Palestine occupée

Intifada troisième partie ?


La semaine dernière, à Jérusalem Ouest, la réunion manifestement cordiale entre le Premier Ministre israélien Ehud Olmert et le Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas, semblait commencer sous les meilleurs auspices. Sourires larges, atmosphère joyeuse, une aura d'optimisme planait sur eux. Le but de la rencontre, qui a eu lieu à la résidence officielle d'Olmert le 27 décembre, était de lancer les pourparlers de statut final entre les deux parties, dans l'espoir qu'ils conduiraient à une résolution finale du conflit palestino-israélien vieux de plusieurs décennies.

Par Khaled Amayreh


Par Khaled Amayreh
Mardi 8 Janvier 2008

En plus de relancer et de ranimer les discussions, que nombre de critiques jugent déjà vouées à l'échec et futiles étant donné l'insolence et l'intransigeance d'Israël, la direction de l'Autorité Palestinienne espérait de cette rencontre qu'elle amène Olmert à annuler les projets annoncés récemment de construction de milliers d'unités d'habitation partout en Cisjordanie, en particulier à Jérusalem Est arabe occupée par les Israéliens.

Olmert et Abbas sont convenus de relancer les pourparlers de paix et d'éviter d'entreprendre toute démarche préjudiciable aux questions de statut final. Cependant, au sujet de l'expansion des colonies, question centrale du statut final, Olmert a dit clairement à Abbas qu'il ne pouvait ni ne voulait arrêter la construction, puisque une telle démarche signifierait l'effondrement de son gouvernement de coalition. Il est intéressant de noter que c'est le même prétexte et le même raisonnement que les premiers ministres israéliens successifs ont toujours mis en avant chaque fois qu'ils ont subi des pressions, même de la part des USA, pour stopper ou geler l'expansion des colonies.

Olmert n'a pas dit carrément à Abbas qu'Israël irait à l'encontre de l'esprit d'Annapolis et poursuivrait la construction de nouvelles unités de colonies partout en Cisjordanie. Au lieu de cela, il a eu recours à la prévarication et aux stratagèmes. Il a dit à Abbas qu'Israël ne créerait pas de nouvelles colonies en Cisjordanie mais n'a pas fait mention des projets d'extension des colonies existantes en construisant des milliers d'appartements sur la terre arabe récemment confisquée dans le voisinage de ces colonies.

L'étendue de la tromperie et de la propension au mensonge d'Olmert a été révélée peu après la séance de photo avec Abbas.
Cette semaine, les médias israéliens ont révélé que le gouvernement israélien avait récemment décidé de lancer deux appels d'offre à construction à Jérusalem Est, dont la construction de 440 appartements pour colons dans les banlieues arabes de Sur Baher et Jabal Al-Mukaber. Ceci en plus des 307 appartements qu'Israël projette de construire dans la colonie de Har Homa, ou Jabal Abu Ghneim, adjacente à la ville palestinienne chrétienne de Beit Sahur, dans la région de Bethléem.

La nouvelle campagne d'expansion des colonies dans et autour de Jérusalem Est occupée, qu'Israël ne considère pas comme faisant partie de la Cisjordanie, coïncide avec la construction de milliers d'appartements dans toute la Cisjordanie.

La dernière rencontre entre Abbas et Olmert a été considérée comme un fiasco même par les pontes pro-Fatah, avec Hani Al-Masri, éditorialiste éminent, accusant la direction de l'Autorité Palestinienne de laisser tomber Jérusalem Est dans les négociations. "Si le renforcement des activités de colonisation juive à Jérusalem, la future capitale de l'Etat palestinien dont tout le monde parle, ne porte pas préjudice au règlement de statut final, alors de quoi peuvent-ils bien parler ? ", s'est interrogé Masri.

Constamment rejetée par un refus israélien insolent et méprisant de geler l'expansion des colonies, la direction palestinienne frustrée et en réalité impuissante en a appelé à l'administration Bush, en particulier à la Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, pour faire pression sur Israël pour un arrêt de la colonisation. Rice a demandé à Olmert d'être conscient des conséquences qu'aurait une expansion non contrôlée des colonies sur le processus de paix.
Olmert a assuré Rice qu'aucunes nouvelles colonies n'étaient prévues, qu'il était impuissant à stopper l'expansion naturelle, et que les colons étaient tous, après tout, des citoyens israéliens et qu'à ce titre ils étaient en droit d'avoir un toit sur leurs têtes.

Et le gouvernement israélien a trouvé l'occasion d'ajouter une blessure aux insultes lorsque les soldats israéliens ont ouvert le feu et tué le garde du corps personnel du chef négociateur palestinien Ahmed Qurei, au sud-ouest de Ramallah. Le meurtre de sang froid s'est produit à peine quelques heures après la réunion à Jérusalem Ouest, à laquelle Qorei participait lui aussi.

Obligés de répéter tous les jours les mêmes banalités sur l'illégalité des colonies israéliennes, les responsables palestiniens se retrouvent dans une situation peu enviable.

D'un côté ils réalisent, bien qu'ils ne le disent pas ouvertement, que les discussions avec Israël sont condamnées à l'échec, même si ces discussions devaient durer encore cent ans. Ils se rendent également compte que ni l'administration Bush ni aucune autre administration américaine n'a jamais eu la volonté ni le désir de faire pression sur Israël pour mettre un terme à l'occupation qui a commencé en 1967.

