Mercredi 17 Mars 2010
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PROCHE ORIENT
« Israël n’a aucun avenir dans la région » Interview de Ramadan Shallah, secrétaire général du Jihad islamiquecirepal [cirepal2005@yahoo.fr]
Jeudi 15 Mai 2008
A
l’occasion du 15 mai, date commémorative de la création de l’Etat sioniste sur
la terre de Palestine et, de ce fait, de la Nakba palestinienne, le Centre
d’Information sur la Résistance en Palestine (CIREPAL) a jugé utile de présenter
ce document, une récente interview de dr. Ramadan Shallah, secrétaire général du
Jihad Islamique en Palestine, accordée à deux quotidiens du
Golfe.
Dans cette interview, dr. Shallah traite de la situation
dans son ensemble, soixante ans après la création de l’Etat usurpateur : où
en est-il ? pouvons-nous libérer la Palestine ? Où en sont les Arabes,
et notamment les Palestiniens ? Comment comprendre l’attitude des
Etats-Unis ? Questions et réponses s’adressent évidemment à un public arabe
et musulman, et notamment à un public soumis à des campagnes médiatiques
pro-américaines incessantes où les résistants sont perçus, sinon comme des
ennemis, du moins comme des aventuriers, face à la toute-puissance
américano-sioniste dans la région. Dr. Shallah répond à tout un courant
d’intellectuels et de politiciens arabes et musulmans qui continuent à agiter la
toute-puissance de l’Etat sioniste et de ses alliés pour fustiger la résistance,
la rendant responsable de l’accentuation de la crise actuelle. En présentant ce
document, nous pensons qu’il est important que la logique et la réflexion des
dirigeants de la résistance palestinienne, et la pensée qui anime les mouvements
de la résistance soient connues telles quelles et non en passant par des filtres
qui faussent souvent la réalité et empêchent de
comprendre. « Israël n’a aucun avenir
dans la région » Interview de Ramadan Shallah, secrétaire général du
Jihad islamique (Watan – Oman / Sharq – Qatar) Traduction CIREPAL Question : soixante ans après la création de l’Etat
d’Israël, qu’est-ce qui a changé quant la vision israélienne d’abord de son
existence dans la région, du point de vue stratégique, et sa vision ensuite de
la paix avec les Palestiniens et les Arabes, plus
généralement ? R. Shallah : A notre avis, concernant la vision
israélienne relative à l’existence de l’entité israélienne dans la région, nous
pouvons distinguer trois étapes essentielles : la première est celle du
refus absolu d’Israël, où le conflit était dénommé conflit arabo-israélien.
Cette étape fut caractérisée par l’unanimité de la nation à refuser l’existence
d’Israël, malgré les failles limitées réalisées par Israël en nouant des
relations secrètes avec quelques parties arabes. Mais ces failles n’ont pas
changé la réalité de cette étape, qui est celle du refus absolu, où le fait de
contacter Israël était considéré comme une trahison suprême. La seconde étape
commence en 1979, avec la signature par Sadate du traité de paix avec Israël.
Dès cette date, certains marquent la fin de ce qui a été dénommé le conflit
arabo-sioniste ou israélien, et le début de ce qui a été appelé le conflit
palestino-israélien. Au cours de cette étape, le régime arabe est sorti du
conflit, et la région est entrée dans ce que nous pouvons appeler la
reconnaissance ou l’admission d’Israël par la contrainte. Cette reconnaissance
débuta avec Sadate et atteint son apogée avec la signature de l’accord d’Oslo,
suivi par d’autres Etats arabes qui signaient des accords officiels, ou
établissaient des relations non officielles avec Israël. C’est l’étape dominante
jusqu’à présent. Mais il y a aussi une autre étape, dans la conscience ou
l’imaginaire israélien, qui n’a pas commencé, celle de l’admission d’Israël
volontairement, dans le sens où l’image d’Israël, en tant qu’Etat envahisseur,
étranger et implanté dans le cœur de la nation, malgré elle, soit supprimé de la
conscience des peuples et des dirigeants de la région, et qu’il soit perçu comme
un Etat normal, voisin, ami, comme tout autre pays arabe ou musulman. C’est le
prix qu’Israël veut obtenir pour faire la paix dans la région, selon la vision
israélienne. La paix qui se base sur la liquidation de la question palestinienne
et l’ancrage d’Israël en tant que grande puissance dans le cœur de la
région. Mais, malheureusement pour Israël et ses alliés, le
projet de règlement dont il a rêvé pour parvenir à la troisième étape a fait
face à une résistance et un refus puissants, et même plus, car la région a
assisté, avec les mouvements de la résistance islamique, à un retour à l’étape
du refus absolu d’Israël. Dans le cadre de la lutte entre deux visions dans la
région, le refus absolu ou l’acceptation absolue d’Israël, l’entité sioniste a
reçu des coups douloureux lors de la victoire de la résistance au Liban en 2000,
