RELIGIONS ET CROYANCES

JUSTICE OU CHARITÉ


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BIEN DES APPELS À LA CHARITÉ DEVRAIENT ÊTRE PLUTÔT DES APPELS À LA JUSTICE. EN EFFET S'IL Y A UN THÈME QUI PRÉDOMINE DANS L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTATMENT C'EST BIEN CELUI DE LA JUSTICE. CURIEUSEMENT LES AUTORITÉS RELIGIEUSES EN PARLENT DE MOINS EN MOINS ET PRÉFÈRENT PARLER DE CHARITÉ. POUR CERTAINS, IL S'AGIT LÀ D'UN VÉRITABLE DÉTOURNEMENT DE SENS.


oscar Fortin
Jeudi 26 Août 2010

JUSTICE OU CHARITÉ
PAUVRETÉ ET RICHESSE

La charité doit-elle se substituer à la justice? Une question plus que
pertinente dans un contexte où la justice est souvent mise à l’ombre de la
charité. Selon certains, il y a des pauvres et il y a des riches. Que les
riches soient généreux et que les pauvres soient reconnaissants et dociles.

Deux évènements, l’un remontant à quelques mois et l’autre plus
récent, m’ont particulièrement interpellé et, il faut le dire, fort
surpris.  

Le premier se rapporte à une « note » que l’on prête au cardinal Jorge
Urosa Sabino, archevêque de Caracas, Venezuela, note écrite, en septembre
2009, en réaction aux réformes du système éducatif proposées par le
Gouvernement de ce pays. Il s’agirait d’une note ou courriel qui serait
arrivé, par erreur, à une mauvaise adresse. Plus tard, le cardinal, pressé de
questions par les représentants du gouvernement, se serait dissocié de ce
document, accusant ses adversaires de vouloir ternir l’image de l’Église.
Sans trancher sur cette négation de sa part, il n’en demeure pas moins que la
teneur de cette note peut très bien cadrer avec ses prises de positions
officielles contre le gouvernement du Venezuela et son Président, Hugo Chavez,
fermement engagés dans la construction d’une société qui fait du BIEN
COMMUN de tout le peuple la référence fondamentale de ses politiques et de ses
législations. Les classes défavorisées retrouvent des droits et des
privilèges qui leur étaient jusqu’alors refusés. Que dit la note en
question?

« L’éducation doit être égale, mais séparée. (Une phrase peu
populaire, mais très vraie). Les fils de familles riches, appelés à aller aux
universités et à occuper des charges très élevées dans l’administration
publique, doivent être éduqués en fonctions de ces responsabilités. Les
enfants, qui, par leur origine socioéconomique sont désavantagés, doivent
être éduqués dans le respect de l’autorité, dans le dévouement, dans la
modestie. De plus, l’Église ne veut pas se consacrer à éduquer les plus
privilégiés, laissant les moins fortunés aux mains d’un État athée et
communiste, ce serait contre productif. L’État doit garantir l’éducation,
mais ce n’est pas sa fonction de la diriger et de la contrôler. »

Le second se réfère aux propos d’une connaissance très proche qui œuvre
dans le secteur de la coopération internationale et avec qui je partage des
réflexions sur la foi et le message évangélique. Il est lui-même le
fondateur d’un organisme qui œuvre dans certains pays du Tiers-monde pour
venir en aide aux plus défavorisés.

« Il y a le Peuple de Dieu et dans ce peuple il y a des riches et des
pauvres. Il revient aux riches d’aider les pauvres en étant charitables à
leur endroit. »

COMMENTAIRE

Dans les deux cas, la pauvreté et la richesse sont considérées comme des
faits qui relèvent davantage de la nature des choses que de l’action humaine
elle-même.  

S’il est vrai que bien des gens se retrouvent dans des situations de
pauvreté en raison de faits naturels comme des sécheresses, des tremblements
de terre, des épidémies de toute nature, des maladies, de l’insouciance, du
manque de talent etc. il est aussi vrai que bien d’autres le sont parce
qu’ils sont enfermés dans un système sur lequel ils n’ont aucune prise et
qui les confinent à jamais dans une situation de dépendance et de pauvreté.
Ce fut et c’est toujours le cas dans de nombreux pays du Tiers-monde.  

