Conflits et guerres actuelles

Iran Irak USA : Un Rapprochement Progressif,Ténu, Iran Irak Aux Dépens des Américains


Récemment, 5 Iraniens détenus sous un faux pretexte pendant deux ans et demi par l'armée d'occupation US en Irak ont été libérés, une information passée sous silence par les medias occidentaux. Pourtant cette libération met en lumière le conflit croissant entre les US et le gouvernement irakien de Maliki concernant les relations stabilisatrices et de bon voisinage Irak Iran, ce dernier supplantant progressivement les US pour assurer la protection du régime de Maliki.


Lundi 20 Juillet 2009

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Les Iraniens libérés mettent en lumière le conflit entre l'Irak et les US

La libération vendredi (10 juillet ndlt) de 5 Iraniens détenus pendant deux ans et demi par l'armée américaine en Irak fournit un éclairage sur le conflit sousjacent durable entre les US et les positions irakiennes concernant la politique iranienne vis à vis de l'Irak et le rôle du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique ( IRGC) dans ce pays.

Pour l'administration Obama de même que pour celle de Bush qui l'a précédée, les détenus iraniens sont devenus les symboles de l'insistance de Washington à accuser l'Iran de s'efforcer, via l' IRGC, de déstabiliser le régime irakien.

Mais des hauts responsables shi'ites et kurdes du gouvernement du premier ministre irakien, Nuri al-Maliki, n'ont jamais partagé ce point de vue américain sur l' IRGC ou le rôle iranien. Ils ont agi considérant que l'Iran était intéressé par le maintien d'un régime shi'ite ami au pouvoir en Irak.

Le porte parole du département d'état US, Ian Kelly, s'est inquiété du fait que les cinq détenus iraniens libérés étaient " associés" aux forces Quds du IRGC et pourraient mettre en danger les troupes US en Irak.

L'idée que les forces Quds participaient à une "guerre de proxy" contre les US et les forces irakiennes a servi de justification à la décision prise par l'administration Bush fin 2006 de cibler tout iranien trouvé en territoire irakien comme pouvant probablement avoir un lien avec l' IRGC.

3 des 5 détenus iraniens, qui ont été raflés lors d'un raid en janvier 2007 travaillaient dans un bureau de liaison iranien qui fonctionnait dans la capitale du Kurdistan irakien Irbil. L'armée US, reconnaissant qu'elle avait en fait peu d'information sur les iraniens capturés, a dit qu'ils étaient " suspectés d'êtres étroitement liés à des activités visant les forces irakiennes et de la coalition."

Le ministre des affaires étrangères kurde, Hoshyar Zebari, a essayé de faire comprendre aux responsables US que les Iraniens capturés à Irbil ne faisaient pas parie d'un "réseau clandestin" mais travaillaient à la délivrance de visas et d'autres papiers administratifs nécessaires aux Irakiens pour voyager en Iran. Zebari a expliqué qu'ils travaillaient pour l'IRGC car c'est l'IRGC qui est responsable du contrôle des frontières de l'Iran.

Après que Mahmoud Farhadi ait été kidnappé par l'armée américaine dans un hôtel de la ville kurde de Suleimaniya en Septembre 2007, un porte parole de l'armée US avait affirmé de façon spectaculaire que Farhadi était un commandant de l'IRGC responsable pour toutes les opérations iraniennes à l'intérieur de l'Irak.

Les responsables kurdes ont reconnu l'affiliation de Farhadi avec l'IRGC, mais Jalal Talabani le président kurde de l'Irak a publiquement confirmé que Farhadi était un responsable civil de la province iranienne voisine de Kermanshash " en mission commerciale, le gouvernement fédéral de Bagdad et le gouvernement de la province du Kurdistan étant au courant."

Bien que Farhadi ait effectivement été commandant militaire à une époque, les Kurdes ont fait remarquer qu'il ne remplissait plus que des fonctions civiles.

Les responsables iraniens ont également rejeté l'idée que les forces Quds de l'IRGC étaient elle-mêmes hostiles au régime irakien. Ils avaient des relations personnelles avec le commandant des forces Quds, le Brigadier Général Qassem Soleimani, et ils ont reconnu que ce dernier avait des liens avec toutes les factions Shi'ites en Irak.

Ils savaient que l'Iran avait formé des officiers de l'Armée Madhi du nationaliste Shi'ite, le religieux Muqtada al-Sadr, et avait fourni un soutien financier à Muqtada. Mais ils pensaient que le but de cette relation s'était d'exercer de l'influence sur Sadr pour maintenir la paix et la stabilité.

Après que Muqtada ait déclaré un cessez le feu unilatéral fin Août 2007, le régime de Maliki, incluant le ministre kurde des affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a déclaré publiquement et en privé aux responsables de l'administration Bush que l'Iran avait utilisé son influence sur Sadr pour obtenir de lui qu'il accepte un tel cessez le feu. Ils ont utilisé cet argument pour faire pression sur l'administration Bush afin qu'elle libère les détenus iraniens.

