Palestine occupée

Israël cible les groupes militant pour les droits humains



Pour essayer d’endiguer le flux de preuves l’incriminant dans les crimes de guerre qu’il a commis pendant l’assaut de l’hiver dernier contre Gaza, le gouvernement israélien a lancé une campagne afin de réprimer l’activité des groupes de défense des droits humains, tant en Israël qu’à l’étranger.
Jonathan Cook - The National


Jonathan Cook
Lundi 10 Août 2009

Jeff Halper, cofondateur du comité israélien contre les démolitions de maisons Alexei Kidel , The National
Jeff Halper, cofondateur du comité israélien contre les démolitions de maisons Alexei Kidel , The National

Il a tout d’abord ciblé l’une des principales organisations mondiales de défense des droits humains, Human Rights Watch (HWR), basée aux États-Unis ainsi qu’un groupe local d’anciens combattants dissidents, Breaking the Silence (Rompre le silence) qui a publié le mois dernier les témoignages de 26 soldats ayant combattu à Gaza.

En outre, selon les médias israéliens, le gouvernement compte prendre « une attitude beaucoup plus agressive » envers les groupes de défense des droits humains qui s’efforcent d’aider les Palestiniens.

Des officiels ont mis en cause les sources de financement de ces organisations et ont menacé d’adopter une loi interdisant l’aide de gouvernements étrangers, particulièrement européens.

En réponse, les militants de Rompre le silence et d’autres groupes israéliens ont accusé le gouvernement de mener une « chasse aux sorcières » afin de les intimider et de les priver des fonds nécessaires à la poursuite de leurs enquêtes.

« C’est une mesure très dangereuse » a dit Mikhael Mannekin, un des dirigeants de Rompre le silence. Israël prend une direction très antidémocratique.

La campagne proviendrait d’une initiative de Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères d’extrême droite, actuellement accusé de corruption, mais qui a l’appui du premier ministre Benjamin Netanyahou.

A l’occasion d’une conférence de presse le mois dernier, M. Lieberman a accusé des organisations sans but lucratif et des organisations non-gouvernementales de se substituer aux diplomates pour déterminer l’action de la communauté internationale à l’égard d’Israël. Il a également menacé d’instituer des réformes afin de diminuer l’influence de ces groupes.

Une semaine plus tard, le bureau de M. Nétanyahou est intervenu contre Human Rights Watch, critiquant lourdement l’organisation d’avoir levé récemment des fonds en Arabie Saoudite.

HWR a répondu qu’il n’accepte que des dons privés et n’accepte pas de fonds du gouvernement saoudien, mais les officiels israéliens disent que tout l’argent saoudien est pollué et qu’il compromettra l’impartialité du rôle de chien de garde de HRW par rapport à Israël.

« Qu’une organisation de défense des droits humains mobilise des fonds en Arabie Saoudite équivaut pour un groupe de défense des droits de la femme à demander une donation aux Talibans » a dit Marc Regev, porte-parole du gouvernement, au quotidien israélien de droite, le Jerusalem post.

HRW a récemment publié des articles dans lesquels il accuse l’armée israélienne d’avoir commis des crimes de guerre à Gaza, notamment d’avoir utilisé du phosphore blanc et d’avoir attaqué des cibles civiles.

HRW subit maintenant une pression concertée de la part de groupes du lobby juif et de journalistes juifs importants aux États-Unis l’incitant à rompre ses liens avec les donateurs saoudiens. Selon les médias israéliens, certains donateurs juifs aux États-Unis ont également précisé que leur argent doit être utilisé pour mener des enquêtes sur les droits humains qui n’incluent pas Israël

Entre-temps, le ministère israélien des affaires étrangères met la pression sur les gouvernements européens pour qu’ils arrêtent de financer nombre de groupes israéliens de défense des droits humains.

En prélude aux sanctions, il a émis des instructions à toutes ses ambassades dans le monde pour qu’elles demandent aux gouvernements hôtes s’ils financent de telles activités.

