Croyances et société

« Je ne suis pas une musulmane modérée. Et je n’ai nul désir de l’être »


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Dimanche 10 Septembre 2017 - 09:40 L'Imamat (Réfutations)



Mardi 14 Mars 2017

Aux Etats Unis, il existe une presse étudiante très vivante dont le niveau éditorial n’a souvent rien à envier aux médias professionnels (ce serait même parfois l’inverse).

Cette presse étudiante à l’intérêt particulier de mettre en évidence ce que pensent les jeunes dont beaucoup feront partie de l’élite américaine et auront donc un poids particulier dans la vie publique de leur pays.

C’est le cas du Harvard Crimson, journal d’une université parmi les plus prestigieuses des Etats Unis, membre de l’Ivy League qui rassemble huit universités de renom dont certaines au nom évocateur comme Princeton ou Yale.

Shireen Yunus est une jeune éditorialiste qui collabore au Harvard Crimson où elle nous propose un article dans lequel elle dénonce avec talent la quête perpétuelle dans les médias dominants et dans le discours des politiques du « Musulman modéré », cet individu marginal voire introuvable face à la horde des Musulmans extrémistes assoiffés de violence.

 

 

A cette demande des médias dominants, Shireen Younus a finalement choisi de répondre par une fin de non-recevoir.

Un propos qu’on peut et doit évidemment considérer comme valable pour la situation en France.

Je ne suis pas une Musulmane modéré

Par Shirenn Younus, Rédaction de The Harvard Crimson (USA) 9 février 2017 traduit de l’anglais par Djazaïri

A l’âge de quatre ans, ma mère m’apprit à lire le Coran. Nous commençâmes avec l’alphabet arabe. Je me souviens avoir appris comment prononcer la lettre « alif », la première lettre du mot « Allah » (Dieu), et « sheen », le première lettre de mon propre nom. Comme je grandissais, ma mère m’apprit comment placer mes mais pour la prière, mon père me parla du courage et de la piété des premiers Musulmans, mes parents m’emmenèrent dans une petite mosquée qui devait devenir comme une deuxième maison pour moi.

Je sais que mes expériences sont différentes. Je couvre mes cheveux avec un foulard. Mon livre sacré se lit de droite à gauche. Et je vais à la mosquée, pas à l’église. Mais je sais aussi qu’il n’y a là rien d’extrémiste. Ma foi m’a enseigné aussi les mêmes règles morales de base : la bonté, l’honnêteté et le respect.

C’est seulement à l’âge adulte que j’ai réalisé que, pour certains, mon enfance et mon identité n’étaient pas seulement différents mais dangereuses. Dans le monde post 11 septembre, la langue que j’ai apprise à côté de l’Anglais est associée au terrorisme, mon foulard est un autre symbole de mon altérité et la mosquée où j’avais noué des amitiés et joué à la balançoire est le signe d’une atteinte malvenue à la société américaine. C’est aussi à ce moment que j’avais réalisé qu’être Musulman ne suffisait pas – je devais me définir comme une « Musulmane modérée. »

Je dus commencer à endurer les blagues sur les terroristes et rester calme devant des accusations insultantes. Je commençais à faire ouvertement acte de contrition et à m’interroger sur comment mes erreurs avaient pu aboutir à la généralisation de stéréotypes négatifs sur les Musulmans. A l’époque, ça paraissait logique. J’entendais partout l’Amérique en appeler à des voix « musulmanes modérées. » C’était ce qui apparaissait comme la voie la plus évidente pour distinguer les convictions pacifiques de l’idéologie pervertie de ceux que je voyais à la télévision.

Même ma connaissance de l’Islam avait été affectée par mes tentatives pour être modérée. Au lieu d’aller dans le sens de ma curiosité naturelle pour la religion, j’appris comment être sur la défensive. Aujourd’hui, je suis capable de parler de l’histoire islamique des droits des femmes et de la signification du mot « djihad ». Je peux expliquer comment l’Islam valorise la modération dans la pratique religieuse. Je peux vous dire que le Coran ne prescrit pas la peine de lapidation, que la première université dans le monde fut fondée par une femme musulmane et que le mot « infidèle » n’appartient pas à la tradition musulmane.

Cependant, dans mes vaines tentatives pour être modérée, j’ai appris qu’un Musulman modéré est bien plus qu' »un Musulman qui n’est pas un terroriste. » Un Musulman modéré est plus « laïque » [secular] – moins ouvertement religieux. Un Musulman modéré doit se montrer aveuglément patriote et reconnaissant à l’égard des Etats Unis en dépit de politiques intérieures et extérieures bi-partisanes qui font quotidiennement du mal aux Musulmans partout dans le monde. Un Musulman modéré doit constamment coller au stéréotype du « Musulman libéral [au sens américain] et laïque [secular] qui est tout aussi peu nuancé que le stéréotype du « Musulman terroriste dangereux ». Un Musulman modéré ne se voir accorder qu’un minimum d’espace par les médias et par l’Amérique. Un Musulman modéré est une personne diminuée.

Je ne suis pas une Musulmane modérée. Et je n’ai nul désir de l’être.

Le qualificatif « modéré » suggère qu’il y a quelque chose d’intrinsèquement violent dans l’Islam. Il pousse à conclure à tort qu’un petit groupe de « modérés » se situe en opposition à de grandes bandes d’extrémistes violents qui soutiennent Daesh. Ce n’est tout simplement pas vrai parce que la réalité est complètement à l’opposé. Quand les médias parlent de « Musulmans modérés », ils propagent un discours dangereux selon lequel l’Islam est une religion violente qui n’est pas compatible avec la société américaine.

