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Kosovo : « encore et toujours, la loi du plus fort … »


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Pierre PICCININ
Mercredi 28 Juillet 2010

Kosovo : « encore et toujours, la loi du plus fort … »
Etrange déclaration de la Cour internationale de Justice de l’ONU, en réponse à la demande du gouvernement de la Serbie concernant l’indépendance du Kosovo : « la cour a conclu (...) que l'adoption de la déclaration d'indépendance du 17 février 2008 n'a pas violé le droit international général ».
 
 La question qui lui avait été posée par la Serbie ne portait pas, en effet, sur la légalité de « la déclaration de l’indépendance », mais bien sur la légalité de « la sécession du Kosovo », sur la légalité d’un Etat kosovar indépendant.
 
 Aussi, la déclaration de la CIJ n’a nullement résolu le problème de droit international que pose la proclamation unilatérale d’indépendance de la province serbe du Kosovo…
 
 Cette semaine, alors que la CIJ devait rendre cet avis, je dînais dans un restaurant de Bruxelles, en compagnie de quelques amis de diverses nationalités, parmi lesquels se trouvait Mihailo, citoyen serbe et historien comme moi.
 
 Nous avons parlé de la minorité albanophone de son pays, qui avait finalement décidé de séparer la province du Kosovo de la Serbie, emmenant avec elle des milliers de Serbes qui, de fait, se retrouvaient coupés de leur patrie.
 
 « Le Conseil de Sécurité des nations Unies ne peut pas permettre une telle chose, s’est insurgé Mihailo. On ne peut quand même pas imposer à un gouvernement d’accepter de renoncer à sa souveraineté sur une partie de son territoire, ni à un peuple d’abandonner des milliers de ses concitoyens. De toute façon, cette partition est illégale, sans aucun doute possible! »
 
 Il est vrai que la Charte de l’ONU garantit l’intégrité des frontières des Etats. Ainsi, la proclamation unilatérale d'indépendance du Kosovo constitue une violation de la Charte de l'ONU, de la souveraineté de la Serbie et de la résolution 1244 du Conseil de Sécurité, qui assurait cette souveraineté au gouvernement serbe.
 
 Mais les exemples sont nombreux, qui témoignent du peu de cas que font les puissances du droit international : l’invasion de l’Irak par les USA, celle du Liban par Israël, l’occupation du Tibet par la Chine, du nord de Chypre par la Turquie, ou encore, dans un autre domaine, les prisons secrètes de la CIA, sur le sol même de l’Union européenne et avec la complicité de plusieurs de ses membres…
 
 L’ONU ? Le droit international ? Ce sont là des éléments du jeu de la haute politique étrangère des Etats qui en ont les moyens, économiques et militaires : les règles en sont somme toute assez simples et, en fin de compte, tout le monde joue carte sur table. Les dès, bien sûr, sont pipés. Tout le monde le sait. Mais chacun fait semblant d’y croire, avec une grande conviction apparente et beaucoup de sérieux.
 
 L’Union européenne elle-même n’a-t-elle pas reconnu à mi-mot que cette séparation du Kosovo était contraire au droit et devrait rester un cas « exceptionnel » ?
 
 « L’Union européenne ? Nous n’oublierons pas, en Serbie, le chantage révoltant auquel elle nous a soumis : accepter la partition, sans rien dire, ou bien se voir interdire l’entrée dans la communauté ! C’est ignoble. Ainsi, quand les règles ne conviennent plus aux intérêts du moment, les puissances les changent, juste le temps de faire leur mauvais coup ! Seuls les Etats faibles sont contraints de les respecter… »
 
 
 « D’un côté, reprit Mihailo, on demande à mon pays, au nom du droit international, de livrer plusieurs de nos concitoyens, soupçonnés de crimes de guerre et, d’un autre côté, les mêmes personnes bafouent ce droit international, nous imposant ce ‘diktat’, qui nous enlève le berceau historique de notre peuple. Mais peut-être la Russie s’y opposera-t-elle… ou bien la Chine. »
 
 Mais la Russie n’avait pas beaucoup aidé la Serbie, durant les bombardements de l’OTAN, en 1999. Ils avaient pourtant été déclenchés en complète violation du droit international, eux aussi, sans l’accord du Conseil de Sécurité. Cependant, la Russie n’était pas intervenue.
Probablement sa situation économique désastreuse et les 4,3 milliards de dollars qui lui furent bien opportunément accordés par le FMI, quelques jours après le début des bombardements, expliquent-ils cela…
 
