Conflits et guerres actuelles

Irak : qu’est-ce qu’un succès ?



Jeudi 19 Janvier 2006

 

Décryptage

Les États-Unis sont aujourd’hui confrontés à un problème concernant l’Irak, ils sont prisonniers de leur propre propagande.
Leur propre population est de plus en plus hostile au déploiement de troupes en Irak et les néo-conservateurs rêvent déjà de nouvelles invasions. Mais il est difficile pour l’administration Bush de quitter le pays en se déclarant victorieuse compte tenu des buts de guerre officiellement affichés.
Pour convaincre l’opinion internationale de la justesse de l’invasion, l’administration Bush et ses alliés ont masqué leurs objectifs énergétiques et géostratégiques et ont insisté sur la nécessaire action préventive contre la prolifération des armes de destruction massive. Cette justification a fait long feu. Washington a alors mis en avant la démocratisation de l’Irak comme principal objectif de cette aventure coloniale. La mémoire médiatique, bien courte, lui a permis de réaliser ce tour de passe-passe argumentatif qui l’a mis, un temps, à l’abri des critiques mais place aujourd’hui les États-Unis en difficulté. Comment se déclarer vainqueur d’une guerre en affichant des objectifs populaires, mais en ne faisant rien pour les atteindre puisqu’il ne s’agit pas des buts réels ? L’objectif des États-Unis est de diviser l’Irak en trois protectorats, de prendre le contrôle des ressources énergétiques du pays et de maintenir des bases permanentes dans la principale région pétrolière du monde. Difficile de simuler la construction d’une démocratie dans un Irak unifié dans ces conditions.

Ce grand écart entre politique annoncée et politique réellement suivie a beaucoup influencé l’image de l’action de L. Paul Bremer. Celui-ci a administré l’Irak, non pas au nom du peuple irakien, ni même au nom de la Coalition, mais au titre d’une société de droit privé astucieusement dénommée « Autorité provisoire de la Coalition » [1]. Conseillé par d’anciens ministres russes ayant organisé le dépeçage de l’URSS, il a privatisé l’économie irakienne, dont prioritairement le pétrole, et a vendu tout ce qu’il pouvait au plus offrant. Il a lui-même octroyé les marchés publics, sans appels d’offres, en acceptant uniquement les dossiers préparés par la société de John Albaugh, ancien trésorier de campagne de la famille Bush, lequel a prélevé des commissions obligatoires. Enfin, lors de la passassion de pouvoir, le nouveau gouvernement s’est engagé à ne pas abroger les décrets-lois de L. Paul Bremer qui hypthèquent pour 50 ans l’avenir du pays. Mais, trop occupé à cacher ce pillage fébrile, le gouverneur Bremer a échoué à stabiliser le pays.
M. Bremer tente de réhabiliter son image dans un livre dont il fait la promotion dans les pages libre opinion du New York Times. Il tente de défendre son bilan tant décrié en reconnaissant des erreurs et en assurant en avoir tiré des leçons. Il s’arroge également les « succès » de l’occupation. Aujourd’hui, affirme-t-il, l’Irak a une assemblée élue et une forte croissance économique. Reprenant la vulgate de la Maison-Blanche, il assure que ce pays est le « front principal de la guerre globale au terrorisme » et insiste pour que les troupes s’y maintiennent. Bref, tout va pour le mieux désormais et les mauvaises nouvelles ne sont que des sacrifices nécessaires pour la sécurité de la patrie.

Cet argumentaire ne devrait pas convaincre une opinion publique états-unienne qui ne croit plus guère aux affirmations du Pentagone et de la Maison-Blanche. La révélation du financement de journaux irakiens chargés de donner une bonne image de l’occupation a porté un coup supplémentaire à leur crédibilité.
Dans le Washington Post, l’ancien analyste de la CIA Reuel Marc Gerecht tente de légitimer ces pratiques et ainsi de mettre fin au scandale. Il assure que le financement d’intellectuels et de journalistes favorables aux forces d’occupation en Irak est une pratique tout à fait normale. Il ne s’agit pas de corruption mais de soutien à des individus partageant l’idéal démocratique des États-Unis. L’auteur rappelle que pendant la Guerre froide, des actions similaires ont été menées en Europe sans que personne ne s’en offusque. Il note ainsi que le magazine Encounter ou l’intellectuel français Raymond Aron étaient financés par la CIA et que cela a bénéficié aux États-Unis et donc à la « démocratie » [2]. C’est ce qu’il faut également faire en Irak.