L’expression « Musulman modéré » présume qu’être musulman n’est pas suffisant. Qu’être musulman est une menace. Elle enjoint aux Musulmans de s’abstenir de lutter pour les droits de l’Homme et un respect élémentaire. Elle nous enseigne à associer notre propre foi et nos propres mois à la violence, bien que nous sachions à quel point ce mythe est faux. Elle fait que nous nous retrouvons sans cesse à condamner le terrorisme et à nous attribuer la charge de la preuve en réaffirmant que nous sommes des gens bons, pacifiques et libéraux.

C’est épuisant, et contraignant, et j’en ai assez. Je ne pense pas qu’il soit de ma responsabilité individuelle de réaffirmer constamment mon humanité. Je ne crois pas que réaffirmer l’humanité de milliards de Musulmans dans le monde entier relève de ma responsabilité.

Mon identité, comme l’identité de tout individu musulman est diverse. Oui, je prie cinq fois par jour et le mois de Ramadan est ma période de l’année préférée. Mais je suis une inconditionnelle de Beyoncé et j’ai une propension à zapper sur Netflix. Je ne devrais pas avoir à sacrifier une quelconque partie de moi-même pour mériter votre respect.

 

Shireen Younus,’20 ans, est une éditorialiste du Crimson qui vit à Greenough


https://mounadil.wordpress.com/



Mardi 14 Mars 2017


Commentaires

1.Posté par Kader le 14/03/2017 13:54 | Alerter
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Les personnages musulmans modérés qui ne doivent surtout pas faire de la politique, n’en parlent surtout pas. Sans avis, ils sont plus prompts à critiquer les musulmans ils applaudissent les préjugés les plus islamophobes, ils se content de sangloter lorsqu’ils voient du sang couler, et de condamner, condamner et condamner toujours ...
Bien sûr, uniquement quand le sang couler est dû à l’action de certains criminels dits musulmans.
Quand le sang coule à cause de criminels non musulmans, il ne faudra surtout pas le dénoncer, car cette fois-ci, ça serait "Mêler la politique à la religion" ...
Non ! Le problème de l’Islam, c’est les Chrétiens, et les attaques des gens de l’Eglise appuyés par les medias lourds, qui visent à discréditer avec dureté, toute autre conception du salut en dehors du Christ.

Il suffit d’allumer sa télévision, sa radio, lire les journaux, pour voir et entendre du muslim bashing à longueur de journées
C’est trop simple de critiquer tous les musulmans qui sont persécutés pour leurs idées tout naturellement car ils réaffirment en tentent de mettre en pratique les valeurs de l’Islam (justice, égalité, liberté, Eh oui, n’en déplaise à certains),
C’est trop simple de s’exploser sur le Saint Coran pour l’accuser d’être violent,
C’est très simple de hurler dans les médias que l’Islam est incompatible avec la démocratie
C’est triste et désolant !

En correction à un langage politiquement correct je dirai: Musulman tout court !

]url:http://kadbehar.unblog.fr.over-blog.fr/

2.Posté par éric lecorney le 04/07/2017 20:08 | Alerter
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" le problème de l'Islam c'est les chrétiens et les attaques des gens de l'église" merci je sais maintenant ou je me trouve classé.

3.Posté par Un passant le 12/07/2017 16:17 | Alerter
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30% des musulmans considèrent que la charia est supérieure aux lois françaises selon une enquête de l'Institut Montaigne, et la tendance est aux idéologies radicales comme le wahhabisme. Sans aller jusqu'aux fanatiques sanguinaires de Daéch (bien manipulés/financés par les services de renseignements, les USA etc, il est vrai) pas besoin d'être un génie pour savoir que l'Eldorado multiculturel va bientôt imploser. Et comment leur reprocher ? Si j'avais été élevé depuis tout petit dans la foi musulmane, moi aussi je considèrerais la «loi de Dieu» comme supérieure à la loi laïque «des kouffars»...

Et quand on aborde les sujets qui fâchent, on a soit la taqqiya plus ou moins affirmée, soit la victimisation constante comme le prouve le commentaire de Kader: «le problème c'est les autres, nous nous sommes purs et nous n'avons rien à nous reprocher». Au lieu de dire: «notre religion est critiquable comme n'importe quelle autre». Personnellement, je suis français, j'aime mon pays, et je n'hésite pas à dire qu'aujourd'hui il y a un gros problème dans la dégradation des moeurs où dans l'idéologie universaliste des Lumières qui conduit à faire la guerre au monde entier sous prétexte de «démocratie». Il n'est nullement question de se haïr. Simplement d'une prise de conscience par l'introspection. Ce qui s'appelle devenir adulte en somme...

4.Posté par Lecteur le 13/07/2017 12:40 | Alerter
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Un passant bonjour
"...30 % des musulmans considèrent la charia supérieure aux lois françaises". ils n'ont pas transgressé pour autant les lois de la dite république. A part le port du voile bien sur.
Traduire à la lettre et d'une manière erronée un sondage qui relève plutot de la croyance que de la citoyenneté n'est tout simplement pas juste. Certes, les musulmans de nos jours se retrournent de plus en plus vers la pratique rigoureuse de l'islam, ceci dit ce n'est pas pour bafouer forcément les lois de la république.

L'eldorato multiculturel n'a jamais existé en France, il y' avait plutot une tolérance envers les musulmans qui viennent s'installer, cette tolérance d'ailleurs est en en train d'atteindre ses limites et je le conçois!

N'oubliez pas le feu qui ravage les terres où vivent les musulmans, Afghanistan, Somalie, Libye, Iraq, Syrie, Yemen, Mali....ou c'est de leur seule faute si cela persiste?

Merci

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