le déclenchement de l’intifada al-Aqsa en 2000 et la défaite cuisante lors de la
guerre de juilllet 2006, au Liban… Tout ceci a porté un coup au prestige
d’Israël et de son armée, en touchant à la force de frappe israélienne,
modifiant du coup la priorité d’Israël, et décevant ceux qui appelaient à un
règlement en comptant sur lui. Le sentiment d’être étranger dans la région et la peur
de l’avenir rendent Israël incapable de payer le moindre prix pour la paix à
laquelle les Arabes ont appelé par le biais de l’initiative arabe. Donc, les
priorités israéliennes dans la région consistent à récupérer sa force de frappe
militaire, à élargir la zone de son acceptation par la contrainte, et la
réalisation de nouvelles failles dans le corps arabe. Il regarde du côté des
pays du Golfe, et notamment de l’Arabie saoudite, pour réaliser un alliance
américano-israélo-arabe pour faire face aux forces de la résistance et du refus,
représentées par l’Iran, la Syrie, le Hezbollah, Hamas, le Jihad islamique et
les autres organisations de la résistance en Palestine, se préparant à une
guerre pour récupérer son prestige sioniste dans la
région. En résumé, nous pouvons dire qu’Israël, soixante ans
après sa création, se prépare à mener de nouvelles guerres, non à faire la paix.
Il n’est pas nécessaire que la guerre éclate demain ou dans quelques mois, mais
cette guerre est inéluctable, à notre avis, et le moment zéro sera atteint
lorsqu’il sentira que le prix à payer pour maintenir la situation actuelle, avec
le danger pour sa sécurité que cela comporte, sera plus élevé qu’une guerre
régionale qu’il déclencherait. A notre avis, Israël n’est pas encore parvenu à
ce point, mais nous considérons qu’il l’atteindra. Question : D’une manière concrète, existe-t-il des
facteurs ou des éléments dans les deux milieux, social et institutionnel,
gouvernant en Israël, qui peuvent faire croire, dix ou cent après, à la
possibilité de coexistence réelle entre deux Etats, un palestinien et un
israélien, surtout qu’Israël envisage, stratégiquement, de faire de son entité
un Etat juif ? R. Shallah : Il ne peut y avoir aucune coexistence
pacifique avec l’Etat israélien, et les rapports de force actuels ne génèrent
pas une paix, mais une soumission dont les conditions sont imposées par la
partie forte sur la partie faible. L’entité n’est pas séparée, au niveau de sa
société et ses institutions, de la vision sur laquelle est basé le projet
sioniste, qui est un projet de déni de l’autre, qui a fondé son entité d’une
part sur des mythes, et de l’autre, sur le feu, le fer et le sang, la violence
et la terreur. A partir de la nature belliqueuse et conflictuelle du projet
sioniste, Israël refuse la paix, comme l’a prouvé l’expérience. Il a refusé tous
les projets de règlement malgré leur bas niveau et les concessions obtenues.
Israël refuse l’initiative arabe qui lui a cependant promis de vivre tel un Etat
naturel et légal dans la région en contrepartie de son retrait du Golan, de la
Cisjordanie et de la bande de Gaza, seulement. Il a nié les accords d’Oslo qui
furent une catastrophe pour le peuple palestinien, et a même refusé la
« feuille de route » qui est fondamentalement un projet sécuritaire de
destruction de la résistance palestinienne. Finalement, il refuse le processus
d’Anapolis offert par les Arabes et y a répondu par la construction de milliers
d’unités de colonisation dans al-Quds et ses environs. Donc, parier sur la paix
avec Israël est un pari sur l’illusion et le mirage, car ce qui s’appelle
processus de paix au moyen-Orient, comme l’a expliqué un écrivain et politicien
juif américain, Henri Sigman, est « la tromperie la plus excitante dans
l’histoire diplomatique contemporaine ». C’est un grand mensonge qui a fait
croire que les Palestiniens obtiendront un Etat dans les limites des frontières
de 67. Aujourd’hui, ce mensonge est dévoilé et il est devenu clair que
« l’Etat palestinien » supposé dont ils parlent est « l’Etat des
intérêts sionistes » qui non seulement n’accorde pas aux Palestiniens un
Etat en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, mais prive 4 millions de réfugiés
de retourner à leur pays, et menace d’expulser près d’un million et demi de
Palestiniens qui vivent dans la Palestine occupée en 1948. Pour résumer, l’idée de la coexistence sur la base des
deux Etats est finie, et Israël et les Etats-Unis, en proposant l’idée de l’Etat
Juif, coupent la route à ce qui s’appelle la solution d’un seul Etat. Donc le
conflit se poursuit. Question : quelle est votre vision quant à l’avenir
d’Israël dans la région ? R. Shallah : J’affirme catégoriquement qu’Israël
n’a aucun avenir dans cette région, mais pour répondre à cette question, il
n’est pas important de savoir comment nous, nous voyons l’avenir d’Israël.
