Géopolitique et stratégie

Juan Cole : Turquie, l’allié perdu des USA


La Turquie était l’un des alliés les plus sûrs des USA dans la région du Moyen Orient. Après des années d’une politique étrangère américaine de gribouille, menée au mépris des préoccupations légitimes d’Ankara, la Turquie a les nerfs à vif et a rappelé son ambassadeur. Le professeur Juan Cole rappelle les causes de la crise actuelle.


Juan Cole
Mercredi 17 Octobre 2007

Juan Cole : Turquie, l’allié perdu des USA

Qui a perdu la Turquie ?

Par Juan Cole, Informed Comment, 12 octobre 2007

La Turquie a été le plus puissant allié des USA au Moyen Orient depuis la fin de la 2ème guerre mondiale. Le plan Marshall a débuté avec elle et la Grèce. Ensuite, elle a rejoint l’OTAN et a été un acteur clé dans la victoire dans la guerre froide. Etat laïc, la Turquie s’est opposée à la vague montante du radicalisme musulman. A condition que la Turquie modère son laïcisme militant et fassent un pas en direction d’élections sincères, elle pourrait fournir un modèle pour un Moyen Orient démocratique et modéré. Son économie se développe rapidement et les investissements s’y chiffrent en milliards. En résumé, la Turquie représente tout ce que les USA pourraient souhaiter pour le Moyen Orient.

Mais le gouvernement Bush a gaspillé cet atout durant les cinq dernières années et risque maintenant de perdre un allié proche et important. Il est difficile de comprendre quels sont les intérêts américains qui justifient les préjudices graves et réitérés infligés par Washington à la Turquie, ou d’imaginer ce que Ankara nous a fait pour que nous la traitions si mal. (Ce comportement dédaigneux a débuté lorsque les USA avaient promis un milliard de dollars à la Turquie pour la dédommager des pertes économiques dues à la guerre du Golfe en 1991. Ensuite le Congrès a décidé de revenir sur cette promesse, sans que personne n’ait jamais expliqué ce revirement.)

La menace d’une intervention turque contre les guérilleros du PKK au Kurdistan irakien commence à entraîner des conséquences sur la stabilité du Kurdistan et son économie. L’inflation est élevée et certains entrepreneurs turcs qui avaient remporté des contrats pour y travailler se retirent par crainte des troubles. Il devient également plus difficile d’obtenir des banques qu’elles s’engagent auprès des entreprises, ce qui pourrait ralentir l’activité économique de la province. Cette région était la dernière en Irak à ne pas être durement touchée par l’instabilité, mais les tensions y sont grandissantes.

Imaginons à quoi ressemble cette situation du point de vue turc. Souvenons nous que la Turquie est un allié membre de l’OTAN, qu’elle s’est tenue au côté des USA lors de la guerre de Corée et dans la guerre contre le terrorisme de Bush. Eelle fournit également des installations à l’armée américaine, y compris la base aérienne d’Incirlik, à travers laquelle transitent des quantités de matériels à destination des forces stationnées au nord de l’Irak.

Le gouvernement Bush a tout d’abord voulu envahir l’Irak et renverser son gouvernement laïc. Il a ensuite laissé les fondamentalistes salafistes sunnites et les fondamentalistes chiites sortir de la boîte et répandre l’instabilité sur la frontière sud-est de la Turquie. Cela revient à ce qu’un allié des USA ait envahi le Mexique et laissé se développer une rébellion marxiste de paysans contre la Californie. La Turquie laïque se sentait déjà menacée par les ayatollahs chiites de l’Iran et par les courants montants du salafisme et d’Al Qaeda, et les USA ont rendu la situation bien pire.

Puis les USA ont donné au Gouvernement de la Région Kurde le contrôle sur la police de Kirkourk et laissé les troupes kurdes se déchaîner sur la cité turcmène de Tal Afar. (Les Turcs voient les 800 000 turcmènes un peu comme des frères dont ils se sentent responsables et qu’ils ne veulent pas voir dominer par les kurdes.)