 Certes, la Serbie proteste au nom du droit. Et, dès 2008, certains Etats, y compris au sein de l’Union européenne, ont dénoncé sans ambiguïté aucune l’illégalité du processus, telles l’Espagne (qui craint ce précédent face aux séparatistes basques ou catalans), la Roumanie (face à sa forte minorité hongroise), la Grèce (face à la question macédonienne) ou Chypre (dont le gouvernement déclarait : « cette proclamation unilatérale de l'indépendance s'est faite en dehors du cadre des principes internationaux convenus par la communauté internationale »)… Telle la Chine, aussi, inquiète pour sa domination sur le Tibet…
 
 Probablement, la CIJ, prise entre le marteau (les Etats qui, Etats-Unis en tête, soutiennent l’indépendance du Kosovo, nouvel encrage de l’OTAN à côté d’une Serbie pro-russe) et l’enclume (la réalité du droit international et la Charte onusienne), a-t-elle adopté cette parade pour se sortir du mauvais pas auquel l’avais forcé la Serbie en lui soumettant sa délicate et dérangeante requête (et ce au risque d’ouvrir une véritable boîte de Pandore ; on aura beau s’ingénier à vouloir faire passer la pilule en ergotant sur le fait que le cas du Kosovo doit rester « tout à fait particulier », « unique », mais le fait est là : cette indépendance crée un précédent lourd de conséquence et offre une perspective nouvelle et déterminante à toutes les velléités séparatistes).
 
 Néanmoins, malheureusement pour la Serbie, les nuances et subtilités de cette déclaration ont échappé, manifestement, à la plupart des médias qui, très rapidement, ont « simplifié » la pirouette rhétorique de la CIJ et ont « informé » le grand public de ce que la CIJ avait déclaré légale « l’indépendance du Kosovo ».
 
 C’est de cette manière, du moins, que la plupart des chroniqueurs ont déjà présenté les choses…
 
 Sur le principe, donc, la déclaration de la CIJ ne légalise aucunement l’indépendance du Kosovo. En pratique, cependant, elle ne laisse que peut d’espoir à la Serbie de faire valoir sa juste cause.
 
 Le coup de force est donc accompli et les protestations n’y feront rien :
déjà, le Kosovo n’est plus sous le contrôle de Belgrade.
 
 « Décidément, avait conclu Mihailo, Jean de la Fontaine ne s’y était pas trompé : encore et toujours, la loi du plus fort est la meilleure. »
 
 
 Pierre PICCININ
 Professeur d’histoire et de sciences politiques (Ecole européenne de Bruxelles I)
 
 Website : http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com



Mercredi 28 Juillet 2010


Commentaires

1.Posté par bajram le 01/08/2010 04:01 | Alerter
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Aller Pierre,
Continue de manger avec tes amis serbes qui on tue plus de 10 000 albanais, et parle te tes amis russes qui font de meme avec les tchetchene, et qui maintenant envoient 20000 soldats en georgie, pour aider labkhazie et l'ossetie a devenir independant.
Continue de manger et parle moins
pour un professeur d'histoire, tu oublie vite que les serbes voulaient donner le berceau de leur nation, en echange des mines d'or et d'argent, a rambouillet, et une fois qu'ils ont perdu la guerre, voulait leur "eglises" qu'ils nont jamais vue
Depuis 99, les serbes n'ont aucun pouvoir de detruir les albanais.
Et a ce que je sache, les serbes sont libre daller ou bon leur semble, contrairement a ce qu'ils faisaient aux albanais. Ils ne sont pas 'divise' de leur patrie
C'est just comme toi, tu parle francais, mais tu vie en belgique, la meme chose pour les serbe aujourd'hui.

En tout cas une chose est sure
L'ecole de bruxelle, embauche vraiment n'importe qui.

2.Posté par SZS le 02/08/2010 20:52 | Alerter
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Suite à ce commentaire d'un autre âge de "bajram"... voici tout simplement ma contribution modeste mais néanmoins beaucoup plus documentée et professionnelle: toutes les vérités cachées sont exposées dans le livre de Michel Collon POKER MENTEUR

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