Propagande médiatique, politique, idéologique

Jean Ziegler répond à Charlie Hebdo



Dimanche 19 Avril 2009

Jean Ziegler répond à Charlie Hebdo
Avec stupeur, je découvre dans Charlie-Hebdo (18.3.2009) un papier portant un titre au goût exquis. « Selon Jean Ziegler, l’obésité menacerait la Somalie ». Le papier de Charlie reprend presque littéralement le texte parfaitement diffamatoire diffusé actuellement auprès des missions diplomatiques accréditées auprès des Nations Unies, à Genève, par UN-Watch, une officine dévouée à la cause des ultras israéliens.


Fin avril aura lieu à Genève la conférence mondiale de l’ONU contre le racisme, dite Durban II. UN-Watch se déchaîne contre la Haute-Commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme, contre le président du Conseil des droits de l’Homme, contre Stéphane Hessel, comme contre ma modeste personne… Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, j’ai commis le péché impardonnable de signaler la situation alimentaire extrêmement préoccupante de près de 60% des familles palestiniennes des territoires occupés, notamment de Gaza.

Autrefois auteur occasionnel de Charlie-Hebdo, je voudrais, à l’adresse de tes lecteurs et lectrices, rectifier les plus grossières parmi les contrevérités diffusées par ton journal.

1. Je n’ai ni « eu l’idée de » ni « reçu » un quelconque « Prix Khadafi des droits de l’Homme ».

2. L’expression « Gaza, camp de concentration » n’est pas de moi, mais de l’écrivain israélien Michaël Warschawski.

3. Dans aucun de mes rapports à l’ONU je n’ai traité les Etats-Unis de « dictature impérialiste » et ne les ai accusés de commettre un « génocide à Cuba ».

4. Pure invention aussi ma soi-disant complicité (née d’une bien connue corruption socialiste) avec le Brésil de Lula. Quant à la politique du bioethanol, je l’ai critiquée devant l’Assemblée générale de l’ONU en 2007. Dans mon livre L’Empire de la honte (Livre de poche, 2008), toute la quatrième partie (p. 203-233) est consacrée à la critique de Lula.

5. L’affaire Garaudy. Sollicité par Jacques Vergès, défenseur de Roger Garaudy, au moment du procès de celui-ci, j’ai envoyé une lettre. Je me suis aperçu aussitôt que j’avais été manipulé, comme d’ailleurs mon ami l’abbé Pierre. J’ai condamné ensuite radicalement les thèses de Garaudy.

6. J’abuserais de mes fonctions à l’ONU en publiant des livres (probablement en pillant des documents confidentiels de l’organisation…). Calomnie ! Que mon dernier livre La Haine de l’Occident (Editions Albin Michel, 2008) ne plaise pas à UN-Watch et au gouvernement israélien, je le conçois aisément.

7. L’exquis papier de Charlie se termine par la phrase : « Après sept ans passés à politiser le combat contre la faim, Jean Ziegler postule de nouveau au poste de rapporteur au Conseil des droits de l’Homme ». Erreur ! Le mandat de rapporteur est limité. En revanche, mercredi 23 mars 2009, j’ai été confirmé par acclamation par les 47 Etats membres du Conseil dans mes nouvelles fonctions de membre du Comité consultatif des droits de l’Homme.

Pour être juste, j’ajoute que le papier de Charlie n’est pas seulement fait d’un copié-collé du texte d’UN-Watch. Bizaremment, Charlie s’attaque à ma femme, Erica Deuber Ziegler. Directrice de la culture de la Ville de Genève, elle aurait fait interdire la représentation de « Mahomet », tragédie de Voltaire, à Ferney-Voltaire, cela à la demande expresse de Tariq Ramadan.

Charlie délire. Le projet de monter « Mahomet » dans le cadre des célébrations du tricentenaire de la naissance de Voltaire en 1994 a été proposé à Pascal Meylan, maire de Ferney-Voltaire (Département de l’Ain) et aussitôt refusé pour des raisons budgétaires. Sollicitées de se substituer au subventionnement de la municipalité française, les autorités genevoises ne sont pas entrées en matière. Charlie-Hebdo devrait expliquer à ses lecteurs comment une directrice de la culture de la Ville de Genève pourrait faire interdire la représentation d’une pièce de théâtre sur le territoire de la République française.


