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Israël et l'Occident : ‘Des valeurs partagées' de racisme et de colonialisme de peuplement


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Au cours des deux dernières décennies, le boycott d’Israël est devenu une partie importante de la résistance du peuple palestinien et de ses partisans internationaux au racisme, au colonialisme et à l’occupation militaire d’Israël. Le mouvement palestinien de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) cherche à atteindre plusieurs objectifs stratégiques : mettre fin à l'occupation et à la colonisation des terres palestiniennes par Israël, mettre fin au racisme institutionnalisé par Israël et assurer le retour des réfugiés palestiniens.


Joseph Massad
Lundi 24 Juin 2019

Netanyahu et la colonisation du Golan Syrien.
Netanyahu et la colonisation du Golan Syrien.
Le mouvement BDS a engrangé un soutien mondial, notamment de la part d'universitaires, d'artistes, d'athlètes, d'églises, de syndicats, de groupes de défense des droits de l'homme et d'entreprises.

Boycott symbolique
Certains gouvernements occidentaux, notamment le Royaume-Uni et l'Union européenne, ont adopté une stratégie de boycott symbolique ; ils conseillent ou exigent l'étiquetage des produits israéliens fabriqués dans les colonies de peuplement de Cisjordanie , de Jérusalem-Est et du Golan. Mais le Royaume-Uni et l'Union européenne refusent de soutenir le BDS, même s'ils considèrent officiellement que les colonies de peuplement sont illégales au regard du droit international.
Lorsque le boycott des produits des colonies israéliennes s'est intensifié, le gouvernement britannique a décidé d'interdire cette pratique. Le Parlement allemand a récemment adopté une résolution non contraignante, présentée par l'Union chrétienne démocrate-chrétienne de la chancelière Angela Merkel, accusant le mouvement antiraciste BDS d'antisémitisme.
Les gouvernements occidentaux affirment soutenir Israël en raison de leurs prétendues « valeurs partagées ». En 2018, Emanuele Giaufret, ambassadeur de l'UE en Israël, a déclaré qu'Israël et l'UE « partagent les mêmes valeurs. Nous croyons en la démocratie, la primauté du droit et les droits de l'homme ».
La même année, la Première ministre Theresa May a déclaré que le Royaume-Uni était « fier de se tenir aux côtés d'Israël comme allié (…) et comme un ami proche partageant des valeurs ».
En 2017, le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré en Israël que « nous nous engageons à vous soutenir et à défendre nos valeurs communes ». Il répétait les déclarations de l'ancien président Barack Obama, qui a souvent affirmé que « le lien entre Israël et les États-Unis est enraciné dans (…) des valeurs partagées ».
Au début de cette année, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a tweeté que « le Canada et Israël ont un lien spécial, ancré dans le respect mutuel et les valeurs partagées ».
En 2017, l'Australien Malcolm Turnbull et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont déclaré : « L'amitié entre Israël et l'Australie (…) est ancrée dans nos valeurs communes, [notamment notre] engagement en faveur de la démocratie. »

Conquête coloniale
Les Palestiniens libéraux et leurs partisans affirment qu'il existe une contradiction entre les valeurs des gouvernements occidentaux, considérés comme démocratiques, et Israël, un État fondé sur la conquête coloniale, des lois racistes et l'occupation militaire. Mais y a-t-il vraiment une contradiction ?
Les gouvernements américain et européen qui ont soutenu le sionisme en 1917 étaient conscients de son fondement raciste et colonial - des valeurs et des engagements qu’ils partageaient. En 1917, de nombreux pays européens avaient des colonies et des colonies de peuplement gouvernées conformément aux critères et aux lois de la suprématie blanche.
Les États-Unis, une colonie elle-même, ont mis en place le système de ségrégation raciale Jim Crow qui a perduré jusque dans les années 1960 et ont refusé la citoyenneté aux Amérindiens jusqu'au Indian Citizenship Act de 1924, bien que le droit de vote des ‘Indiens’ reste limité.
Lorsque ces pays ont soutenu l’établissement d’Israël en 1948, leurs valeurs communes et leurs engagements en faveur du colonialisme et du racisme étaient identiques. En 1947-1948, des soldats français se sont déchaînés à Madagascar, tuant, torturant, violant et incendiant des villages. Ils ont tué des dizaines de milliers de personnes.
Au Vietnam, la France a tué des centaines de milliers de Vietnamiens entre 1945 et 1954 avant sa défaite à Dien Bien Phu. En Algérie, les Français ont refusé aux musulmans algériens l'égalité des droits avec les colons français. Des centaines de milliers d'Algériens ont été tués dans la lutte pour mettre fin au colonialisme.
La France et Israël ont partagé des stratégies au cours de cette période pour réprimer leurs populations autochtones respectives.
La politique britannique n'était guère différente. Au Kenya, pour protéger ses colons, la Grande-Bretagne a lancé dans les années 1950 une guerre féroce contre les Mau Mau, qui se sont battus pour mettre fin au colonialisme des colons. Les Britanniques ont torturé, violé et emprisonné les Mau Mau au cours d'une campagne qui aurait entraîné la mort de dizaines, voire de centaines de milliers de personnes. Les victimes africaines de la colonie britannique de la Rhodésie ont également souffert sous le régime britannique.

Suppression pure et simple
Lorsque les pays occidentaux ont de nouveau soutenu la conquête israélienne en 1967, la discrimination raciale était toujours d'actualité aux États-Unis après l'annulation de la plupart des lois racistes de Jim Crow en 1965, alors que la police réprimait activement le Mouvement pour les Droits civiques et que l'armée américaine écrasait le Vietnam sous un tapis de bombes.
La France et le Royaume-Uni venaient de se dégager de la politique coloniale, mais pas du racisme. Le soutien occidental à la colonie sud-africaine s'est établi malgré les appels lancés par l'ONU à boycotter le régime de l'apartheid. Israël est devenu le plus proche de l’Afrique du Sud de l’Apartheid.
Ce n'est qu'avec le changement d'attitude de l'Occident envers l'Afrique du Sud et avec son adhésion au mouvement de boycott dans les années 1980 et 1990 que ces engagements ont commencé à être levés.
Pourtant, dans les cas des États-Unis, du Canada et de l'Australie, la suppression des droits des autochtones est une valeur qu'ils partagent avec Israël et pour laquelle ni le Royaume-Uni ni l'Union européenne ne les a jamais critiqués.
Les objectifs démocratiques du peuple palestinien et son engagement à mettre fin au racisme et au colonialisme israéliens sont des valeurs que les gouvernements occidentaux refusent de partager. Les valeurs que partagent ces gouvernements avec Israël, contrairement à leurs fausses affirmations, ne sont pas la démocratie et la liberté pour tous, mais plutôt l’élimination pure et simple des peuples non blancs et autochtones.

Joseph Massad est professeur de politique arabe moderne et d'histoire intellectuelle à l'université Columbia de New York. Il est l'auteur de nombreux livres et articles universitaires et journalistiques.


Source : Middle East Eye

Traduction : MR pour ISM

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Lundi 24 Juin 2019


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