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Irak : Est-ce que gagner ressemble à ça ?


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Kelley Beaucar Vlahos
Jeudi 21 Novembre 2019




Pour le simple quidam irakien, la ‘libération’ s’avère être un enfer, avec une hiérarchie autoritaire et corrompue à la barre.


Un coup d’œil sur l’horrible vidéo ci-dessous, et la première chose qui me vient à l’esprit est, mon Dieu, est-ce pour ça que nous avons ‘libéré’ l’Irak ?






Il ne s’agit pas d’un film d’action de #Hollywood


Ce sont les rues irakiennes #العراق_ينتفص #Iraq pic.twitter.com/2g929jTgsv


— Dalal (@ky_dalal) 14 janvier 2019



De nos jours, l’aspect des rues de Bagdad ne diffère guère de ce à quoi elles ressemblaient au moment de l'invasion des États-Unis, en 2003. Elles sont même plutôt apocalyptiques. Selon la Haute Commission irakienne des droits de l'homme, 319 manifestants ont été tués et 15 000 blessés dans les violences qui se produisent depuis le 1er octobre. Les Irakiens en colère ont ce jour là commencé à battre le pavé contre le gouvernement à majorité chiite. Ce dernier est si corrompu, qu'il est incapable de procurer l'emploi, l’eau potable, les soins de santé et la sécurité élémentaire dont a besoin sa population.


Pendant que les yeux de la presse étaient braqués sur les manifestations de rue en cours à Hong Kong et au Liban, celles d’Iraq sont restées pratiquement inaperçues, bien qu’elles soient de plus en plus violentes, car en réalité, le gouvernement recourt à la force pour les réprimer. La commission des droits de l'homme susmentionnée a signalé l'usage de tirs à balles réelles, de gaz lacrymogène, de grenades et bombes assourdissantes. Human Rights Watch a accusé l'armée irakienne de tirer à balles réelles et avec du gaz lacrymogène sur les médecins qui tentaient d'aider les blessés. Jeudi, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles et avec des balles en caoutchouc et lancé des bombes lacrymogènes pour disperser les centaines de manifestants rassemblés près de la place Tahrir de Bagdad. Un manifestant est mort sur le coup et un autre a succombé aux effets d’une bombe paralysante.


Il a aussi été signalé que des médecins et des militants ont été kidnappés.


À la fin du mois dernier, la place Tahrir (place de la libération en arabe) a été le théâtre d'une répression encore plus sanglante. Des milliers de gens ont manifesté contre le gouvernement du Premier ministre Adil Abdul-Mahdi, qui est au pouvoir depuis un an. Mais depuis quelque temps, la colère populaire s’envenime partout dans le pays. Comme nous le savons, les provinces sunnites sont en proie à la pauvreté, au chômage et, jusqu'à récemment, à l'État islamique. Les forces étasuniennes, après s’être servi des jeunes hommes sunnites (connus sous le nom de ‘fils d'Irak’) pour repousser Al-Qaïda en 2008, les ont laissés en plan entre les mains de l’autoritaire État chiite. Or ce sont les Chiites de la capitale et du sud qui sont à la tête des manifestations. Ils accusent le gratin gouvernemental de s’approprier les ressources nationales, alors que les citoyens irakiens paraissent dans l’impossibilité de se sortir de la misère qui leur a été imposée par la guerre, la corruption et les conflits sectaires.


Il vaut la peine de faire remarquer qu’entre 2003 et 2009, les États-Unis ont dépensé des milliards de dollars et envoyé des milliers de soldats, de sous-traitants, de consultants, de diplomates et toutes sortes d’âmes charitables dans ce pays, pour aider à installer un gouvernement stable et démocratique. Beaucoup savaient parmi nous que c’était une farce qui commençait, car nous n'avions jamais demandé aux Irakiens ce qu'ils souhaitaient. Peter Van Buren, du Tactical Air Command, alors responsable du département d’État chargé de « gagner les cœurs et les esprits irakiens, » a écrit un livre entier sur la manière dont tous nos efforts, et en particulier notre argent, sont partis en fumée. Il en a été témoin personnellement. Il était évident pour lui que des escrocs des deux camps s'étaient installés et siphonnaient tout pour leur propre compte. Les escrocs irakiens sont toujours en fonction et, parce qu'ils n'ont jamais pris très au sérieux notre ‘projet de démocratie’, ils répriment leurs opposants de la manière qu’ils connaissent, dans le sang. Et les escrocs de notre camp ? Ils s’affairent toujours à Washington, où ils essayent de convaincre que l’Iraq n’a jamais existé.



The American Conservative, 14 novembre 2019, Kelley Beaucar Vlahos


Original : www.theamericanconservative.com/state-of-the-union/iraq-is-this-what-winning-looks-like/

Adaptation française Petrus Lombard


Photo : Bagdad le 11 novembre 2019. Les forces de l’ordre irakiennes, pour tenter de repousser les manifestants qui s’opposent au gouvernement sur la place Tahrir et sur Al-Jumuriyah, et les empêcher de réoccuper d'autres ponts du centre-ville de Baghdad, tirent du gaz lacrymogène et même parfois de vraies balles. (Photo de Laurent Van der Stockt / Getty Images)






Mercredi 20 Novembre 2019


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