Politique Nationale/Internationale

Interview à Radio Algérie Internationale ( RAI) -26 septembre 2009 du Docteur Abderrahmane MEBTOUL Economiste – Professeur d'Université ,relative à la portée, la réunion du G20 à Pittsburgh



Abderrahmane MEBTOUL
Dimanche 27 Septembre 2009

Interview  à Radio Algérie Internationale ( RAI) -26 septembre 2009 du Docteur Abderrahmane MEBTOUL Economiste  – Expert International relative à la  portée,  la réunion du G20 à  Pittsburgh  
 
  Question 1- La réunion du G20 vient de se tenir   à Pittsburgh, quelle
première lecture en faites vous ?  
   
   
 AM- Au moment ou  se tient  la réunion au Vénézuéla   sur la coopération
entre l’Afrique et l’Amérique Latine  les 26/27 septembre 2009, le G20 regroupant les pays  les plus riches  de  la planète concernant 20 Etats représentant 87% du PIB mondial, 60% de la population de la planète mais 10%
seulement des Etats   s’est  réuni juste avant  les 24/25 septembre 2009 à
Pittsburgh, (Pennsylvanie, Est des Etats-Unis) endroit  non pas choisi au hasard mais qui grâce aux nouvelles technologies  et à la  révolution verte (développement des énergies alternatives renouvelables) connaît le taux de chômage  un  des plus bas aux USA. Cette réunion fait suite à celles du 2 avril 2009  à Londres,  et  à celle du 15 novembre 2008 aux USA , réunion
d’urgence à l’époque sous l’initiative française   qui  s’était tenu
 sans la présence  du président Barack Obama, qui venait juste d’être élu ,  a  porté  sur la question du rééquilibrage du système financier international. Utopie ou réalité  dans la mesure  où le fondement même du
système monétaire international reposant sur la suprématie du dollar   un
sujet qui fâche alors  n’a pas été   abordé, comme la dimension
environnementale et sociale de la crise abordée superficiellement et d’une manière générale se pose cette question : les pays pauvres n’ont –ils pas été les  oubliés de la crise mondiale ?  
   
   
 Question 2 – Quelles sont les conclusions les plus importantes ?
   
   
 AM- Cinq résolutions importantes mais qui devront être traduites dans les faits : premièrement, le  fait le plus important de cette réunion  est l’institutionnalisation du G20 comme «principal Forum économique mondial» (The Premier Global Economic Forum, selon les termes du communiqué en anglais) étant passé du  G6  puis au G7 (avec le Canada), puis au G8 avec  la Russie qui avait un statut à part. Aussi l’idée émise par plusieurs dirigeants africains au sein  du NEPAD  d'instituer un «conseil économique mondial», sur le modèle du conseil de sécurité de l'ONU n’est plus d’actualité.
Cependant, c'est en 2010 lors des prochaines réunions qu’il y aura discussion  de la nouvelle architecture du G20 : quels pays doivent en être membres, à quelle fréquence doit-il se réunir ? Deuxièmement,  la  réforme
partielle du   FMI : une victoire  surtout pour  la Chine  mais également pour
l’Inde, le Brésil, la Turquie et la Corée du Sud , le  G20 s’ étant  mis d'accord pour transférer dès 2011, 5% des droits de vote des pays développés aux pays émergents car si le cas des USA reste le même, avec 32% des voix au FMI, le Européens apparaissent collectivement surreprésentés au G20, alors que leur poids dans l'économie mondiale n'excède pas 25%.;- troisièmement ,  ouvrir les pistes d'une réforme en profondeur du système financier international par un  «  code de bonne conduite », la  Taxe Tobin qui  fut proposée en 1972 par le prix Nobel d’économie James Tobin consistant  en une taxation des transactions monétaires internationales afin de ne pas inciter à la spéculation étant mise sur la table des négociations, la France et l’Allemagne ont  obtenu gain de cause sur la limitation des bonus, (encadrement plus  sévèrement, à l'avenir, les primes des traders),  les normes comptables entre Européens et Américains devant être harmonisées en
2011 bien qu’existent toujours des divergences,  de part et d'autre de l'Atlantique, les normes actuelles  gonflant artificiellement le bilan des
banques américaines ; quatrièmement,   prendre de nouvelles initiatives pour
parer à d'éventuelles faillites bancaires et  instituer  des règles plus strictes sur les agences de notation, la titrisation et les parachutes dorés, des trous noirs de la finance estimés à 10.000 milliards $  par la supervision et de l’immatriculation des hedge funds (dont 62% sont localisés dans les paradis fiscaux), l'opacité des paradis fiscaux ayant  aggravé la crise financière, 40 à 50% de l'ensemble des flux financiers transitent par des territoires dits non coopératifs, avec comme corollaire une économie très dépendante de l'activité bancaire et financière. Dans un  rapport récent de
la CEE(2009),   on  note  qu’à   Jersey, par exemple, le secteur financier
représente 50% du PIB. Ce n'est pas un hasard non plus si trois quarts des hedge funds sont domiciliés dans les paradis fiscaux, dont le tiers aux seules îles Caïmans.  Enfin cinquièmement,  accroître les dépenses publiques à travers des déficits budgétaires coordonnées,et ciblés ,  une relance globale de 5000 milliards $ étant  prévue d’ici fin 2010 mais au profit  des économies d’énergies pour le BTPH  et des technologies propres pour le secteur automobile, remettant d’ailleurs en cause  au pacte de stabilité européen (3% du PIB  et dépenses publiques sur /PIB moins de 60%).La résolution finale a insisté  sur le fait  que le renforcement du système de régulation ne saurait signifier protectionnisme,et que ces dépenses publiques sont destinées  en majorité aux entreprises privées ( politique keynésienne
ciblée)  d’où des réunions prochaines  avec l’organisation mondiale du commerce(OMC).  
   
