter le cataplasme des chambres de compensation – qui ne compenseront rien dès que la crise prendra de l’ampleur – comme étant la solution au problème des débiteurs insolvables. Qui l’économiste cherche-t-il à berner?

«Cependant, le point qui n’a pas été résolu concerne le fonctionnement de la finance actuelle, je pense, en particulier aux contrats sur produits dérivés et surtout aux Credit Default Swaps (CDS) qui permettent aux banques de ne plus assumer le risque de crédit en privatisant les profits et socialisant les pertes. Le Comité aurait dû mettre en place un processus dissuasif pour les comportements dangereux, car, sur ce point précis, rien n’a changé et, plus grave encore, le danger que représentent les produits dérivés ne cesse de croître» (1)

Enfin, l’économiste, dont le rôle dans la vie est de s’étonner candidement de la «naïveté» feinte des banquiers et des fonctionnaires affrétés, accrédite la fable que cette fumisterie financière procède d’un malentendu qu’il est possible de corriger avec un peu de bonne volonté.

L’économiste, parfaitement conscient du drame qui se trame, déclare :

«Comme l’illustre le graphique ci-dessous, et contrairement aux idées reçues, les volumes de ces contrats ont été très peu impactés par la crise et repartent même à la hausse depuis 2012 [puis il ajoute] d’après la BRI, la valeur notionnelle des contrats de produits dérivés sur les marchés financiers internationaux est passée de 10 000 milliards de dollars en 1986 à 693 000 milliards de dollars fin juin 2013, plus de neuf fois le PIB de la planète! Plus inquiétants encore, ces contrats sont concentrés au sein de 16 organismes financiers, et quatre banques aux USA totalisent 219 798 milliards de $ de contrats sur produits dérivés sur un total de 237 000 milliards de $. La Banque des règlements internationaux reconnait que 7% à 8% de ces montants seulement sont utiles à l’économie réelle en permettant au marché de s’assurer contre des fluctuations de prix, le reste étant de la pure spéculation financière!»(1)

Peut-on être plus limpide? Que pourra faire une quelconque «chambre de compensation» le jour où l’une de ces quatre banques frauduleuses (puisqu’elles vendent du vent aux compagnies d’assurance et aux fonds de gestion des régimes de pension) fera défaut d’honorer ses créanciers pour ces «produits financiers» envolés en fumée ? Comprenez que chacune de ces banques et de ces organismes financiers sont imbriqués les uns dans les autres de manière totalement inextricable. Si en 2008 la faillite de Léman Brothers n’a pas fait s’effondrer le château de cartes financiers, c’est que les montants encourus étaient modestes (quelques dizaines de milliards de dollars).

À la lumière de ces chiffres astronomiques, il est probant que le système économique capitaliste n’est pas confronté à un quelconque dysfonctionnement sporadique et fluctuant sur lequel un comité mondial d’experts ou un organisme de régulation transnational pourrait circonvenir pour le masquer et le régler. Quand les «actifs financiers», censés concrétiser des actifs productifs réels, font dix fois la taille des biens mobiliers et immobiliers qu’ils sont censés représenter et que seuls 7% à 8% de ces montants fictifs sont réellement adossés à des valeurs tangibles et monnayables, il n’y a plus rien à dire et plus rien à faire que de laisser braire et attendre l’effondrement inéluctable.

Toute cette pyramide de Ponzi spéculative mondiale est totalement hors contrôle et ne peut pas être amendée. Si demain les directeurs d’organismes internationaux – à supposer qu’ils en obtiendraient l’autorisation de leurs patrons – les banquiers compromis et faillis – mettaient fin à la mascarade boursière délirante et rétablissait les contrôles et interdisaient définitivement ces arnaques sur produits boursiers sulfureux, c’est l’économie entière de la planète qui s’effondrerait. Ils sont condamnés à laisser-faire et leurs seules préoccupations sont de savoir comment distraire les salariés par des matchs de football et de hockey ; une crise en République Centre-Afrique, au Mali et en Libye ; un coup d’État en Égypte ; Boko Haram les sanguinaires et la révolte des Russes d’Ukraine avant l’effondrement du gouvernement mafieux, etc.

Pouvez-vous imaginer voir disparaître 600 000 milliards de dollars «d’actifs boursiers» (sic) en quelques heures ? Savez-vous, chers lecteurs, qu’une bonne partie de cette fumisterie boursière est réalisée à partir de l’argent de vos régimes de retraite et des hypothèques payés par les travailleurs (les 7% à 8% de valeurs tangibles parmi cette pacotille spéculative) ?

