Quand il était présenté comme le signe de la conversion à l'ultra-libéralisme de l'Algérie et le symbole du soutien de ses dirigeants aux méthodes modernes de gestion, ce groupe utilisait de très grands moyens pour faire du lobbying en France. Il avait à sa disposition tous les anciens intermédiaires qui jouaient un rôle plus ou moins occulte dans les relations franco-algériennes. Hervé Bourges est le plus connu. Pour s'être longtemps occupé de l'audiovisuel et du fait du maintien de ses contacts avec les médias il a continué à inspirer des articles, à infléchir des lignes éditoriales et à faire de discrètes interventions en faveur de ses « amis » algériens, comme on dit. C'est ce qui lui a rapporté de s'occuper de la partie Communication de l'année de l'Algérie en France, qui a plutôt été un échec, surtout du point de vue médiatique. Les salles de l'Institut du Monde Arabe étaient souvent à moitié vides car Bourges se contentait de faire passer des communiqués dans le Figaro, et oubliait systématiquement les radios libres communautaires très écoutées dans les banlieues, et dont les annonces peuvent parfois remplir les salles de la Mutualité. Une investigation approfondie permettrait de mieux connaître les avocats, les retraités de la haute administration, les chefs d'entreprises, les grands commerçants, les directeurs de journaux, les artistes qui se font payer pour jouer des rôles comparables à celui de Bourges, mais plus discrètement. L'ancien directeur de la DST Yves Bonnet en fait partie, et préside l'Institut France-Algérie qui a été créé quand les activités de l'association France-Algérie se sont raréfiées. Ce nouvel « ami » de l'Algérie ratisse large puisqu'il compte Me Hafiz, l'avocat de Dalil Boubakeur parmi ses collaborateurs, et Brahim Younessi parmi ses discrets interlocuteurs. Younessi se disait « conseiller » du cheikh Sahraoui, qui fut assassiné dans sa mosquée de la rue Myrrha en juillet 1995, puis de Rabah Kébir. Il aura fallu le retour de celui-ci en Algérie pour apprendre que Younessi avait été exclu de l'Instance Exécutive du FIS à l'étranger il y a près de 8 ans. C'est après cette exclusion, dont les vraies raisons mériteraient d'être élucidées, que Younessi a pris langue avec un Yves Bonnet très intéressé par la collecte de renseignements sur les débris du FIS. Bonnet a aussi comme interlocuteur le controversé « re-c-teur » de la mosquée de la rue Myrrha, « cheikh » M. Salah Hamza, un ancien du MDA comme Younessi, qui se réclamait du FIS en même temps que lui. Sa rupture effective avec le FIS semble avoir eu lieu en même temps que l'exclusion de son secrétaire Younessi, et c'est qui expliquerait son adhésion à l'UDR de Amara Benyounès, après avoir fait la campagne de Taleb en 1999, puis celle de Bouteflika en 2004, non sans s'être présenté aux élections législatives boycottées par les six candidats qui s'étaient retirés la veille du vote du 15 avril 1999. Ajoutons, pour mieux camper ces deux transhumants de la « boulitique », qu'ils sont très amis avec le faux inspecteur des imams de la mosquée de Paris, bien connu des Internautes et des lecteurs de la partie courageuse de la presse algérienne, qui a fait connaître ses crimes et sa corruption. Le fait de serrer des mains aussi sales en dit long sur la «éthique »relativiste des actuels responsables de la mosquée de la rue Myrrha qui ne semblent s'intéresser qu'à sa caisse.
S. Mehalla a relaté l'arrivée chez Khalifa d'un des tout nouveaux intermédiaires de la vie franco-algérienne, R. Chama'a, qui a été amené à s'occuper du Maghreb après son limogeage par Hariri. Il est vrai que c'est le journaliste d'un hebdomadaire parisien, apparemment plus engagé que le reste de la presse dans la traque des financements occultes et la dénonciation de la collusion entre politiques et financiers. Mais cet ex-admirateur d'Elliot Ness converti au relativisme moral n'a fait qu'appliquer les termes d'un accord conclu entre son directeur et Khalifa. Le directeur a promis le silence complice de l'ensemble de la rédaction en échange de substantiels avantages qui ont profité au journal, qui avait de sérieuses difficultés financières, au directeur et à quelques journalistes, dont l'ami de R. Chama'a. C'est en vertu de cet accord secret, que ledit hebdomadaire a décidé de passer sous silence l'accablant livre de Samraoui pour ses révélations plus qu'embarrassantes sur des protecteurs ou des bénéficiaires algériens des largesses de Khalifa. Il aura fallu que la « gorge profonde » qui fournissait cet hebdomadaire en dossiers secrets sur les singulières pratiques bancaires de Khalifa menace de renseigner un journal du soir pour que les premiers articles annonçant les irrégularités commencent à paraître. Le journal du soir en question n'est pas plus vertueux, puisque certains de ses rédacteurs, dont un chroniqueur religieux, ont goûté au bakchich du milliardaire. Mais ces bénéficiaires sont si peu influents qu'ils n'ont pas pu différer la révélation de l'affaire dans le journal du soir, comme l'avait fait le directeur de l'hebdomadaire parisien après avoir négocié personnellement avec le PDG du groupe. Ce directeur a respecté la loi du silence en s'abstenant jusqu'à maintenant de révéler à ses lecteurs l'affaire du faux enlèvement à Alger des deux agents consulaires qui lui avait été racontée par Charles Pasqua en personne, qu'il connaît de longue date.
A Alger, on connaît la liste presque complète des bénéficiaires illégaux des faveurs de Khalifa. On sait notamment qu'une aide de 15 milliards (de centimes-dinars) a été accordée par Khalifa à un parti politique membre de la coalition présidentielle. Mais au lieu de renflouer les caisses de ce parti, c'est son ce versement aurait bénéficié personnellement au chef de ce parti ! Il n'y a aucune raison pour que la loi du silence, confortée par un fâcheux corporatisme médiatique, continue à empêcher d'en savoir plus sur les bénéficiaires parisiens de la « générosité » intéressée du fringant ex-milliardaire. Dans le livre annoncé par les éditions R. Laffont, Khalifa ne manquera pas de régler quelques comptes avec les plus ingrats parmi les journalistes qu'il avait réussi à faire taire. Mais il n'est pas certain qu'il révélera tout. D'où l'intérêt d'une coopération journalistique franco-algérienne pour faire connaître ce qui est encore passé soigneusement sous silence.
Hocine Benraïs