Toute la difficulté aujourd’hui, pour les élites dirigeantes à Washington, est de s’accorder sur une définition de la « victoire » en Irak, qui permettrait un retrait de l’essentiel des troupes la tête haute.
A dix jours d’intervalle, le Washington Post donne la parole à deux anciens conseillers de sécurité nationale, offrant chacun leur point de vue sur cette question.
Pour l’ancien conseiller de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, la démocratisation de l’Irak est un leurre bien trop difficile à atteindre. Il demande à ce qu’on révise les critères d’appréciation de la victoire, qu’on retire les troupes prestement en laissant le pays à une coalition de chiites et de Kurdes fidèles aux États-Unis. Exceptionnellement, cette tribune du journal de Washington est reprise par l’International Herald Tribune, propriété de son concurrent, le New York Times.
A l’inverse, l’ancien conseiller de George Bush père, Brent Scowcroft, préfère lui se réjouir des avancées états-uniennes en Irak et crie victoire pour mieux réclamer le départ des troupes. Il applaudit les dernières élections en Irak et l’accroissement du poids de l’armée irakienne dans le maintien de l’ordre. D’après lui, on peut considérer qu’on n’est pas loin du « succès » : la constitution d’un gouvernement irakien et d’une armée lui obéissant. Toutefois, aujourd’hui, la présence états-unienne est une entrave à la parfaite réussite de cet objectif. Désormais, il faut penser à retirer les troupes du pays. Pour cela, l’auteur suggère qu’on remplace les GI’s par des troupes sous mandat de l’ONU ou de l’OTAN.

Dans le Los Angeles Times, l’ancien conseiller en sécurité de l’ex-vice président démocrate Al Gore, Leon Fuerth, appelle à la réunion des élites dirigeantes états-unienne en vue de définir une politique commune sur l’Irak et les conditions acceptables de « victoire ». A cette fin, il propose un pacte à la Maison-Blanche : une trêve de six mois où les démocrates soutiendront la façon dont l’administration Bush mène la guerre en Irak en échange d’une participation plus étendue à la prise de décision sur la conduite de cette guerre. Il réclame également que le Congrès reçoive davantage d’informations.
Ce n’est pas la première proposition de « dépolitisation » de la question irakienne que nous croisons dans les médias états-uniens. Déjà, en pleine campagne présidentielle états-unienne en 2004, l’ancien directeur de la CIA James R. Schlesinger et l’ancien sous-secrétaire d’État de Bill Clinton, Thomas R. Pickering, avaient appelé à ce l’Irak n’entre pas dans le débat politique électoral. Il y a quelques jours, la Maison-Blanche a également pu afficher une certaine unité des élites dirigeantes de Washington autour du maintien des troupes en rassemblant derrière ce projet tous les anciens secrétaires d’État. Leon Fuerth demande aujourd’hui une « trêve », c’est à dire six mois de co-gestion. Étrange démocratie où l’opposition est prête à faire un chèque en blanc au pouvoir en place en échange de davantage d’informations pour les parlementaires, informations qu’ils devraient déjà recevoir sans avoir à la mendier.

Le débat sur le retrait des troupes d’Irak ne fait pas rage qu’aux États-Unis et la nature bipartisane des décisions dans le conflit n’est pas le propre de Washington.
Ainsi Neil James, le directeur exécutif de l’Australia Defence Association de Canberra, affirme dans The Australian que, malgré les joutes orales, le parti travailliste australien et les conservateurs au pouvoir suivent la même politique en Irak. Ils attendent tous deux que les forces irakiennes soient suffisamment constituées pour quitter le pays.

