Politique Nationale/Internationale

Iran : comment le Conseil de Sécurité s’est aligné sur les positions américaines


Les appels téléphoniques de dernière minute du président George W. Bush et de la secrétaire d’état Condoleezza Rice ont eu comme conséquence un changement soudain dans la position des trois membres non-permanents du Conseil de sécurité de l’ONU — L’Afrique du Sud, l’Indonésie et le Qatar — qui ont accepté de se joindre au consensus général en votant une nouvelle résolution imposant plus de sanctions contre l’Iran pour que son refus de suspendre l’enrichissement d’uranium.


Khaled Dawoud
Dimanche 1 Avril 2007

Iran : comment le Conseil de Sécurité s’est aligné sur les positions américaines

Iran : comment le Conseil de Sécurité s’est aligné sur les positions américaines

dimanche 1er avril 2007

Khaled Dawoud - Al Ahram Weekly


A peine 48 heures avant le vote sur la résolution 1747 du samedi [24 mars], Dumisani Kumalo, représentant de l’Afrique du Sud et président du Conseil de sécurité pour le mois de mars, secoué par le refus des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et de l’Allemagne d’examiner les amendements proposés par son pays dans l’espoir que des sanctions plus fortes ne bloqueraient pas la porte à un règlement négocié. Kumalo a déclaré « avoir été déçu et trompé » par les six pays à l’origine de la résolution.

Encouragé par le défit des Africains du sud, l’Indonésie et le Qatar ont alors laissé entendre qu’ils pourraient s’abstenir ou voter contre la résolution si leur opinion n’étaient pas prises en compte. Les deux pays ont indiqué avoir souhaité que la nouvelle résolution précise que traiter la question iranienne devrait être une première étape vers la mise en place d’un Moyen-Orient débarassé des armes de destruction massive, dans une allusion claire à Israël qui a jusqu’à aujourd’hui refusé d’adhérer au Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), ni même de permettre à des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’AIEA) de visiter ses installations nucléaires qui sont censées contenir un nombre importants de bombes atomiques. Les Etats-Unis ont énergiquement repoussé cette demande, et ont insisté sur le fait que la résolution ne devait concerner que l’Iran.

Après deux jours d’intenses négociations, pendant lesquelles les représentants aux Nations Unies ont clairement reçu des instructions de leurs capitales, les Etats-Unis ont accepté d’inclure un paragraphe dans le préambule de 1747 « rappelant » une résolution adoptée par l’AIEA l’année dernière, « qui déclare qu’une solution à la question nucléaire iranienne contribuerait aux efforts généraux pour la non-prolifération et à la création d’un Moyen-Orient exempt d’armes de la destruction de masse, y compris de moyens pour leur prolifération. »

Sur les trois pages d’amendements présentés par l’Afrique du Sud, les pays à l’origine de la résolution ont accepté d’inclure seulement un paragraphe, « réitérant » la détermination du Conseil de sécurité à renforcer l’autorité de l’AIEA « qui est internationalement reconnue comme ayant l’autorité pour vérifier la conformité aux accords de sécurité, y compris le non-détournement de matériaux nucléaires pour des buts non pacifiques. »

Un diplomate qui a participé aux négociations a déclaré à Al-Ahram que dans les dernières heures avant le vote même les alliés les plus proches des Etats-Unis, à savoir la Grande-Bretagne et la France, n’ont pas été impliqués dans les efforts pour convaincre l’Afrique du Sud, l’Indonésie et le Qatar de changer d’attitude. « Le processus entier a été dirigé par les seuls Etats-Unis. Même le représentant des USA n’a pas su ce qui se tramait et il attendait des instructions du département d’état à Washington. Les Français et les Anglais venaient nous voir en demandant ce qui se passait, » a dit le diplomate qui n’a pas voulu que soit mentionnés son nom ni son pays d’origine.

Ainsi il était ironique d’écouter les discours des représentants de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie et du Qatar samedi avant leur vote en faveur de la résolution. Chacun de ces trois pays a fait savoir qu’il n’était pas heureux du texte proposé, et que la liste des sanctions mentionnées les décevaient, allant bien au delà de l’objectif officiel des Etats-Unis d’empêcher l’Iran de posséder l’arme nucléaire. Malgré cela, ils voteraient la résolution.

« Nous sommes profondément attristés que le Conseil de sécurité impose de nouvelles sanctions contre la République islamique d’Iran, » a dit Nasser Abdel-Aziz Al-Nasser, le représentant du Qatar au Conseil de Sécurité. « Se préoccuper des questions de non-prolifération, qui sert de base au vote positif de la part du Qatar, ne devrait pas être fait de façon sélective. De notre point de vue, le conseil doit adopter la même attitude en ce qui concerne les pays qui ne se conforment pas à leurs engagements sous le traité de non prolifération, aussi bien que vis-à-vis de ceux qui ne le respectent pas en premier lieu, » a-t-il ajouté en faisant clairement référence à Israël.

