Palestine occupée

« JE NE VEUX PAS ME RETROUVER DEVANT LA COUR INTERNATIONALE DE LA HAYE » (Colonel Dov Tzedaka)



Jeudi 12 Août 2010

« JE NE VEUX PAS ME RETROUVER DEVANT LA COUR INTERNATIONALE DE LA HAYE » (Colonel Dov Tzedaka)
[Haaretz du 09/02/2002 - Commentaires libres par Akiva Eldar Traduction "Mouvement Shalom Archav"]
Des propos semblable à ceux publiés ci-dessous ont ete tenus un nombre incalculable de fois depuis le debut de l’occupation, et encore davantage depuis que la presente intifada a eclate.
Ce qui rend ce qui suit unique – des passages extraits d’une interview du Colonel Dov Tzedaka, chef de l’Administration Civile en Cisjordanie, tient a l’auteur des propos, et au lieu dans lesquels il les tient. L’interview, realisee par le journaliste Guy Zackheim, a ete publiee dans le magazine de l’armee, « Bamakhane » (« dans le camp », ndt).
Le journaliste accompagnait cet officier de haut rang, issu du « Sayeret hamatkal« , unite de commandos d’elite, dans une visite destinee a « corriger les fausses impressions a propos de ce qui se passe dans les territoires ». Et il est de fait que l’article decrit l’Administration Civile comme un facteur de maintien d’une certaine harmonie dans l’attitude d’Israel a l’egard de la population civile des territoires.
Selon les mots de Tsedaka, l’administration « contribue a de meilleurs processus que de tirer ici ou la« , ou « j’ai maintenant envie d’eviter de me retrouver devant la Cour Internationale de La Haye comme inculpe de crimes de guerre. Alors, comment je m’y prends? Je maintiens, autant qu’il est possible, et vous verrez que cela est bien triste, le mode de vie le meilleur possible, et meme un peu moins que cela, pour la population palestinenne« .
Voila le contexte dans lequel il faut lire ce qui va suivre. On peut aussi se rappeler a cette occasion la lecon du Chef d’Etat Major Shaul Mofaz a Yasser Arafat, selon lequel la souffrance des Palestiniens ne le derangent pas le moins du monde.
« Tzedaka regarde le long bouchon forme par les taxis bloques au barrage que Tsahal a installe sur la route principale du Bloc Etzion« , ecrit le journaliste. « ‘L’Etat d’Israel a decide que seuls les maitres de la terre pouvaient circuler sur cet axe, nos colons eclaires‘, dit Tzedaka. ‘Je vais prendre un risque et dire que parfois, ceux qui ne laissent pas ces gens circuler me degoutent‘ ».
« Et cela encore, ca n’est rien », continue Tzedaka. Il y a 15 jours, j’ai vu un pere de famille marcher avec deux paniers et un enfant de 5 ans sur ses epaules, et derriere lui une mere avancer en trebuchant, avec un tout nouveau-ne, ils marchaient du carrefour d’Ayosh jusqu’au village de Beitin. Franchement, quel bien en retirons-nous? J’imagine ma femme marcher comme ca avec ma fille, trebuchant dans la boue. Brrrr, j’en tremble… J’essaie d’aider, pour rendre les choses agreables, mais qu’il y a-t-il d’agreable a tirer un enfant sur un kilometre? Je pense que tout ca est nul … Dans ces cas-la, je vais voir le general en chef et je lui dis que tout ca n’est pas serieux, je previens le commandant de brigade. Mais que puis-je faire? Est-ce que je peux changer le monde? Non« .
Le journaliste remarque : « on continuera a voir de telles scenes tant qu’Israel restera dans les territoires« . Tzedaka ne proteste pas : « tant qu’on ne parviendra pas a un accord global, ca ne finira pas« , dit-il.

Deux versions
Selon le Ministre de la Defense Ben-Eliezer, Israel a deracine environ 5500 dounams (1 dounam = 10 ares, ndt) d’oliviers, et a « expose » (un terme de Tsahal signifiant detruire) 4500 dounams de champs cultives. « La decision de detruire des maisons ou de deraciner des arbres, dans le contexte de la lutte qui s’est instituee dans les territoires », explique Ben-Eliezer, nouveau leader du Parti Travailliste a Ran Cohen, depute du Meretz, « est prise lorsqu’il existe des imperatifs militaires exigeant l’installation d’infrastructures. Quand il y a un lien entre ces besoins et un dommage eventuel a la population civile, en l’absence d’alternative, la decision se prend en essayant de causer le moins de dommages possible ».

La version du chef de l’Administration Civile en Cisjordanie montre que le Ministre de la Defense a tout simplement pris le depute pour un imbecile.

Le journaliste demande si Israel ne s’est pas montre ecxessif quant aux destructions de maisons et aux deracinemments d’arbres. Tzedaka : « a Gaza… absolument. A mon avis, ils ont fait certaines choses qui depassaient les bornes. Apres les evenements a Alei Sinai et Dugit (attentats terroristes contre des colonies juives au Nord de la Bande de Gaza), ils ont effectue des « expositions » massives. Des centaines de dounams de fraises, d’oliviers et de serres ont ete detruits. A mon avis, ce n’est pas convenable… Cela attirera encore la haine et les critiques. C’est tout bonnement idiot. Meme en Judee et en Samarie, il y a eu des endroits ou nous nous sommes rendus coupables de cela. Dans certains cas, je donne mon accord pour un certain nombre d’ »expositions », mais quand j’arrive sur place, je decouvre que nos troupes en ont trop fait« .
Tzedaka dit qu’il y a des cas ou il n’y a pas d’autre choix que d’arracher des oliviers et d’exposer des champs, mais se depeche d’ajouter : « avons-nous ete excessifs dans certains endroits? Pour etre honnete … oui. Bien sur. Bien sur. On donne son accord pour deraciner 30 arbres, et le lendemain, on arrive et on constate que 60 arbres ont ete deracines. Le soldat, ou l’officier du regiment se fait deplacer. Il y a eu des cas comme ca, il ne faut pas les ignorer. Nous sommes responsables de ce qui se passe. Des enquetes sont effectuees. Des gens passent en jugement. »
Le journaliste demande : « Jusqu’a present, quelqu’un a t-il ete condamne? »
Tsedaka (en riant) : « Non. Mais ils se sont fait taper sur les doigts. De facon assez crue ».

Il serait interessant de connaitre l’avis du procureur militaire sur ce temoignage venant d’un officier de haut rang.
Les versions du ministre de la defense et de cet officier de terrain ne different pas seulement sur la situation effective sur le terrain. Elles different aussi en regard de la procedure employee pour les destructions et les deracinements. Ben-Eliezer : « la personne en charge de la decision concernant un deracinement ou une destruction est le commandant de brigade, ou le commandant de division« . Tzedaka : « La demande parvient jusqu’a moi. Je verifie si elle est justifiee, je la transmets au conseiller juridique, et seulement apres, nous recommandons au general d’approuver la decision. Au credit du Commandement Central, je peux dire qu’il se montre tres pointilleux, et qu’il verifie que chaque branche n’est detruite qu’avec son approbation« .

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Jeudi 12 Août 2010


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