Diplomatie et relation internationale

Iran : la diabolisation se poursuit, le flou demeure


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Mardi 11 Avril 2006

Iran : la diabolisation se poursuit, le flou demeure

Décryptage

Nous avons déjà étudié dans nos éditions précédentes la manière dont la presse dominante occidentale présente la « crise iranienne » (appellation induisant comme allant de soi une culpabilité de l'Iran dans les tensions qui l'entourent). Au travers d'un mélange d'accusations à propos d'atteintes aux Droits de l'homme dans la République islamique et d'ambition nucléaire et de provocations verbales du président Ahmadinejad, les médias de masse fabriquent pour leurs lecteurs l'image menaçante d'un État ennemi. Cette stratégie de diabolisation tous azimuts offre un choix de justifications pour approuver des sanctions contre Téhéran. Elle constitue un argumentaire peu convaincant car ne pas être une démocratie libérale ne signifie pas qu'on est dangereux et parce que les progrès des Droits de l'homme en Iran, bien qu'insuffisants, sont heureusement plus rapides qu'à Bagram ou Guantanamo.
Lorsque nous avions étudié le travail de diabolisation médiatique de l'Iran, nous avions noté que ce processus était très similaire à celui qui avait précédé le déclenchement de l'invasion de l'Irak. L'Iran est ainsi accusé des mêmes crimes : lien avec « le » terrorisme, menace pour Israël et pour « l'Occident », fanatisme des dirigeants qu'il est impossible de raisonner, volonté de développer un arsenal des plus dangereux, graves violations des Droits de l'homme, etc. Toutefois, nous avions également noté une différence majeure : les argumentaires des relais traditionnels de l'administration Bush et des cercles américanistes, c'est-à-dire, des partisans de la Pax Americana, évitaient pour la plupart d'aller jusqu'à l'appel explicite à une intervention militaire. Nous nous étions alors interrogés sur la possibilité d'un développement à venir de ce discours, nécessaire au consentement de l'opinion concernant une opération militaire, ou si cette absence d'appel à la guerre marquait une indécision des élites américanistes sur la finalité à apporter à la crise.

Force est de constater aujourd'hui que la préparation psychologique de la population occidentale à la guerre contre l'Iran n'a toujours pas atteint le niveau des mois précédents la guerre contre l'Irak.
Ces derniers jours, les enquêtes du New-Yorker et du Washington Post sur l'éventualité d'une frappe nucléaire états-unienne contre l'Iran ont certes poussé les éditorialistes à revenir à la charge sur la pertinence d'une intervention. On a pu lire des tribunes allant davantage dans le sens d'une attaque aérienne, mais la propagande en ce sens reste, toutes choses égales par ailleurs, limitée. Au demeurant, l'Iran n'a pas interprété ces informations comme une menace contraire au droit international, mais comme une opération d'intoxication visant à l'intimider.

Les experts médiatiques américanistes se font pourtant subtilement menaçants.
La directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l'énergie atomique et membre du conseil de surveillance de la cellule européenne de la Rand Corporation, Thérèse Delpech, alarme l'opinion publique française dans Le Figaro : l'Iran est bien plus proche de l'acquisition de l'arme atomique qu'on ne le croit. Elle se lamente de l'incapacité des autorités onusiennes à mettre un frein au développement de l'armement nucléaire iranien (dont elle ne doute pas). Dans ces conditions, une attaque israélienne contre l'Iran se justifierait et les diplomates pourraient en être reconnus comme les seuls responsables du fait de leur incapacité à régler la crise.