Dimanche 19 Avril 2009


Commentaires

1.Posté par Roland le 19/04/2009 19:03 | Alerter
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Jean Ziegler est non seulement un analyste informé et pertinent, mais un homme passionné et admirable. Por ceŭ qui veulent le connaitre je conseille de lire "Le bonheur d’être suisse » ( 1993), sous ce titre bizarre et anodin se cache un des livres les plus riches et émouvants qui soient.

C'est comme les Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand, et ça les vaut. Comme Mémoires d'Outre-Tombe ce n'est pas seulement l'histoire d'une vie (très attachante et Jean Ziegler est un personnage qu'on ne peut oublier) et celles des personnages, qui ont croisé sa vie et dont il sauve la figure et le destin de l’oubli, c'est mêlé à un cœur de chair saignant et à une intelligence perçante, une vaste symphonie humaine et historique, une fenêtre ouverte sur toutes les dimensions du temps et de l'espace. Avec ceci de plus par rapport à Chateaubriand que ça parle de notre monde où nous vivons, où d'autres meurent (ou sont morts...) et dont Ziegler a si bien su mettre à jours les noirs dessous, et dénoncer les scandales fondateurs. ("En écrivant je veŭ contribuer à délégitimer la doxa des seigneurs.")
Ca déborde non seulement d'intelligence et de révolte, mais d'émotion, d'angoisse, de fraternité, de poésie et de sensualité. C'est le genre de livre qu'on a envie de garder sur sa table de nuit pour en faire un livre de chevet (c’est ce que j’ai fait durant plusieurs années).

Son livre « est tout poétique », Et en plus il cite des poètes à chaque pas :
La roue épaisse de la terre
Fait rouler sa jante épaisse d’oubli,
Coupant le temps
En d’inaccessibles moitiés
(Pablo Neruda)
pris presque au hasard (pas tout à fait ! mais presque), quelques extraits du livre :

Mon père croyait aŭ « mondes de raison » chers à Valéry. L’esprit seul peut annuler le chaos du monde. Ses œuvres procurent consolation et abri à l a dignité blessée, au désir à jamais inassouvi des hommes. Il me récitait souvent en allemand ces vers de Saint-John Perse, sans que j’en comprisse alors le sens :

« Écoute, ô nuit, dans les préaŭ déserts et sous les arches solitaires, parmi les ruines saintes et l’émiettement des vieilles termitières, le grand pas souverain de l’âme sans tanière. »

Au cours de nos longues promenades dans la montagne, j’entendis aussi les vers somptueŭ de l’Exil que mon père disait à voix basse, la tête baissée comme s’il parlait à ses pieds :

« nous mènerons encore plus d’un deuil, chantant l’hier, chantant l’ailleurs, chantant le mal à sa naissance et la splendeur de vivre qui s’exile à perte d’hommes cette année »
Très jeune déjà, j’avais le sentiment que mon père avait de la peine à vivre. (p.43)

Au Collège libre, les jeunes filles étaient souvent très jolies. Dans les couloirs sinistres, elles passaient légères comme des papillons. Mon corps de quatorze ans brûlait de tous les feŭ de l’univers. Le désir me ravageait. Pourtant je n’ai jamais touché ni même frôlé ces boucles dorées, ces seins et ces hanches naissantes. Je louchais donc comme un débile. J’étais terrorisé par les foudres virtuelles que l’Ancien, le Nouveau et tous les autres Testaments promettent aŭ fornicateurs et, d’une façon générale à tout homme manquant – ne fusse que par le regard – à la loi sacrée de la chasteté. (p. 88)

Clarté m’a donné le goût de repenser toute chose de façon radicale. Je veŭ dire : de déterrer à travers pierrailles et boue, brumes, distances et barricades, la racine de ce qui est.
(p. 107)

Nous marchâmes sur le boulevard, côte à côte. Elle prit ma main. Sentant la brûlure et voyant le pourpre de mes joues, elle me dit : « Je t’aime bien. « J’étais ivre de joie et fou d’absolu, d’être et d’universel. Nous avons fait connaissance dans le petit café du coin.
Née à même le plancher d’un grenier d’une maison du ghetto de Prague cernée par des brutes bottées en uniforme noir, Sarah avait pu quitter sa cachette dans les bras d’une bonne slovaque avant l’arrivée des camions. (p. 123)