L’image du Super Israël, implanté dans la terre comme si cela était un décret
divin auquel nul ne peut s’opposer, dans l’esprit de ceux qui en ont peur, de
lui et des Etats-Unis, ne leur a pas laissé l’occasion d’écouter notre point de
vue ou de lire notre vision sur l’avenir d’Israël, surtout lorsqu’ils y
perçoivent les traces du Coran ou de l’histoire. C’est pourquoi il est
nécessaire d’étudier d’abord comment Israël et ses alliés et amis voient son
avenir, cela nous rapprochera probablement d’une lecture objective sur l’avenir
de cette entité. Il ne fait aucun doute qu’Israël réalise qu’il a atteint sa
soixantième année dans la région et qu’il a dépassé toutes les tempêtes qui ont
essayé de l’en extraire, et a même fait subir des défaites à ses ennemis. Mais
il ne nie pas être entré dans la phase de vieillesse, dont les signes
apparaissent dans les défaites, même limitées, qu’il a subi au Liban et en
Palestine. Ils commencent à parler de danger existentiel, et même la fin
d’Israël devient une idée partagée. A aucun moment encore de l’histoire de cette
entité, ses dirigeants n’ont ressenti un danger planant sur l’existence et
l’avenir de leur Etat comme c’est le cas aujourd’hui. C’est de cette manière
qu’en parlent les politiciens, les intellectuels, les historiens, les
journalistes, les élites de cette entité et des Etats qui le soutiennent,
dans le monde aujourd’hui. C’est de cette manière qu’en a parlé le journaliste
américain Jeffrey Goldberg dans une série d’articles, disant : « je
suis inquiet sur l’avenir d’Israël au cours des dix ou quinze prochaines
années » et demande aux Israéliens de commencer à poser les questions
décisives, telles que l’utilité du projet sioniste, est-ce qu’il a été bénéfique
ou non ? Est-ce qu’Israël est viable ou non ? Peut-il vivre dans un
milieu hostile dont les peuples ne supportent pas sa présence et ne souhaitent
pas en entendre parler ? Ce sont des questions posées aussi par Abraham
Burg et d’autres Israéliens, ou des amis et alliés d’Israël dans le monde. Deux
journalistes américains avaient publié un rapport le 2 avril 2002 (soit avant
même la défaite de juillet 2006) dans Newsweek, disant : « beaucoup de
juifs pensent que l’avenir et la place d’Israël dans le moyen-Orient sont
menacés aujourd’hui, comme il n’a jamais été. Est-ce que l’Etat juif va rester
en vie ? A quel prix ? Avec quelle identité ? Peut-il jamais
connaître la paix ? » L’historien juif Amos Aylon, dans une autre
étude parue le 17 mai 2002 répond à ce genre de questions, disant :
« je suis désespéré car je crains que la question ne soit finie… puis il
poursuit déclarant, ce qui peut sembler étrange pour certains gouverneurs
arabes, mais qui est devenu l’angoisse de la majorité des juifs :
« Pour Israël, la confiance en la possibilité de demeurer est devenue très
mince » ! Ce n’est pas le Jihad islamique, le Hizbullah ou le Hamas
qui le dit, ce sont les paroles d’un historien israélien qui décrit la réalité
d’Israël, malgré sa force militaire : « …la force nucléaire d’Israël
est devenue inutile… » Lorsque la force nucléaire d’Israël devient inutile
pour empêcher la société de s’effondrer et de tomber, psychologiquement, le
premier ministre sioniste Olmert accourt pour menacer et susciter la peur dans
la région, le 11 décembre 2006, parlant de son arme nucléaire, sans pour autant
lever le voile sur l’avenir d’Israël lui-même.. Lorsque cet historien déclare que sa confiance dans
l’avenir d’Israël est devenue mince, il n’a pas consulté l’avenir sur les paumes
ou dans une tasse de café, mais s’est appuyé sur un ensemble de facteurs qui
prouvent les signes de vieillesse du projet sioniste et de l’entité israélienne.
