Géopolitique et stratégie

Iran : une diplomatie rationnelle qui fait florès



Samedi 31 Mai 2008

Iran : une diplomatie rationnelle qui fait florès
La crise libanaise provoquée à l'instigation des puissances supra régionales aidées en cela pour leurs partisans du cru allait débouché sur une véritable catastrophe si ce n'était la vigilance d'une majorité de libanais et la médiation efficace de l'Iran.

Le 25 mai fera date dans l'histoire du Liban moderne. Après près de six mois de vacance de la présidence, et 18 mois de crise politique le pays a enfin un président en la personne de Michel Sleimane, plébiscité par 118 des 127 députés du parlement. Le Liban entre selon toutes les prévisions dans une période de stabilité politique en prélude à une reprise économique. Cet heureux épisode a coïncidé avec un autre événement non moins salutaire, celui du départ de l'armée occupante sioniste du sud du Liban. Le 26 mai, les Libanais avaient donc plus d'un motif pour laisser éclater sa liesse.

Le 5 mai dernier, le gouvernement Siniora a décrété, dans une démarche totalement hostile, le démantèlement des réseaux de télécommunication du Hezbollah sous prétexte que ce système enfreignait la souveraineté nationale du pays. Mais ce n'était pas tout. Le gouvernement a en outre décidé de lancer des poursuites judiciaires contre les personnes ou les institutions qui auraient autorisé le Hezbollah à construire ou à maintenir ces réseaux. Dans la foulée, le responsable de la sécurité de l'aéroport, un partisan de l'opposition, a été limogé de son poste.

L'hostilité de la démarche ne faisait pas de doute : l'opposition y a vu une déclaration de guerre ouverte lancée par les Etats-Unis et le régime sioniste, une goutte de trop qui a fait déborder la vase. La suite des événements tout le monde le connaît. Des violence de rue, des affrontements sporadiques pendant une semaine, des tués, des blessés, bref, un air de guerre civile flottant au-dessus de Beyrouth. Par la voix de son porte-parole, le cheikh Naim Ghassem, le Hezbollah a montré de doigt la responsabilité directe du gouvernement dans cette affaire avant d'affirmer que les armes et le dispositif de télécommunication faisaient partie intégrante de la résistance. Sous pression de la rue, Siniora a fait machine arrière retirant tour à tour ses deux décrets concernant le limogeage du chef de sécurité de l'aéroport et le démantèlement des réseaux télécommunicants du Hezb.

On se rappelle cette phrase de George Bush qui appelait, pour ne pas dire intimer l'ordre, aux « libanais » d'élire leur président « à la majorité de la moitié des voix » sans prendre en compte les légitimes exigences de l'opposition. Tout au long de la crise, le président américain et son équipe n'ont cessé d'attiser les tensions par des déclarations provocantes, des menaces, des partis pris. A chacune de ses sorties, Bush promettait d'apporter jusqu'au bout, son « soutien économique et politique » au cabinet Siniora pour que celui-ci parvienne à vaincre « l'opposition. Quelques jours avant l'accord de Doha, on lisait dans une lettre signée George Bush, les faux inquiétudes de ce dernier au sujet des « efforts irano-syriens destinés à plomber les institutions libanaises ». Le destinataire, M. Siniora, ne cachait d'ailleurs pas sa joie de voir le chef de la Maison Blanche, « plébisciter une primature » illégitime qu'une majorité de libanais contestait. Dans sa missive, Bush exigeait la désignation sans condition du chef de l'état comme s'il parlait d'une affaire intérieur. Et pour boucler la boucle, la lettre présidentielle revenait sur la leitmotive chère au 14 mars, à savoir la question du tribunal international pour élucider le meurtre de Rafic Hariri.

Or la lettre répondait point par point à la politique poursuivie depuis deux ans par les Etats Unis à l'égard du gouvernement libanais : une politique donnant-donnant avec d'un côté une majorité parlementaire libanaise à l'écoute des diktats de Washington et de l'autre côté une Amérique généreuses prête à tout instant à ouvrir sa caisse et ses entrepôts d'armes pour aider ses « amis au Liban ». Ridicule marchandage, quand on sait qu'il a donné surtout lieu au déploiement des navires de guerre américains dans les eaux territoriales libanaises. Déplorons aussi le rôle ambiguë de certains états arabes qui ont délibérément choisi le camp américain pendant la crise, quitte à faire perdurer les tensions et à créer des hostilités. Mais qu'a fait-il au juste l'Iran ?