Ceux qui analysent la situation en Irak en se fondant sur les objectifs réels de l’invasion sont plus rares, mais ne sont pas pour autant totalement privés d’espace dans le champ médiatique international, même s’ils n’accèdent pas au débat entre élites aux États-Unis.
L’essayiste pakistano-britannique Tariq Ali rappelle dans The Guardian que la Guerre d’Irak est une guerre prédatrice visant à exploiter les ressources pétrolières par la division du pays. Ceci passe par le maintien de troupes étrangères. Par conséquent, le débat actuel aux États-Unis ne concerne pas le retrait des troupes, mais le moyen de conserver le contrôle des ressources énergétiques sans exposer les troupes. L’auteur déplore l’attitude des chiites proches de Téhéran qui collaborent avec les forces d’occupation. Pour l’essayiste, c’est un jeu dangereux qui pourrait bien se retourner contre ses instigateurs.
L’intellectuel états-unien anti-impérialiste Noam Chomsky rappelle lui aussi que son pays veut avant tout contrôler le pétrole irakien et dénonce le simulacre qu’est la « démocratisation » irakienne dans le Khaleej Times, le site Counterpunch et le quotidien catalan El Periodico. Pour l’auteur, les dernières élections n’ont été organisées que pour satisfaire les demandes d’Al Sistani, acteur incontournable en Irak, mais ce processus est encadré. Washington s’efforce que le pays ne tombe pas sous domination chiite. Selon le linguiste, la pire crainte des États-Unis serait une alliance de l’Iran, d’un Irak dominé par les chiites et des chiites saoudiens avec la Chine. Or, c’est vers quoi tendrait un Irak souverain, ce qui ne peut donc pas être pour les États-Unis.

Réseau Voltaire

 

[1] « Qui gouverne l’Irak ? » par Thierry Meyssan, Voltaire, 13 mai 2004.

[2] « Quand la CIA finançait les intellectuels européens » et « Raymond Aron, avocat de l’atlantisme » par Denis Boneau, Voltaire, 27 novembre 2003 et 21 octobre 2004.

 




17 janvier 2006

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 Irak
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 Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

  

« En Irak, des erreurs aboutissent à un bienfait »

Auteur L. Paul Bremer III


 Ancien ambassadeur spécial chargé de la lutte antiterroriste sous l’administration Reagan et directeur du cabinet Kissinger Associates, [L. Paul Bremer III] est l’ancien administrateur états-unien à Bagdad. Il est l’auteur de My Year in Iraq : The Struggle to Build a Future of Hope.

Source New York Times (États-Unis)
Référence « In Iraq, Wrongs Made a Right », par L. Paul Bremer, New York Times, 13 janvier 2006.

Résumé Le livre que je viens d’écrire sur mon expérience en Irak a provoqué un débat. Je tiens à revenir ici sur les leçons que j’ai tirées de cette expérience américaine :
- Réparer les dommages subis par l’Irak à cause de décennies de tyrannie n’était pas facile et j’ai commis des erreurs. J’ai confié la déba’assification aux irakiens et ils en ont fait un outil politique. Nous nous sommes concentrés sur des objectifs de reconstruction à long terme alors que nous aurions dû commencer par améliorer la vie quotidienne des Irakiens. J’aurais dû davantage m’affranchir de la bureaucratie pour accélérer la reconstruction.
- Les États-Unis doivent davantage se préparer aux missions de reconstruction. Si nous nous retrouvons dans une situation identique à l’avenir, il faudra mieux organiser la coopération public-privé.
- Il faut prévoir suffisamment d’hommes pour vaincre les insurgés. J’avais demandé plus de troupes, mais je n’ai pas été entendu par les responsables militaires.
Toutefois, malgré ces problèmes, de grands progrès ont été fait dans le pays grâce à l’action des États-Unis. Les Irakiens ont voté démocratiquement, ont adopté leur constitution et ont élu leur assemblée. L’économie progresse de 17 % par an.
Bien sûr, des soldats états-uniens et irakiens continuent de mourir, mais l’Irak est le front central de la guerre au terrorisme et nous ne devons pas nous retirer.
 

« Séduire les Irakiens »

Auteur Reuel Marc Gerecht


 Reuel Marc Gerecht est un ancien officier de la CIA. Il a publié divers ouvrages contre les ayatollahs iraniens sous le pseudonyme d’Edward Shirley. Il est membre de l’American Enterprise Institute et du Project for a new American Century.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « « Hearts and Mind » in Irak », par Reuel Marc Gerecht, Washington Post, 10 janvier 2006.