Bien sûr, le projet sioniste a réussi à installer Israël pour qu’il devienne une
patrie ou une entité pour les juifs du monde, mais il n’a pas réussi à la rendre
sécurisée comme l’avaient promis les dirgeants de ce projet. Dans le monde
entier, le juif peut vivre en paix et bénéficier de la sécurité, mais pas le
juif qui vit en Israël. Le projet sioniste a débuté en Palestine, une base à
partir de laquelle il devait se déployer pour former le grand Israël, du Nil à
l’Euphrate. Où est le grand Israël aujourd’hui ? Il est tombé du fait de la
victoire de la résistance islamique, du retrait de l’armée sioniste du Liban en
2000, et même le rêve d’Israël sur toute la terre de la Palestine est fini. Il
est tombé avec le retrait israélien de Gaza en 2005, sous les coups de la
résistance. Le puissant Israël, qui possède la plus forte armée dans la région,
y compris les armes nucléaires, a perdu et a été humilié au cours de la guerre
de juillet/août 2006 face à la résistance des combattants du Hizbullah et de la
résistance islamique. Israël aujourd’hui n’est plus le jeune Israël dont la
force a atteint l’apogée au cours de la guerre et de l’expansion en
1967. Israël aujourd’hui est un Etat décrépit qui souffre du retour des
peuples de la région à la culture du refus absolu de son existence, comme nous
l’avons dit. Israël aujourd’hui, souffre du complexe de la résistance et de la
présence palestiniennes, qui lui crée une crise existentielle. Israël
aujourd’hui n’est plus celui de Ben Gourion, de Dayan, de Rabin et des autres,
mais c’est un Israël qui n’a pas de dirigeants politiques et militaires.
Certains ont affirmé que Sharon fut le dernier roi d’Israël, et après lui, le
pays est tombé… Israël aujourd’hui, dans le cadre de la mondialisation,
souffre d’une crise d’identité et de la faiblesse de la doctrine de sa société
où la fuite du service militaire est devenue très visible et sensible dans
l’armée israélienne. Le plus grave, pour lui, c’est l’affaiblissement du niveau
de l’armée elle-même.. Depuis 1973, que ce soit au Liban ou en Palestine,
l’armée israélienne a subi des coups et des défaites, et elle n’est plus l’armée
infaillible comme cela se disait avant. Le prestige de l’armée israélienne a été
entamé et la force de frappe israélienne a dégringolé à un niveau jamais vu,
dans son histoire. Si l’armée israélienne a perdu son prestige, que reste-t-il
d’Israël ? Nous savons qu’Israël est une caserne militaire, un Etat
militaire dans son organisation et sa vie, l’armée est la population, et la
population est l’armée, ce qui veut dire qu’Israël est une armée ayant un Etat
et non un Etat ayant une armée. Quand l’armée est défaite, l’Etat est
défait. Historiquement, Israël vit de l’aide étrangère et des
rapports de forces internationaux plus que sur ses propres capacités ;
cette aide a atteint son apogée dans le cadre du système unipolaire et de la
domination américaine sur la politique internationale. Cet unipolarisme est
cependant en train de craquer et les rapports de force changeront ; le rêve
de l’empire américain, après son échec et sa défaite en Iraq, est en train de
s’effondrer, le projet de nouveau moyen-orient n’a pas vu le jour ; Israël
vit dans le cadre de la faiblesse, de l’impotence et de la division arabes, mais
aussi du manque de volonté et d’initiative arabes officielles pour faire face à
Israël, mais cela ne durera pas. Ce qui ne change pas, c’est le regard de la
population de la région, envers Israël, pour qui cette entité reste étrangère,
coloniale, et refusée. Le refus absolu de sa présence se développe de pair avec
le développement des courants islamistes, des mouvements de la résistance
islamique en Palestine, au Liban et en Iraq, et du soutien dont ils bénéficient
dans la région. Pour nous, Israël subira le même sort subi par toutes
les entités étrangères implantées par les guerres des Francs, les croisés, dans
nos pays et il disparaîtra comme elles ont disparu. Question : Est-ce que la démocratie israélienne
représente réellement une démocratie dans la région ? R. Shallah : Pour répondre à cette question, nous
devons prendre en considération deux questions
importantes : La première est quelle est la relation entre la nature
du pouvoir en Israël et notre conflit avec le projet sioniste en
Palestine ? En d’autres termes, si la nature du pouvoir en Israël était
dictatorial ou fasciste, est-ce que cela change notre vision, nous, les Arabes
et les musulmans ? Et à l’intérieur du système démocratique lui-même,
quelle est la différence pour nous si arrive à la tête du pouvoir Olmert, Barak
ou Netanyahu ? Ceux qui ont parié sur l’arrivée de Barak après Netanyahu
ont récolté l’amertume de l’effondrement des négociations de Camp David II, car
les Israéliens sont les mêmes, et les conditions israéliennes de Madrid à
Annapolis durcissent, et parier sur la marge ou les différences entre les partis
israéliens, dans leur comportement avec les Palestiniens, est presque
impossible, car ils veulent tous garder la terre et les maisons, qui est l’axe
principal du conflit en Palestine et dans la région. Le second point, si la démocratie représente un critère
de l’attitude occidentale envers Israël, comme le pensent certains, que signifie
cette démocratie pour les occidentaux et les Américains ? Est-ce que la
démocratie à l’intérieur peut-elle coexister avec un esprit expansionniste et
belliqueux envers l’extérieur, qu’Israël met en pratique depuis sa
fondation ? Ou bien Israël est-il conforme à la manière occidentale et
coloniale pratiquée par les Etats occidentaux coloniaux, anciens et nouveaux,
tel le nouveau colonialisme revenu avec l’invasion américaine de l’Iraq ou de
l’Afghanistan, sous le slogan de guerres préventives ? Est-ce que la
démocratie fait-elle bon ménage avec le slogan de l’Etat juif, soutenu par Bush
et auquel appellent les Israéliens aujourd’hui ? Dans ce cadre, Israël
est-il un Etat pour tous ses citoyens ou un Etat pour les citoyens juifs
seulement ? En d’autres termes, Israël est-il réellement un Etat
« démocratique » ou un Etat « religieux » ? Dans tous
les cas, quelle est la situation de la population arabe dans l’Etat d’Israël et
de la discrimination raciale que ne nient pas les Israéliens eux-mêmes ?