Les kurdes ont rapidement annoncé leur aspiration à l’annexion de trois provinces supplémentaires, ou au moins de larges parties de celles-ci, y compris la région pétrolière de Kirkourk, qui abrite une importante population turcmène. C’était à coup sûr la garantie du déclenchement de la violence avec les arabes et les turcmènes, mais cela assurerait également au Kurdistan source une richesse fabuleuse avec laquelle il pourrait espérer attirer les kurdes des pays voisins à le rejoindre - sur le modèle de la réunification allemande - excepté le fait que cela provoquerait la dislocation de plusieurs pays.

Puis le Gouvernement Régional kurde a fourni un refuge pour 3000 à 5000 guérilleros venant de l’est anatolien en Turquie, qui avaient commis des attaques meurtrières et des attentats, relançant la violence des années passées. Malgré la présence des troupes US occupant l’Irak, Washington n’a rien fait pour empêcher ceux que Ankara considère comme des terroristes de traverser la frontière et de tuer des turcs. Les services de renseignements turcs sont persuadés que les camps au kurdistan irakien sont essentiels pour la fourniture des armes du PKK, et que les fonds proviennent de petites entreprises situées en Europe.

Les guérilléros du PKK viennent de tuer 13 soldats dimanche dernier et en avaient tué 28 autres durant les dernières semaines. Si une guérilla conduisait des raids à travers la frontière américaine et avait tué 28 soldats je crois que sais quelle serait la réponse des USA.

Le Congrès américain a brusquement condamné la Turquie contemporaine kemaliste pour le génocide arménien commis par l’empire Ottoman, provoquant le rappel de l’ambassadeur turc à Washington. J’ai longtemps soutenu que la Turquie devrait reconnaître le génocide, qui a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes et fait encore plus de réfugiés. Le gouvernement turc pourrait mettre en avant le fait que ce génocide a été commis par un régime tyrannique et oppressif - celui de l’empire Ottoman - contre lequel les Kemalistes ont résolument mené une longue guerre pour établir une république moderne. Je ne peux comprendre l’absence de volonté d’Ankara pour se distancer de la junte d’Enver Pachaet de l’irresponsabilité du sultan, de ce régime qui l’a précédé et qu’il n’apprécie guère. (La capitale turque est Ankara et non pas Istamboul en partie pour cette raison.)

Mais tout observateur impartial ne peut éviter de juger que le vote du Congrès condamnant la Turquie intervient au plus mauvais moment dans les relations entre les deux pays, quand les turcs avaient déjà les nerfs à vif au spectacle des USA répandant le désordre dans le voisinage, laissant croître des menaces existentielles contre eux, responsables de l’émergence du salafisme à proximité, cajolant le Gouvernement Régional séparatiste et les terroristes organisateurs d’opérations meurtrières, et renforçant les ayatollahs chiites à leurs frontières.

Le vote du Congrès a eu lieu malgré la gêne ressentie par des membres du lobby israélien pour qualifier de génocide les massacres d’arméniens. Andrew Mathis expose la faillite intellectuelle d’Abraham Foxman en la circonstance. Foxman et ceux qui partagent son idéologie ont été contraints d’abandonner malgré eux leur déni du génocide arménien à cause d’une évolution de l’opinion publique américaine. Ce changement de position pourrait avoir levé la peur éprouvée par les membres du Congrès d’être punis par le lobby juif pour leur vote. (La Turquie et Israël ont depuis longtemps des relations diplomatiques et militaires étroites que le lobby israélien a tenté de préserver auparavant en exerçant une pression sur le Congrès sur le comportement de la Turquie sur certains sujets. Mais le lobby israélien est désormais divisé entre une faction pro-kurde et une faction pro-turque. Il semble que les pro-kurdes l’aient emporté. Richard Perle et Michael Rubin, membres de l’American Enterprise Institute, sont des représentants de la branche pro-turque du lobby israélien. Ils sont en train de perdre la bataille.

