Conflits et guerres actuelles

Israël osera-t-il un jour bombarder l'Iran?


Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a de nouveau déclaré qu'Israël était "un régime fondé sur le mal, un mal qu'il faut enrayer et qui sera un jour éradiqué". De telles déclarations du dirigeant iranien contre l'Etat hébreu ne surprennent plus, étant déjà plus qu'habituelles, mais il serait erroné de les négliger vu la situation préoccupante qui prévaut autour de Téhéran.


Samedi 13 Mai 2006






Les propos de Mahmoud Ahmadinejad pourront servir d'argument irréfutable en faveur de ceux qui guettent une occasion favorable pour lancer une opération armée contre l'Iran. Ce n'est pas par hasard que la presse occidentale évoque bien volontiers ces propos dans les articles qui traitent de l'éventualité d'une attaque des sites nucléaires iraniens par Israël. On a même l'impression que ce dernier est poussé à franchir ce pas. Mais les Israéliens le souhaitent-t-ils eux-mêmes?

Dans son article publié fin avril dans le Los Angeles Times, Rosa Brooks affirmait que dans l'optique des futures livraisons de missiles antiaériens russes Tor-M1, Israël serait contraint de prendre des mesures concrètes à l'égard de l'Iran, avant que toute la région ne soit envahie par les flammes.

En 1981, Israël avait bombardé un réacteur nucléaire en Irak après avoir conclu qu'il menaçait sa sécurité nationale. Pourquoi ne pas lancer une nouvelle opération, d'autant que Téhéran ne cesse pas de le fustiger?

Cette idée est partagée par certains milieux israéliens. Ainsi, l'ancien premier ministre Benjamin Netanyahu avait cité plus d'une fois en exemple les actions des dirigeants israéliens en 1981. Cependant, il convient de rappeler que la situation dans la région a changé depuis vingt-cinq ans. A l'époque, les Israéliens n'avaient rien risqué, l'attaque du site nucléaire n'ayant pas été à l'époque en mesure d'entraîner un conflit régional. Mais aujourd'hui, les conséquences pourraient bien être plus graves.

Il semble que Téhéran brûle d'être victime et non agresseur. Par conséquent, des bombardements d'Israël lui permettraient d'avoir les coudées franches. Une question se pose alors: Israël aspire-t-il à jouer le rôle d'instigateur d'un conflit régional?

La position d'Israël sur la scène internationale est devenue avantageuse après la victoire du mouvement islamiste Hamas aux dernières législatives en Palestine. Plusieurs pays considèrent le Hamas comme un mouvement terroriste et personne n'insiste pour que les Israéliens entament des pourparlers avec celui-ci. La communauté internationale n'exerce plus de pressions sur l'Etat hébreu comme auparavant. Elle ne lui demande plus de faire des concessions et ne lui tord pas le bras en vue de le contraindre à apposer sa signature au bas de traités de paix.

Pourquoi détourner aujourd'hui l'attention de la communauté mondiale de l'Iran, quand la situation dans la zone du conflit palestino-israélien fait le jeu d'Israël?

N'oublions pas qu'en donnant l'ordre de détruire le réacteur nucléaire irakien en 1981, le premier ministre Menahem Begin pensait non seulement aux intérêts de la sécurité nationale mais aussi à la campagne électorale suivante qui promettait à son parti, le Likoud, des résultats plus que modestes. Le succès de l'opération militaire avait finalement contribué à sa victoire aux élections parlementaires.

Pourtant, le nouveau premier ministre, Ehud Olmert, n'a besoin d'aucune publicité. Les élections ont eu lieu, une coalition gouvernementale a été formée, et le moment est venu de s'attaquer aux nombreux problèmes intérieurs.

De plus, M.Olmert a promis à ses électeurs de fixer les frontières d'Israël d'ici 2010. Mais il serait compliqué d'y parvenir sans l'appui de la communauté internationale. Donc, il est peu probable qu'il entreprenne des démarches à ses risques et périls à l'égard de l'Iran. Il vaut mieux pour l'Etat hébreu que l'initiative dans le règlement du dossier iranien soit prise par les Etats-Unis et les autres puissances mondiales, tandis qu'Israël évoque avec insistance la gravité du problème, a récemment déclaré l'un des hommes politiques les plus réputés d'Israël, Shimon Peres.

Il est donc fort douteux que les Israéliens décident de bombarder l'Iran sans autorisation ou invitation de Washington. Quant à ce dernier, il n'est pas évidemment disposé à provoquer un conflit armé dans lequel sera entraîné Israël. Cela impliquerait des changements sur l'échiquier politique du Proche-Orient, et sûrement pas en faveur des Etats-Unis.

La majorité de la population du Proche-Orient, depuis les hommes politiques haut placés jusqu'aux plus démunis, croient que les Etats-Unis et Israël sont interdépendants dans leurs actions. Pour eux, il est évident que Washington tient compte des intérêts israéliens dans la région.

Si Israël s'ingère dans le conflit avec l'Iran, tous les efforts de la diplomatie américaine au Proche-Orient deviendront stériles et elle ne pourra plus invoquer le caractère noble et messianique de sa mission dans la région.

Aussi les Israéliens ne seront-ils pas les premiers, dans un proche avenir, à attaquer Téhéran. Encore une nuance. Les déclarations sur d'éventuels bombardements des sites nucléaires iraniens par Israël ne datent pas d'hier. Mais jusqu'ici, elles sont restées sur le papier.

Une chose est certaine, les Israéliens doutent toujours de la capacité de la communauté internationale à régler le problème nucléaire iranien par voie diplomatique. Pourquoi donc n'ont-t-ils pas lancé jusqu'ici d'opération contre l'Iran, comme c'était le cas pour l'Irak? Peut-être la situation internationale n'est-elle pas favorable, ou bien les renseignements insuffisants, ou encore la menace iranienne n'est-elle pas aussi grave?

Il est clair que grâce aux missiles antiaériens russes livrés à l'Iran, les sites nucléaires iraniens deviennent moins vulnérables aux attaques. Il ne reste aux Israéliens qu'à se contenter du fait que le monde entier, et notamment Téhéran, sont bien informés sur la haute capacité de défense d'Israël. Pour le prouver, le recours à la force n'est pas une nécessité. Au moins pour le moment.


Par Marianna Belenkaïa, RIA Novosti


Samedi 13 Mai 2006

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