Tout cela signifie que la vraie « démocratie », aux yeux d’Israël et
des Etats-Unis, est celle qui réalise les intérêts d’Israël et des Etats-Unis,
sans considération aucune pour le contenu et la nature du processus
démocratique. Nous savons que les Etats-Unis, dans leur comportement avec les
autres, considèrent que leurs propres intérêts constituent le premier critère
pour formuler leur politique… Ils ont toujours eu des relations avec des régimes
dictatoriaux pour leurs propres intérêts qu’ils placent au-dessus des principes
de la démocratie et des libertés des peuples. La démocratie louée dans les
régions de l’autorité autonome, dans le cadre de l’occupation, a été refusée
lorsqu’elle a amené Hamas… La démocratie qui a amené Ahmadinajad en Iran est
refusée aussi, elle est même entièrement refusée parce que l’Iran ne fait pas
partie de l’alliance américaine qui admet Israël et veille sur l’intérêt
américain dans la région ; Finalement, il est probable que la démocratie permet à
l’entité israélienne d’avoir un mécanisme meilleur pour la passation du pouvoir
et l’administration de son conflit dans la région… Question : Est-ce que la coexistence
palestino-israélienne est possible dans le cadre d’un Etat laïc et démocratique
unique ? R. Shallah : L’alternative de l’Etat démocratique
et laïc a été proposée par l’OLP à la fin des années soixante et au début des
années soixante-dix, mais Israël l’a refusé, et aujourd’hui, on parle beaucoup
de l’Etat unique bi-national. Beaucoup pensent que si Israël et les Etats-Unis
ont accepté la solution de deux Etats, avec les conditions israéliennes
évidemment, c’est par crainte d’arriver à l’Etat unique, surtout que l’équilibre
démographique en Palestine sera bientôt favorable aux Palestiniens, certainement
et clairement, à partir de 2010, selon certaines estimations. A partir de là,
certains pensent que l’adoption de la solution de l’Etat laïc unique constitue
la meilleure solution au conflit, dans le cadre de la situation internationale
qui n’accepte et ne permet pas l’idée de la libération de la Palestine, qui
signifie la disparition ou le démantèlement de l’entité raciste qu’est Israël.