En 2000, 56% des turcs déclaraient dans les sondages qu’ils avaient une opinion favorable des USA. En 2005, ils ne sont plus que 12%. Je frémis en pensant au niveau atteint aujourd’hui.


publication originale Juan Cole, traduction Contre Info

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1337 http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1337



Mercredi 17 Octobre 2007


Commentaires

1.Posté par boucetta le 17/10/2007 18:00 | Alerter
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les états unies n'auront jamais eu de meilleurs president à mon gout personnel. en deux mandats celui ci à fait perdre un terrain gigantesque dans different front de l'économie américaines. je l'avoue volontier je n'aime pas trop ce pays et son arogeance. au point meme que je regrette que bush ne puisse pas etre élu encore pour un troisieme mandat... mais merci deja bush pour tout ce que tu n'a fait pour nous libérer en précipitant dans le gouffre les ressources malfaisantes de l'amérique.

2.Posté par Ziril le 17/10/2007 21:34 | Alerter
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J'ai malheureusement peur que tout ceci soit premedité depuis longtemps! Il faut savoir que les (elites) dirigeantes US ainsi qu'Europeenne, sont malheureusement des esoteriques. D'apres la revue de l'université de lausanne (UNIL) "allez savoir", Bush aurait déclaré à Chirac que Gog et Magog étaient à l'œuvre au Proche-Orient, et que les prophéties bibliques étaient en train de s'accomplir. C'était quelques semaines avant l'intervention en Irak. Stupéfaction du président français, à qui les noms de Gog et Magog ne disent rien.

Dans "Allez savoir", Thomas Römer précise: Gog et Magog sont deux créatures qui apparaissent dans la Genèse, et surtout dans deux chapitres des plus obscurs du "Livre d'Ezéchiel" de l'Ancien Testament. Prophétie apocalyptique d'une armée mondiale livrant bataille finale à Israël.

"Cette confrontation est voulue par Dieu, qui veut profiter de ce conflit pour faire table rase des ennemis de son peuple, avant que ne débute un âge nouveau", poursuit Thomas Römer.

Pour lui, George W. Bush n'est pas le premier à chercher une incarnation de Gog et Magog sur terre. Ronald Reagan avait estimé que la guerre froide et l'existence de la bombe atomique rendaient réalisable la prophétie d'Ezéchiel...

Si l'Université de Lausanne révèle aujourd'hui les explications fournies par Thomas Römer à Jacques Chirac, c'est que ce dernier a quitté l'Elysée. Pour Jocelyn Rochat, ce petit secret d'alcôve de la politique internationale soulève une vaste question: notre inculture religieuse, la méconnaissance des Ecritures, à l'heure où les soubassements religieux sont beaucoup plus déterminants que l'on voudrait bien le croire dans les décisions politiques et militaires. Le religieux n'est pas confiné à la sphère privée, conclut Jocelyn Rochat. Un paramètre à prendre en compte, "sous peine de ne plus rien comprendre à la marche actuelle du monde".

Etant donné que pour coller a la prophetie, il faut creer deux front pour la guerre final (Musulmans ontre hum... Occidentaux). Les dernieres tentions entre Ankara et Washington ne sont pas le fruit du hasard, mais bien les premisses a la realisation de leur grand delir apocaliptique. Bush est certainement un con, mais ceux qui le manipule, sont pour leur part des fous tres intelligents!...

PS: source de l'information rue89 (Avec en tete, pas tout le bien que je pense d'eux...mais bon, la je ne vois pas l'interet de la manip...)

3.Posté par salma le 18/10/2007 11:14 | Alerter
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j'ai honte pour la turquie!!!
les EU se sont sevis des turs uniquement!!!!!!!et ces derniers ont suivis comme des cons en pensant lutter contre la montée de l'islam!!!!!!!
ils n'ont fait que perdre honteusement!
et les EU n'hésiteront pas à les envahir eux aussi!!!
la turquie pense pouvoir entrer dans l'ue!!!!
elle rêve!!!!!!!!!!!

4.Posté par anaxagore le 18/10/2007 13:06 | Alerter
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N'avez vous pas remarqué un fait essentielle, qui est que l'Europe n'est constitué que de catholique ou d'état avec de grandes minorités de catholique.(grèce excepté). Même les l'église orthodoxe n'a pas droit de cité en europe, cf l'ukraine et autres. La sphère religieuse est bien plus importante que l'on ne croit, on se cache dérrière la laïcité mais ils ne sont pas plus laic que moi je suis évêque. Abon entendeur salut.

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