Résumé Une fois de plus, nous sommes confrontés à des controverses sur comment le Pentagone et ses sous-traitant privés omniprésents entravent les enquêtes libres en Irak. « Des intellectuels musulmans ont été payés pour aider la propagande U.S » rapporte le New York Times. Journalistes, intellectuels et religieux prennent l’argent de l’Oncle Sam, ou dans ce cas, d’une compagnie de relations publiques de Washington, et cela est moralement troublant et contre-productif. Des musulmans avisés ne voudront plus ostensiblement écouter les conseils de consultants américain ; les religieux opposés à l’insurrection sunnite peuvent tous maintenant être catalogués comme des responsables corrompus.
Il y a un gros problème avec cette vision des évènements. Historiquement, cela n’a aucun sens. Les États-Unis ont conduit beaucoup d’opérations secrètes et officielles, connues sous le nom de « CA », durant la Guerre froide. Essentiellement via la CIA, Washington a dépensé des centaines de millions de dollars dans la publication de livres, de magazines, de journaux, de radios, d’organisations, d’associations de jeunes et de femmes, de bourses d’études, de fondations académiques, de salons d’intellectuels et de communautés, et dans le paiement direct de personnalités qui croyaient aux idéaux que l’Amérique pensait être dignes d’estime.
Il est difficile d’évaluer l’influence de ces programmes secrets. Mais quand un important dirigeant du Tiers-monde écrit qu’un livre occidental libéral bien connu a eu un énorme impacte sur son évolution intellectuelle, on peut estimer que ce programme a vraiment eu de l’influence. Ca ne devrait pas être si dur pour des Américains éduqués de supporter ces activités, même si quelques uns peuvent remettre en cause leur efficacité.
Serait-il si difficile de supporter des actions clandestines plus agressives afin de développer la démocratie en Irak ? Laissez-moi faire un parallèle avec la Guerre Froide. Il est bien connu que la CIA a soutenu financièrement le journal britannique Encounter. Ce magazine influença les débats autour des services de renseignement occidentaux des années 50 aux années 70. Avec du recul, cela doit être la plus efficace des actions intellectuelles non-militaires que les États-Unis aient organisé. Est-ce que quelqu’un peut sérieusement penser que le grand intellectuel français Raymond Aron était compromis en écrivant régulièrement pour ces publications ou les magazines français eux aussi fondés par la CIA ? Et même si Aron ou d’autres à Encounter peuvent avoir suspecté que leurs chèques étaient signés par des contribuables états-unien, est ce que leur perspicacité et leurs reportages sont pour autant moins pertinents et vrais ?
Contrairement à ce qui est communément admis, le financement des intellectuels par la CIA pour des projets de « propagande » a souvent été fait très indirectement. D’après mon expérience et mes lectures de rapports couvrant les activités de la CIA en Europe et au Moyen Orient, je n’ai jamais vu de cas dans lesquels des agents américains manipulaient le produit final. Ce qui est regrettable, c’est que des agents de la CIA n’ont souvent pas les compétences linguistiques pour traiter les régions qu’ils couvrent et n’ont pas réellement de quoi juger les avantages des écrits des projets.
Il est probable que la démocratie en Irak est au moins aussi bancale qu’elle pouvait l’être dans l’Europe de l’ouest après la défaite d’Hitler. Le vrai reproche qui pourrait être fait à l’administration Bush est qu’ils ont donné de telles responsabilités à une entreprise de relations publiques (dans le cas cité précédemment, le Lincoln Group) et que rien n’a pu être fait pour protéger l’anonymat. Néanmoins, une chose doit être reconnue au Pentagone : cela semble être la seule agence gouvernementale qui essaye au moins de former des cadres irakiens afin séduire la population. La CIA semble avoir abandonné sa mission historique dans cette région.
L’administration Bush ne devrait pas avoir peur d’intensifier sa « propagande » clandestine en Irak et dans n’importe quel autre pays du Moyen Orient. L’histoire, dans ces dernières grandes batailles d’idées, est fermement rangée de ce côté.
 

« Le vrai choix en Irak »

Auteur Zbigniew Brzezinski


 Zbigniew Brzezinski fut conseiller de sécurité nationale du président Carter et directeur exécutif de la Commission Trilatérale. Il est membre du Center for Strategic and International Studies. Il a notamment publié Le Grand échiquier.

Sources Washington Post (États-Unis), International Herald Tribune (France)
Référence « The Real Choice in Iraq », par Zbigniew Brzezinski, Washington Post, 6 janvier 2006.
« The real choice in Iraq », International Herald Tribune, 9 janvier 2006.