Pour nous, nous n’acceptons pas cette alternative, pour
plusieurs raisons : 1) D’abord, elle accorde à Israël et aux Juifs la
légitimité de leur présence sur la terre de la Palestine, légitimité qu’ils
n’ont pas. La nation a lutté, dès le début, sur la base de l’illégitimité de la
présence sioniste en Palestine. 2) propager cette alternative supprime la culture de la
lutte et de la résistance, et propage la culture de la soumission au fait
accompli et à se préparer à vivre avec Israël, au moment où Israël refuse cette
question et poursuit son agression pour consolider son projet en fixant Israël
en tant qu’Etat purement juif.. Ce qui signifie qu’Israël prendra des défenseurs
de cette alternative la reconnaissance de sa légitimité et de son droit à
l’existence sur toute la Palestine, pour que notre terre et notre patrie la
Palestine deviennent une seconde Andalousie, où Israël se consolide sur ses
ruines en tant qu’Etat stable et sûr, en n’ayant pour d’autre but ou espoir que
le fait d’y être acceptés, en tant que sujets, même de dixième
zone ! 3) je ne pense pas que la laïcité peut régler ce conflit
saturé de symboles religieux, des deux côtés… Israël a été fondé et continue à
utiliser les signes bibliques, talmudiques et les mythes pour les mettre au
service du mouvement sioniste et créer Israël, et en face de cette invasion,
l’arabité et l’islamité de la Palestine ont été affirmées. Le bagage
religieux constitue, pour les deux parties, une force de mobilisation importante
dans le conflit, du côté sioniste, pour attaquer et du côté palestinien, pour se
défendre et résister. Que fait la laïcité de l’Etat unique avec l’arabité et
l’islamité de la Palestine dans les cœurs et les consciences arabes et
islamiques ? Comment se débarrasse-t-elle de « la judaïté » de
l’Etat dans la conscience israélienne et le projet sioniste ? Qui peut
convaincre un laïc en Israël, avant le religieux, de devoir abandonner une
partie non négligeable des mythes fondateurs de cette entité, ou d’abandonner
l’idée de la reconstruction du temple présumé sous la mosquée al-Aqsa ? En
face, est-ce que le plus laïc parmi les musulmans ou les arabes peut abandonner
une seule pierre de la mosquée al-Aqsa, ou de l’église de la Nativité ou du St
Sépulcre ? Ce conflit est assurément saturé de symboles et de
croyances religieuses et idéologiques, et la démocratie laïque ne peut
constituer un cadre pour le résoudre, surtout qu’Israël n’a pas occupé la
Palestine au moyen des urnes, mais par le fer et le feu, en tuant et en
expulsant son peuple vers toutes les parties du monde…. La solution est, à notre
avis, de poursuivre le conflit, même par les moyens les plus simples, jusqu’à
relever la nation et modifier le rapport de force.. Au cours de l’intifada des pierres, en 1987, le peuple
palestinien a adressé un message très profond à Israël, et à tous ceux qui le
soutiennent dans le monde, ce message dit que cette entité, son occupation et sa
spoliation de notre terre et de notre partie sont refusées. Nous devons y
résister par tous les moyens, et nous ne pouvons coexister avec…. La génération
qui a grandi sous l’occupation a étonné le monde parce qu’elle se bat contre
Israël, parce qu’elle poursuit ses soldats avec des pierres comme on poursuit un
voleur en fuite. Mais la signification encore plus profonde, c’est que nos
enfants ont lapidé Israël avec des pierres et le châtiment de la lapidation,
dans notre culture et notre loi, est réservé à l’adultère. Israël est, aux yeux
des peuples de la région, celui qui a commis l’adultère envers notre géographie,
notre histoire et il mérite la lapidation et le châtiment jusqu’à la mort et la
disparition de la carte de la région, pour que la Palestine revienne dans la
géographie et l’histoire. Q. Est-ce que les Etats-Unis peuvent se situer autrement
que dans le rang israélien, ou être un juge équitable dans le conflit
arabo-israélien ? R. Shallah : Je ne pense pas que les Etats-Unis,
dans les conditions régionales et internationales actuelles, puissent être
autrement que dans le rang israélien et je doute qu’ils puissent l’être dans
tous les cas, plusieurs facteurs historiques et réalistes nous amènent à le
dire. Sur le plan doctrinal, Israël est issu de la
civilisation occidentale,…car la civilisation occidentale est saturée de
l’esprit juif, tout comme Israël est saturé de l’esprit occidental ou américain.
Quant à ce qu’on appelle la tradition judéo-chrétienne, elle a fait du soutien à
Israël, en occident, et plus particulièrement aux Etats-Unis, une question qui
ne se limite pas aux anglicans ou ce qu’on appelle les chrétiens
sionistes ; du point de vue doctrinal et historique, les Etats-Unis voient
dans Israël leur propre enfance, à cause de la manière dont les Etats-Unis se
sont formés en tant qu’Etat, la réalisation de la prophétie biblique comme l’ont
cru les pères fondateurs des Etats-Unis, au moyen des colons blancs venus au
détriment des habitants autochtones du pays, les Indiens, exterminés par les
nouveaux colons. C’est la même manière utilisée pour fonder Israël, la
différence toutefois étant que les Palestiniens ne sont pas les Indiens, ils
furent massacrés et expulsés, et non entièrement
exterminés… Historiquement aussi, nous savons que le président
américain Truman a reconnu Israël onze minutes après la déclaration de la
fondation d’Israël, le vendredi 14 mai 1948, puis les reconnaissances
internationales se sont succédées… ce qui confirme que les Etats-Unis furent la
sage-femme pour la naissance de l’Etat juif après que la Grande-Bretagne ait
semé la graine par la déclaration Balfour en 1917. La protection occidentale et américaine de l’Etat
d’Israël s’est poursuivie dès le premier instant de sa naissance… Mais les
Etats-Unis ont occupé la première place dans le soutien et la protection
d’Israël au cours des décennies passées, le soutien multiforme et illimité à
Israël, le veto face à toute résolution internationale dénonçant Israël ou
faisant justice aux Palestiniens, la menace américaine envers toute partie dans
la région et dans le monde qui menace Israël et qui tente de lui faire échec.
