Alberto
Cruz
CEPRID
traduction Danielle Bleitrach
Pourquoi y a-t-il eu accord sur
la proposition de l’Iran et du Venezuela à l’OPEP au mois d’octobre
2007 d’ouvrir un large débat au sein de l’organisation sur la poursuite du
paiement en dollar du baril de pétrole ? Ce que l’on avait souvent
qualifié de bouffonnerie à partir des personnalités d’ Ahmadineyad y
Chávez, aujourd’hui est mis à l’ordre du jour selon ce qu’a dit le président de
l’organisation Chakib Khelil. C’est ce que va faire l’OPEP quand un des ses plus
importants membres, l’Iran, a décidé de rompre avec tout commerce en dollar et
de mettre en place sa propre bourse pétrolière. Et quand le Qatar a annoncé une
réduction de sa bourse de réserve en dollars et son passage à une autre monnaie,
comme l’euro. Et quand il est prévu que les Emirats Arabes fassent de même au
mois de mai.
Avec un taux de change de 1’51
dollars pour un euro et une dépréciation constante face au yen, le dollar est au
bord de l’effondrement. C’est une théorie qui est répétée depuis un certain
temps(1), quoique ceci ne veut pas dire que nous sommes sur le seuil de la fin
du système économique actuel ni dans l’antichambre d’une crise dans le centre
névralgique de l’impérialisme. Mais si nous sommes face à un affaiblissement
progressif des Etats-Unis et ceci provoque des ébranlements, à chaque fois très
petits mais significatifs, dans ce qui est réellement important, la réduction
progressive des réserves monétaires des différents pays en dollars (en ce moment
64,8% des réserves mondiales sont dans cette monnaie) et la fuite vers
d’autres monnaies fortes comme l’euro et le yen. Ceci signifie moins de dollars
en circulation et moins de financement de la dette externe, proche des 9
billions de dollars, des Etats-Unis. De fait le dollar comme principale devise
dans le commerce international, et comme telle monnaie de réserve des banques
centrales des différents pays a perdu quasiment 7 points depuis 1999, en passant
de 71 % cette année-là à 64,8% actuellement, ce qui montre que chaque fois plus
nombreux sont les pays qui réduisent leur dépendance par rapport à la monnaie
centrale.
La clé de la fin du système, que nous connaissons aujourd’hui, est
détenue par la Chine. Il est assez improbable que
les Chinois se débarrassent de leurs excédents de collars (ils ont en ce moment
1,4 billions de dollars dans leurs réserve) et précipitent une dépression
économique mondiale. Mais ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas commencé à
commercer dans d’autres monnaies et en produits qui sont vitaus pour le
fonctionnement du système économique actuel comme le pétrole. Ching Siwei, vice
président du Comité permanent de l’assemblée populaire, a dit au mois de
novembre dernier que la
Chine » va réajuster et diversifier sa politique monétaire dans
les transactions financières et économiques dans l’arène mondiale parce que nous
sommes en faveur des monnaies fortes », en référence à la débilité du dollar.(2)
Et comme un geste vaut échantillon, la Chine est en train d’acheter son
pétrole à l’iran en euros, un pays qui apporte 13% des ressources énergétiques
nécessaires de la
Chine.
Pour autant pour sauver leur sang monétaire il
reste aux Etats-Unis une bouée de sauvetage : l’irak. Obtenir la
croissance de la production pétrolière de ce pays à n’importe quel coût ,
aboutir à la réintégration définitive dans l’OPEP à égaux droits que les autres
membres- paralysé par l’ONU sous le gouvernement de Saddam Hussein comme
conséquence de l’embargo auquel fut soumis ce pays – et surtout renforcer
avec la présence iraquienne les saoudiens, de plus en plus soumis à la pression
des autres pays membres du cartel pétrolier pour que la monnaie de transaction
pétrolière ne soit plus seulement le dollar.