Même l'administration Bush elle-même était profondément divisée sur l'argument du gouvernement irakien que l'influence de l'Iran sur Sadr était bénéfique. Le Département d'état était enclin à accepter l'argument irakien et en privé a poussé à la libération des 5 détenus iraniens à l'automne 2007.

En Décembre 2007, le coordinateur pour l'Irak au sein du Département d'Etat, David Satterfield, est même allé jusqu'à reconnaitre publiquement que le cessez le feu de Sadr " devait être attribué à une décision politique iranienne"

Mais le Gl Davis Petraeus, le commandant en chef US en Irak, s'est fortement opposé à cette conclusion, insistant sur le fait que c'était les opérations militaires US contre l'armée de Muqtada al Sadr qui avait engendré le cessez le feu. Le débat interne a été résolu en faveur de Petraeus, et les 5 Iraniens n'ont pas été libérés.

Tout une série d'évènements survenus en 2008 ont montré néanmoins que le régime irakien était bien plus à l'aise en s'appuyant sur les relations personnelles avec les forces Quds que sur la puissance militaire US pour s'occuper du problème de l'Armée du Mahdi.

Premièrement, Maliki a refusé en Mars de permettre aux forces terriennes US de participer à une opération contre l'armée du Madhi à Basra. Puis, alors que les combats étaient engagés peu de temps après, le gouvernement irakien s'est adressé au commandant iranien des forces Quds, le Gl Qassem Soleimani, pour faire pression sur Muqtada et obtenir un cessez le feu à Basra seulement quelques jours après une bataille importante dans cette ville.

Le président irakien, Talabani, a rencontré Soleimani le 28-29 Mars 2008 à un poste frontalier Iran Irak et lui a demandé de stopper les combats à Basra. Soleimani est intervenu pour obtenir un cessez le feu en 24 heures, selon un article des journaux McClatchy du 28 Avril 2008.

Et, lors d'une deuxième rencontre quelques jours plus tard, révélée par Scott Peterson du Christian Science Monitor du 14 Mai 2008, Soleimani a appelé Sadr la plus grande menace pour la paix en Irak. Le commandant des forces Quds s'est engagé à soutenir le régime de Maliki et a fait référence à des " buts communs avec les Etats Unis".

Dans un geste à l'égard de Washington, Soleimani a demandé à Talabani de dire à Petraeus que son portefeuille incluait non pas seulement l'Irak mais aussi Gaza et le Liban, et qu'il était prêt à envoyer une équipe à Bagdad pour "discuter de tout problème" avec les US.

Petraeus a refusé de parler avec Soleimani, selon le compte rendu de Peterson, la raison supposée c'est que son offre faisait partie d'une tentative de l'Iran pour devenir celui " qui, indispensable, détient les clés du pouvoir" en Irak et par conséquent établir une influence iranienne dans ce pays.

Mais Petraeus a compris que Soleimani détenait effectivement une telle position de pouvoir en Irak comme arbitre entre les factions Shi'ites. Petraeus a dit à la journaliste et auteur Linda Robinson : " le niveau de leur participation, leur rôle central, devraient offrir à chacun une pose". "Pendant cette épisode l'importance de leur emprise est apparue de manière saisissante."

Fin Avril, Petraeus a essayé de faire en sorte que le régime de Maliki endosse un document qui détaillait les efforts iraniens pour "fomenter de l'instabilité" en Irak. Mais au lieu de cela la délégation du gouvernement irakien est revenue d'Iran début Mai en disant qu'ils avaient vu des preuves allant à l'encontre des accusations portées par les US.

Puis, Maliki a de nouveau utilisé Soleimani pour obtenir un accord avec Muqtada pour mettre fin à une campagne militaire importante dans Sadr City juste avant que les US n'y lance une vaste opération terrestre mais aussi pour autoriser les troupes gouvernementales à patrouiller dans l'ancien bastion de l'armée du Madhi.

En quelques semaines le pouvoir de l'armée du Madhi avait commencé à visiblement s'éclipser. On ne voyait plus les membres de la milice dans Sadr City venir chercher leurs paies et l'armée irakienne occupait le QG de l'armée du Madhi dans un quartier.

Le régime de Maliki a vu que Soleimani avait tenu parole. Maliki a commencé alors à appeler au retrait de toutes les troupes US d'ici fin 2010. Il a choisi de dépendre de l'influence iranienne plutôt que de la protection des US.

Néanmoins, l'armée US a continué à faire comme si elle repoussait l'influence iranienne en Irak. Le successeur de Petraeus, le Gl Ray Odierno, continue de dénoncer périodiquement l'aide de l'Iran aux insurgés.


Washington 14/07/09 Gareth Porter. Inter Press Service

Gareth Porter est un historien d'investigation et un journaliste spécialisé dans la politique sécuritaire nationale US. La dernière édition de son dernier livre " Perils of Dominance: Imbalance of Power and the Road to War in Vietnam" a été publié en 2006.

Titre introduction traduction Mireille Delamarre


Lundi 20 Juillet 2009


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