Le stratège du Pentagone Edward N. Luttwak affirme qu'il est possible, contrairement à ce que prétendent certains « sceptiques » (courant de pensée dont il n'identifie pas les membres) de détruire le programme nucléaire iranien en une seule nuit. En effet, une attaque aérienne ne devrait pas raser l'ensemble des installations nucléaires, mais uniquement celles dont la reconstruction prendrait des années, voire serait impossible compte tenu de la surveillance internationale. Cette suggestion, publiée dans le quotidien Ha'aretz, est présentée comme un simple apport au débat politique et non comme un soutien explicite à une frappe aérienne contre l'Iran. C'est oublier que M. Luttwak a la double nationalité israélienne et états-unienne, qu'il est un historien réputé de Tsahal et qu'il a semble-t-il joué un rôle dans l'Opération Opéra : le 7 juin 1981 les F-16 israéliens bombardaient le réacteur nucléaire Osirak construit par les Français en Irak. Le lecteur ne manquera donc pas d'interpréter ce point de vue comme une invitation à la récidive.
Pour étoffer son argumentation, M. Luttwak souligne que l'Iran ne serait pas plus capable de reconstruire ses installations nucléaire qu'il ne l'est de développer ses raffineries, au point qu'il est importateur d'essence alors qu'il est gros exportateur de pétrole. Observons que si l'on prolonge ce raisonnement, on peut se demander comment l'Iran serait apte à construrie une bombe atomique alors qu'il ne parvient même pas à développer des infrastructures aussi vitales que des raffineries.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas matière à disserter sur la possibilité évidente d'endommager gravement les installations nucléaires iraniennes. La vraie question pour les stratèges est d'évaluer la riposte iranienne. Les exercices navals « Grand prophète » que l'Iran vient de réaliser n'ont guère permi d'y voir plus clair. Téhéran a prétendu y avoir testé tant d'armes extravagantes que les observateurs suspectent des rodomontades : le missile balistique fantôme Fajr-3, le missile anti-aérien Misagh-1 à guidage thermique, le missile sol-mer Kowsar à recherche de cible, le navire-hydravion à grande vitesse, la torpille Hout à super-propulsion.

Le directeur exécutif de l'organisation atlantiste German Marshall Fund, Ronald Asmus, ne croit pas pour sa part à l'efficacité d'une attaque aérienne. Dans le Washington Post, il propose que « l'Occident » organise un endiguement de l'Iran. Pour le rendre efficace, il faut que son bras armé, l'OTAN, se réorganise en direction du Proche-Orient et intègre Israël en son sein. Compte tenu des conclusions de l'auteur, on ne sait si M. Asmus se préoccupe réellement de l'Iran ou voit dans cet « adversaire » un prétexte commode pour soutenir un élargissement de l'OTAN que les cercles atlantistes appellent de leurs veux de longue date.

Dans la presse arabe, on ne semble pas douter que la guerre aura bien lieu. Le journaliste et poète jordanien Mohamed Nadji Amaira exprime ses certitudes dans Alwatan et s'inquiète surtout de la position des pays arabes dans le conflit et des répercussions régionales. Fidèle à la ligne de nombreux éditorialistes arabes, son article est marqué par une hostilité envers les États-Unis, vus comme les alliés de l'ennemi sioniste, mais aussi d'une hostilité aux Iraniens stigmatisés pour leurs provocations.

Côté iranien, on dénonce une volonté occidentale d'empêcher le développement économique et énergétique du pays en le privant d'une ressource nucléaire légitime au regard du droit international.
Dans le New York Times, l'ambassadeur iranien à l'ONU, Javad Zarif, rappelle les grandes lignes de la justification internationale de la politique nucléaire iranienne. Le choix du journal n'est pas anodin puisque le quotidien new-yorkais est la référence des diplomates onusiens. M. Zarif rappelle que le programme iranien est pacifique, qu'il n'existe pas de preuves d'un développement militaire, que les instances religieuses du pays s'opposent à la fabrication de l'arme atomique et que l'Iran n'a pas envahi ou attaqué le moindre pays en 250 ans. Ce texte est repris dans le quotidien arabe Asharqalawsat.