D'un autre côté, l'Autorité Palestinienne a conscience que l'afflux des milliards de dollars promis par les participants à la Conférence des Donateurs, à Paris à la mi-décembre, n'influera que très peu sur la continuation ou du moins le semblant de poursuite des efforts de paix, indépendamment des résultats que ces efforts produiront ou non.

Cette façon de penser est cependant problématique, pour employer un euphémisme, puisqu'elle ne prend pas en compte l'humeur en mouvement et l'indignation croissante des Palestiniens.

Cette semaine, l'armée israélienne a accru le massacre gratuit qu'elle perpètre contre les civils palestiniens, juste pour le plaisir, comme l'a dit un militant des droits de l'homme. Au carrefour frontalier de Beit Hanoun, au nord de la Bande de Gaza, les soldats israéliens, qui s'ennuyaient, ont ouvert le feu sur des pèlerins palestiniens rentrant de La Mecque, tuant une femme et blessant cinq autres personnes, dont une grièvement.

L'armée israélienne a publié quatre comptes-rendus différents du meurtre gratuit de cette femme, que ses enfants et petits-enfants attendaient à quelques centaines de mètres. D'abord, le porte-parole de l'armée israélienne a dit qu'il n'avait pas connaissance de l'incident. Cinq heures après, un autre porte-parole a prétendu qu'il était vraisemblable que la femme avait été touchée par des tirs palestiniens. Une troisième version de l'histoire a raconté que la femme avait été tuée dans un échange de tirs entre les soldats israéliens et le personnel palestinien de sécurité stationné au nord de Gaza. Finalement, l'armée a sorti une quatrième histoire, disant que les soldats, à la frontière d'Erez, s'étaient sentis menacés et avaient ouvert le feu.

Il est évident que la femme n'a pas été touchée par des tirs palestiniens, il n'y a pas eu d'échanges de feu entre les soldats israéliens et palestiniens dans le voisinage, et les soldats qui tenaient le passage d'Erez ne se sont pas sentis menacés par la présence de pèlerins épuisés, qui avaient été soumis à des fouilles méticuleuses menées, comme d'habitude, avec toutes les formes imaginables d'humiliation.

Un incident similaire s'est produit la semaine dernière près de Ramallah, lorsque les soldats israéliens à la gâchette facile ont tiré et tué un Palestinien, père de deux petits enfants, qui sortait de chez lui avec son frère et un ami. Les soldats ont prétendu que les trois palestiniens désarmés avaient un comportement suspect.

La rage froide accumulée suite aux attaques israéliennes meurtrières conjuguées avec la politique israélienne trompeuse, évidente dans la poursuite de l'expansion des colonies, augmente dans le cœur des Palestiniens. "Je pense que la plupart des gens est convaincue qu'Israël trompe la direction palestinienne et qu'il n'est pas sincère dans une recherche de paix avec les Palestiniens. Pour le dire en bref, la politique d'assassinats de Palestiniens et l'expansion des colonies n'est pas compatible avec un authentique désir de paix", a dit Ziad Abu Zayad, ancien négociateur palestinien.

Dans un article pour Al-Quds, journal basé à Jérusalem Est, Abu Zayad a accusé Israël de ruser pour construire encore plus de colonies, voler encore plus de terre arabe et tromper l'opinion publique internationale. C'est toujours le même film, les mêmes tromperies, les mêmes mensonges. Abu Zayad exhorte la direction palestinienne d'Abbas de dénoncer immédiatement la futilité des discussions avec Israël si l'Etat juif refuse de stopper l'activité d'extension des colonies en Cisjordanie.

Un autre élément n'augure rien de bon pour Abbas et son Premier Ministre soutenu par l'Occident, Salam Fayyad (photo ci-dessus, avec C. Rice). Le mouvement Fatah est actuellement en ébullition à cause des politiques provocatrices du gouvernement de Ramallah, et essaie de transmettre un message clair à Fayyad, disant : soit vous êtes à nos ordres, soit vous démissionner. Cette semaine, les Brigades des Martyrs Al-Aqsa, la branche militaire du Fatah, maintenant presque totalement dissoute par le gouvernement Fayyad, a averti qu'ils assassineraient Fayyad s'il continuait à refuser au Fatah un traitement préférentiel.

Fayyad s'est récemment mis à dos beaucoup de membres du Fatah lorsqu'il a systématiquement arrêté de payer les salaires des milliers de cadres du Fatah qui étaient sur les listes du personnel depuis les années 1990.

Récemment, il a aussi exaspéré beaucoup de Palestiniens lorsqu'il a présenté publiquement ses condoléances aux familles des deux soldats israéliens qui n'étaient pas en service et qui ont été tués par la guérilla palestinienne à Hébron, au sud de la Cisjordanie. Israël a assassiné des centaines de Palestiniens en 2008, dont des douzaines d'enfants.

Selon quelques observateurs palestiniens, le scénario le plus prévisible dans le cas où le processus de paix s'effondrerait, ce que la plupart des Palestiniens considèrent comme couru d'avance, est un nouvel Intifada, cette fois et contre Israël, et contre le gouvernement de l'Autorité Palestinienne lui-même.

Source : Al-Ahram
Traduction : MR pour ISM


Mardi 8 Janvier 2008

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