Quels sont les fondements idéologiques de Solidarité et Progrès ?Jaurès et Roosevelt ont tenté de s'opposer, Jaurès pendant la guerre de 14 mais pas seulement, qui a été une horrible boucherie et qu'aujourd'hui on fête de manière un peu absurde, et Roosevelt a tenté de briser les intérêts financiers, de ce qu'on peut appeler les monarchistes de l'économie, et de faire une économie vraiment productive avec la participation des américains.
Que voulez-vous dire par « vraiment » productive ?Parce qu'aujourd'hui on dit qu'il y a eu de la croissance dans le monde depuis quarante ans, alors que c'est absolument faux, il n'y a pas eu de croissance même s'il y a eu de l'argent, beaucoup d'argent, mais on n'a pas transformé la nature, on ne l'a pas améliorée, on n'a pas amélioré l'homme non plus. Ça n'a pas été une croissance de l'économie physique et réelle, mais une croissance du capital fictif.
Marx, dans le tome 3, chapitre 25 du Capital, que beaucoup n'ont pas lu - que je trouve très intéressant à lire à fond, et pas superficiellement comme le font les pseudo-intellectuels parisiens - pour moi c'est quelque chose de sérieux à prendre avec une certaine distance et beaucoup de temps à passer - alors il parle du capital fictif. C'est à dire qu'il y avait des chemins de fer en Angleterre, tout le monde avait parié que ça marcherait, on a mit énormément de papier, avant de se rendre compte qu'on avait créé beaucoup plus de papier que ce que les chemins de fer pouvaient rapporter.
Dès lors tout s'est effondré, exactement comme aujourd'hui. Ils ont essayé d'amasser de l'argent avec l'argent en faisant des paris, ce qui n'a plus rien à voir avec un financement assuré par un état représentant ses citoyens. C'était pari de financiers pour essayer de s'enrichir le plus vite possible en utilisant tout et n'importe quoi.
On est contre les paris financiers et pour un développement de la création humaine.C'est très intéressant de regarder la période de la sortie de la seconde guerre mondiale, dans le préambule de la constitution de 46, qui est un texte fondamental, reprit en 58, et qui donne des droits, mais des droits à un humain qui travaille. Or, aujourd'hui on a détruit ça. Ce qu'il faudrait au contraire c'est aller plus loin, et donner des droits à l'humain qui crée. C'est le droit à la création qui va dans l'intérêt humain.
Dans les fondements idéologiques on m'avait parlé aussi de certains prêtres...Ah oui les Abbés Démocrates, ce sont des bretons qui s'opposaient à l'église établie, et qui ont tenté de faire un mouvement social chrétien. Ce qui m'intéresse c'est de chercher partout des gens qui sont pour la création humaine et contre ce que Paul VI appelait l'impérialisme de la finance internationale.
A chaque fois il s'est agit de se rebeller contre des éléments assez rigides du système.Il s'agit de s'identifier au changement, pas à la forme. On a un enseignement en français par exemple qui est celui où on apprend des formules et la forme, on n'a jamais rien trouvé de plus emmerdant, ça détruit la créativité humaine, et ça rend « scolaire ». Ce qu'il faut c'est un enseignement qui fasse faire des expériences pour découvrir. « La Main à la pâte » l'a fait pour le primaire, Marie-curie se demandait si au lieu d'envoyer les enfants à l'école il ne valait pas mieux les noyer ! C'était un de ces paradoxes qu'aimait Marie-Curie, c'est pour ça que les français ne l'aimaient pas, bien qu'elle ait fait plus pour la France que beaucoup de français « de souche »...
L'enseignement doit faire que l'enfant découvre expérimentalement des principes physiques de l'univers.
C'est un peu ça que vous proposez, d'entrer expérimentalement dans la création d'un mouvement politique ?C'est vrai, le principe de création qui consiste à rompre avec un ordre donné pour passer à un ordre relativement meilleur, est ce qui défini l'être humain. Il y a eu une grande révolution au XI ième siècle qui était la révolution des moulins à vents, et par rapport à ça les éoliennes aujourd'hui passent plutôt pour une régression. Il faut pouvoir se placer historiquement. Un des torts aujourd'hui est que la plupart des gens pensent à travers leur expérience personnelle ou celle de leur famille limitée à cent ans, mais on a perdu le sens de l'histoire, la capacité à se situer historiquement. C'est un point sur lequel je suis d'accord avec Edgard Morin.