Il est bien difficile au travers des discours enflammés des protagonistes politiques d'établir des pronostics sur leurs intentions réelles à propos de la question iranienne. Le flottement perceptible dans les éditoriaux et l'absence de préparation massive de l'opinion à un conflit ne peuvent qu'inciter à la prudence. Il existe aujourd'hui deux écoles chez les analystes.
Pour certains, la préparation militaire et psychologique amenant à un conflit a commencé. Les tribunes d'analystes comme M. Luttwak en seraient les signes avant-coureurs. Dans ce cas, nous devrions assister progressivement, et peut-être rapidement, à des haussements de ton. Déjà, aux États-Unis les cercles fondamentalistes chrétiens, qui soutiennent le sionisme pour des raisons théologiques, et leurs très influents réseaux de télévisions et de radios, prétendent que M. Ahmadinejad est l'Antéchrist voulant détruire Jérusalem et empêcher la retour du Christ. C'est le thème d'un ouvrage actuellement numéro deux des ventes en librairies, Jerusalem Countdown. C'est aussi l'approche défendue par l'organisation Christian United for Israel (CUFI), un réseau d'Églises évangéliques que le quotidien israélien Ha'aretz voit comme un lobby pro-israélien plus puissant que l'AIPAC.
Mais pour d'autres analystes, aucune attaque contre l'Iran n'aura lieu. Au contraire, les anciens agents de l'Irangate, aujourd'hui de retour au pouvoir à Washington, auraient renoué contacts avec leurs amis iraniens. Reprenant les vieilles habitudes, ils armeraient secrètement l'Iran pour gêner la Russie sur son flanc Sud. Une hypothèse qui est étayée par l'empressement russe à trouver une sortie de crise favorable aux Iraniens. Et surtout par l'évidente influence modératrice de Téhéran auprès de la Résistance irakienne.

Le responsable de la stratégie économique pour l'entreprise de gestion de portefeuilles monétaires Lord Abbett, Milton Ezrati, ne croit pas au succès de la bourse pétrolière en euro dont l'ouverture prochaine est annoncée par Téhéran (voir notre focus de ce jour). Dans le Christian Science Monitor, il estime que cet outil, conçut pour affaiblir le dollar, n'a que peu de chance de parvenir à ses fins. Il s'interroge sur la volonté des investisseurs à s'engager sur ce terrain (c'est-à-dire à défier la Réserve fédérale US). Surtout, ignorant le succès de la zone franche de l'île de Kish et l'effet d'entraînement qu'aurait un tel projet, il doute de la capacité iranienne à créer une place financière attractive.

Réseau Voltaire




  

« Le temps de la diplomatie, trop lent face au sprint nucléaire de l'Iran »

Auteur Thérèse Delpech


 Ancienne conseillère de l'ex Premier ministre français Alain Juppé (1995-1997), Thérèse Delpech est directrice des affaires stratégiques au Commissariat à l'énergie atomique, membre du conseil de surveillance de la cellule européenne de la Rand Corporation et chercheuse à l'International Institute for Strategic Studies. Elle est membre du Comité de rédaction de la revue néconservatrice française Le Meilleur des Mondes.

Source Le Figaro (France)
Référence « Le temps de la diplomatie, trop lent face au sprint nucléaire de l'Iran », par Thérèse Delpech, Le Figaro, 1er avril 2004.

