Proche et Moyen-Orient

Iran et Israël : brouille entre amis


Derrière une hostilité de façade, l’Iran et Israël collaborent de manière étroite depuis 40 ans


Sameh Rashed
Mardi 15 Mai 2018

Téhéran n’a jamais agressé un territoire habité par des Israéliens

L’Iran n’a jamais frappé militairement Israël… En effet, Israël n’a jamais été la cible d’une opération militaire iranienne. Les missiles iraniens ont visé le Golan, qui est un territoire syrien sous occupation. Téhéran n’a jamais agressé un territoire habité par des Israéliens. Cela résume les limites de l’escalade et la réalité des escarmouches militaires entre Téhéran et Tel Aviv.

Parlons de la position israélienne face à l’intervention iranienne en Syrie : depuis le début de la crise syrienne, Israël s’est contenté d’observer en silence. Malgré l’hostilité apparente entre Tel Aviv et Damas, Israël a suivi avec calme et sans inquiétude la résistance du régime de Bachar Al-Assad face à l’opposition, puis son avancée majeure sur le terrain après l’intervention russe qui a fait pencher la balance.
Tout ce qui s’est passé et se passe en Syrie ne constitue pas une menace pour Israël

Israël n’a brisé ce silence démontrant sa satisfaction face aux événements en Syrie qu’à de rares exceptions. Il a frappé des convois ou des réserves d’armes destinées au Hezbollah libanais, c’est-à-dire quand il a senti un danger potentiel. Cela signifie, dans la logique militaire, que tout ce qui s’est passé et se passe en Syrie ne constitue pas une menace pour Israël, comme la présence iranienne et la reprise par Bachar Al-Assad de nombreuses régions.
Accord tacite avec des menaces et luttes médiatiques pour la forme

Depuis la révolution iranienne, les liens entre l’Iran et Israël n’ont jamais été coupés. Il s’est toujours agi de liens de coopération dissimulée, enrobés d’hostilité et de menaces apparentes. Quand Téhéran brandissait le slogan « Mort à Israël », il recevait secrètement des livraisons d’armes américaines avec Israël pour intermédiaire : c’est ce qui a plus tard été appelé l’Iran-Gate. Au début des années 90, Téhéran et Tel Aviv n’étaient pas étrangers à l’organisation logistique de la guerre du Golfe. Après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, Israël ne s’est pas opposé à l’influence iranienne dans ce pays. Il s’est même engagé dans une coopération sécuritaire étroite avec le Kurdistan irakien, sous les yeux des Iraniens. Les choses ont continué ainsi après l’occupation de l’Irak : accord tacite avec des menaces et luttes médiatiques pour la forme. Il n’est donc pas étonnant qu’Israël ait gardé le silence devant l’intervention iranienne en faveur de Bachar Al-Assad, aux niveaux militaire, économique et des services de renseignement.

Les opérations militaires en Syrie touchent à leur fin et chaque partie essaye d’étendre sa zone d’influence sur le terrain afin de la traduire en gains politiques sur la table des négociations, ou économiques dans le processus de reconstruction. Les dernières opérations militaires n’ont pas seulement concerné l’Iran et Israël, qui ont été précédés par la Turquie et les Etats-Unis, seuls puis aidés de la Grande-Bretagne et de la France. Ces interventions ne visaient pas à modifier l’équilibre des forces ou l’équation militaire : il s’agit de messages politiques avant d’être des bombes et des missiles, et cela s’applique aussi aux escarmouches entre Téhéran et Tel Aviv.
S’assurer que le rôle de l’Iran se limite à lutter contre l’ennemi commun

Dans le cas précis d’Iran et Israël, le message clair envoyé par Israël est qu’il faut limiter l’influence de Téhéran et l’empêcher de s’immiscer dans la réalité géostratégique de la Syrie, car il dépasse ainsi son rôle. Il faut donc s’assurer que le rôle de l’Iran se limite à lutter contre l’ennemi commun (les groupes islamistes armés). De son côté, l’Iran a bombardé le Golan pour tester la réaction israélienne et voir jusqu’où Washington était prêt à aller après sa sortie de l’accord nucléaire.

Il est donc logique que cette escalade se termine bien vite et que les menaces verbales finissent en apaisement. Le Président iranien, Hasan Rohani, a déclaré : « L’Iran ne voit pas d’un œil favorable l’augmentation des tensions dans la région », et Avigdor Liberman, Ministre de la défense israélien, de lui répondre : « Si ce message se traduit politiquement dans les faits, on pourra dire que quelque chose de positif est venu de là-bas ».
Israël avait informé à l’avance la Russie de son intention de bombarder des cibles iraniennes

Ces reculades confirment qu’il ne s’agissait que d’une brouille passagère comme cela se passe entre amis, ou un face-à-face entre partenaires et non entre ennemis. Israël avait informé à l’avance la Russie de son intention de bombarder des cibles iraniennes en Syrie et il savait bien que la Russie pourrait à son tour en informer Téhéran. En face, l’Iran n’a pas considéré que le bombardement israélien méritait une véritable réponse militaire. Sinon, le Hezbollah libanais ne serait pas resté bouche cousue, s’abstenant du moindre commentaire.


Par Sameh Rashed, chercheur égyptien spécialiste des relations internationales et du Proche-Orient.


Mardi 15 Mai 2018


Commentaires

1.Posté par Ayad le 15/05/2018 18:59 (depuis mobile) | Alerter
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Il y a eu des alliances entre la secte des assassins et les alaouites et les templiers suisses contre les musulmans sunnites et ce depuis les premières croisades.Mais certains chiites sont avec les sunnites les franc-maçons contrôlent les élites.

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