Il en va de même pour la richesse qui est dans certains cas plus facilement
accessible à certaines personnes en raison soit de la chance, soit de certains
talents inventifs et créateurs, soit d’héritages ou de gains de loterie etc.
Elle peut également être la résultante d’actions qui soient clairement
criminelles comme le vol, la contrebande, le blanchiment d’argent, ou encore
d’actions qui, sous le couvert de la légalité, en arrivent à contrôler les
biens et les forces de travail de nombreux pays, entre autres par la corruption
de chefs d’État, de juges et d’organismes internationaux. Ce sont ces
derniers, ceux-là mêmes qui créent, corrompent et contrôlent les oligarchies
civiles et religieuses de ces pays, qui doivent être interpellés par le droit
international tout comme par le message évangélique de la justice et de la
vérité.

Il est inconcevable que les porteurs du message évangélique et ceux qui ont
pour mission de témoigner de Jésus de Nazareth ignorent ces faits et fassent
la sourde oreille aux cris des peuples qui veulent reconquérir leur dignité et
leur liberté. Ici, il n’est ni question de Marx, ni d’Hegel, ni de Lénine,
mais de l’impératif évangélique et humaniste de la justice, proclamée par
les prophètes de tous les temps et de toutes les religions, ces dernières
particulièrement préoccupées du destin de l’humanité.

« Ainsi parle l'Éternel : Pratiquez la justice et l'équité ; délivrez
l'opprimé des mains de l'oppresseur ; ne maltraitez pas l'étranger,
l'orphelin et la veuve ; n'usez pas de violence, et ne répandez point de sang
innocent dans ce lieu. (Jér.22 :3)

Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés
Mt. 5.6
À ces deux brèves références il faut ajouter cette toute première
prophétie du Nouveau Testament que Marie, alors enceinte de Jésus, a
proclamée lors de sa visite à sa cousine Élisabeth :

« Il est intervenu de toute la force de son bras; il a dispersé les hommes
à la pensée orgueilleuse; il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et
il a élevé les humbles; les affamés, il les a comblés de biens et les
riches, il les a renvoyés les mains vides. » (Lc. 1, 51-55).

Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que l’organisation des sociétés est
prise en charge par des puissances ambitieuses, peu soucieuses des droits des
grandes majorités. Cette situation, si évidente pour certains, est loin de
l’être pour plusieurs autres qui sont, je n’en doute aucunement, des
personnes de très bonne foi.  

La machine à la désinformation n’a jamais agi avec autant d’astuces et
de contrôles de toute nature que présentement. Il n’est pas permis à tout
le monde de parcourir tous les pays et de fréquenter tous les milieux pour
savoir exactement ce qui s’y passe. Nos médias se chargent de nous en
informer. Étant donné qu’ils sont, pour la grande majorité, la propriété
de ceux-là mêmes qui s’imposent dans bien des pays, il n’est pas
surprenant que l’information qui nous en est transmise noircissent ceux et
celles qui menacent leur pouvoir. Le commun des mortels reçoit ces informations
comme pure vérité et son jugement va dans le sens de cette information.  

Il y a donc un second impératif évangélique, « la Vérité », qui nous
commande de décoder le vrai du faux. C’est ce que fait en partie
l’information alternative et, il faut le dire, certains médias encore
suffisamment indépendants de ces puissances de moins en moins occultes. Ces
derniers permettent d’aller plus à fond dans l’information, nous
rapprochant ainsi de la vérité de ce qui existe vraiment. Dans ce contexte,
pour que la parole de l’Église retrouve toute sa crédibilité, il faut
qu’elle redevienne l’alliée des pauvres et des exploitées, qu’elle se
démarque des oligarchies et des puissances qui les dominent, qu’elle ait
cette liberté qui permette de dénoncer les injustices, les mensonges, les
hypocrisies qui les couvrent. Elle n’arrivera jamais à le faire si elle mange
à la même table de ces puissances.

« Justice et vérité, les œuvres de ses mains, fidélité, toutes ses lois,
établies pour toujours et à jamais, accomplies avec droiture et vérité. »
Ps. 111, 7-8

Le mot « justice » est un des mots qui revient le plus souvent dans
l’Ancien (392) et le Nouveau (117) testament. Le mot « vérité » occupe
également une bonne place avec respectivement 132 et 175 mentions.  

Que les apôtres de la charité ne se préoccupent pas, même avec la justice,
il y aura toujours des pauvres et des blessés sur les routes de la vie qui
interpelleront la générosité des mieux nantis. La justice ne saurait
répondre par elle-même à tous les maux de la terre. La charité, ce
supplément d’amour que nous portons, sera toujours nécessaire pour humaniser
notre monde.  


Oscar Fortin
25 août 2010  

http://humanisme.blogspot.com


Jeudi 26 Août 2010


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