Résumé Si l’on compare les déclarations de la Maison-Blanche entre elles depuis l’été 2003, on constate que l’administration ne cesse de répéter que la victoire en Irak est imminente et que nous n’avons pas d’autres choix que de poursuivre la politique actuelle. Pourtant, avec de la chance, de la transparence dans notre prise de décision, plus de courage de la part du parti démocrate et des encouragements venant des Irakiens, la Guerre d’Irak peut prendre fin dans l’année.
Contrairement à ce qu’affirme George W. Bush, notre choix ne réside pas entre la « victoire » et la « défaite » mais entre rester sans gagner ou partir sans perdre. La victoire telle qu’elle a été définie par l’administration Bush (un Irak stable, unifié et démocratique avec une insurrection vaincue) est improbable. Il aurait fallu plus de troupes dès le départ et davantage de soutien de la part des Irakiens pour y parvenir. En outre, ni les chiites, ni les Kurdes ne sont prêts à subordonner leurs intérêts à une armée irakienne dont la constitution reste une illusion. Chercher une victoire qui remplirait ces conditions est par conséquent inutile et coûteux en sang et en argent. Par ailleurs, la notion de « défaite » telle qu’elle est envisagée reste marquée par le traumatisme du Vietnam, ce qui offre un point de vue trompeur.
Nous devons nous désengager du pays. Les citoyens états-uniens ne soutiendront pas longtemps cette guerre au nom de slogans futiles. Les chiites et les Kurdes peuvent réorganiser le pays sans les États-Unis. Il faut que le président sorte de son cocon politique et accepte d’écouter des personnes en dehors de son cercle de conseillers.
 

« Se concentrer sur le « succès » en Irak »

Auteur Brent Scowcroft


 [Brent Scowcroft] est président du Forum for International Policy et du Scowcroft Group. Il a été conseiller sur la sécurité nationale des présidents Ford et George Bush père. Il est membre du conseil d’administration du Nixon Center. Il a été membre de la Commission de l’ONU sur la réforme de l’organisation.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « Focusing on ’Success’ In Iraq », par Brent Scowcroft, Washington Post, 16 janvier 2006.

Résumé Les élections de décembre en Irak pourraient s’avérer essentielles. Le parlement élu le mois dernier va choisir un président et un Premier ministre, donnant à l’Irak son premier gouvernement élu sous une constitution adoptée par référendum. Ce gouvernement pourrait voir d’un bon œil un changement dans la présence militaire étrangère et George W. Bush a déclaré que le gouvernement aurait de plus grandes responsabilités dans la reconstruction politique et économique du pays. Les forces armées irakiennes devraient avoir plus de poids dans la lutte contre l’insurrection.
Les élections en Irak ont été précédées aux États-Unis par un débat sur l’avenir de la présence états-unienne en Irak. Cette concordance des évènements offre une immense occasion de comprendre le rôle de la présence étrangère dans le pays. L’Irak est un pays aux enjeux stratégiques considérables. Un Irak en décomposition serait une calamité pour le monde. Or, la présence états-unienne tend à contribuer à cette situation. Il y a deux éléments essentiels au « succès » en Irak : un gouvernement répondant aux besoins des habitants et respectant les droits des minorités et une armée répondant aux ordres du gouvernement central. Quelle politique peut favoriser ces résultats ?
Pour certains, ce qui compte c’est un rapide retrait, mais les conséquences mondiales seraient terribles. Pour les autres, il faut rester, mais les États-Unis ne supporteront pas longtemps le poids de l’Irak. En fait, il faut s’inspirer de l’exemple afghan et faire participer davantage l’ONU et l’OTAN à la reconstruction. Cela permettra de réduire le nombre de troupes états-uniennes.
 

« Appeler à une trêve dans la guerre d’Irak de Washington »

Auteur Leon Fuerth


 Leon Fuerth a été le conseiller en sécurité intérieure de l’ancien vice-président démocrate Al Gore. Il est professeur de relations internationales à la George Washington University.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Calling a truce in D.C.’s Iraq war », par Leon Fuerth, Los Angeles Times, 10 janvier 2006.

