Néolibéralisme et conséquences

Islande: «l’UE a poussé trop loin le harcèlement»



Beat Kappeler
Mercredi 27 Janvier 2010

Islande: «l’UE a poussé trop loin le harcèlement»

Pourquoi la Suisse a besoin d’une diplomatie plus agressive

Quand on se met à l’écoute du pays, on se rend compte que de nombreux citoyens souffrent de ce que le Conseil fédéral ne cesse de se faire avoir en politique extérieure. La poli­tique étrangère économique, avant tout, est devenue poussive.
Nous avons déjà parlé de deux cas. Se voir refuser sa présence au G 20 puis promettre immédiatement après un crédit de 10 milliards au FMI est une attitude servile. Pas d’impôt sans participation, c’était déjà le mot d’ordre de la révolution américaine et il conviendrait bien à la diplomatie suisse. Et puis personne ne rappelle aux Français et aux Américains que la Suisse peut également acheter ses avions de combat en Suède s’ils continuent à nous rendre la vie dure.
Ces bévues proviennent du fait que le Conseil fédéral n’agit pas en gouvernement mais comme un club rigide de hauts fonctionnaires qui prennent place de temps en temps à leurs pupitres de bois du Palais fédéral. La photo de Nouvel An fait l’effet d’une propagande mensongère.
Evoquons trois applications possibles d’une bonne politique étrangère économique. Actuellement, l’Islande est en conflit avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas à propos d’un crédit de plusieurs milliards d’euros destiné à indemniser tous les investisseurs des banques islandaises en faillite. Le président islandais s’y est opposé, les Islandais vont commencer par voter, refuseront probablement de payer et s’opposeront à l’adhésion à l’UE.
L’UE a poussé trop loin le harcèlement. Les Suisses savent ce que c’est, mais maintenant la Suisse et la Norvège devraient venir en aide aux Islandais. Tout d’abord, cela souderait l’AELE. Cette zone de libre-échange est dynamique, elle conclut des traités dans le monde entier et la Suisse ne doit pas la laisser s’effriter encore davantage. Mais la semaine dernière, la télévision alémanique annonçait la mort de cette association «dans 50 ans» au lieu d’informer. En outre, la conseillère aux Etats Sommaruga a eu l’occasion de proposer l’UE comme alternative sans personne pour la contredire.
Une aide à l’Islande pourrait également montrer aux Britanniques et aux Néerlandais que la Suisse peut aussi se montrer désagréable. On finira par s’arranger, mais avec un meilleur résultat. Oppose-toi et on te prendra au sérieux. Or des questions posées aux trois départements compétents – Affaires étrangères, Economie et Finances – donnent une triste image du gouvernement: Une des réponses a été: Rien n’est prévu, «l’Islande ne nous a pas adressé de demande». Ailleurs, on nous a dit de nous adresser à un autre département. En bref: passivité, surprise, aucun projet politique.
La seconde application concerne le différend fiscal avec l’UE. Un aspect de détail des négociations avec l’Italie fin octobre est très éloquent. Le ministre des Finances italien rebelle Giulio Tremonti voulait être nommé vice-premier ministre, ce qui a fâché Silvio Berlusconi qui a déclaré publiquement qu’il voudrait bien s’en débarrasser.
Or juste après, le Département suisse des Finances a fait savoir qu’il voulait résoudre le différend de manière diplomatique et non conflictuelle, ce qui a renforcé la position de Tremonti. Si la Suisse avait tout de suite employé les grands moyens, son siège aurait vacillé davantage et nous aurions peut-être été débarrassés de cet ennemi. La Suisse a quand même fini par se montrer ferme lorsque, quatre jours plus tard, elle a interrompu les négociations sur le dossier fiscal. Mais Berlusconi et Tremonti s’étaient déjà réconciliés et le gouvernement italien était tombé d’accord sur une attitude de fermeté.
Que devrait être une bonne politique étrangère économique? Tout d’abord, elle a besoin de la structure que le l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin a supprimée en 1999, l’Office fédéral de l’économie extérieure. Cet organe qui avait à sa tête un Secrétaire d’Etat, sorte de haut diplomate chargé du commerce extérieur, était un centre de compétence qui avait des spécialistes en matière de monnaies, de commerce, de développement, d’agriculture et d’énergie. Les autres départements n’aimaient pas cet organe de coordination parce qu’il mêlait son grain de sel. En outre, c’était un vivier de cadres politiques et économiques. C’est lui qui apportait de la cohé­rence dans la politique extérieure économique, ce dont le Conseil fédéral n’est pas capable.
Le professeur Dieter Freiburghaus, qui déplore également le démantèlement de cet Office, fait référence au deuxième aspect des succès diplomatiques internationaux dont nous avons souvent parlé, c’est-à-dire les compromis croisés. Si les conseillers fédéraux ne négocient que pour leur département, ils ne peuvent jamais mettre en rapport deux questions sans lien, comme le sommet du G 20 et les milliards du FMI ou la fiscalité et les avions de combat.
C’est ce qu’a fait Vaclav Havel lorsqu’il n’a signé le Traité de l’UE qu’à condition que l’on en dissocie les revendications des Allemands des Sudètes. Les négociateurs suisses considèrent le procédé comme peu honnête, mais dans le conflit fiscal, l’Allemagne, l’UE et les USA ont menacé d’y avoir recours.
C’est pourquoi, troisièmement, le Conseil fédéral doit être un gouvernement qui se ré­unit chaque jour une demi-heure ou communique par visioconférences. Il vaudrait mieux avoir un président qui reste en fonctions plusieurs années, n’a pas la responsabilité d’un département et a le droit de fixer l’ordre du jour des séances.
Sinon le Conseil fédéral restera aux yeux de nombreux citoyens une source de mécontentement à propos de la politique d’un pays finalement assez heureux. Son comportement nuit au pays. Dans le numéro des Schweizer Monatshefte dans lequel a écrit Dieter Freiburghaus, notre futur ambassadeur à Berlin Tim Guldimann demande que l’on aban­donne le complexe du petit pays. Ayons davantage confiance en nous et donnons-nous les instruments nécessaires.   