Résumé Tandis que le Conseil de sécurité de l'ONU arrivait péniblement à adopter un texte sur le nucléaire iranien, on apprenait que Téhéran avançait plus vite que prévu pour l'assemblage des centrifugeuses sur le site de Natanz. Tout le problème du dossier nucléaire iranien repose sur cette différence de rythme. D'un côté on a une diplomatie lente et de l'autre on a une accélération indiscutable. L'Iran est l'unique coureur de fond face à une communauté internationale dépourvue de stratégie globale.
La déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU ne permettra aucune réelle pression dur l'Iran car les déclarations présidentielles du Conseil de sécurité n'ont pas de pouvoir juridique : cette première étape a un caractère essentiellement politique. C'est un simple appel qui n'est assorti d'aucune menace. En fait, c'est la responsabilité du Conseil de sécurité et de ses membres permanents qui est en cause. On risque de le transformer en un cénacle impuissant, soumis de facto à l'AIEA, en renversant les rôles des deux institutions. Les Européens qui ont toujours défendu le Conseil de sécurité devraient s'en inquiéter. Il est à présent peu probable que la substance de la question iranienne soit abordée à nouveau au Conseil de sécurité avant le mois de juin et Téhéran en profitera au maximum.
En continuant de sous-estimer nos forces et de surestimer celles de Téhéran, on commet plusieurs erreurs. D'un côté le marché, qui a le mérite de fournir des messages clairs, a déjà répondu : le commerce avec Téhéran a baissé, comme l'avait fort bien prédit l'ancien négociateur du président Khatami, Hassan Rohani. Les affaires n'aiment pas les pays qui sont sous examen au Conseil de sécurité. D'un autre côté, la course à l'enrichissement en Iran, dont les Européens ont au moins démontré au cours de leurs négociations qu'elle n'avait aucune justification civile, du fait que le seul réacteur russe présent en Iran est alimenté par du combustible russe pour toute sa durée de vie, pourrait donner raison à ceux qui prétendent que la bombe iranienne serait disponible non pas dans cinq ans, mais peut-être plutôt dans deux.
Et ceux qui ont le plus de raisons de craindre cette bombe pourraient en tirer des conclusions. S'ils le font, à qui donc faudra-t-il attribuer la faute ?
 

« Cela pourrait être fait en une nuit »

Auteur Edward N. Luttwak


 Concepteur d'une théorie originale des relations internationales qui affirme la prééminence de la géoéconomie sur la géopolitique, Edward N. Luttwak est membre du National Security Study Group du département de la Défense états-unien. Il est également membre du Center for Strategic and International Studies.

Source Ha'aretz (Israel)
Référence « It could be done in one night », par Edward N. Luttwak, Ha'aretz, 24 février 2006.

Résumé Beaucoup d'analystes affirment qu'une attaque aérienne préventive contre les installations nucléaires iraniennes est infaisable. Ils affirment qu'il faudrait des milliers d'avions et que même avec ce déploiement de force, certaines installations nucléaires sont si bien cachées ou si bien défendues que l'opération pourrait échouer. Il existe de nombreuses bonnes raisons pour rejeter l'usage de la force, mais cet argument-là n'est pas bon. En effet, les chances de réussite d'une destruction des infrastructures nucléaires iraniennes via une attaque aérienne sont bonnes.
Le principal argument des sceptiques est la comparaison avec l'attaque israélienne contre le centre nucléaire d'Osirak en 1981. Les adversaires des frappes font valoir qu'on ne peut pas comparer une opération contre l'Iran à celle qui a touché l'Irak du fait de la différence d'échelle entre les programmes nucléaires. Le programme nucléaire iranien étant beaucoup plus important que celui de l'Irak au début des années 80, il ne serait pas possible de l'anéantir. C'est exact, mais c'est dans l'interprétation de cet argument qu'ils se trompent. En effet, il ne faut pas envisager une frappe aérienne des installations nucléaires iraniennes comme un plan de démolition d'un immeuble qui nécessite qu'il ne reste rien du précédent pour en construire un nouveau. La destruction non pas de l'ensemble des installations, mais de quelques installations essentielles suffirait à faire perdre des années au programme nucléaire iranien. L'Iran pourrait même ne jamais être en mesure de reconstruire son programme du fait de la méfiance qui l'entoure désormais. Il suffit de constater que l'Iran est d'ores et déjà obligé d'importer 35 % de son essence car il ne parvient pas développer ses raffineries du fait de son isolement.
 

« Endiguer l'Iran : admettre Israël dans l'OTAN »

Auteur Ronald Asmus

Ancien secrétaire d'État adjoint aux Affaires européennes (1997-2000), Ronald Asmus est directeur exécutif du German Marshall Fund (États-Unis).

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « Contain Iran : Admit Israel to NATO », par Ronald Asmus, Washington Post, 24 février 2006.