La résolution 1747 impose un embargo sur les exportations iraniennes d’armes et invite tous les états « àexercer vigilance et retenue » dans la fourniture de l’Iran en armes lourdes. Elle invite également tous les états à surveiller les déplacements des personnes investies dans les activités nucléaires de l’Ira ; la résolution inclut une liste de personnes et d’organisations iranienness qui seraient soumises à un gel de capitaux, et exige que les états et institutions financières refusent à l’Iran toute nouvelle concession, nouveaux prêts ou nouvelle aide financière.

En conclusion, au cas où l’Iran ne se conformerait pas à la demande du Conseil de sécurité de suspendre l’enrichissement d’uranium dans les 60 jours, les Nations Unies adopteront d’autres sanctions économiques.

Les diplomates des Nations Unies ont précisé que ce qui renforcent les craintes que les Etats-Unis ne visent pas seulement les activités nucléaires de l’Iran, était le fait que la nouvelle liste de 28 organisations et individus annexée à la résolution 1747 et qui seraient sous le coup d’un gel de capitaux et de restrictions de voyage, comprend sept des principaux chefs de la Garde Révolutionnaire Iranienne (GRI) ainsi que trois organisations chapeautées par la GRI.

Les Etats-Unis ont à plusieurs reprises accusé la GRI d’appuyer des organisations comme le Hizbullahdu libanais, le Hamas et le Jihad en Palestine. Ces derniers mois, Washington a également accusé la GRI de fournir aux groupes radicaux chiites en Irak les bombes sophistiquées employées contre es troupes américaines d’occupation. Après le vote unanime, Emyr Jones Parry, représentant britannique a lu un communiqué commun des six commanditaires de la résolution, disantque la porte restait ouverte pour suspendre les sanctions si l’Iran acceptait des stopper les travaux d’enrichissement d’uranium.

Alejandro Wolf, le représentant actuel des Etats-Unis à l’ONU, se servi de son discours pour avertir à plusieurs reprises l’Iran que d’autres sanctions seraient adoptées dans deux mois s’il ne pliait pas. Il a également rappelé des déclarations que le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad auraient faites dans lesquelles il aurait parler « d’effacer Israël de la carte », le présentant comme preuves supplémentaires que « l’Iran représente une menace contre la paix et à la sécurité internationales. »

Le président iranien Ahmadinejad était censé participer au vote du Conseil de Sécurité à New York, mais a il a dû changer ses projets à la dernière minute, apparemment en raison des retards imposés par les Etats-Unis dans la délivrance des visas nécessaires à sa délégation. A sa place, le ministre iranien des affaires étrangères Manouchehr Motaki d’Iranien, a prononcer un discours très ferme dans lequel il a insisté sur le fait que son pays n’abandonnerait jamais son droit à l’enrichissement d’uranium pour des objectifs pacifiques.

S’exprimant en Persan, et lisant un discours de 7 pages, Motaki a indiqué que « si certains pays ont l’espoir que les résolutions répétées affaibliraient la résolution de la grande nation iranienne, elles sont sujettes à un nouvel échec sur le plan de l’intelligence et de l’analyse vis à vis de la révolution islamique du peuple d’Iran. » Il a également accusé les Etats-Unis et leurs alliés « de tirer profit de leur puissance économique et politique en manoeuvrant et en exerçant des pressions sur le Conseil de sécurité pour que celui-ci adopte trois résolutions [contre l’Iran] en l’espace de huit mois. »

En référence à des rapports récents de l’ancien représentant des Etats-Unis à l’ONU, John Bolton, qui a admis que son pays a intentionnellement retardé l’action du Conseil de sécurité pendant l’agression israélienne de l’année dernière contre le Liban afin de lui donner le temps de détruire le Hizbullah, Motaki a ajouté : « Qui parmi vous ne sait pas — et soyez assurés que l’opinion publique internationale le sait - que pendant plus d’un mois, deux membres du conseil [les Etats-Unis et la Grande-Bretagne], avec la pleine et entière connaissance des intentions du régime sioniste de commettre une agression contre le Liban, ont bloqué toute décision dans ce conseil ? »

Cependant, le souci principal des diplomates au Conseil reste que l’administration de Bush manipule la série de résolutions adoptées contre l’Iran pour justifier une action militaire avant le départ de la Maison Blanche à la fin de 2008. Questionné par Al Ahram Weekly sur ce qui empêcherait un tel scénario, le représentant russe Vitally Chorkin a estimé que la nouvelle résolution disait clairement que toute nouvelle mesure serait limitée aux domaines économiques et diplomatiques, « ne comportant aucun élément permettant une action militaire ». Mais la Russie et la Chine avaient également fourni ce genre d’assurances lors d’une résolution semblable concernant l’Irak, avant Bush ne déclenche l’invasion et l’occupation de l’Irak il y a quatre ans.

30 mars 2007 - Al Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2007/838...
Traduction : Claude Zurbach Palestine-Info


Dimanche 1 Avril 2007

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