Mardi 9 Février 2010
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EUROPE
Jacques Sapir : vers une sortie de l’euro ?Christine Bierre
Samedi 24 Octobre 2009
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La fessée pédagogique donnée par l’économiste Jacques Sapir, Directeur à l’EHESS, à Benoit Hamon, dans son article « Benoit Hamon n’a rien compris » publié par Marianne, a beaucoup fait jaser sur Internet. Jacques Sapir s’en prend vertement aux déclarations du dirigeant socialistele27 septembre, qui suite à l’annonce d’un budget pour 2010 avec un déficit record de 8,5% du PIB, s’était insurgé sur l’état de « ruine » de la France. Est-il idiot pour faire de telles déclarations, demande Sapir ? S’apprête-il à rejoindre le camp de ceux qui sont favorables à la rigueur budgétaire pour réduire l’endettement ? Chiffres à l’appui, l’économiste prouve en effet que l’endettement de la France, public et privé, est plutôt dans la moyenne et parfois même en-dessous, des principales puissances du monde. « La France n’est pas particulièrement ruinée », dit-il, « elle se trouve même légèrement au-dessous de la moyenne de la zone Euro avec 81,5% prévu pour 2010 contre une moyenne pondérée de 83,6%. ». A titre de comparaison, le déficit américain pourrait atteindre 91%, celui de l’Italie, 116,1%, celui de l’Allemagne, 78,7% et celui de la Belgique 100,9%. La dette ne s’accroît pas plus vite en France qu’ailleurs, souligne Sapir. Son taux d’accroissement entre 2007 et 2010, est estimé à 27.7 % pour la France, alors que la moyenne de toute la zone euro est de 26.7%. Mais c’est chez les ex-« bons élèves » que furent les Pays-Bas, la Finlande, l’Irlande, et l’Espagne, qu’elle explose avec 218,8 % pour l’Irlande, 72,1% pour l’Espagne, 38,4% pour les Pays Bas, et 36,8% pour la Finlande. Surprise encore lorsqu’on se penche sur la dette des ménages et des entreprises. « En 2006, la France était la moins endettée de tous les grands pays d’Europe. Ceci était dû à la relative faiblesse de l’endettement des ménages. Les deux champions de l’endettement étaient l’Espagne et la Grande-Bretagne. Quant aux États-Unis, avec plus de 240% de dette globale, ils apparaissaient bien comme les champions toutes catégories. » Ces statistiques étant accessibles au public, et donc à Benoit Hamon qui n’est pas un idiot, Sapir conclut que c’est plutôt l’opportunisme politique – l’anti-Sarko devenu seul programme au PS – ainsi que son amnésie sur toute la responsabilité du Parti socialiste dans l’état lamentable de l’économie française actuellement, qui le rendent idiot. La colère de M. Sapir est d’autant plus justifiée que c’est lui, avec Bernard Maris et Fréderic Lordon, qui aurait travaillé avec Benoit Hamon à la rédaction de son programme pour la présidence du Parti socialiste, un programme qui était, en effet, d’un autre calibre que celui de ses adversaires. Sortir de l’Euro Mais la vraie leçon d’économie n’arrive qu’à la fin de l’article, lorsque l’économiste ébauche un plan de sortie de crise qui ne ferait pas pour autant exploser la dette publique. Comment obtenir de la BCE du crédit à bon marché pour relancer l’économie sans toutefois gonfler l’endettement, demande Sapir, qui souligne le scandale de la BCE qui prête aux banques à un taux de 1% alors qu’elle fait payer 3,51 %aux gouvernements ? Impossible d’organiser une vraie relance avec des taux aussi élevés, mais la BCE refusera de les baisser, se retranchant derrière sa mission de lutte contre l’inflation. Dans ces conditions, Jacques Sapir propose une stratégie pour obliger la BCE à réduire ses taux en brandissant la menace d’une sortie de la France de l’euro, suivie d’une dévaluation de 20% à 25% du Franc. « Mieux vaudrait ne pas avoir à le faire », dit Sapir. Mais « prévoir le plus mauvais des scenarii relève d’une politique réaliste » dans la crise financière gravissime que nous vivons. Que les intérêts financiers qui contrôlent la BCE se laissent ou non forcer la main de la sorte c’est difficile à dire, mais cette proposition a le mérite de commencer déjà a envisager tous les problèmes que posera la sortie de l’Euro, sortie à laquelle nous devrons avoir recours, tôt ou tard, au fur et à mesure de l’aggravation de cette crise systémique. En se lançant dans une telle reforme, la France pourrait, en inspirant les autres, catalyser des réformes similaires dans les autres pays. La Banque centrale européenne, indépendante des pouvoirs publics et supranationale, est l’aboutissement d’un très long processus qui remonte au point de départ de la Communauté économique européenne en 1957. C’est à cette époque que débute la bataille rangée menée par l’oligarchie financière de la City de Londres et de Wall Street, pour obliger les pays européens à céder leur souveraineté sur les processus d’émission monétaire à une institution bancaire indépendante et arrimée aux marchés financiers. Sous l’impulsion des politiques de Charles de Gaulle et de Konrad Adenauer, l’Europe a fait obstacle à cette offensive pendant longtemps. C’est le Traité de l’Union monétaire européenne (Traité de Maastricht, Amsterdam et la suite), imposé par Thatcher, Mitterrand et Bush en 1989, qui a consacré la victoire de ces intérêts financiers. En dernière analyse, seule une volonté politique forte, exprimée de façon déterminée par les populations, pourra venir à bout de cette institution. Il faudra alors, dans le contexte d’une réforme globale du système, remplacer entièrement la BCE par un système européen de banques nationales, celles-ci détenant le pouvoir souverain d’émission monétaire sous contrôle public et émettant du crédit productif public pour nourrir de grands projets d’infrastructures capables d’entraîner l’ensemble de l’économie. L’article de Jacques Sapir en entier sur le site de Marianne
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