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Irak: croire Bush?


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Un "progrès substantiel" a été enregistré cette dernière année dans la stabilisation de la situation en Irak: tel est le sens principal du discours prononcé par le président américain George W. Bush le 10 avril, au lendemain du cinquième anniversaire de la chute de Bagdad et après l'achèvement des débats au Congrès américain sur la situation en Irak. Le tout sur fond d'incessants messages faisant état de nouvelles violences dans le pays.


Jeudi 17 Avril 2008

Irak: croire Bush?
Par Maria Appakova, RIA Novosti


Selon George W. Bush, la stratégie d'accroissement temporaire des effectifs des troupes américaines en Irak adoptée début 2007 s'est révélée être entièrement justifiée. Bien que la sécurité dans le pays reste assez fragile, on peut parler, dans l'ensemble, d'un "changement stratégique" dans le sens d'une amélioration.

Qui les paroles de Georges W. Bush ont-elles bien pu persuader, mis à part ses plus proches collaborateurs?

Au cours des débats, les démocrates qui contrôlent les deux chambres du Congrès ont âprement critiqué la politique du président américain en Irak. Certains représentants du parti républicain les ont rejoints. Les membres du Congrès ont tiré la conclusion principale suivante: les succès tactiques des militaires américains ne peuvent éclipser le fait que la situation en Irak en matière de sécurité reste très tendue. Le principal problème n'est pas réglé: la réconciliation nationale des différents groupes politiques à l'intérieur de l'Irak. Le gouvernement irakien n'assume pas suffisamment la responsabilité de ce qui se produit dans le pays.

Le président et d'autres hauts fonctionnaires ont beau essayer de persuader les membres du Congrès, ainsi que les électeurs américains, qu'un "changement stratégique" s'est produit en Irak, les chiffres des pertes essuyées restent effrayants. David Petraeus, commandant du contingent américain en Irak, n'a pu le nier au cours des débats au Congrès. En dépit de ses propos selon lesquels on avait pu assister à une ébauche de progrès, il a fait remarquer que le nombre de victimes civiles en Irak avait augmenté et qu'il avait été "impossible d'éliminer, jusqu'à ce jour, les causes principales des conflits, entre autres religieux, qui y éclatent".

David Petraeus ne pouvait passer sous silence ce fait, car, littéralement à la veille des débats, la situation en Irak s'est brusquement aggravée en raison d'une opération lancée fin mars par le gouvernement irakien en vue de désarmer les formations du leader chiite Moqtada al-Sadr. L'opération a été effectuée par des militaires américains et britanniques, bien que le plan ait été dressé, selon les médias, par les Irakiens eux-mêmes. Les militaires et hommes politiques américains ne peuvent dire avec précision si cette opération a été ou non une réussite, tout comme il n'y a aucune réponse à la question de savoir ce qui se produit actuellement en Irak: s'agit-il de l'agonie des terroristes de tout acabit avant leur recul définitif (thèse si chère à George W. Bush), ou bien d'une nouvelle escalade de la violence qui ne finira jamais?

Quoi qu'il en soit, les discussions dans le but de trancher entre aggravation temporaire et crise chronique s'enveniment face au bilan de ces cinq dernières années, dressé ces jours-ci aux Etats-Unis et en Irak.

Juste avant l'anniversaire du début de la guerre en Irak, le nombre de militaires américains tués dans ce pays a dépassé les 4.000, celui de blessés s'élevant à environ 60.000. La guerre a coûté aux Américains 2.700 milliards de dollars, alors que la perspective des futurs dividendes provenant des investissements effectués en Irak est encore très vague. Naturellement, toutes les déclarations faites à propos des succès enregistrés en Irak, aussi bien en matière de sécurité que d'économie, n'ont eu aucun impact dans ce contexte pour les Américains qui savent compter l'argent et se soucient de la vie de leurs concitoyens.

Malgré tout, des succès ont été enregistrés, et il serait injuste d'accuser le gouvernement irakien d'être totalement inactif.

Ainsi, le vice-premier ministre irakien Barham Saleh a déclaré dans une interview au Washington Post que le taux annuel d'inflation avait baissé, passant de 36% fin 2006 à 14% en mars 2008. En outre, le gouvernement irakien finance actuellement lui-même la quasi-totalité des travaux de reconstruction dans le pays et couvre une partie considérable des dépenses pour l'entretien de ses forces de sécurité.

Mais ces centaines de millions de dollars ne sont rien comparés aux dépenses incessantes des Etats-Unis pour l'Irak. Pourtant, Washington a également d'autres soucis, entre autres, l'Afghanistan où son argent et ses ressources militaires sont aussi nécessaires.

Les paroles de Barham Saleh, de même que d'autres faits, relatifs à la reconstruction de tel ou tel ouvrage économique en Irak et au contrôle de la situation dans neuf provinces exercé par le gouvernement se perdent parmi d'autres informations concernant les affrontements incessants à Bagdad, les tirs dans la "zone verte", quartier le mieux protégé de la capitale irakienne, et partout en Irak. Les indices économiques ne sont pas plus réconfortants. Selon les renseignements recueillis par la chaîne de télévision Al-Jazeera spécialement à l'occasion du cinquième anniversaire de la guerre en Irak, près d'un tiers des 27 millions d'habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Plus de 60% des Irakiens aptes au travail sont chômeurs. La corruption règne dans le pays. D'après les données de la chaîne de télévision, l'Irak perd tous les ans plus de 4 milliards de dollars "à cause d'escroqueries concernant les sommes allouées à la reconstruction".

Certes, on peut accuser Al-Jazeera de partialité, comme on le fait aussi bien avec les Etats-Unis qu'avec le monde arabe. Mais les statistiques sont éloquentes, surtout celles des pertes humaines.

Le bilan de ces cinq années de guerre pour l'Irak s'élève à environ un million de citoyens tués, plus de trois millions de blessés, deux millions de réfugiés à l'étranger et 2,5 millions de déplacés, qui ont été contraints de quitter leurs foyers et de déménager dans des régions plus sûres ou dans des régions correspondant mieux à leur appartenance ethnique et confessionnelle. La diminution du nombre de victimes civiles - "seulement" 923 en mars 2008 contre 1.861 en mars 2007 - n'est pas une consolation, car personne ne sait ce qui se produira en avril, en mai, ou même demain...

La guerre en Irak est "difficile mais pas interminable", a résumé George W. Bush. Néanmoins, personne, ni même le président américain actuel, ne peut dire quand elle prendra fin, tout comme personne ne sait quel prix devra encore payer l'Amérique, malgré les progrès enregistrés.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 17 Avril 2008

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