La politique libanaise de la RII est claire : elle consiste à faire rapprocher les points de vue de divers groupes politiques au Liban , à dissiper les divergences. Téhéran n'a cessé depuis deux ans de réclamer une parfaite « neutralité » des puissances extrarégionales vis-à-vis du Liban. Pour l'Iran nul pays ni aucune instance n'est apte à décider en lieu et place des libanais pour ce qui leur convient mieux. Convié pour participer aux cérémonies d'investiture du Président Sleimane, le ministre iranien des Affaires Etrangères a d'ailleurs pris le temps de réitérer cette position de principe. Pendant les deux jours de son séjours beyrouthin, celui-ci s'est entretenus presque avec tous les dirigeants politiques du Liban. Et presque tous l'on félicité pour le rôle positif de son pays dans le règlement de la crise. Le président du parlement Nabi Berry a été sans doute l'un des enthousiastes pour avoir tenté à plus d'une reprise de déclencher le processus du dialogue nationale avant d'échouer. Les discussions marathon de Mottaki se sont déroules avec Messieurs Sleimane, Siniora, Hariri, Aoun, Berry, d'autres personnalités issus de la majorité et de l'opposition.

Le ministre iranien a également rencontré les dirigeant arabes présents aux cérémonies dont son homologue saoudien et égyptiens. Au cours de ces entretiens, Mottaki a présenté ses félicitation à tous les libanais à l'occasion de l'accord de Doha, qui constitue « le début des retrouvailles ». il a également souligné la coïncidence heureuse entre la signature de cet accord et l'anniversaire de la fulgurante victoire du Hezbollah face à Israël.

En effet, il en faut plus que des félicitations car la crise qui vient de connaître un début de règlement au Liban avait aussi une dimension médiatique. Les médias occidentaux et ceux de certains pays arabes visaient à exploiter les événements sanglants du mois de mai pour ternir l'image du Hezbollah auprès de l'opinion rabe. Et les termes ne manquaient pas : le coup d'état, le coup de force, le putsch du Hezbollah, les agences infondés n'ont pas manqué d'imagination pour fausser le débat et induire en erreur la rue musulmane. Al Arabiya pourrait sans doute revendiquer le palme de désinformation : pendant la semaine de la crise, ses reporters ont diffusé des dizaines de reportages dénues de toute vérité. Le point fort aura été les informations concernant l'usage par le Hezbollah de missiles contre les zones d'habitation de Jebal.

Il va sans dire que le point de mire de toutes ces attaques était le Hezbollah mais aussi la RII qui a toujours soutenu sa résistance légitime à l'occupation sioniste. Mais diatribes n'ont pas pu mettre en cause la patience et la sérénité avec laquelle la diplomatie iranienne traite les questions épineuses. L'Iran a maintenu sa ligne de ni vainqueur ni vaincu envers le Liban et c'était cette même ligne qui a fini par triompher.

Avant la tenu de la réunion de Doha, les iraniens ont multiplié les contacts avec les autorités qataries leur demandant d'user de toute leur influence pour régler la crise de façon à ce qu'aucune partie ne se sente lésées. A plus d'une reprises, les ingérences d'origine supra régionale ont failli mettre en échec les discussions de Doha. Mais de ce genre de manœuvre, les Iraniens ont l'habitude. Téhéran exhortait le Qatar à poursuivre sa médiation sans tenir compte des provocations des uns et des professions de foi des autres. Sous l'impulsion positive de l'Iran, la réunion a finir par accoucher de l'accord que tout le Liban souhaitait depuis des mois. L'élection du général Sleimane à la tête de l'état, la formation d'un gouvernement d'Union nationale caractérisé par une distribution équitable des portefeuilles ainsi que le respect de la loi électorale de 1960 sont les principaux points à retenir dans cet accord.

Il va sans dire que l'accord de Doha est une réelle victoire pour tous les Libanais. Mais les victoires peuvent à tout moment tourner à l'échec si on ne veille pas à ce qu'elle perdure. Alors que l'actuelle majorité parlementaire vient de faire un choix problématique en la personne de Siniora reconduit pour un second mandat à la tête de gouvernement, l'opposition ne peut ne pas être inquiète ? ce choix est-il le début d' un nouveau cercle de crise ? ou Siniora saura-t-il donné au mot concorde interlibanais la place et le poids qu'il mérite ? Le souhait de l'Iran porte évidemment sur la seconde option, la première ayant déjà été expérimenté au prix de paralyser le Liban.

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Samedi 31 Mai 2008

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