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Kaczynski et Sarkozy. Guerre et paix


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Le jour de l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a décidé de devenir un héros. Afin de remporter un vif succès, il a fait appel à 100.000 réservistes en vue de combattre une république ne comptant que 70.000 habitants.


Mercredi 20 Août 2008

Kaczynski et Sarkozy. Guerre et paix
Par Leszek Miller, premier ministre polonais d'octobre 2001 à mai 2004, pour RIA Novosti



Au lieu de rechercher les moyens de régler pacifiquement le problème de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud rebelles, il a déclenché un conflit sanglant qui a emporté la vie de centaines d'innocents. Cherchant à renforcer ses positions dans son propre pays, Mikhaïl Saakachvili a déclenché une guerre sans se douter qu'il en serait la principale victime. Il aurait suffit d'un simple calcul. L'Ossétie du Sud ne compte que 25% de Géorgiens, les autres habitants possédant des passeports de la Fédération de Russie. Là-bas, on n'a pas oublié que les Géorgiens avaient occupé le territoire de l'Ossétie en recourant à la force après la chute de l'URSS. Environ 3.000 Ossètes furent alors tués au cours des combats.

Une base des soldats de la paix russes, s'y trouvant en vertu de l'accord signé en 1992 à Sotchi, a été bombardée, entraînant de ce fait une violation du droit international. L'infanterie et les chars sont entrés en action. Des unités d'assaut ont massacré des Ossètes sans défense et rasé leur ville où seules 15% des maisons sont restées intactes. La guerre éclair s'est déroulée efficacement et il semblait que le problème ossète avait été définitivement réglé.

Ainsi se déroula le début de la guerre que Lech Kaczynski, et ceux pour qui le patriotisme polonais équivaut à des points de vue antirusses, qualifient d'agression de la Russie contre la Géorgie.

Mikhaïl Saakachvili, qui est critiqué dans son propre pays pour atteinte à la démocratie et falsification des élections, a livré une guerre sans penser à la violence et à l'effusion de sang qu'elle entraînerait. Il a attisé un conflit ethnique dont l'ampleur des répercussions est encore inconnue. Exploitant le chauvinisme et le nationalisme, il a essayé de renforcer sa position en ralliant le peuple géorgien autour de la lutte contre un ennemi extérieur. De tels hommes politiques ne sont pas seulement dangereux pour leurs propres concitoyens.

Qu'espérait Mikhaïl Saakachvili en déclenchant cette guerre insensée? Une victoire rapide et facile? Le renforcement de sa position précaire? L'indifférence de la Russie? Le soutien militaire des Etats-Unis? L'admiration du monde captivé par la flamme olympique? Des garanties de la part d'hommes politiques irresponsables, y compris du président polonais? Quels qu'aient été ces espoirs, ils se sont soldés par une défaite. Le président géorgien a perdu sur tous les fronts.

Tout d'abord, il a privé de fondements ses revendications sur les territoires de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. La tentative d'annexer cette dernière en employant la force a éloigné définitivement l'Ossétie du Sud de la Géorgie. Même si les Russes s'en retirent, une coexistence pacifique est désormais impossible. La guerre, avec sa barbarie et ses horreurs, a fait trop de victimes. En se retirant de l'Ossétie, les soldats géorgiens ont jeté des grenades dans les caves des maisons pour débusquer les familles ossètes qui s'y cachaient.

La Géorgie a également perdu tout espoir d'adhérer à l'OTAN. Elle avait déjà des adversaires influents comme l'Allemagne et la France qui craignaient que l'Alliance de l'Atlantique Nord ne soit entraînée dans la guerre caucasienne. Ces appréhensions sont désormais renforcées par des arguments supplémentaires. Aucun pays sérieux ne voudra s'engager dans un conflit militaire contre la Russie, provoqué par un chef belliqueux digne d'une troupe de brigands.

L'image minutieusement édifiée du président géorgien a également essuyé un échec. L'opposition qui ne lésine pas sur les mots et, avant tout, les victimes de cette guerre, demanderont de sérieux comptes à Mikhaïl Saakachvili. Les fanfares qui retentissent aujourd'hui se tairont bientôt.