La semaine dernière, le ministère des affaires étrangères s’est plaint auprès des diplomates britanniques, néerlandais et espagnols de l’appui que leurs pays respectifs fournissent à Rompre le silence.

D’après les témoignages recueillis auprès des soldats, l’armée israélienne aurait commis beaucoup de crimes de guerre à Gaza, utilisant notamment les Palestiniens comme boucliers humains, et tirant des obus au phosphore blanc sur des zones civiles. Un soldat a dit que les tirs israéliens étaient « dingues ».

Le gouvernement des Pays-Bas a versé près de 20 000 € à ce groupe pour la rédaction de son rapport sur Gaza, tandis que la Grande-Bretagne finançait ce travail l’année dernière à raison de 40 000 £.

Les officiels israéliens discuteraient actuellement sur comment décréter l’illégalité du financement d’organisations politiques en Israël par des gouvernements étrangers ou comment obliger ces groupes à se déclarer « agents d’un gouvernement étranger ».

« Tout comme les gouvernements européens trouveraient inacceptable le soutien d’ONG contre la guerre aux USA, il est inacceptable que des Européens financent des ONG locales opposées aux politiques du gouvernement israélien démocratiquement élu » a dit Ron Dermer, haut fonctionnaire dans le bureau de M. Netanyahou.

Il a ajouté que nombre de groupes travaillaient à délégitimer l’État juif ».

Jeff Halper, dirigeant du comité israélien contre la démolition des maisons, a indiqué que la position gouvernementale était contraire à l’évolution de longue date de la surveillance du respect des droits humains.

« Tous les dictateurs, depuis Hitler à Milosevic, ont dit qu’il ne doit pas y avoir d’ingérence dans leurs affaires souveraines et que tous les autres doivent se tailler. Mais selon le droit international, les droits de l’homme sont universels et ne peuvent pas être laissés à l’interprétation des gouvernements individuels. Ce qui a motivé l’adoption des conventions de Genève est que la communauté internationale a le devoir d’être le chien de garde en ce qui concerne les abus des droits humains où qu’ils se produisent.

M. Halper, dont l’organisation a reçu l’année dernière 80 000 € de l’Espagne pour la reconstruction de maisons palestiniennes détruites a été arrêté l’année dernière pour être allé à Gaza avec des militants de la paix afin de rompre le siège.

Parmi d’autres groupes dans le collimateur du ministère des affaires étrangères il y aurait : B’Tselem qui fournit notamment des caméras à des Palestiniens pour qu’ils enregistrent les mauvais traitements dont ils sont victimes aux mains des colons et de l’armée ; Peace Now, qui surveille la construction des colonies ; Machsom Watch, dont les militants observent les soldats aux postes de contrôle ; et Médecins pour les droits humains qui a récemment examiné la complicité des médecins dans la torture.

M. Mannekin a ajouté : « le gouvernement ne peut pas supprimer l’information sur ce qui s’est passé à Gaza en fermant nos groupes.

« Vous ne pouvez pas envoyer 10 000 soldats dans la bataille et ne pas compter que certains détails sortiront au grand jour. Si nous ne le faisons pas, quelqu’un d’autre le fera.

La campagne actuelle du gouvernement fait suite à une descente de police en avril dans les maisons de 6 Israéliennes militantes de la paix.

Ces femmes, toutes membres de New Profile, organisation féministe qui s’oppose à la militarisation de la société israélienne, ont été arrêtées et accusées d’aider de jeunes Israéliens à se soustraire au service militaire. Ces femmes sont toujours en attente de savoir si elles seront poursuivies.







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Jonathan Cook est écrivain et journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books).

Le site : 

et le courriel de Jonathan Cook


Cet article peut être consulté ici :
http://www.thenational.ae/apps/pbcs...
Traduction de l’anglais : Anne-Marie Goossens
http://www.info-palestine.net


Lundi 10 Août 2009


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