Résumé Ce n’est pas un secret, les démocrates au Congrès sont très divisés sur l’attitude à suivre concernant la Guerre d’Irak. Joseph I. Lieberman soutient vigoureusement le maintien des troupes dans le pays, tandis que John Murtha plaide pour un retrait rapide. Beaucoup de démocrates sont coincés entre ces deux points de vue et tentent de trouver un juste compromis : garder les troupes un certain temps puis partir.
Voilà pourquoi les démocrates centristes doivent proposer un accord à l’administration Bush : les démocrates vont soutenir l’administration Bush pendant six mois au Congrès sur la façon de mener la guerre et en échange, l’administration Bush s’engage à donner davantage d’informations sur la façon dont elle mène la guerre. Cela ne veut pas dire que les démocrates ne se montreront pas critiques, mais nous n’essayerons pas de légiférer pour mettre fin à la guerre pendant cette période. Nous voulons obtenir un échange un vrai contrôle du Congrès sur la politique de sécurité. Il faut créer une commission bipartisane sur l’Irak pour nous assurer que l’information est équilibrée. Il faut aussi définir ce que nous entendons par « victoire » en Irak.
Il serait bon pour le pays que notre proposition soit acceptée.
 

« Neil James : l’Irak n’est pas prêt pour une date de retrait »

Auteur Neil James

Neil James est directeur exécutif de l’Australia Defence Association de Canberra.

Source The Australian (Australie)
Référence « Neil James : Iraq not ripe for a deadline », par Neil James, The Australian, 12 janvier 2006

Résumé La décision australienne d’ajouter 190 groupes de forces spéciales australiennes aux 110 autres groupes et aux deux hélicoptères Chinook déjà présents en Afghanistan a engendré peu de critiques, essentiellement parce que la plupart d’entre nous peuvent voir le sens et les conséquences de cela. Nos efforts touchent directement nos intérêts de défense et de sécurité. Aider le nouveau gouvernement, élu démocratiquement, à combattre les Talibans est en adéquation avec les convictions morales de la plupart des Australiens.
Le déploiement s’est, dans l’ensemble, attiré un soutien politique bipartisan. Effectivement, le parti travailliste cherche toujours à récolter une crédibilité stratégique en dénonçant le gouvernement qui n’aurait pas offert assez de soutien au gouvernement afghan après la chute des Taliban. Mais les deux côtés savent bien que nous manquons de forces militaires pour nous déployer davantage. La faute à un manque d’investissement militaire. Les forces spéciales et la présence de l’armée de l’air doivent se développer, mais peu car nos capacités restent limitées et que nous ne pouvons pas envoyer toutes nos troupes.
Le soutien bipartisan est bien moins important en ce qui concerne notre engagement en Irak, même si les points d’accord entre le gouvernement et l’opposition sur ce sujet sont plus nombreux qu’il n’y paraît. Pendant que le ministre des affaires étrangères Alexander Downer et le leader d’opposition Kim Beazley peuvent s’envoyer des piques, la coalition et le parti travailliste sont dans le fond d’accord sur la stratégie de retrait d’Irak.
La stratégie de retrait d’Irak de l’Australie (comme pour tous ses alliés) dépend du développement des forces de sécurités irakiennes qui doivent être en nombre suffisant pour leur redonner le contrôle du pays dès que possible. Tout le monde est d’accord pour dire que la présence de forces étrangères est due à l’heure actuelle à l’insurrection.
Mais cette stratégie de retrait ne doit pas arriver trop tôt ni trop tard. Si elle se faisait trop tôt, l’Irak plongerait dans une guerre civile sans contrôle de la communauté internationale. Si le retrait se faisait trop tard, la présence des troupes paralyserait les politiques et les compromis nécessaires à l’instauration d’une démocratie en Irak. En fait, l’expression « retrait stratégique » est employée avec des sens divers par des gens qui ne seraient pas capable de reconnaître la solution si ils se trouvaient en face d’elle. On constate une même ignorance chez ceux qui protestent pour obtenir une date fixe de retrait d’Irak.
 

« Le destin de l’Irak reste entre Dieu, le sang et le pétrole »

Auteur Tariq Ali


 Tariq Ali est journaliste et écrivain. Il est l’auteur de Bush in Babylon : the Recolonisation of Iraq et de The Clash of Fundamentalisms : Crusades, Jihads and Modernity.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Iraq’s destiny still rests between God, blood and oil », par Tariq Ali, The Guardian, 16 janvier 2006.