Quand Ahmanideyad et Chávez ont
fait leur proposition, les Saoudiens furent les plus hostiles, non seulement à
l’accepter, mais à la discuter et ils obtinrent qu’il fut à peine mentionné en
annexe ce thème dans le document final du sommet de l’OPEP. Mais les faits sont
têtus. Le maintien de l’alliance avec les Etats-Unis chaque fois leur coûte plus
d’un point politique et économique. En Arabie saoudite les taux actuels
d’inflation sont les plus hauts depuis 1980, autour de 7%. Dans les Emirats
arabes unis l’inflation culmine à 9,3% (3). La cause n’est rien d’autre que la
débilité du dollar, ce sont des économies totalement dollarisées. Ce qui a
incité les saoudiens à donner finalement leur accord forcé et à accepter
que la discussion sur le dollar telle que l’ont proposé l’Iran et le Venezuela
soit à l’ordre du jour.
La «
normalisation » de l’Irak
Comment les Etats-Unis agissent pour aboutir ? .
Premièrement, en imposant la présence du collaborationniste ministre du pétrole
irakien Hussein al-Sharistani, à toutes les réunions préparatoires du nouveau
sommet de l’OPEP. Secondement, en faisant pression pour que soit approuvée
définitivement la loi du pétrole irakien qui laissera dans les mains des
multinationales étasuniennes ce secteur stratégique. Troisièmement , Bush en faisant une
tournée dans la zone, tournée qui n’avait rien de pacifique comme le dirent les
médias de masse – même si Israêl n’a pas eu carte blanche pour réaliser un
holocauste contre les Palestiniens, comme les en menaçaient les Israèliens- mais
pour menacer directement les pays du Golfe s’ils voulaient changer de monnaie de
réserve. Quatrièmement, ils ont fait pression sur ces pays pour qu’ils
n’établissent pas de relations commerciales avec l’iran dans ces moments où le
pays perse est en train de mettre en marche sa bourse de pétrole qui ne
commercera pas en dollars mais en euros.
Le collaborateur al-Sharistari n’a
pas été placé en tête de liste par hasard. Il est la friandise que Bush dépose
sur la table face au reste du monde. D’abord parce al-Sharistani a dans les
mains la signature des contrats qui vont distribuer les énormes réserves
pétrolifères que compte l’irak ? ce pays arabe a des réserves au moins
similaires à celles de l’Arabie Saoudite, et même il y a des experts pour penser
qu’elles sont supérieurs, et ceci sans compter les réserves de gaz. Il y a cinq
champs principaux Kirkuk (au Kurdistan), Majoon (la frontière avec l’Iran), Quna
(dans le sud, dans la zone de Bassora, aussi à la frontière avec l’iran) et
Zubair (au sud est) où l’on estime qu’il ya mille millions de barils de pétrole.
Données dont on ne peut s’abstraire pour comprendre, comme l’a dit dans ses
mémoires Alan Greenspan, l’ancien responsable de La Réserve fédérale des Etats-Unis :
« la guerre en Irak a été faite en grande partie pour le pétrole»
La
présence du ministre du pétrole irakien dans les réunions préparatoires du
sommet de l’OPEP va parallèlement avec les efforts du gouvernement Bush pour
vendre au monde que la situation en Irak est en train d’être « normalisée »sur
le plan militaire comme politique. Une
fiction comme toujours mais avec l’appui enthousiaste de certains moyens
de communication de masses convertis en troupes de choc. A partir de ce que les Etats-Unis
ont acheté, littéralement, une part de l’insurrection irakienne avec la
création de la milice « réveil » - qui affronte les insurgés et sert de bouclier
au soldat occupant- n’a pas réussi à faire régner le calme dans le secteur
contrôlé par Muqtada al Sader où se maintient une grande capacité de feu de
l’armée du Mahdi et dans d’autres secteurs de la guérilla sunnite qui harcèlent
les collaborateurs et les occupants. Dans la même année où s’est développé la
stratégie « normalisatrice » les actions armées se sont maintenues pratiquement
sur tout le territoire non seulement contre les soldats occupants mais contre
les mercenaires – entreprises de sécurité privées- et les
collaborateurs.
Cependant, si l’on cherchait un acquis pour la stratégie
étasunienne on pourrait noter que les attentats contre les oléoducs ont connu
une notable réduction dans les derniers mois et ceci fait que la production
iraquienne est en ce moment aux alentours de 2’4 millions de barils journaliers,
le niveau le plus élevé depuis l’invasion du pays arabe dans ces cinq dernières
années.