   
 Question 3 : La nouvelle  politique américaine  n’annonce t-elle  pas  une nouvelle orientation dans la gouvernance mondiale ?  
   
   
 AM- Je rappelle,   la teneur   du dernier  message  du Président des
Etats-Unis d’Amérique Barack OBAMA  qu’il a adressé à l'ensemble des nations musulmanes à l'occasion de la célébration du mois sacré de Ramadhan
2009 ,   qui s'inscrit dans la même ligne que celle tracée au cours du
discours du Caire le 04 juin 2009 que j’ai largement commenté dans la presse nationale et internationale , et où il invite à renouveler les relations entre l'Occident et le monde musulman sur la base du respect mutuel et de la tolérance.  Ces messages  à quelques mois d’intervalle sont –ils  des
messages   d’utopie ou seront-t-ils concrétisés certes pas demain mais dans
un avenir proche pour éviter que la religion, ne soit utilisée à des fins de tensions entre l’orient et l’occident, comme arme de guerre fratricide. Or, je suis convaincu depuis de longues années, que la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident par le dialogue des cultures (le judaïsme, le Christianisme et l’Islam étant des religions de tolérance pour ne citer que les grandes religions monothéistes) permettront d’éviter ces chocs des civilisations préjudiciables à l’avenir de l’humanité.
L’’intensification des relations entre  l’Orient et l’Occident, la promotion de synergies culturelles, économiques, politiques sont seules à même d’intensifier une coopération pour un développement durable ente le Nord et le Sud, et ce afin de faire de note univers un lac de paix où seront bannis l’extrémisme, le terrorisme et la haine, passant par une paix durable au Moyen Orient, berceau des civilisations, les populations juives et arabes ayant une histoire millénaire de cohabitation pacifique. Car, il existe des spécificités sociales locales  dont il convient de tenir compte car source d’enrichissement mutuel permettant de communiquer avec des cultures lointaines à travers des réseaux décentralisés auxquels la société civile (intellectuels, diplomates, opérateurs, médias grâce au rôle important
d’Internet) doit jouer une fonction stratégique car les nouvelles relations internationales fondées sur les relations personnalisés entre chefs d’Etat ont de moins en moins d’effets. Dans cette lignée , il est à signaler  le gel du bouclier  anti-missile qui a créé des tensions avec la Russie , les USA
du moins  en paroles, attendons les actes ,  entendent tenir compte   que le
monde a profondément changé  avec l’entrée de nouveaux acteurs  dans l’économie mondiale  et qu’à la place de l’unilatéralisme  doit succéder  un dialogue plus fécond  pour un monde multipolaire.
   
   
 Question 4- Comme vous l’avez souligné, les pays les plus pauvres  et notamment l’Afrique  ne sont-ils pas les oubliés de cette réunion du G20 ?
   
   
 AM- Certes il ne faut pas uniquement incomber la responsabilité à l’extérieur car la gouvernance  de bon nombre de pays du tiers monde  et notamment en Afrique renvoyant à l’urgence  du processus démocratique et de contrepoids aux pouvoir existants est désolant pitoyable,  les dirigeants
plaçant l’argent  à l’extérieur   alors  qu’il devrait être consacré
au développement  de leurs populations  mais ,  il s’agit également  de repenser  l’actuel système économique mondial qui est profondément injuste.
Les actions du G20   ne sont-elles pas    une solution à court terme pouvant
les comparer à une transfusion sanguine massive à une personne souffrant
d'une grave hémorragie interne,  ce système accentuant   la bipolarisation
Nord/Sud, la pauvreté  préjudiciable à l’avenir de l’humanité. Car, sur les 7 milliards d’âmes  la 2/3 étant concentrées au sein de la zone Sud avec moins de 30% des richesses mondiales. Or,  il s’agit de repenser  tout le système financier mondial issu de Breeton Woods  en 1945, qui ne correspond plus aux exigences du XXIème siècle avec cette interdépendance accrue des économies,  en moralisant le capitalisme (la véritable économie de marché repose sur l’entreprise créatrice de richesses dans un environnement concurrentiel , loin de tout monopole et son soubassement le savoir et non sur la spéculation financière ,  et ce en donnant un rôle accru au FMI comme garant  de la régulation mondiale et éviter cette suprématie du dollar, qui ne devra plus se limiter seulement  aux équilibres macro-économiques (déséquilibre des balances des paiements),  tout en élargissant la représentation aux pays émergents  au sein des institutions internationales.
Car  en  ce début du 21ème siècle, des disparités de niveau de vie criardes font de notre planète un monde particulièrement cruel et dangereusement déséquilibré. L’abondance et l’opulence y côtoient d’une manière absolument insupportable la pauvreté et le dénuement. Quand on sait que, dans les 25 prochaines années, la population mondiale augmentera de deux milliards d’individus - dont 1,94 milliard pour les seuls pays en voie de développement
- on peut imaginer aisément le désastre qui menace cette partie de l’humanité si rien de décisif n’est entrepris. Par ailleurs il s’agit pour nous économistes de reconnaître que la pensée économique dominante est un échec flagrant, autant  que celle du système financier dans son ensemble comme le montre  les fausses prévisions tant du FMI,  de la Banque mondiale que la commission européenne qui en une année ont révisé trois à quatre fois leurs prévisions donnant ainsi  de fausses informations tant aux gouvernants qu’aux marchés.  
 
 
 
 NB- Interview à Radio Algérie Internationale  du docteur Abderrahmane
MEBTOUL réalisée  par  Warda     AKTOUF journaliste RAI   
 Quelle portée,  la réunion du G20 à  Pittsburgh ?
 



Lundi 28 Septembre 2009


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