L’économiste peut bien déchirer sa chemise et implorer le bon sens et la mansuétude des banques! Elles sont prisonnières de cette souricière que le système – le mode de production, d’échanges et de communication impérialiste privé – leur a confectionnée. Les lois de fonctionnement du capitalisme mènent tout droit à cette arnaque et nul ne peut enrayer ou contrevenir à ce mouvement, quand bien même tous les gouvernements de la planète le souhaiteraient.

Revenons à notre économiste démuni et contrit qui constate amèrement et nous prouve par des chiffres mirobolants l’inéluctable absurdité de ce système économique en débandade. Il révèle que :

«Par exemple, JP Morgan totalise environ 70 088 milliards de $ de produits dérivés avec une exposition totale sur crédit de 303 milliards de $, soit 183 % de son capital selon le dernier rapport de l’OCC, l’Office of the Comptroller of the Currency, l’organisme gouvernemental de tutelle des banques US [de quelle tutelle parle-t-on ici ? NDLR]. Je signale qu’une partie des CDS est adossée aux crédits immobiliers qui connaissent aujourd’hui encore des taux de défaillance records avec un taux officiel de 8,2 % sur un montant global de 4200 milliards de $. A la fin du dernier trimestre 2013 aux USA, 1352 procédures de saisies immobilières étaient mises en place chaque jour. La crise est donc loin d’être terminée et le chômage continuera d’augmenter» (1).

Ces 1352 saisies quotidiennes, ce sont, la plupart du temps, 1352 familles américaines qui se retrouvent à la rue sans logement? Chaque jour ce drame se renouvelle aux États-Unis, en Espagne, au Portugal, au Brésil et dans nombre d’autres pays à travers le monde. Vous comprendrez que les pleurnichages des « indignés », des libertaires, des altermondialistes, des éco-socialistes, des bureaucrates syndicaux, des sociaux-démocrates électoralistes, ne sont d’aucun secours pour ces miséreux. Croyez-vous sincèrement que ce système économico-politique peut continuer à sévir et à détruire nos familles et s’en tirer comme si de rien n’était? Si vous le croyez, vous vous trompez, soyez-en assuré.

robertbibeau@hotmail.com

13.06.2014

http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/reguler-les-banquiers-cest-reve-eveiller/

(1) http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/bale-iii-autopsie-d-un-echec-153142
VIENT DE PARAITRE : MANIFESTE DU PARTI OUVRIER
http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782753900073




Samedi 14 Juin 2014


Commentaires

1.Posté par Depositaire le 14/06/2014 11:41 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Au vu des sommes faramineuses en question la question qui se pose est comment stopper de façon radicale cette folie spéculative qui risque de détruire l'économie du monde entier. Car le jour où ce système, qui repose sur de l'illusion, de l'argent totalement fictif, à 99%, se montrera dans toute son illusion et que l'on constatera que toutes ces sommes investies dans l'économie réelle ne sont que du vent, le monde ira mal.

Alors ce qui nous intéresse, nous citoyens "lambdas" qui nous préoccupons fort peu de ces folies spéculatives, c'est comment résoudre le problème avant que nous soyons dans une crise majeure qui affectera toute l'humanité ?

L'auteur semble vouloir dire qu'il n'y a pas de solution pour réguler ce système absurde sous peine de détruire l'économie du monde entier.

Alors, à mon sens, il y a deux réflexions à faire sur ce point : La première est que de toute façon, à terme avec cette spéculation effrénée et sous forme de pyramide de ponzi, c'est inéluctable; l'économie mondiale va s'effondrer. La question, comme disent bien des spécialistes sur le sujet, n'est pas de savoir si oui ou non elle se produira, mais quand ? Alors de toute façon autant agir dès maintenant pour sauver ce qu'il sera possible de sauver.

la deuxième réflexion est que dans la mesure où ce système aberrant est basé sur un mode de société tout autant absurde, pourquoi chercher à le maintenir ? Ne serait-il pas temps de se mettre à l'ouvrage en créant un nouveau paradigme où l'être humain et son épanouissement sur tous les plans soit au centre des préoccupations. C'est beaucoup de travail, raison de plus pour s'y mettre. Nous n'avons plus guère le choix, si tant est-ce que nous l'avons.

Nouveau commentaire :

Economie et pouvoir financier | Histoire | Philosophie politique | Religions et croyances


Publicité

Brèves



Commentaires