Conflits et guerres actuelles

Kosovo : Une crise fabriquée par l'Occident


Des nations puissantes menacent la Serbie. Cette dernière, appuyée par la Russie, ignore les ultimatums. La guerre éclate. Tel fut le scénario qui se produisit durant l'été 1914, lorsque le monde plongea dans la guerre qui devait "arrêter toutes les guerres". Près d'un siècle plus tard, la situation est incroyablement similaire.


ng@ngenet.net
Jeudi 3 Janvier 2008

par Neil Clark, The Australian

28.12.07

Traduit de l'anglais (Australie) par Nathanael Genet

Malgré les menaces pour qu'elle accepte l'indépendance du Kosovo, Belgrade tient bon. Les forces armées serbes sont parées à retenir la province par la force si nécesaire. La Russie a promis un soutien à la Serbie.

Si la guerre s'ensuit, il ne fait pas de doutes que les gouvernements occidentaux en feront porter la responsabilité sur la Serbie, pour ne pas s'être soumise. Mais cela procéderait d'un jugement inéquitable.

La crise actuelle sur la question du Kosovo a été causée, non pas tant en raison d'une intransigeance serbe, mais par la politique d'intervention des occidentaux dans les affaires intérieures d'Etats souverains, qui, depuis plus d'une décennie, a causé le chaos, non seulement dans les balkans, mais tout autour du globe.

Il y a dix ans, le Kosovo était relativement en paix. Les aspirations indépendantistes des kosovars transitaient au travers de la Ligue démocratique, le parti pacifique de Ibrahim Rugova, alors que les maigres forces paramilitaires albanaises qui existaient déjà étaient isolées et jouissaient d'un faible soutien dans l'opinion publique kosovare.

Selon un rapport de l'agence Jane's intelligence datant de 1996, l'armée de libération du Kosovo (UCK), la faction la plus extrême des groupes paramilitaires, ne prenait pas en considération l'importance politique ou économique de ses victimes, ni ne semblait en état de nuire à son ennemi.

La force militaire de l'UCK était loin de faire le poids en terme de puissance militaire. Aussi tard qu'en novembre 1997, l'UCK était encore classifiée comme organisation terroriste par les Etats-Unis, et ne pouvait, comme cela a été estimé, mobiliser guère plus de 200 hommes.

Soudainement, effectuant un revirement stratégique dont les répercussions se font encore sentir aujourd'hui, l'Occident se mirent à interférer. Les Etats-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne commencèrent de plus en plus à considérer l'UCK comme une force qui pourrait permettre d'atteindre l'objectif de déstabiliser voire renverser le régime d'un Slobodan Milosevic qui ne semblait guère incliné à intégrer les structures euro-atlantiques.

Dans l'année qui suivit, le statut de l'UCK évolua considérablement. L'UCK fut retirée de la liste établie par le Département d'Etat américain des organisations considérées comme "terroristes" et, à l'instar des Mujahidin en Afghanistan une décennie auparavant, ses membres commencèrent à être qualifiés de "combattants de la liberté".

Une assistance de grande ampleur fut accordée à l'UCK par les forces militaires occidentales. Les britanniques organisèrent des camps d'entrainement sercrets dans le Nord de l'Albanie. Les services secrets allemands fournirent des uniformes et des instructeurs.

En Grande-Bretagne, le Sunday Times publia un rapport citant des agents des services secrets américains qui admettaient avoir aidé à l'entrainement de l'UCK avant les bombardements de l'OTAN contre la Yougoslavie. Dans le même temps, la Ligue démocratique de Rugova - qui était favorable à des négociations avec Belgrade - fut purement et simplement écartée.

Lorsque la campagne de violence de l'UCK, qui était dirigée non seulement contre les officiels yougoslaves mais également contre les civils serbes et les albanais qui ne partageaient pas leur agenda extrêmiste, provoqua une riposte de Belgrade, britanniques et américains étaient fins prêts à lancer des ultimatums.

Durant la campagne de bombardement de 79 jours menée par l'OTAN qui s'ensuivit, les occidentaux firent des promesses d'indépendance à l'UCK, des promesses qui les rattrapent aujourd'hui.

Reconnaître l'indépendance du Kosovo fera sortir la Serbie de l'orbite occidentale, tout en provoquant de sérieux risques de guerre. Et cela créera un précédent car, si les droits à l'autodétermination sont reconnus aux albanais du Kosovo, qu'en sera-t'il des serbes de Bosnie qui souhaitent de leur côté le rattachement à la Serbie?

En revanche, effectuer un virage à 180 degrés et tenter de retarder l'indépendance fait désormais courir le risque de violences provoquées par la majorité albanaise du Kosovo. C'est la quadrature du cercle, du fait des seuls occidentaux.

Sans l'ingérence de ces derniers dans les affaires yougoslaves il y a dix ans, la Ligue démocratique kosovare et le gouvernement de Belgrade seraient probablement parvenus à un compromis pacifique. L'objectif de Rugova était l'indépendance du Kosovo, mais pas sans l'accord de toutes les parties en présence.

Ce qui est certain, c'est que sans l'ingérence occidentale, l'UCK n'aurait jamais eu le poids qu'elle finît par atteindre.

En soutenant la faction la plus dure du Kosovo, l'Occident a non seulement précipité la guerre, mais aussi rendu le "casse-tête" du Kosovo encore plus difficile à résoudre.

Il est ironique de constater que pour les interventionnistes les plus convaincus, l'action occidentale au Kosovo continue d'être perçue comme un grand succès. C'est au plus fort de la campagne de bombardement de l'OTAN contre la Yougoslavie en 1999 que le Premier ministre britannique de l'époque, Tony Blair, fit son fameux discours, à Chicago, dans lequel il présentait sa doctrine de communauté internationale.

Blair défendait l'idée que le principe de non ingérence dans les affaires d'Etats souverains - considéré depuis des lustres comme un principe clé de l'ordre international - devait être soumis à révision. "Je vous le dit : ne vous arrêtez pas à la doctrine de l'isolationnisme" plaida-t'il.

Mais après avoir jeté un oeil au débris d'une décennie d'ingérence occidentale aux quatre coins du globe, des Balkans à l'Afghanistan et l'Irak, est-il suprenant que l'isolationnisme et l'observation des principes de non interférence dans les affaires d'Etats souverains soient si séduisants?



Neil Clark est un contributeur régulier du "The Spectator" et "The Guardian" en Grande-Bretagne, et enseigne les relations internationales à l'Oxford Tutorial College.

http://www.theaustralian.news.com.au/story/0,25197,22966948-7583,00.html

Repris (en anglais) sur :

http://www.kosovocompromise.com/


Mercredi 2 Janvier 2008

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