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Journaliste d’un jour, pigeon pour toujours ? (Klapp’68)


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Mardi 29 Novembre 2016 - 08:00 LIVRE: Le Manifeste de la Raison Objective


Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune [1], un article paru dans Klapp’68.

« Journal atypique qui pique », édité par l’APEL (Association Pour l’Expression Libre), Klapp’68 se veut l’héritier des journaux D’r Klapperstei et Klapperstei 68 pour diffuser une information locale, citoyenne et indépendante en Alsace et dans le Haut-Rhin. (Acrimed).


Samedi 6 Octobre 2007

Journaliste d’un jour, pigeon pour toujours ? (Klapp’68)
Ne leur dites pas qu’ils sont bizutés, ils se croient « journalistes »

C’est sur de jeunes esprits que le catéchisme est le plus efficace. Les patrons de L’Alsace et du Crédit Mutuel, héritiers spirituels et financiers d’une tradition chrétienne, le savent bien : usant de moyens importants et abusant de prétextes divers, ils ont réussi à s’infiltrer dans le système éducatif où ils ont notamment été autorisés à distribuer depuis de nombreuses années une espèce d’hostie idéologique, lors d’un cérémonial qu’ils ont baptisé « Journaliste d’un jour ». Les ingrédients de la pâte sacramentelle ont bien entendu été cultivés sur le terreau libéral. La liturgie ne rencontre guère d’hostilité dans les lycées où elle est mise en scène ; elle y séduit même de nouveaux adeptes, plus ou moins conscients de la manœuvre et de ses enjeux.


Journaliste d’un jour, pigeon pour toujours ? (Klapp’68)

Depuis 13 ans, quelques semaines après la rentrée scolaire, le quotidien du Crédit Mutuel mobilise des journalistes et techniciens pour encadrer des élèves de lycées alsaciens auxquels on fait croire, dans une ambiance festive, que le métier d’informer s’exerce en toute liberté, dans l’allégresse d’un monde qui progresse à grands pas vers le paradis. Les élèves « Journalistes d’un jour » ne sont pas censurés ; ils vous l’affirmeront avec la même conviction que peuvent y mettre la quasi-totalité des journalistes de « l’Alsace » lorsque vous les interrogez sur l’exercice de leur profession. Le système est suffisamment solide et recroquevillé sur lui-même pour étouffer tout questionnement ou contestation internes. Il fonctionne un peu à la manière d’un bizutage institutionnalisé où les bizutés – des élèves de Terminale – y trouvent leur compte, du moins dans l’immédiat. Le côté valorisant du rite initiatique qui leur ouvre - croient-ils - la perspective d’un statut et d’une reconnaissance sociale même éphémère leur fait oublier qu’ils sont la cible d’un dispositif de formatage idéologique certainement plus redoutable dans ses effets que ne peut l’être la pub classique.

Le procédé est sophistiqué : un organe défenseur de l’ordre établi s’auto-promotionne. C’est à deux degrés : on suscite de la sympathie pour l’instrument de propagande qui fait la propagande de l’ordre établi. Mais tout n’est pas organisé avec autant de subtilité. L’exigence d’un profit immédiat conduit à une forme d’aveu. Le « journal » soi-disant fabriqué par les lycéens est en effet truffé de pub, le seul produit qu’en réalité L’Alsace s’est donné vocation à diffuser. Car le pognon vient de là, et seulement de là. La technique de distribution est elle aussi éloquente. Elle ne coûte rien à L’Alsace : ce sont des élèves (en général des élèves de LEP) qui, au lieu de suivre leurs cours au lycée, sont chargés de distribuer gratos le torchon publicitaire dans les endroits les plus fréquentés. Quand vous les interrogez, ces élèves-là vous diront quand même qu’ils n’apprécient que moyennement la tâche qui leur incombe. Mais, - contents d’être dispensés de cours ? – ils ne perçoivent pas à quel point on les prend pour des imbéciles : les diffuseurs de pub et de journaux gratuits sont, eux, payés pour ça. Les élèves non. Comme ils pourraient quand même se poser des questions, on leur bourre le mou avec des encouragements, des distributions de prix et quelques procédés commerciaux parmi les plus putassiers, histoire de leur tenir le moral.

Consternant et inquiétant : cette belle « pédagogie » qui sévit depuis des années, recueille l’assentiment d’enseignants. On voit des « pédagogues » enthousiastes accompagner l’opération. Mais on n’entend pas beaucoup de protestations en provenance de salles de profs. Pas d’objection non plus d’origine syndicale. Encore moins de la part des Fédérations de parents d’élèves. Et jamais aucune organisation d’élèves n’a évoqué le sujet.

Et pour cause : dénoncer ce scandale n’est guère compatible avec un calcul de carrière professionnelle ou syndicale, puisqu’il faudrait affronter quelques unes des plus fortes institutions que compte l’ordre établi. Parmi les soutiens et sponsors officiellement déclarés on trouve en effet, à côté de l’incontournable Crédit Mutuel, des médias comme FR3 ou Europe 2, la SNCF, la Région Alsace, les villes de Colmar, Mulhouse, Saint Louis, Sélestat, Strasbourg. C’est la puissance invitante, c’est-à-dire « l’Académie de Strasbourg », qui figure en tête de la liste où on trouve aussi « Macumba » qui s’auto-désigne fièrement le « club des clubs » (fréquenté par le Recteur ?... pas très catholique, tout ça…). C’est aussi hétéroclite qu’inquiétant : Que reste-t-il du principe de laïcité ? Que peut-il rester du recul critique et de l’objectif d’émancipation par la réflexion que s’assignaient les acteurs du système éducatif ? L’euphorie niaise et pressée qui suinte de l’illustration-logo de Giefem répond clairement à ces questions, hélas.

La place manque ici pour rappeler la toxicité de cette « grande » presse qui nous manipule et de quelle manière elle le fait. On préfère renvoyer aux analyses nombreuses et documentées produites par des associations comme Acrimed ou un journal comme Plan B, et bien d’autres. Pour ce qui concerne particulièrement la presse quotidienne régionale, la loi du fric qui l’envahit et les nouvelles atteintes à la liberté d’expression qui se profilent à travers sa restructuration en cours, on renvoie à l’article de Klapp « La PQ régionale n’est pas libre ». Ce sont ces analyses et ces infos qu’il faudrait fournir aux jeunes ; c’est alors que leur esprit critique s’éveillerait. Mieux encore : il faudrait que des jeunes s’en saisissent, se les approprient et les rediffusent ; c’est alors qu’ils pourraient devenir de vrais journalistes, et pour toujours !

- Un appel est lancé aux parents d’élèves, aux enseignants, et surtout aux élèves et aux étudiants pour qu’ils prennent des initiatives révélant la vraie nature de l’opération « Journaliste d’un jour ». Pour que cesse enfin cette insupportable manipulation annuelle [2]



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[1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n’engagent pas collectivement l’Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs.

[2] Pour plus d’informations, voir le site de Klapp68, (Acrimed).

http://www.acrimed.org/article2727.html http://www.acrimed.org/article2727.html



Samedi 6 Octobre 2007

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