Décrire la relation entre les Etats-Unis et Israël comme une alliance ou un
partenariat, n’est pas précis et reste insuffisant.. Israël est presque le
51ème Etat américain au Moyen-Orient. Quant à la discussion qui a lieu dans la région et le
monde, après la chute de l’Union soviétique, et l’instauration du système
mondial unilatéral, à propos de l’importance d’Israël pour les Etats-Unis, se
demandant s’il constitue un apport ou un poids stratégique, les évenements ont
prouvé que la discussion n’a aucune valeur… jusqu’à présent, il a lieu aux
Etats-Unis, et sa dernière expression est probablement l’article puis le livre
sur le lobby israélien, écrit par deux professeurs israéliens, Stephen Walt de
Harvard et John Mirchaymer de l’université de Chicago, qui tentent de prouver
que le soutien américain à Israël ne sert pas l’intérêt américain, et que les
intérêts et la politique américaine vont tous dans le sens de l’intérêt d’Israël
et sa sécurité et non le contraire… Cet état d’esprit existe aux Etats-Unis,
mais dans un cercle très étroit et limité, et ne peut traduire le point de vue
américain, tant que les ennemis d’Israël dans la région ne menacent pas les
intérêts américains et qu’ils ne l’obligent pas à choisir entre leurs intérêts
avec les Arabes et les musulmans ou la protection d’Israël… La réalité arabe ne
se limite pas à son incapacité à produire cette équation, mais le régime arabe,
dans sa majorité, se pose lui-même dans le panier américain et constitue avec
lui une alliance et un partenariat dans la région, dont la principale
priorité consiste à protéger l’existence et la sécurité d’Israël. Le rôle ou la
position américaine, à notre avis, que ce soit les républicains ou les
démocrates à la Maison Blanche, va accentuer l’alignement envers Israël, son
soutien et sa défense, parce qu’il bénéficie d’une couverture et d’un soutien
arabes, et notamment d’Etats dont le rôle est central, malheureusement, et nous
ne voyons pas, à long terme, une administration américaine non alignée envers
Israël. Question : Est-ce que les stratégies actuelles,
palestinienne d’une part et arabe de l’autre, sont-elles parvenues au niveau
d’affronter le danger représenté par la stratégie israélienne ? Quelles
sont vos propositions pour les ou la modifier si elles ne sont pas au niveau de
la confrontation ? R. Shallah : Il n’y a pas, malheureusement, de
stratégie palestinienne ou arabe pour affronter Israël. La stratégie
palesitnienne officielle, ou celle de la présidence de l’Autorité et de l’OLP,
menée par Mahmoud Abbas, s’est achevée sur une seule expression, la
négociation.. Il semble que ce soit la négociation pour la négociation, en
toutes conditions et circonstances, quels que soient les actes commis par
Israël, les crimes commis et le sang palestinien écoulé, cela qui n’empêche pas
le président de l’Autorité à se rendre à al-Quds occupée, avec toute la
symbolique qu’elle représente, de rencontrer le premier ministre sioniste,
Olmert, de l’embrasser et de lui serrer chaleureusement la main, alors qu’elle
est plongée dans le sang palestinien, à Gaza, Nablus, Jénine et autres villes,
villages et camps palestiniens ! S’il ne s’agit pas de négocier pour
négocier, le cas est pire, car cela annonce des accords et des nouvelles
catastrophes pour le peuple palestinien, comme les accords d’Oslo, et même
pire ! Quant à la stratégie arabe, si nous pouvons l’appeler
ainsi, c’est d’accepter ce qu’acceptent les Palestiniens, pas tous, mais les
gens d’Oslo, et le soutien à la légalité palestinienne, à leurs yeux,
représentée par le président de l’Autorité, Mahmoud Abbas. Ce ne signifie le
retrait de tout engagement envers la Palestine et sa cause centrale, et envers
son peuple arabe et musulman. S’il est nécessaire d’évoquer comment modifier ces
positions, nous devons d’abord parler de la stratégie israélienne en cette
étape… Nous savons que la stratégie actuelle d’Israël s’appuie sur plusieurs
piliers, les plus importants étant : 1 – assurer le devenir d’Israël et consolider son
existence en tant qu’Etat naturel et central dans la région, jouissant d’une
supériorité militaire, économique, civilisationnelle qui lui garantit la
domination et la souveraineté incontestées sur la région. 2 – Nouer des relations de voisinage avec le milieu
arabe sur la base de la reconnaissance d’Israël et la normalisation avec lui, et
empêcher toute stratégie arabe basée sur l’hostilité à Israël et empêcher les
arabes et les musulmans de s’unir, de posséder toute puissance ou capacité
menaçant l’existence d’Israël, notamment la capacité
nucléaire. 3 – Reprendre la force de frappe et le prestige