Les Etats-Unis sont très proches de remplir leur but énergétique il
avait été prévu de terminer 2007 avec une production de 2’8 millions de baril
jour en Irak (4) et ils atteignent 2’4. Aujourd’hui leur projets sont un peu
plus modestes pour 2008, arriver aux 2’6 millions alors que leur objectif était
de réaliser ni plus ni moins que6 millions de barils jour ! dans les prochaines
quatre année, selon ce qu’avait dit le ministre du pétrole iraquien dans un
interview au quotidien britannique The Times (5). Ceci permettrait aux
Etats-Unis de détruire l’OPEP de l’intérieur. Les Etats-Unis le payent « juste »
30 dollars. Un chiffre qui ne prend pas en compte un fait important, et c’est
que le coût n’est pas le même dans l’extraction de un baril en Arabie saoudite
ou en Irak, pour prendre les cas les moins chers, ou au Venezuela et en Iran
pour prendre les plus chers. Dans ce dernier pays le coût du baril se situe
autour de 15 dollar, le gain de 1 à 6 dans le cas saoudien (qui s’avère de
l’extraction jusqu’à la commercialisation être le pétrole le plus facile à
trouver, le meilleur marché à produire et de grande qualité) se réduit à 1 à 2
dans le cas iranien puisque son pétrole ne se compare pas avec le bon-beau-bon
marché des Saoudiens et iraquiens.
Le 24 janvier dernier , al-Sharistani
s’est réuni à Amman, la capitale jordanienne, avec les principales
multinationales pétrolifères pour discuter « contrats d’assistance techniques »,
c’est-à-dire, se repartir les champs pétroliers entre elles une fois que sera
approuvée par le parlement la loi sur les Pétroles. Devinez avec qui eut lieu la
première réunion ? la
Exxon-Mobil, la même qui a présenté sa demande contr le
Venezuela pour la nationalisation en 2007, des champs de la ceinture de
l’orinoque. S’il y a du crédit à accorder au journal qui rapporte que le contrat
sera signé durant ce mois de mars. Et pour que ces contrats soient assurés et
exécutables, les Etats-Unis doivent maintenir de manière permanente un
contingent de troupe en Irak.
L’opposition iraquienne
Al-Sharistani est en train de
jouer le jeu que désirent les Etats-Unis, mais pas celui que veut l’immense
majorité des ses compatriotes. Selon les enquêtes des propres médias
collaborateurs 70% des Irakiens sont contre ce qu’ils considèrent comme un viol
de la souveraineté nationale. C’est même la seule unité aujourd’hui entre les
différents secteurs.
Dans ces moments il y a une évolution dans les alliances
entre les différentes forces politiques, spécialement entre les kurdes et les
sunnites, aussi entre les chiites. L’accord entre l’Union Patriotique du
Kurdistan, le parti démocratique du Kurdistan et le Parti Islamique Irakien
(sunnite) refuse la stratégie de division entretenue par les Etats-Unis pour
proposer de fédéraliser le pays, c’est là dessus aussi qu’il y a accors avec le
Conseil Suprême de la révolution islamique (chiite) , qui a réclamé de manière
expresse la création d’une « région autonome dans les provinces de Nasseriya,
Amarah et Najaf et d’autres zones dans le Bagdad meridional comme
Diwaniyah, Samawa y Kut”.
Seule une partie de la guérilla contre l’occupation
et les forces de Muqtada al-Sáder s’opposent à la fédéralisation de l’irak, mais
le pays est plus divisé que jamais et ceci laisse les mains libre à la
stratégie impérialiste.
Alberto Cruz
CEPRID
9 - III –
08
traduction danielle Bleitrach
.
(1) “Veinte céntimos” http://www.rebelion.org/noticia.php?id=44199
(2)
Diario del Pueblo, 8 de noviembre de 2007.
(3) Al Jazeera, 25 de febrero de
2008.
(4) “No es Iraq, es Venezuela” http://www.rebelion.org/noticia.php?id=39775
(5)
The Times, 8 de febrero de 2008.