Dans votre mouvement il y a une cinquantaine de personnes à Paris, environ 200 en France... et 2000 abonnés au journal, qui écrivent, interviennent, on a un site web qui a à peu près 150 000 entrées par mois,
Qu'est-ce que vous obtenez comme retombées à partir de ça ?Il s'est passé que mon ami américain Lyndon Larouche a remit en cause le système existant et a prévu l'effondrement de l'économie et le désastre auquel ça allait aboutir.
Beaucoup de monde l'ont fait cela dit.C'était il y a trente ou quarante ans. A cette époque on vénérait Me. Thatcher, le libéralisme, etc... Ces mêmes qui criaient « libéralisme libéralisme » se mettent à crier aujourd'hui « retour de l'état, retour de l'état » ! Mais un retour de l'état pour aider exactement les mêmes intérêts que ceux que le libéralisme a fomenté, sans favoriser la création. Tout cela est absurde. Ce qu'il faut c'est bien voir quelle est la matrice de ce système. Évidemment les gens ne comprennent pas, on utilise le mot « système de crédit, système financier, système spéculatif », basé à Londres et avec une extension à Wall Street. C'est un système dont les banquiers, comme Montaigu Norman qui dirigeait la banque d'Angleterre à l'époque, ou le grand-père de George Bush, ont mis à l'étrier de l'histoire le pied d'un certain Hitler.
Ces gens-là ont une conception de l'Histoire par laquelle il faut tenir le plus grand nombre pour pouvoir continuer à favoriser les intérêts d'une oligarchie de possédants.
Ils sont toujours en place aujourd'hui, et bien sûr ils ne vont pas refaire le coup des années 30, mais ils vont le refaire d'une autre façon. Alors c'est quoi : ce sont les caméra de vidéosurveillance, ce sont les passeports biométriques, les fichiers sur les citoyens, c'est de mettre une population en état d'être contrôlés, et de pouvoir faire ce qui devra être fait quand le problème se posera. Et ensuite il s'agira de désigner un bouc émissaire, ce qui fait qu'avec ce système de concentration financière on va directement à une situation de conflit ou d'affrontements.
Vous, quand vous présentez un parti politique à ce moment-là, avec les moyens qui sont les vôtres, vous avez un Goliath devant vous.Non c'est pas un Goliath, on dirait plutôt un géant aux pieds d'argile ou aux pieds de faux dollars.
Ce qu'il faut c'est être international, avoir des amis qui agissent avec vous aux états-unis, en Allemagne en Italie, jusqu'à des contacts en Russie en Inde ou en Amérique du Sud, et d'essayer de faire de cette cacophonie un orchestre qui joue une partition, qui est celle de l'avenir.
Bon et ces jeunes qui sont avec vous, est-ce qu'ils vous apportent des idées ?Bien sûr que oui ! Ils me remettent en cause enfin je l'espère, quand ils ne le font pas je ne suis pas content ! Surtout il faut qu'il y ait un examen permanent de la base sur laquelle on agit. C'est très important de ne jamais avoir une idée fixe ou une idée reçue, ce qui défini l'être humain est sa capacité de transformation. Il n'y a pas de tradition ou de routine, il y a un principe de changement d'amélioration, de la connaissance de l'univers pour savoir comment ça marche, et de l'amélioration des rapports avec les autres êtres humains.
Comment vous êtes financés ?On fait comme on peut. On a des donateurs, on vend le journal, on a un budget annuel de 300 00 euros ce qui est vraiment pas beaucoup.
Vous faites quoi comme métier ?Je suis retraité, un des cent millions de retraités.
Vous faisiez quoi avant ?Ah ça a été une longue vie, j'ai été dans l'administration, j'avais fait l'ENA, puis j'étais dissident, je suis parti, pas par détestation mais à cause d'un sentiment d'impuissance. Je savais que ce serait une longue marche ou une traversée du désert, je voulais amener au monde une double idée qui n'était pas très partagée à l'époque, et que Larouche m'inspirait.