Résumé En trois ans d’occupation de l’Irak, les mensonges, demi-vérités et les faits supprimés sont devenus des évènements quotidiens pour les observateurs occidentaux. Pour les Irakiens, la préoccupation primordiale est la survie ou la disparition de leur pays divisé en trois parties.
Aujourd’hui, les poèmes de Mohammed Mahdi Al-Jawahiri, fils d’un religieux chiite, exaltant la nation irakienne semblent bien anciens. L’occupation états-unienne dépend de facto du soutien des partis politiques chiites et surtout du Conseil suprême de la révolution en Irak d’Ali Sistani, l’instrument de l’Iran en Irak. C’est Sistani qui a dissuadé les chiites et Moqtada Sadr de participer à l’insurrection contre les forces d’occupation. Sans surprise, Thomas Friedman du New York Times a proposé qu’Ali Sistani reçoive le prix Nobel de la Paix.
Si les chiites avaient résisté à l’occupation, elle serait terminée depuis longtemps. Les Iraniens ne se sont pas opposés à la chute des Talibans et de Saddam Hussein, mais ils jouent un jeu dangereux. Si les nationalistes et ba’asistes ne s’étaient pas opposés à l’invasion, le plan de changement de régime à Téhéran serait bien plus avancé qu’il ne l’est actuellement. Les Irakiens qui ont le plus bénéficié de l’attaque états-unienne sont les Kurdes, minorité oppressée qui est devenue oppresseur et qui se verrait très bien constituer un protectorat occidental après avoir annexé les champs de pétrole de Kirkourk.
Toutefois, si l’unité chiite assurée par le clergé venait à se fragmenter ou si l’Iran estime qu’un Irak indépendant est bien plus dans son intérêt, tout peut changer. Mais en attendant, le pétrole irakien est exploité par des intérêts privés. Mais cette exploitation ne peut se poursuivre sans présence de troupes étrangères.
 

« Au-delà du vote »

Auteur Noam Chomsky


 Noam Chomsky est professeur de linguistique à l’université du Massachusetts. Intellectuel engagé, il a pris depuis longtemps position contre l’impérialisme états-unien.

Sources El Periodico (Espagne), Khaleej Times (Émirats arabes unis), Counterpunch
Référence « Beyond the ballot », par Noam Chomsky, Khaleej Times, 6 janvier 2006.
« Beyond the Ballot », Counterpunch, 10 janvier 2006.
« La ficción democrática de Irak », El Periodico, 15 janvier 2006.

Résumé George W. Bush a qualifié les élections de décembre en Irak de « grand pas en avant dans la marche vers la démocratie ». Il y a bien eu une avancée majeure à cette occasion, mais pas de celles que Londres et Washington apprécient.
Quand George W. Bush et Tony Blair ont envahi l’Irak, le prétexte se résumait à la question des armes de destruction massive. Le prétexte ne tenant plus, il s’est transformé pour devenir le soutien à la démocratie en Irak et au Moyen-Orient. Mais en réalité, si les élections ont eu lieu, ce n’est pas parce que les États-Unis y tenaient mais parce qu’Al Sistani les y a poussé. Si on s’intéressait vraiment à ce que veulent les irakiens, on noteraient que des sondages concordant démontrent que plus de 80 % des Irakiens veulent un départ des forces d’occupation, mais que ni Bush ni Blair ne veulent fixer une date de départ.
Les États-Unis ne veulent pas d’un Irak souverain, ils veulent contrôler les ressources pétrolières. Si l’Irak était souverain, il se rapprocherait de l’Iran et développerait des relations avec les chiites saoudiens, qui vivent dans les zones pétrolières. On pourrait imaginer alors une alliance entre l’Iran, l’Irak et les régions chiites d’Arabie saoudite, contrôlant de vastes zones pétrolières et suivant la politique iranienne de rapprochement avec la Chine. Il n’y a rien qui inquiète plus les États-Unis. C’est pourquoi Washington combat tout ce qui pourrait permettre cette éventualité et l’empêcher d’assoire sa mainmise sur le pétrole irakien.

http://www.voltairenet.org/article133950.html http://www.voltairenet.org/article133950.html



Jeudi 19 Janvier 2006

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