israéliens, en faisant face et en liquidant ce qui menace l’existence d’Israël,
représentée par les forces de la résistance et du refus dans la région,
représentée à leur avis par l’Iran, la Syrie, le Hezbollah, le Hamas, le Jihad
islamique et les forces de la résistance en Palestine et toutes les forces vives
de la région. 4 – Imposer la solution israélienne dans le conflit sur
la Palestine, en aidant une entité chétive, dépendante et au service d’Israël,
dont la tâche serait de protéger sa sécurité, et liquider toute résistance
palestinienne actuelle et future. Mais il n’y a pas de stratégie arabe pour faire face à
cette stratégie… L’adoption par les Arabes du choix de la paix ou du règlement
comme choix stratégique, Israël l’a depuis longtemps considérée comme signe de
faiblesse, d’incapacité ou de non souhait d’affronter.. Six ans après
l’initiative arabe, et les Arabes répondent au refus d’Israël de cette
initiative en la proposant de nouveau ! Celui qui souhaite faire la paix ne
doit pas laisser tomber le choix de la guerre, mais doit s’y préparer, comme le
fait Israël ! Mais le choix unique et l’insistance à adopter la paix comme
choix stratégique, ne signifie pour l’esprit israélien que le fait que le régime
arabe a depuis longtemps levé le drapeau blanc, et qu’il vit dans un état de
soumission au projet israélien et américain dans la région… Cette position arabe
s’appuie sur une équation fixe dans l’esprit de la plupart des dirigeants, s’ils
veulent préserver leurs trônes et rester à la tête du pouvoir, ils doivent
obtenir la satisfaction de Washington, et ne doivent pas alors s’opposer à la
stratégie américano-sioniste dans la région, mais y collaborer et être en
symbiose avec elle, et même à son service… A partir de là, nous ne pouvons parler de la possibilité
de mettre une stratégie arabe pour faire face à la stratégie sioniste et
américaine dans la région que si les dirigeants réalisent que le soutien à
Israël ou le silence sur ses crimes, le soutien aux intérêts américains et à la
stratégie américaine dans la région n’est pas dans leur intérêt, en fin de
compte. La stratégie américano-sioniste est un projet colonial
pour faire exploser la région… La liquidation des forces de la résistance et du
refus dans la nation, et le soutien et la protection d’Israël sont une équation
que ne peuvent accepter les masses de cette nation, même si elles sont exténuées
ou marginalisées. Ce que prépare Israël pour les forces vives de la nation nous
fait dire que le déluge est prochain, le moment de vérité et l’explosion de la
région sont prochains. Celui qui s’imagine qu’il est à l’abri ou qu’il sera
sauvé se fait des illusions. Le déluge et les tempêtes emporteront tout le
monde, et se préparer à l’affronter réclame un éveil, plutôt un choc dans la
conscience arabe. C’est le premier pas réclamé pour formuler une stratégie arabe
et palestinienne officielles, afin de modifier l’image inversée dans la vision
des arabes d’eux-mêmes et de leur ennemi dans la région… La stratégie arabe est
aujourd’hui inversée et il faut renverser la conscience et l’attitude arabes
pour modifier la politique et la stratégie arabes et commencer à dessiner à
nouveau la carte politique, en précisant qui est l’ennemi et qui est l’ami. Il
faut éviter que quiconque appartenant au système arabe entre dans une alliance
américano-sioniste pour faire la guerre contre les forces de la résistance et du
refus, dans la nation, au profit d’Israël… il ne faut pas inventer une illusion
qui s’appelle « le danger iranien » dans la région, et se fermer les
yeux face au « danger israélien » qui est clair et qui nous fait
suffoquer, qui mord notre présent et menace et confisque notre avenir.. Il ne
faut pas qu’on nous invente un ennemi à l’intérieur de la maison palestinienne,
telle ou telle organisation, et nous convainque que nous avons un voisin ou un
ami dans la région qui s’appelle Israël. Si les Arabes se réveillent de l’état de cette image
inversée et du brouillage des concepts, où nous ne pouvons distinguer l’ennemi
de l’ami, la stratégie de la confrontation peut être formulée, et les détails
peuvent être discutés et il sera facile de s’y mettre d’accord. L’essentiel au
début est de définir où poser les pieds, tu es avec ton peuple et ta nation ou
avec ses ennemis ? C’est la question posée et qui attend la réponse de
toutes les parties dans le régime arabe, aujourd’hui.
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16/03/2010
Le plan diabolique d'israël: La stratégie du gouvernement israélienM'hammedi Bouzina Med
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