Il y avait d'un côté un court terme dans l'économie, une financiarisation où se développait par tous les moyens, y compris le trafic de drogues, une main-mise sur l'argent à court terme, par des intérêts privés et par les états.
Et l'autre idée est le lien avec la culture, où il s'est agit de créer une contre-culture, contre le court-terme, le désir et la possession. Surtout la possession, ce qui se passe c'est qu'on veut posséder les autres, on sent derrière ça un peu le grand inquisiteur de Dovstoieski, dans les Frères Karamazov, où le Christ revient sur terre et il le fout au trou, en lui disant « déjà t'es apparu une fois ça suffit on t'a bien assez exploité, maintenant tu nous casses les pieds alors on te fout au trou ! ». C'est le principe de l'inquisition.
Larouche a une approche macrophysique de l'économie, on se demande par quelle approche vous arrivez aux mêmes conclusions que lui ?C'est plus dû à une relecture de Marx, en voyant ses faiblesses et en trouvant l'intérêt de le remettre en cause. C'est comme un partenaire qu'on pourrait critiquer, mais qui est un partenaire intéressant.
Pour moi Larouche a fait le lien entre ces deux choses, l'une qui apparaissait comme étant « à droite » qui est la financiarisation de l'économie et l'autre qui apparaît comme étant « à gauche » qui est la libération de l'individu contre tout : le sexe-marchandise, la drogue, la musique-bruit etc...
Il a dit : l'un joue avec l'autre, parce qu'on dépolitise les gens, et on les dé-collectivise. Il n'y a plus le sens du collectif.
Et ce qui va réapparaître avec cette crise, avec tous les dangers que ça peut comporter, c'est le sens du collectif, mais reste encore à retrouver un sens du collectif nourrit par des individus.
(remarque non faite sur le moment, ceci étant en opposition avec un sens du collectif décentralisé comme l'est l'internet).
Bah disons que s'il y a une grosse guerre forcément on va retrouver un sens du collectif !Une grosse guerre serait un véritable désastre ! Les intérêts sont financiers. Ils sont malthusiens, ils ont une vision du monde par laquelle la population doit être réduite. Et ils spéculent sur la possibilité ou pas d'une guerre.
C'est le système tel qu'il est qui oblige à cela.C'est le cas parce qu'il n'y a plus d'une orientation en vue d'un projet, en vue d'un dessein ou d'une amélioration. C'est un système qui fonctionne en vue de rapports de force et en vue d'intérêts.
Deuxième partie : L'énergieOn va maintenant parler de l'énergie, c'est très important dans le système car tout est basé là-dessus, on a tous besoin d'énergie, Et c'est une expression de la capacité de connaissance et de création humaine
Alors vous, vous êtes pour le nucléaire ?D'un côté il y a une critique écologiste, qui dit « il y a une création de l'homme et il faut l'arrêter », alors que c'est un domaine de la connaissance d'un principe physique et de la nature.
Troisième partie, dérégulation financière Pour vous, (je cite) le décrochage de l'or en 1971 a ouvert la voie à une spéculation devenue folle.Il y a deux choses qui ont fait ça, de pouvoir faire des effets levier avec l'argent des autres, et après le bigbang de la City de Londres. Et je vais vous donner la date exacte : le big-bang c'était le 27 octobre 1986, sous Margeret Tatcher.
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lire la suite [15 min]Quatrième partie, confrontation des idéesVous vous n'aimez pas les jeux vidéo ou les Facebook...C'est pas que je ne les aime pas, c'est que je vois l'usage social qu'on en a fait.
Si sauf quand je vois « Army of two », où on simule la guerre en Irak, on y voit un hispanique et un arabe qui commencent à tirer sur tout le monde, ou Manhunt où le gars est échappé d'un asile de fous et commence à tirer sur tout le monde, c'est ahurissant de voir ça !
Ça arrive souvent des jeux où il y a les nazis et les américains, et on peut choisir un camp ou l'autre (je voulais dire par là que les jeunes ne s'attardent pas à ces considérations politiques)Oui il n'y a plus de critères ou de repères, c'est ce qu'on a voulu ôter aux gens.
La période de la révolution française est intéressante a étudier et là aussi il s'est agi si j'ai bien compris, il y a eu manipulation ?