Résumé Choisir comment répondre à la menace croissante que l'Iran fait peser sur l'Occident en général et sur Israël en particulier n'est pas facile. Une option est d'essayer d'empêcher l'Iran de disposer de l'arme atomique via une frappe aérienne, mais cela est peu vraisemblable d'un point de vue militaire et pourrait avoir des conséquences désastreuses. En outre, cela ne pourrait arrêter l'Iran que sur le court terme. En fait, l'Occident ne doit pas seulement chercher un moyen d'empêcher l'Iran d'acquérir l'arme atomique, il doit chercher ce qu'il pourrait faire s'il n'y parvient pas.
On a eu trop tendance à occulter le rôle que pourrait jouer l'OTAN dans cette affaire. En effet, les capitales européennes sont menacées par le développement d'armes nucléaires par l'Iran et l'alliance atlantique pourrait retrouver son rôle défensif. L'OTAN devrait se réorganiser pour faire face à la plus grande menace pour sa sécurité. Mais il serait également nécessaire de mettre en place un système protégeant Israël, directement exposé aux attaques de l'Iran et la meilleure façon de faire et de la faire se rapprocher, voire adhérer à l'OTAN. Longtemps rejeté par Israël, un débat sur ce point se développe dans l'État hébreu depuis quelques années et la visite de Jaap de Hoop Scheffer en Israël est allée dans ce sens.
L'OTAN souhaiterait un règlement du conflit israélo-palestinien avant une adhésion israélienne, mais le Hamas a pris le processus de paix en otage et la menace iranienne est réelle. Il faut que les États-Unis fassent pression en faveur de cette adhésion.
 

« Les risques du clash nucléaire entre les États-Unis et l'Iran »

Auteur Mohamed Nadji Amaira


 Mohamed Nadji Amaira est écrivain et poète jordanien. Il est également journaliste dans le quotidien Alwatan, et correspondant de plusieurs autres journaux dont Alrai.

Source Al Watan (Koweit)
Référence « مخاطر الصدام النووي بين أميركا وإيران  », par Mohamed Nadji Amaira, Alwatan, 10 Avril 2006.

Résumé Toutes les informations circulant dans la presse états-unienne et européenne renvoient à la montée des tensions autour du dossier nucléaire iranien. Le dialogue et les issues politiques ne semblent plus être valables, laissant penser qu'une frappe « nucléaire » états-uno-britannique est très probable.
La presse occidentale ne publie pas de telles informations uniquement pour semer la terreur ou se montrer menaçante. D'ailleurs Téhéran a présenté un tas de justifications menant à cette mesure américano-britannique. Une mesure soutenue et applaudie explicitement par Israël et les sionistes.
Les officiels états-uniens tels certains analystes politiques, dans leur ligne, ont tendance à accuser les Iraniens de surévaluer leurs capacités militaires. Le récent défilé militaire, en Iran, exposant des missiles et des armes iraniens très développés, illustrent sans doute la capacité militaire de Téhéran.
Dans le même cadre, Israël, présentée comme la cible privilégiée des Iraniens, ne cesse d'appeler au secours les États-uniens et leurs alliés, qui ne vont pas tarder pour leur part à mettre en œuvre leur frappe « préventive » contre le pays des ayatollahs. Surtout que ce dernier, qui a normalement le droit d'utiliser l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, ne semble pas vouloir céder à la pression occidentale, tout en poursuivant sa politique d'entêtement et de provocation vis-à-vis des occidentaux. Une politique qui donnera une légitimité, sans doute, à une ou plusieurs attaques des « gendarmes » du monde et leurs alliés.
Ce sujet pose bien des questions sur les positions arabes. Il s'agit de questions légitimes vu que les grands perdants dans une éventuelle guerre seront les pays du Golfe et l'Irak. Quant à l'État d'Israël, il n'en subira pas le contrecoup.
 

« Nous n'avons pas de programme d'armement nucléaire »

Auteur Javad Zarif


 Ancien vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif est l'ambassadeur iranien à l'ONU.