Source: NZZ am Sonntag du 10/1/10 (Trad. H&D)




*    Economiste et journaliste suisse, Beat Kappeler est né en 1946 à Villmergen. Après des études de sciences politiques à Genève et à Berlin-Ouest,
il travaille comme journaliste économique indépendant, puis comme secrétaire de l’Union syndicale suisse. Puis il sera consultant et écrira pour divers journaux suisses (Die Weltwoche, Le Temps, L’Hebdo, NZZ am Sonntag, Coopération). Il a pré­sidé le groupe de réflexion sur la société de l’infor­mation créé par le gouvernement suisse et a fait partie de la Commission fédérale de la communi­cation. Il enseigne à l’Institut des hautes études en administration publique de Lausanne et a publié «Quelles politiques sociales?»
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Les Islandais attachent une grande importance à l’histoire

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«Dès le début de leur histoire, les Islandais manifestèrent de l’intérêt pour la lecture et la narration. Ils devinrent les bardes du monde viking et des témoins de l’histoire. […]
Ces mêmes instincts qui avaient poussé les chefs de tribus à fuir la Norvège les incitèrent, en 930, à fonder un Parlement, l’Althing. […] Le pays était di­visé en 39 circonscriptions (godords) qui envoyaient chacune un député (godi) à l’Assemblée nationale. Ce système politique, qui présentait de grandes similitudes avec la démocratie américaine de Jefferson, reposait sur une classe de paysans indépendants qui pouvaient re­mettre en question à leur guise leur loyauté à l’égard des députés (les femmes pouvaient également devenir des godis, à condition qu’un homme se prononce en leur faveur au Parlement). La devise de cette communauté était «La nation est construite sur la loi». On peut la lire aujourd’hui encore sur les médailles des policiers islandais. […]
Pour les Islandais, les pères de la nation sont morts mais pas oubliés car la fierté de chacun d’avoir une tradition d’indépendance et d’être de sang royal est renforcée par des légendes qui évoquent les noms et les hauts faits des anciens chefs de tribus. […]
L’Islande n’a jamais eu besoin d’une structure de gouvernement central forte pour préparer les guerres ou organiser sa défense nationale et sa taille réduite rendait superflu le développement d’une bureaucratie sophistiquée. Pour les Islandais, le succès est le salaire de la har­diesse, de l’imagination, de l’improvisation et de l’aptitude à flairer les occasions à saisir.»



Source: Ásgeir Jónsson, Der Fall Island. Wie internationale Spekulanten ein Land an den Rand des Staatsbankrotts brachten, FinanzBuch Verlag, Munich 2009

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=1981 http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=1981



Mercredi 27 Janvier 2010


Commentaires

1.Posté par ghiu le 29/01/2010 08:20 | Alerter
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on nome ceux qui plaisent ,pas ceux qui sont capables ,et
"Le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen."
Winston Churchill

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