L’étonnant Appenzellois me posait un problème que je devais rencontrer plusieurs fois encore au cours de mon existence ; Comment et pourquoi aimais-je des hommes et des femmes professant des opinions politiques et une vision de l’histoire diamétralement opposées aŭ miennes ? Derrière les conflits idéologiques et politiques, et au-delà d’eŭ, il y a le commun destin des hommes, leurs souffrances, leurs doutes, la mort. J’aime ce chant de Joan Baez : « Be not too hard … for life is short … and nothing is given to man. “ Celui qui tente d’alléger les angoisses de son prochain ou qui, dans sa chair, souffre lui-même abolit les distances, les contradictions politiques. J’éprouve pour lui une immédiate et intense sympathie. (p ; 179)

Vittoria ne s’opposa pas à mon départ.
Au pied du DC-3 qui devait me conduire à Kamina, puis à Élisabethville, elle prit mon visage entre ses mains. Je t’aimes … beaucoup …. Plus que ma vie. » dit-elle dans un souffle. Elle m’embrassa doucement sur le front. Puis elle se détourna et quitta le tarmac en courant.
Je ne devais plus jamais la revoir.
(p. 183)

Opposant intraitable à la tyrannie marocaine, Ben Barka avait choisi l’exil en Europe. Hassan avait été son élève en mathématiques. Il tentait maintenant de le faire assassiner.
Je vouais au petit homme rond aŭ yeŭ de charbon une admiration sans borne, une grande affection et beaucoup de gratitude. Lors de nos conversations nocturnes, autour d’un plat de couscous dans un restaurant algérien de la porte de Clichy, il m’avait révélé la lutte des peuples du Tiers-Monde et enseigné la stratégie de leurs ennemis.
A mes yeŭ, tout officier marocain – même sous le casque bleu – ne pouvait être que le complice du régime abhorré.

La plupart du temps, Urquhart était parfaitement maître de lui. Malgré la différence de nos statuts, malgré les décennies qui nous séparaient, il me parlait avec simplicité et franchise et parfois avec une émouvante modestie. Comme ce soir de pluie où, les traits du visage marqués par la douleur, la voix curieusement tremblante, presque timidement, il me demanda : « Comment puis-je faire pour communiquer à mon fils, qui refuse toute discussion avec moi, tout engagement pour une cause, un peu de votre esprit socialiste ? »
Je ne me souviens plus des balivernes dogmatiques, certainement assez confuses, que je lui servis en guise de réponse. Mais je ressens aujourd’hui encore l’intensité de la satisfaction et la flambée d’orgueil qui m’envahirent ce soir-là ; Un père humilié me demandait conseil … C’était le monde à l’envers. Pourtant, à l’instant même, je me détestai, mesurant brusquement, face à cet homme au regard douloureŭ et à la voix humble, l’étendue des blessures que j’avais infligées à mon propre père une dizaine d’années auparavant. Dans cet abris puant le tabac froid, le bois mouillé et la sueur, sous ce déluge de pluie, au cœur le plus profond de l’Afrique, à onze mille kilomètres de mon lieu de naissance, je découvris que j’aimais mon père … et que j’avais été incapable de le lui dire et de lui demander pardon. La fureur m’envahit. La honte. Je me haïssais. (p. 191)

J’ai d’ores et déjà remporté une victoire : car les seigneurs de la finance internationale n’aiment pas s’exposer à la lumière du jour. Ils s’avancent cachés ; Le crépuscule est leur monde. Ils craignent comme la peste le regard des peuples. (p. 303)




2.Posté par ash le 20/04/2009 11:51 | Alerter
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Le monsieur ziegler dénonce les brigands internal(USA,EU) qui par leur politique ont crée la famine dans le monde, c’est un homme du courage.

3.Posté par Aigle le 20/04/2009 13:20 | Alerter
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Et dire que le DELIQUESCENT PHILLIPPE VAL EST NOMME DIRECTEUR DES PROGRAMMES A FRANCE INTER , SUR ORDRE BIEN SUR DE SARKOUCHNER QUI LUI MEME A RECU ORDRE DU CRIF QUI LUI MEME ...........

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