Sources New York Times (États-Unis), Asharqalawsat
Référence « We Do Not Have a Nuclear Weapons Program », par Javad Zarif, New York Times, 7 avril 2004.
« إنعاشا لذاكرة مشوّشة : ليس لدى إيران برنامج تسلح نووي.. ! », par Jawad Zarif, Asharqalawsat, 07 Avril 2006.

Résumé La controverse sur le programme nucléaire pacifique de l'Iran a obscurci un point important : la crise n'est pas nécessaire et une solution est possible.
L'Iran a un grand intérêt à préserver le Traité de non-prolifération. Il y va de ses intérêts stratégiques mais aussi de sa doctrine spirituelle et idéologique. L'Ayatollah Ali Khamenei a promulgué un décret interdisant le développement et la production d'armes nucléaires. L'Iran définit sa sécurité nationale dans un cadre régional et international et considère que la stabilité régionale est indispensable à son développement et c'est pourquoi nous sommes signataires de tous les traités sur le contrôle des armes de destruction massive. Nous avons subi des attaques d'armes chimiques par le passé, mais nous n‘en avons jamais utilisé. Nous n'avons pas envahi un autre pays depuis 250 ans.
Depuis octobre 2003, nous acceptons un vaste système d'inspection et nous avons donné des réponses satisfaisantes à tous les doutes soulevés. Il n'existe pas de preuves d'un programme nucléaire iranien. Un autre point a été également obscurci à ce sujet dans la crise actuelle : l'Iran est prêt à négocier ! Depuis août 2004, l'Iran a fait huit propositions en ce sens et a fait de nombreux gestes de bonne volonté comme la suspension volontaire de son programme d'enrichissement pendant deux ans, entre autres. L'Iran a récemment proposé la constitution d'un consortium régional d'enrichissement de l'uranium qui serait placé sous le contrôle d'agences internationales.
 

« Le plan iranien pour affaiblir le dollar échouera »

Auteur Milton Ezrati


 Milton Ezrati est responsable de la stratégie économique pour l'entreprise de gestion de portefeuille monétaire Lord Abbett.

Source Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « Iran's plan to weaken the dollar will fail », par Milton Ezrati, Christian Science Monitor, 29 mars 2006.

Résumé L'Iran s'est trouvé un successeur aux contes des 1001 nuits : la bourse pétrolière iranienne. L'Iran a perdu tout contact avec la réalité quand il a développé son plan de création d'une bourse d'échanges pétroliers en euro. Un tel projet a peu de chances d'attirer beaucoup de capitaux ou d'avoir un impact sur le dollar.
Le seul mérite du plan d'attaque iranien contre le dollar est d'avoir une certaine logique économique. Les planificateurs iraniens reconnaissent que la grande utilisation du dollar dans les échanges internationaux de pétrole oblige les acteurs économiques à acheter et à garder des dollars. Cela accroît sa valeur et encourage l'emploi du dollar sur les autres marchés. En introduisant l'euro dans les échanges pétroliers, Téhéran espère que les acteurs économiques vendront leurs dollars pour acheter de l'euro et que le billet vert perdra de sa valeur, réduisant son intérêt pour les autres marchés, ce qui affectera l'économie états-unienne. C'est une analyse raisonnable d'un point de vue théorique, mais en pratique cela n'aura pas d'impact. La bourse iranienne n'est tout simplement pas attractive pour les investisseurs qui n'ont pas de raisons de délaisser New York ou Londres pour une bourse iranienne sans transparence, sans infrastructures technologiques performante et qui les obligerait à fréquenter une administration corrompue.
L'Iran ne peut pas soutenir sa bourse en ne laissant son propre pétrole n'être négocié que dans cette bourse d'échange faute de moyens financiers conséquent et du fait de sa propre dépendance aux échanges pétroliers. En outre, les échanges boursiers sont étrangers à la culture iranienne marquée par l'islam et le refus de l'intérêt spéculatif. Même si, en dépit de ces handicaps, la bourse était un succès, son impact serait marginal.

http://www.voltairenet.org/article137807.html http://www.voltairenet.org/article137807.html



Mardi 11 Avril 2006

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

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