La Russie le sait probablement. C'est pourquoi elle n'a plus besoin de faire la guerre. Tous les objectifs de Moscou ont été atteints par Mikhaïl Saakachvili lui-même. La Russie a vaincu et elle dispose d'un argument massue: la Géorgie a frappé la première. C'était visible à l'oeil nu, à condition de bien vouloir le voir. Le journal britannique The Guardian a écrit: "Saakachvili aura du mal à conserver sa position, les Européens, dont les évaluations sont déjà partagées, tendent vers l'incertitude et l'inaction. Les avis sur l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine à l'OTAN divergent de plus en plus. La politique américaine essuie un grave revers dans cette région. Quant à la politique énergétique occidentale, elle semble craquer sous toutes les coutures".

A l'instar de Mikhaïl Saakachvili, Lech Kaczynski a également perdu. Il ne s'agit pas seulement du fait que le président polonais ait préféré soutenir les intérêts du président géorgien plutôt que ceux de la Géorgie, ni qu'au lieu d'occuper une position de médiateur dans la crise intérieure géorgienne, Lech Kaczynski se soit carrément rangé du côté d'un aventuriste. Il s'agit de l'échec de l'idée de l'axe Varsovie-Kiev-Tbilissi qui devait assurer le prestige politique et la sécurité énergétique aux différentes parties. En réalité, la position politique de la Pologne s'est affaiblie suite à son engagement unilatéral aux côtés d'une des parties du conflit, la guerre géorgienne a mis de côté les plans polonais de construction de pipelines passant par la Géorgie et l'Ukraine en direction de la Pologne.

Lech Kaczynski a encore subi une autre humiliation. Une heure avant sa rencontre avec le président français Nicolas Sarkozy, qui a endossé le rôle de médiateur entre la Géorgie et la Russie au nom de toute l'Union européenne, le président russe Dmitri Medvedev a annoncé qu'il avait pris la décision de mettre un terme à l'opération militaire en Ossétie du Sud. La décision du président russe a apporté le succès à la France et à l'Union européenne et mis dans une situation embarrassante la Pologne, l'Ukraine et les pays baltes qui s'apprêtaient à envoyer leurs représentants en vue de protéger la Géorgie contre les Russes. Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy ont élaboré à Moscou un plan de règlement du conflit en six points, sans rien demander aux passagers du "Tupolev" polonais. Par conséquent, l'arrivée des dirigeants de ces pays à Tbilissi s'est apparentée à un ordinaire voyage touristique et une banale manifestation de russophobie. Dans un étrange discours prononcé au cours d'un meeting, Lech Kaczynski a définitivement confirmé son inconscience, en créant l'image d'un "Nicolas Sarkozy apportant la paix", par opposition à lui-même, qui appelait à la guerre.

Un blogueur du portail polonais Onet.pl a écrit: "Comme tout homme politique, Lech Kaczynski a le droit d'avoir son propre point de vue. Il peut être anticommuniste et russophobe. Cependant, il a été élu au poste de président de la Pologne afin de s'occuper des intérêts de son pays. Pas des intérêts ni de la sécurité de la Géorgie et de Saakachvili. De plus, il n'a pas à défendre la position des Etats-Unis dans cette région ni, à plus forte raison, ses propres projets irréalistes".

Les déclarations faites par la Pologne et les pays baltes n'ont plus aucune importance. Elles n'ont été signées par aucun pays de la "vieille" Union européenne, par aucun membre de la "vieille" OTAN. Au lieu de cela, le vice-ministre allemand des Affaires étrangères Gernot Erler a déclaré qu'en attaquant l'Ossétie du Sud, la Géorgie avait violé le droit international. Il a ajouté qu'il comprenait parfaitement la réaction des Russes, car c'étaient les Géorgiens qui avaient attaqué les soldats de la paix russes, et pas le contraire.

La Géorgie a déjà retiré ses troupes d'Ossétie. C'est un pas dans la bonne direction et témoignant de la fin d'une guerre inutile. Un excellent exemple nous est également parvenu de Pékin. Deux jeunes filles, une Russe et une Géorgienne, pleurant de joie, se sont embrassées sur le podium olympique, en recevant leurs médailles. La réconciliation est difficile, mais elle est possible. Les raids partisans de Lech Kaczynski nuisent à l'Europe toute entière, à la Géorgie et, plus grave encore, à la Pologne.

En 2003-2004, Leszek Miller avait coordonné, en sa qualité de premier ministre, l'adhésion de la Pologne au sein de l'Union européenne. Au lendemain de l'entrée de son pays dans la "famille européenne", Leszek Miller présenta sa démission, sous la pression de ses opposants.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Mercredi 20 Août 2008

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